La Blogothèque » Séries » Le Disque du Dimanche http://www.blogotheque.net Thu, 24 May 2018 07:20:04 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=3.8.1-alpha La Soirée de poche des Beach Boys http://blogotheque.net/2011/09/04/la-soiree-de-poche-des-beach-boys/ http://blogotheque.net/2011/09/04/la-soiree-de-poche-des-beach-boys/#comments Sun, 04 Sep 2011 14:36:16 +0000 http://blogotheque.net/?p=14435 C’est un disque qui, pour l’archéologue du rock, pratique l’art détestable de la rétention d’information. Trouver les racines de tel ou tel chef-d’œuvre en traquant les cohérences et les progressions d’une discographie n’est pas un exercice que nous vous recommanderons pour accéder au pourquoi du comment du mythique Pet Sounds des Beach Boys, tsunami de l’histoire de la pop survenu en 1966. Comme ultime étape avant le chef-d’œuvre, vous tomberez sur ce Beach Boys’ Party sorti en décembre 1965. Il ressemble à Pet Sounds comme le programme de le la LCR ressemble à celui de l’UMP. Il annonce l’avenir avec autant de précision que Paco Rabane. Il donne idée de ce que Brian Wilson a dans le ventre comme Pablo Honey annoncerait Kid A chez Radiohead…

Nous oserons à peine employer le terme d’album s’agissant de cette sortie de décembre 1965, parue sous le nom complet : Recorded live at Beach Boys’party. Ce n’est pas un album, ce n’est pas un best of, ce n’est pas un vrai live non plus. Et ce disque n’est même pas ce qu’il prétend être, comme nous allons vous l’expliquer. Pour saisir le sens de ce pur OVNI discographique, il faut se mettre dans la peau du patron du Sales Department de Capitol Records au dernier trimestre de 1965, et relever que ces vaches à lait de Beach Boys n’ont offert que deux albums cette année à la compagnie au lieu des trois prévus selon les cadences infernales alors en vigueur. Noël approche. Le remplissage des bacs s’impose et les pseudo-surfers californiens sont priés de pondre un 33 tours, et plus vite que ça. Les Beach Boys n’ont pas de quoi livrer dans les délais impartis. Pet Sounds reste à faire à 85%. Un live est déjà paru en 1964 et ce serait un peu gros d’en sortir un autre. Un best of ? Le groupe a la matièreLe groupe avait déjà à son actif une dizaine de hits, “Surfin’Safari”, “Surfin’ U.S.A”., “Surfer Girl”, “Fun Fun Fun”, “I Get Around”  mais aussi “Be True To Your School”, “When I Grow Up (To Be a Man)” ou “Dance Dance Dance”. mais refuse d’envisager ce qui ressemble à une nécrologie. Lui vient alors l’idée de la party, meilleure façon de faire vite et bien pour sortir quelque chose. Ce sera fait le 20 décembre, juste avant le cut.

Autour du feu : les Beatles, Dylan, et «I get around» un rien massacré

L’histoire a longtemps été clémente avec ce disque connu mais peu entendu, qui, avec son faux-air de pirate sorti d’un atelier clandestin, avait sûrement les moyens de devenir culte si la fièvre des rééditions n’était venue gaver les fans. Dans l’absolu, ce dixième album officiel des Beach Boys n’est rien d’autre qu’une traduction sur vinyle, cher lecteur, d’une de ces Soirées de poche que vos serviteurs auront, quarante ans plus le tard, pris le parti de cultiver. Ce concept-là, c’est historiquement Brian Wilson qui l’aura inventé au cœur des sixties : un groupe qui joue chez l’habitant, dans une grande économie de moyens scénographiques, mais avec la convivialité et la proximité pour légitimes compensations. Grosse nuance cependant : alors à sec (ou désireux de ne rien lâcher du fabuleux trésor à venir), ce sont des reprises de standards que les Beach Boys interprètent avec leurs happy few. «I Get Around» survit sous la forme d’un extrait massacré par des paroles divergentes, débuté avec une voix lead de crooner. Dans la track list, les Beatles – qui viennent de mettre une claque sans précédent à Brian Wilson avec Rubber Soul – sont présents en masse avec des titres plus anciens, «I Should Have Known better», «Tell Me Why» et «You’ve Got to Hide Your Love Away». Dylan est honoré avec «The Times They Are a-Changin’». D’autres classiques US, comme le «Hully Gully» nerveux qui fait office d’ouverture, emprunté aux Olympics qui l’avaient créé en 1959, complètent ce moment sympa au coin du feu ; on veut dire, autour du sapin.

Fallait-il avoir de l’imagination pour parodier les Soirées de poche trente ans avant le premier streaming de l’histoire du web ? Pas plus que ça en réalité : les Beach Boys imaginent simplement que leur quotidien est suffisamment stimulant pour être partagé. En septembre 1965, ils viennent de faire paraître Summer Days (and Summer Nights!!) quand, avec quelques amis cools, ils prennent l’habitude de se ressembler le soir venu autour de quelques bières pour gratter de vieux standards, comme cela arrive probablement à quelques étudiants en ce moment même dans la cité U la plus proche de chez vous. L’envie pressante de cash de Capitol est le déclencheur qui conduit les Californiens à transformer ces instants privés en œuvre discographique.

Produced by Brian Wilson…

L’imposture, ou le respect du public, selon les points de vue, commence dans le studio où toute cette folle ambiance est recréée. Car c’est bien un ersatz de soirée entre gentlemen qui est donné à l’auditeur : tout ce folklore n’est pas capté in situ, mais finalement enregistré, reproduit, (simulé ?), dans un vrai studio… L’ouvrage, « produced by Brian Wilson » précise la galette, est, il faut le reconnaître, fort correctement mené. Le son est déchiffrable et, dans l’absolu, on s’y croirait. On a droit à plusieurs secondes de gratouillages quelconques scientifiquement placés avant et après les prises, aux vannes lancées en différé, aux imprécisions  assumées du chant, à des effets de styles surjoués, aux rires incontrôlés. La mise en scène est parfaite puisque vingt photos, du genre prises avec le téléphone portable, garnissent le packaging. S’y lit une version revisitée du paradis sud-californien où, faute de surf (seul Dennis Wilson s’y est toujours risqué parmi la troupe), on traîne à la plage, on joue au (beach) volley et on regarde l’avenir dans les bras de sa prochaine.

De pépite mystérieuse, l’album est devenu avec le temps, sur le strict plan musical, rien de plus qu’une curiosité, une anecdote, un bourre-discographie distrayant. Il s’entend plus qu’il ne s’écoute. Il fait sourire plus qu’il n’émeut, malgré une affiche de malade (c’est juste les Beach Boys qui reprennent les Beatles et Dylan…). Dire tout cela de façon si détachée serait cependant méconnaître l’impact démesuré, le mot est faible, des 2’30 de «Barbara Ann». Nous tenons ici un exemple historique de chanson dont la reprise a exercé un effet monstre sur l’original, il est vrai beaucoup fade, sorti des amplis des Regents en 1961. Sans demander l’avis de personne, et surtout pas celui des Beach Boys, Capitol fait paraître le morceau de clôture de ce 33 tours en single, dans sa version brute, débraillée, par nature inachevée. La puissance et l’enthousiasme de dizaines de voix chamallow en cascade masquent l’absence de batterie, mal imitée par des claps de mains, et la réduction du groupe à sa plus minimaliste expression. «Barbara Ann», improvisé dans ces conditions, sera le single le plus vendu des Beach Boys, et sa version rock donnera lieu aux dernières sorties apparitions de Brian Wilson sur scène avant son auto-internement dans son studio puis sa chambre à coucher.

« Ils voulaient surtout vendre le stéréotype que nous étions devenus »

Dans l’œuvre discographique des Américains, le morceau suivant sera «Wouldn’t It Be Nice», le titre d’ouverture de Pet Sounds. Un autre monde, invisible, inaudible et imprévisible avec cet exemplaire de la Party. Sur les photos qui illustrent l’album sur un fond orange total, Brian Wilson, alors en proie à ses premières déconnexions avec le monde terrestre,  semble le plus normal des hommes. Sauf dans la pochette intérieure, sur cette image imprimée en haut à gauche, où il tient sa compagne entre ses mains si maladroitement qu’elle semble vouloir fuir. Wilson n’est pas avec elle. Il regarde ailleurs. Loin. Droit devant, un peu en apesanteur, vers les territoires élaborés qu’il a commencé à défricher, peut-être – plus prosaïquement – à la recherche d’une petite pilule qui viendrait prendre le relais de la précédente. Ce disque, le futur Pet Sounds, il le fera sans en référer à Capitol. « La maison de disque n’a pas compris Pet Sounds », dira plus tard un Beach Boy dans le documentaire Endless Harmony. « Ils voulaient surtout vendre le stéréotype que nous étions devenus ». Beach Boys’ Party restera, sur ce terrain-là, le dernier coup de la major.

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L’objet : Edition américaine. Un peu de scotch sur le côté et un papier cartonné un peu attaqué par le temps, mais l’état général est très correct, comme toujours chez ce dealer de vinyles dont nous vous ne dirons rien d’autre sinon qu’il exerce en région parisienne et ne livre dans les brocantes qu’une partie de son réservoir. Accueil chaleureux, passion garantie et prix d’amis. 5 euros ici.

Ecoutez The Beach Boys’ Party!  sur Spotify

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Françafrique http://blogotheque.net/2011/08/21/francafrique/ http://blogotheque.net/2011/08/21/francafrique/#comments Sun, 21 Aug 2011 11:37:01 +0000 http://blogotheque.net/?p=14034 Les traqueurs de vinyles vivent dans un monde à part, où le temps s’est arrêté à la fin des années 80, avec la mort industrielle du support. Une édition originale usée (dans le pays d’origine, de préférence) y vaudra toujours plus qu’une réédition flambant neuve. Mais une chose au moins subsiste de l’ancien monde : il y existe des modes (rien de péjoratif dans ce terme), comme l’actuelle course aux trésors de l’Afrique, dans le sillage de malades comme Frank Gossner ou les gens de Soundways. Les disques ghanéens et nigérians, chassés par de nouveaux types d’explorateurs, passent ainsi des entrepôts et des greniers où ils étaient abandonnés aux étagères de collectionneurs occidentaux, moyennant parfois des sommes remarquables. Cette frénésie laissera la place à une autre lorsque la source sera tarie, lorsque les goûts auront changé. A la Blogothèque, pas d’envoyé spécial au Ghana mais on écume les vides-greniers, ce qui réserve parfois de bonnes surprises dans un pays au fort passé colonial.

A côté des vinyles importés en France à destination de la diaspora se trouvaient ceux enregistrés en France par des musiciens expatriés, comme cet African Sound de Dikalo, un groupe formé d’une future légende de la musique camerounaise, Eko Roosevelt, de son compatriote Vicky Edimo, du congolais Sammy Massamba plus deux autres dont Internet ne m’a pas permis de retrouver la trace. Tous écumaient sans doute les sessions de studio avant que le petit label Carissima ne leur permette d’enregistrer cet unique album. African Sound - vaste programme – se veut représentatif du son africain et propose une sorte d’afro-funk apatride ultra efficace,  avec le public européen en ligne de mire. Pas un seul morceau faible. Ecoutez le très afrobeat “Fine Biscuits” et imaginez : tout est du même calibre.

Je suis parti de chez moi comme un voleur un dimanche matin, juste avant de devoir prendre la route pour le déjeuner dominical. J’ai ramené quelques disques africains aux pochettes gondolées que j’ai posés sans pouvoir les écouter. Deux jours plus tard, j’ai mis celui-ci sur la platine et “Zadie Bobo” est arrivé, sans crier gare … Heureusement, j’étais assis. Il faut dire que ce morceau hantait par bonheur mon ipod depuis deux ans déjà, depuis ce jour où Soul-Sides l’avait posté. Ce moment de joie, je le dois à Ernesto Djédjé et à son Ziglibithy, genre dont il fut le créateur, le roi et l’unique représentant avant de mourir à 35 ans dans des circonstances mystérieuses.

Un baobab ne meurt jamais. Cet adage a dû pousser Nick Gold, le ré-animateur de légendes (Buena Vista Social Club, c’est lui), à traquer les différents membres de l’Orchestra Baobab pour une reformation et un nouvel enregistrement en 2002, 20 ans après le dernier album du groupe. Populaire dans les années 70 et jusqu’au début des années 80, l’Orchestra Baobab mariait avec grâce racines sénégalaises et influences cubaines. “Mouhamadou Bamba”, qui ouvre un album de 1980 à la splendide pochette, réchauffe le coeur comme un vieil alcool. Culte.

Pour terminer cette sélection, impossible de ne pas inclure un morceau de Manu Dibango, l’aventurier, que même un tube comme Soul Makossa n’a pas pas pu étouffer musicalement. Et justement, sur l’album intitulé Soul Makossa, sorti en 1972 pour capitaliser sur le succès du titre, se trouve un morceau encore meilleur, le visionnaire et inusable “New Bell”. En passant, de la même époque, je vous recommande chaudement “Weya”.

 

LES OBJETS : Tous achetés pour 1 à 2 euros, sauf le Dibango, 6 euros. A Brignoles, Cannes, Mandelieu et Pegomas (dans le désordre). La femme qui vendait Ernesto Djédjé avait un air sympa. Elle donnait l’impression d’avoir voyagé.

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Antilles Fusion http://blogotheque.net/2011/07/24/antilles-fusion/ http://blogotheque.net/2011/07/24/antilles-fusion/#comments Sun, 24 Jul 2011 13:48:57 +0000 http://www.blogotheque.net/?p=13794 Je crois que jusqu’à ce que je découvre l’album Oulélé Souskai de Marius Cultier chez Quimsy, je n’avais jamais réalisé à quel point les Antilles étaient près des USA, de Cuba, de l’Amérique latine. J’avais des préjugés sur la musique antillaise et il m’apparaissait tout d’un coup qu’elle pouvait être autre, à l’intersection quasi parfaite des musiques que j’aime.

Cette fusion, je l’ai cherchée dans les disques antillais glanés ici et là, pour m’apercevoir qu’elle était rare et souvent l’apanage de franc-tireurs de la musique antillaise. Marius Cultier en était un, mais il n’était pas le seul. Il y avait aussi Henri Guedon, autre Martiniquais et autre figure tutélaire de la musique antillaise moderne et le premier, a priori, à avoir fait l’usage du mot “zouk” en nommant son album de 1974 Cosmozouk Percussion.

10 ans de musique caraïbe
Henri Guédon - 10 ans de musique caraïbe

Ses quelques albums des années 70 s’arrachent, qu’il s’agisse de ceux enregistrés aux Antilles avec son groupe La Contesta, ou ceux enregistrés “en solo” mais avec un aréopage de musiciens, à Paris ou ailleurs. On comprend pourquoi quand on tombe sur une compilation d’apparence assez cheap parue dans les années 80 sur le label MFP. Intitulée 10 ans de musique caraïbe et supervisée par Henri Guédon, elle rassemble des enregistrements allant de 1970 à 1982. Au recto, une carte des Antilles avec un bout d’Amérique latine, complétée par une liste encyclopédique des rythmes île par île, pays par pays, qui ressemble fort à la géographie musicale de ce mélangeur érudit des musiques latines. La base du cocktail est souvent fortement salsa avec un accent sur ses talents de percussionniste mais sur “Tout Patou”, un titre daté de 1972 qu’on retrouve sur son Cosmozouk, Guédon semble s’être enfoncé un peu loin dans la forêt vierge jusqu’à arriver au Brésil. Il aura tout attrapé au passage pour ce morceau dont on n’identifie plus les ingrédients tant la fusion est réussie et qui donne envie de comprendre un peu plus le créole.

Michel Sardaby - Gail

Avec Michel Sardaby, on quitte le folklore pour entrer dans la musique sérieuse, le jazz (c’est une boutade). Il existe des liens forts entre la biguine et le jazz de la Nouvelle-Orléans, entre la musique des Antilles et le jazz tout court et les musiciens pouvaient passer de l’un à l’autre sans sourciller. Al Lirvat et Robert Mavounzy, deux légendes de la musique antillaise, ont pu ainsi enregistrer un disque de biguines à l’ancienne et des disques dans la plus pure orthodoxie jazz. Michel Sardaby a commencé avec eux dans les années 60 et on peut entendre son piano aux côtés de Robert Mavounzy sur une des biguines de la compilation Tumbélé.

Il a enregistré dans les années 70 quelques albums sous son nom pour le label Debs, “Le sauveur de la musique antillaise”, pas du tout spécialisé dans le jazz mais véritable refuge d’artistes antillais rarement considérés à leur juste valeur dans la métropole. C’est pour cette raison qu’il existe sur ce label plutôt axé musiques locales quelques références purement jazz, comme ce joyau de 1975 enregistré à New-York qu’est Gail. Michel Sardaby s’y essaie au piano électrique et les sons magiques et flottants du Fender se conjuguent à la précision de son jeu, le tout sobrement encadré par une rythmique basse – batterie – percussion de haut niveau. Sur “Welcome New Warmth”, les instruments fusionnent pour un morceau qui n’est plus si jazz, très soul, un peu funk, limite pop californienne (Steely Dan n’est plus si loin), sans étiquette en fait, juste un formidable instrumental porté de bout en bout par la grâce du jeu des musiciens.

LES OBJETS :

Henri Guédon trouvé à Miramas pour 1 euro. Michel Sardaby trouvé à Mandelieu pour le même prix chez trois jeunes qui vendaient les quelques vinyles de la famille. Dans la pile que surplombait la BO de Rocky III (“Eye of the Tiger”), Gail de Michel Sardaby. Achetés sans aucune hésitation.

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Antilles Roots http://blogotheque.net/2011/07/10/antilles-roots/ http://blogotheque.net/2011/07/10/antilles-roots/#comments Sun, 10 Jul 2011 09:39:42 +0000 http://www.blogotheque.net/?p=13555 Depuis toujours, je détestais la musique antillaise, avec une haine particulière pour le zouk, ses rythmes gais et sautillants et la grosse voix de Jacob Desvarieux. Et puis j’ai découvert un jour Marius Cultier sur ce blog et une brèche s’est ouverte. Je me suis mis à ne plus dédaigner les disques antillais, avec l’espoir de retrouver un peu de ces moments de fusion miraculeux rencontrés chez Cultier, entre Antilles, Afrique et Amérique, à la croisée du jazz, du latin funk et de la musique des Caraïbes. Il y a eu du déchet. Et puis à force, je m’en suis aperçu récemment, le reste a fini par me plaire aussi. Le reste, c’est surtout cette musique pleine d’innocence de la fin des années 60 et au début des années 70, biguines de bals aux multiples influences qui sont au zouk ce que le ska ou le rock-steady peuvent être au reggae ou le son à la salsa.

Abel Zenon et son orchestre – “Pas o soué la”

[track id="13609" title="Abel Zenon et son orchestre - Pas o soué-la"]

Ce disque acheté il y a des années est longtemps resté mystérieux. Il s’agit d’un de ces vinyles lourds d’un temps où les disques étaient rares, pressé fin 60 ou début 70 sur le label Aux ondes. Sa musique brute m’a plu dès la première écoute, surtout ce “Pas o soué la” tout en fraîcheur dont les percussions respirent l’Afrique et le piano, La Havane. Cette petite merveille n’a pas échappé aux gens de Soundway qui l’ont inclue dans Tumbele, leur brillante compilation de la musique des Antilles françaises de la période 63 – 74 (disponible sur Spotify). Cela m’a permis d’apprendre que le saxophoniste Abel Zenon et son orchestre faisaient à l’époque office de backing band du label Aux Ondes.

Super Combo – “Rosita femm chaud”

Disques Debs, Sauveur de la Musique Antillaise
Si on la défend de nos jours
c’est que Debs l’a sauvée Jadis

[track id="13607" title="Super Combo - Rosita Femm chaud"]

Le nom d’Abel Zénon étant devenu pour moi un point de repère, une référence, je n’ai pas hésité une seconde lorsque j’ai vu son nom sur ce disque d’allure assez pauvre. Et au final j’ai eu raison tant ça chaloupe sévère sur cette compilation du début des années 70 sortie par les disques Debs, label phare de la musique antillaise et dont la devise est reproduite en citation. Les vedettes de l’époque (et du label) dégainent leurs cuivres et leurs percussions, soutenues par d’aigrelettes guitares, pour faire danser tout le monde. On n’oublie pas les moments de collé – serré mais on transpire surtout beaucoup, sur des airs évidents et des rythmiques à l’allure indolente mais aussi implacables que leurs cousines africaines. Et si en plus la chanson est solide, comme pour ce “Rosita femm chaud” du Super Combo on se régale.

Maxel’s – “La Sérénade”

[track id="13605" title="Les Maxel's - Serenade"]

Difficile de résister à la vue de cette pochette et à une telle promesse de chaleur. Les Maxel’s sont un groupe guadeloupéen, si Internet ne me trompe pas, mais la musique jouée est plutôt haïtienne, ne me demandez pas pourquoi. Il se trouve aussi que le morceau le plus remarquable du disque est une biguine, mais une biguine un peu spéciale, coupée en son milieu par un intermède funk sur tapis de percussions sorti de nulle part et qui peine à ramener au morceau initial. Voilà pourquoi il ne faudrait jamais dédaigner les disques antillais, même si on ne se sent pas trop fan : on ne sait jamais sur quel mélange on peut tomber.

LES OBJETS : Trouvés en divers endroits à Cannes pour 1 à 2 euros. Achetés sans trop d’hésitation.

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Old Watertown http://blogotheque.net/2011/06/26/old-watertown/ http://blogotheque.net/2011/06/26/old-watertown/#comments Sun, 26 Jun 2011 12:55:56 +0000 http://www.blogotheque.net/?p=5054 Il y a des disques qui prennent leur temps pour se laisser découvrir. Je ne suis pas fan de Sinatra, en grande partie par ignorance, mais je scrutais depuis des années chaque pochette trouvée, à la recherche d’un indice. Tout ça parce qu’un N° spécial des Inrocks avait mentionné un de ses albums, avec quelque chose comme “water” dans le titre, parmi ses “200 trésors cachés”. Il y a quelques semaines, j’ai sorti du bac un disque que je n’avais jamais vu. Franck Sinatra, une gare vide dessinée dans des tons sépia, Watertown en lettres blanches. C’était lui.

Old Watertown - Frank Sinatra

Sinatra n’a fait qu’un Watertown. C’était en tout cas le voeu de Bob Gaudio et Jake Holmes, les deux auteurs – compositeurs du disque, faire avec Sinatra quelque chose qu’il n’avait jamais fait. Ils eurent l’idée d’un concept-album, genre dans lequel il venaient de s’illustrer avec le Genuine Life Imitation Gazette des Four Seasons, dont Bob Gaudio était un des fondateurs. Sinatra serait un type que sa femme vient de quitter en lui laissant leurs deux gosses. Sinatra serait le plus loin possible de Las Vegas. Dans une ville imaginaire du Middle-West nommée Watertown. Et le disque raconterait son histoire.

Old Watertown
Nothing much happening down on Main
‘cept a little rain

Il ne se passe rien à Watertown mais on y reste. Pour ces instantanés de vie qui oscillent entre moments de cafards profonds et petites rémissions. Pour la musique de Bob Gaudio, bande-son d’une vie ordinaire, pop adulte toute en finesse et en intériorité. Pour Frank Sinatra, majestueux dans la déprime et sa voix d’alors, un peu boursouflée, parfois incertaine, en osmose avec le concept de l’album.

Sinatra se contenta du minimum de promotion une fois l’album sorti. Un show télé avait été envisagé, mais rien ne fut concrétisé. Selon Bob Gaudio, Sinatra aimait le disque, mais il était mal à l’aise avec sa voix de l’époque. Il passa à autre chose. Watertown devint pour tous une ligne dans sa longue discographie mais pour ceux qui l’ont écouté, peut-être le seul disque de Sinatra à ranger à côté des Neil Young.

LES OBJETS : Trouvé à L’Introuvable, St Raphaël, à 15 euros, sans hésitation.

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Le Monde fabuleux des Yamasuki http://blogotheque.net/2011/06/12/le-monde-fabuleux-des-yamasuki/ http://blogotheque.net/2011/06/12/le-monde-fabuleux-des-yamasuki/#comments Sun, 12 Jun 2011 12:08:07 +0000 http://www.blogotheque.net/?p=12830 - Bon, Daniel, est-ce que vous avez pensé à un truc pour cet été ? Parce que c’est limite demain, là et on n’a encore rien sous le coude. Vous avez vu le malheur qu’on a fait avec le Casatschok l’année dernière ? C’est un truc comme ça qu’il nous faudrait.

The Yamasuki first single

- Oui, justement, j’ai eu une idée hier, pendant le cours de karaté de ma femme.
- Hein ?
- Oui, j’imaginais une danse calquée sur les mouvements du kung-fu, un truc zen mais violent à la fois.
- Mais vous êtes malade mon vieux, il va y avoir des blessés, les gens vont se mettre des coups ! Vous n’avez pas autre chose ?
- Non mais attendez, le Casatschok, c’était pas de tout repos quand même. Et puis on ferait un truc hyper cadré, avec des mouvements de base faciles à apprendre, un truc sport et profond à la fois.
- …
- On aurait par exemple un truc qui s’appellerait le Salut, mains jointes, en prière, on se penche doucement en avant, on se redresse, on se retourne vers son voisin de droite puis de gauche et quand les chœurs commencent à chanter, on entame sur place un pas similaire à celui de la samba. Ou le combat : jambes écartées, mains sur les cuisses, on saute sur place. Ou le Hara-Kiri et qui consisterait à pousser le cri du Kwaï…
- Bon, je commence à visualiser, mais vous allez mettre quoi comme musique sur ces trucs ? Parce que le Casatschok, je vois, mais là…
- J’avais pensé à une sorte de musique japonisante mais bien lourde sur les tempos. Le problème, c’est que je n’y connais rien en musique japonaise, le mieux serait de faire un petit voyage d’étude là-bas, pour l’inspiration …
- Là-bas … dans le 13ème ?
- Euh, non, au Japon ! Si vous voulez un truc authentique, il faut ça, vous savez.
- Au Japon ? Et puis quoi encore ? Non, regardez des films, rameutez votre famille pour faire les chœurs, trouvez un champion de judo pour faire les cris, ça ira bien. Croyez-moi, les gens ne veulent pas d’un truc authentique, les gens veulent quelque chose qui ressemble à l’idée qu’ils se font d’un truc authentique. Vous suivez ?
- Oui, bon, d’accord, comme d’habitude quoi. Et c’est pour quand ?
- Lancement mi-mars mon vieux, j’appelle le Saint-Hilaire. J’y crois à votre truc, là, ça sent bon. Et ne mégotez pas sur l’exotisme, hein, même si ça ne veut rien dire. Je veux du Yama, du Kono, du Fudji à toutes les sauces. Des voyelles, des Y, des W, des tonnes de K, ‘faut que ça fasse vrai. Ah, et vous m’amènerez ce que vous prenez pendant les cours de karaté de votre femme, ‘faut pas être égoïste comme ça, mon vieux, je veux y goûter aussi.

Quelques mois plus tard le Yamasuki se dansait au club François-Patrice Saint-Hilaire, supporté par un 45 tours du même nom qui contient également la première version de “AIEAOA” (épeler toutes les lettres). Un second 45 tours avec le faux live “Abana Bakana” fut extrait de l’album par la suite.

[track id="12942" title="The Yamasuki singers - AIEAOA"]
[track id="12939" title="The Yamasuki singers - Yamasuki"]
[track id="12941" title="The Yamasuki Singers - Anata bakana"]

Le monde fabuleux des Yamakusi
Le monde fabuleux des Yamakusi - L'album

Les 45 tours, leurs refrains heureux et leurs cris gutturaux ne donnent qu’un aperçu de la musique étonnante créé par les compositeurs, Daniel Vangarde et Jean Kluger, pour ce projet. Seul le LP sorti à l’époque, Le Monde fabuleux des Yamasuki, permet de saisir la pleine mesure du délire qui les a saisis. Ou comment créer un pur ovni à partir d’intentions ouvertement commerciales. L’original est rare. Il m’a fallu commander l’album chez Finders Keepers, qui l’a réédité 30 ans plus tard dans un beau vinyle rouge.

Ce fut un semi-échec, mais cela n’a pas découragé Daniel Bangalter alias Vangarde et Jean Kluger de triturer le folklore. A force de travail, ces apprentis sorciers sont parvenus à livrer un produit parfait, La Compagnie Créole, véritable aboutissement du processus et dont Vangarde et Kluger ont écrit la plupart des succès. Et je ne vous parle même pas du fils de Daniel, Thomas, parce que c’est une autre histoire.

LES OBJETS : Trouvés à Cannes et à Carcès, sur des brocantes. C’était donné. Taux d’hésitation avant achat :  0%

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#30 – Le disque du dimanche se met à l’orgue http://blogotheque.net/2009/06/21/30-le-disque-du-dimanche-se-met-a-lorgue/ http://blogotheque.net/2009/06/21/30-le-disque-du-dimanche-se-met-a-lorgue/#comments Sun, 21 Jun 2009 22:56:04 +0000 http://www.blogotheque.net/2009/06/21/30-le-disque-du-dimanche-se-met-a-lorgue/ Dimanche dernier, levé aux aurores parce que je m’étais couché avec les poules, j’ai enfin eu le courage de faire ce que je me promets de faire depuis des années : arriver tôt à un vide-grenier. Je sais. Beaucoup d’entre vous, Parisiens ou habitants de grandes villes savent qu’il est vain d’arriver après une certaine heure, car tous les bacs ont été débarrassés des disques un peu intéressants. Mais moi, j’habite un Centre-Var sauvage et relativement vierge de “crate-diggers” et les disques qui m’intéressent échappent souvent aux radars des amateurs de vinyles locaux.

Ainsi, j’arrivai sur le coup des 7h, à l’heure où le matin est encore frais, surtout quand on est en short. Les parkings les plus proches étaient déjà pleins. Toute une faune se pressait déjà autour des couvertures posées par terre, prenait d’assaut les tréteaux. Je voyais enfin les vrais, les purs, les lève-tôt du dimanche, ceux à qui je vais peut-être ressembler dans quelques années.

Tout ça pour vous dire quoi ? que je suis arrivé le premier sur le stand d’une dame qui vendait 2 euros pièces tous ses Beatles. Revolver , Rubber Soul , White album , Abbey Road etc. Bien sûr, si je n’étais pas venu aussi tôt, jamais je n’en aurais vu la couleur, mais au fond, tout ça ne me mettait pas beaucoup plus en joie que d’avoir trouvé le Tribute à Ray Charles de Jean Musy et son orgue Hammond. Celui-là aurait pu rester au soleil une journée entière sans que personne ne daigne lui porter un regard. Aujourd’hui, c’est lui qui est à l’origine de ce disque du dimanche. Tout de même, quelle revanche.

J’ai donc ressorti deux autres trouvailles récentes, deux disques Soul-Jazz baignés du son solaire de l’orgue Hammond, pour accompagner notre petit frenchy.



Jimmy Smith – Main Title From ‘The Carpetbaggers’

The Cat, Verve, 1964

 

Jimmy Smith , la légende de l’orgue Hammond, a définit la façon d’en jouer. Dans les années 50, l’impact de Jimmy Smith, qui sort jusqu’à 11 albums en 1957, est tel que la firme Hammond reprend en 1958 la production d’un B-3 qu’elle allait remplacer. Le reste est histoire de la musique, le B-3 devenant l’orgue de référence du rock (Ray Manzarek) comme du reggae (Jackie Mitoo).

The Cat attrape Jimmy Smith alors qu’il a quitté Blue Note pour Verve depuis quelques albums déjà. Sur cet album de 1964, considéré comme une des réussites de l’ère Verve, l’orgue félin de Jimmy Smith donne la réplique à des orchestrations de Lalo Schiffrin dont on peut dire qu’elles sont par moment grandioses. Vérifiez avec ce pur moment de plaisir qu’est Main Title From ‘The Carpetbaggers’ .

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Don Patterson – Bowl full of yok

Satisfaction – Prestige – 1965

 

 

Quand vous avez devant vous des centaines de vinyles à 1 euro et à côté d’autres amateurs de musique, le temps laissé à la réflexion est des plus ténus. Un coup d’oeil à la pochette, au label, à l’année, et vogue la galère, on verra bien. Même si je n’avais jamais entendu parler de Don Patterson . Même si je ne savais même pas de quoi il jouait. De l’orgue, donc.

Don Patterson est un des nombreux enfants illégitimes de Jimmy Smith. D’accord, son style de jeu n’est sans doute pas reconnaissable entre tous. Ok, cet album sorti en 1965 peut paraître sacrifier à la mode de la reprise Jazz de succès Pop , lequel succès donne même son titre à l’album mais le premier morceau du disque, Bowl full of yok , une composition de Patterson, remet d’emblée les choses en place : rien de vendu dans cette musique. Le trio Don Patterson – Jerry Bird (guitare) – Billy James (batterie) envoie du bois pendant dix minutes, dix minutes qui passent comme une seule.

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Jean Musy, his organ and his orchestra – Unchain my heart

Tribute to Ray Charles, Concert Hall, 1969

 

 

Jean Musy , Jean Musy, l’explorateur de l’inconnu que je suis a dû rencontrer ce nom des dizaines de fois au dos de pochettes de noms improbables de la variété française comme de vedettes confirmées. On lui doit les orchestrations de Les Champs-Elysées de Joe Dassin, de Prendre un enfant (de Yves Duteil), on le retrouve sur les premiers Catherine Lara, Popsike débusque même un de ses albums solos Masterpiece of Dark and progressive LP ,sometimes a little in the Robert Wyatt style . Bref, Jean Musy est une légende dont le nom est indissociable de quarante années de musique produite en France. Le disque qui nous intéresse a été enregistré pour le label Concert hall en 1969. Il s’agit de reprises enlevées de classiques du répertoire de Ray Charles, avec Jean Musy à l’orgue. Le dispositif vaut surtout pour les morceaux les plus rapides, comme Unchain my heart , qui rappellent que Musy a semble-t-il parfois troqué le piano pour l’orgue aux côtés de Nino Ferrer dans les années 60.

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Le Unchain my heart de Jean Musy évoque un peu, en moins brutal, les bombinettes de Alan Hawkshaw avec les Mohawks ou pour le label KPM, à peu près à la même époque. Evidemment, si au cours de mes pérégrinations, j’étais tombé sur The Champ ou un quelconque album KPM de la grande période de Alan Hawkshaw , plus connu en France pour ses arrangements de Gainsbourg que pour ses homériques saillies de B-3, je n’aurais pas manqué de m’en vanter. Mais ce n’est pas le cas. C’est donc pour vous donner une idée de la puissance de feu du bonhomme que j’ai inclus cette vidéo Youtube, un mix de Beat me ’till I’m blue et des Beastie Boys signé 2many DJ’s .

(deleted Video : http://www.youtube.com/watch?v=JcBMiFZQGYY)

LES OBJETS :

Dates et lieux de la trouvaille : La semaine dernière pour le Jean Musy, mai pour le Patterson, avril ou mars pour le Jimmy Smith

Prix : 1 euro le Patterson, 5 le Jimmy Smith, 2 pour le Jean Musy

Etat : bon

Vendeur : Patterson, Jimmy Smith : un brocanteur professionnel. Des particuliers pour le Tribute to Ray Charles.

Taux d’hésitation avant achat : 0 %

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#29 : Et les éléphants y vont aussi http://blogotheque.net/2009/06/14/29-et-les-elephants-y-vont-aussi/ http://blogotheque.net/2009/06/14/29-et-les-elephants-y-vont-aussi/#comments Sun, 14 Jun 2009 23:58:45 +0000 http://www.blogotheque.net/2009/06/14/29-et-les-elephants-y-vont-aussi/ Dans le civil, il a un nom de tennisman, qui claque comme un ace : Pat Fish. Son nom de scène et celui de son groupe sont parmi les plus improbables de l’histoire du rock. Dans Gift of Music , l’un des deux disques dont il sera ici question, Fish explique l’histoire de chaque morceau sur la pochette intérieure. Il signe, «The Butchery» . Son groupe : the Jazz Butcher. Le “boucher du jazz”… En 1986, dans un entretien aux Inrocks, Fish croit utile de préciser : «Nous ne jouons pas de jazz et nous sommes végétariens» . Ce n’est pas le plus subtil des traits d’esprit qu’on ait lu de lui. Pas grave. Ses vannes ce sont ses chansons, ses poses, ses disques, qui révèlent un amour travaillé de la dérision et un art consommer de mettre en relief des scènes absurdes.

Tomber sur ces deux 33 tours, The Gift of Music et Distressed Gentlefolk , nous confirme au moins que ce groupe a existé un jour sous ce nom-là (il deviendra plus tard The Jazz Butcher Conspiracy, The Jazz Butcher And His Sikkorskis From Hell et… The Black Eg Sumosonic Wilson). Jusqu’ici, the Jazz Butcher n’était à nos yeux qu’une réputation et une blague de potache. La réputation : un groupe emblématique de l’indie-rock anglais de la fin des années 80, fondé à Northampton, ayant accueilli dans son line-up deux futurs Woodentops («l’amicale des plus petits musiciens de pop du monde » dit Pat Fish), lettré, dandy (quelques comparaisons avec le Velvet), politisé et cristallin. La blague : une chanson, La Mer, en français dans le texte, publiée en 1983, à mi-chemin entre la chanson pour enfants, le conte surréaliste et l’hommage jeuniste à Trenet (ci-dessous, la ”cover” des Little Rabbits).


La Mer est issue du premier album de la très touffue discographie du groupe, Bath of Bacon . The Jazz Butcher est une expérience qui aura duré presque vingt-ans (1982-2000). Il faut s’y retrouver. Les deux 33 tours dont il est ici question recouvrent la période où Fish était associé au guitariste Max Eider, c’est-à-dire l’avant 27 novembre 1986, date d’une altercation signant la fin du Jazz Butcher première époque. La meilleure, certainement. Gift of music «rassemble les différents singles parus à ce jour sous le nom “trop abusé” de Jazz Bucther, c’est-à-dire, moi, raconte Fish sur une feuille 30×30 accompagnant le disque. J’aime bien l’idée de les avoir réunis comme ça. Cela fait un beau disque, bordélique et bruyant, idéal pour vous distraire à la maison, à la place, au club du coin. Partout, quoi

On ne dirait pas mieux. Comme le Hatful of Hollow des Smiths, paru un an plus tôt, c’est un rassemblement épars qui fait sens sur la durée. Il donne à entendre l’ascension d’un groupe qui ”se” trouve en allant au bout de ses délires. Dans la droite ligne du titre du premier album (littéralement, un “bain de bacon “), the Jazz Butcher enchaîne les titres surréalistes et provocateurs, se vautre dans un humour absurde, sûrement britannique. Southern Mark Smith, qui ouvre le disque, «a été enregistrée à Wellenborough, une ville où même les enfants font peur », nous apprend Fish.

[track id="2715" src="http://download.blogotheque.net/Audio/disque_dimanche/29/Southern_Mark_Smith.mp3"]
[track id="2716" src="http://download.blogotheque.net/Audio/disque_dimanche/29/Marnie.mp3"]

Marnie, qui enchaîne, «fait se rencontrer la jungle fumante du Bangladesh et les steppes glacées de Sibérie » . En clôture, viennent Jazz Butcher meets Prime minister, hymne anti-thatchérien, puis Water, un délire de fin de nuit.


Distressed Gentlefolk , quatrième album du groupe, est un disque beaucoup moins passionnant, en pilotage automatique. On y sent juste le talent du gars, sans la sueur ni la fraîcheur de la première fois. Sur son site, Fish est sans tendresse : «Jeunes gens, nous sommes profondément déçus d’avoir fait ce disque. Max, Jones et moi étions furieusement imbibés depuis une année. Généralement, on arrivait à se tenir pour les concerts, mais le reste du temps, on partait en vrille, individuellement et collectivement, et ce disque montre à quelles profondeurs morbides on était descendus .» On sauvera Buffalo Shame et Nothing special . En reconnaissant à Pat Fish un talent supplémentaire : celui d’être un exceptionnel autocritique.

[track id="2719" src="http://download.blogotheque.net/Audio/disque_dimanche/29/Buffalo_shame.mp3"]
[track id="2720" src="http://download.blogotheque.net/Audio/disque_dimanche/29/Nothing_special.mp3"]

LES OBJETS :

Dates et lieux de la trouvaille : mai 2009, Paris, Charles Michels (XVe)

Prix : 6 euros pièce

Etat : Très bon, quasi neuf.

Vendeur : Un vrai sketch. Je n’ai eu affaire qu’à un de ses amis, à l’accent non identifié, qui m’appelait “mon fils” ou “mon ami”, je ne sais plus. Bref, pour avoir confirmation du prix, ce mec a dû appeler le propriétaire des disques, semble-t-il en galante compagnie dans une chambre d’hôtel. Un par un, il lui a décrit tous les 33 tours convoités. “Jazeubuchère, deux mecs, eh beaux gosses dis donc, zont l’air sympa, giftmusic heueueueu”. Comme ça pendant cinq minutes.

Taux d’hésitation avant achat : 10%, à cause du prix, m’enfin…

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#28 : le disque du dimanche groove comme un malade http://blogotheque.net/2009/06/07/28-le-disque-du-dimanche-groove-comme-un-malade/ http://blogotheque.net/2009/06/07/28-le-disque-du-dimanche-groove-comme-un-malade/#comments Sun, 07 Jun 2009 20:55:33 +0000 http://www.blogotheque.net/2009/06/07/28-le-disque-du-dimanche-groove-comme-un-malade/ Souvenez-vous, c’était il y a 6 ans, une chaleur incroyable, des morts précoces, par milliers, et un premier ministre aux allures de Lino Ventura cubiste qui nous invente, comme ça, un jour de solidarité. Fini le lundi de Pentecôte ! Et mes conviction catholiques alors ?
Pourquoi je vous dis tout ça ? mais parce que sans ce jour de solidarité et la pugnacité de mon employeur à ne pas en décaler la date, jamais je n’aurais trouvé ces deux pépites sur le chemin de mon travail ! Il y a de ces effets papillons, parfois …

The Jimmy Castor Bunch – It’s just begun

On peut se demander pourquoi Jimmy Castor n’est pas l’artiste soul le plus connu des USA, ni même en dehors, à la lecture de sa bio officielle, qui détaille tous les faits d’arme de The everything man , comme il se désigne lui-même (pas pour rien, puisqu’il chante, arrange, compose, joue du saxophone, des percussions, du piano …). J’exagère un peu mais j’aime à le voir comme un gros mégalo, un type hors norme, à l’image du funk énorme contenu dans It’s just begun . Jimmy Castor a déjà quelques heures de vol lorsque paraît cet album, en 1972, sur le label RCA. Sa carrière a commencé avec le Doo-Wop à la fin des années 50 (il est l’auteur d’un tube pour Frankie Lymon and The Teenagers), comme celle d’un certain Georges Clinton. Et tout comme pour ce dernier, les années 70 annoncent la fin du bon goût et de la retenue. La musique du Jimmy Castor bunch, c’est juste de la lave en fusion, seule description possible d’un morceau comme Life, truth and death . Le hit fut Troglodyte (caveman) , le funk de l’homme préhistorique, le morceau pour la postérité sera It’s just begun , matrice de On the run sur le premier album des Jungle Brothers comme de tant d’autres.

Site officiel

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Cane and Able – Who’s gonna take the weight

C’est tout un art que de garder intérieur le Ah! de stupéfaction lorsqu’on tombe sur un tel vinyle dans un bac de disques pas encore étiquetés. Parce que même si la pochette est en piteux état, le disque est rare et recherché. Poussons d’abord un cocorico, Cane and Able est un produit français, oui monsieur, même s’il est quasiment impossible de s’en apercevoir tant ce funk sous perfusion psychédélique sonne authentiquement américain. Il y aurait peut-être l’usage immodéré des percussions, un vrai bonheur, qui pourrait mettre sur la piste d’éventuelles influences africaines, impressions vite balayées par le choix des reprises. Wilson Pickett s’adjuge trois titres, Kool and The Gang , un. Une seule composition originale, mais laquelle. Girl you move me ouvre cet album de 1972. Elle est signée Frenchie Thompson, le chanteur et arrangeur du groupe. Comment vous dites ? Norman Withfield ? Il y a de ça.

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LES OBJETS :

Dates et lieux de trouvailles : 01 Juin 2009, on my way to work
Prix : 10 euros pour le Castor Bunch, 2,5 pour le Cane&Able
Etat : le Castor Bunch est fatigué mais ça passe quand même. Le Cane and able est en bon état.
Vendeurs : un disquaire un peu spécial, climatiseur dans le civil et un brocanteur professionnel
Taux d’hésitation avant achat : 0 %

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#27 : Retour à Mazaugues http://blogotheque.net/2009/05/31/27-retour-a-mazaugues/ http://blogotheque.net/2009/05/31/27-retour-a-mazaugues/#comments Sun, 31 May 2009 21:20:13 +0000 http://www.blogotheque.net/2009/05/31/27-retour-a-mazaugues/ J’avais sous le bras les deux Kraftwerk laissés l’année dernière. Je venais de les retrouver chez le même vendeur, au même emplacement. Je regardais avec insistance une pile de vinyles à coté d’un pick-up sur lequel tournait du blues-rock, quand une voix m’interpella : Hé, monsieur (oui, on me dit monsieur maintenant), vous voulez l’écouter ? Les quelques fractions de seconde pour me sortir de ma torpeur écoulées selon elle, la voix insista : oui, monsieur, vous voulez l’écouter votre disque ? Hein,euh, oui, euh, si vous voulez.

Et c’est comme ça qu’on s’est retrouvé à écouter Computer world de Kraftwerk, sur une petite place baignée de soleil, dans ce village paumé du centre-var. Le baffle crachotait des notes aiguës, et ça allait assez bien avec la musique. D’autres nous rejoignaient, avec leur pioche de la matinée, un King Crimson mythique, deux Morricone. Dans la pile de disques que je lorgnais, un album de Bob Dylan avec The Band, Pierre Perret, les Stones, vieux vinyles, trouvailles du matin. Tout cela était joyeux, et ce qui me faisait le plus plaisir, plus que de les voir apprécier Kraftwerk dont la plupart ignoraient tout, était sans aucun doute qu’ils soient tous si jeunes, nés après l’enterrement du vinyle et pourtant avides de les (re)découvrir.

J’étais un peu leur vieil oncle Paul, à tous ces jeunes échevelés, leur distillant les bribes d’un savoir immense, résultat de vingt ans de lecture de la presse rock française – Rock&Folk, Best, Les Inrocks mensuels, Actuel et même Technikart. King Crimson, c’est du Prog-Rock. Non, ce n’est pas le premier album de Kraftwerk, ils ont commencé dans les années 70, etc … mais en fait, j’en étais exactement au même point qu’eux, c’était la première fois que j’entendais ces morceaux de Kraftwerk . Une fois un peu plus au calme, et avec un meilleur son, j’ai pu profiter de toute la finesse de cet album.

Kraftwerk sont des pionniers de la musique électronique mais Computer world ne donne jamais l’impression d’avoir à écouter un moment d’histoire. Il pourrait avoir été enregistré l’année dernière sans qu’on y trouve à redire tant il est encore dans l’ère du temps. Cela tient à l’élégance intrinsèque du style Kraftwerk, cette façon d’être simple, juste, évident et en même temps presque indéchiffrable mais surtout, au fait que ce disque a servi de matrice à toute la musique électronique après lui. J’en ai extrait assez arbitrairement Homecomputer , il me rappelle l’époque où Royksopp s’écoutait mais le morceau-roi s’intitule Computer love . Par ici si vous le voulez bien.

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LES OBJETS :

Dates et lieux de trouvailles : 21 Mai 2009, à ?
Prix : 1 euros
Etat : Très Bon état, réédition de 1988
Vendeurs : un particulier, pas l’apparence de l’amateur de musiques électroniques à première vue, mais il faut se méfier des apparences
Taux d’hésitation avant achat : 0 %

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