La Blogothèque » Séries » Empty Space http://www.blogotheque.net Thu, 24 May 2018 07:20:04 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=3.8.1-alpha Liars – Mask Maker http://blogotheque.net/2014/10/29/liars-mask-maker/ http://blogotheque.net/2014/10/29/liars-mask-maker/#comments Wed, 29 Oct 2014 11:31:53 +0000 http://blogotheque.net/?p=23084 Représentez-vous un hangar gigantesque à la hauteur de plafond démesurée, au sol encore trempé par les centaines de caisses en polystyrène remplies de glace échangées le matin-même. Imaginez une odeur de poisson difficilement soutenable et un froid humide à vous glacer les os. Posez là une immense silhouette en blouse blanche qui gesticule, masquée, dans cet endroit vide et hostile. Rajoutez un drone, une voix grave trafiquée, une rythmique angoissante. Voilà pour le tableau : les Liars seuls dans une halle aux poissons, celle de Rungis.

Nous n’aurions pu rêver meilleur endroit pour créer ce nouvel Empty Space : le son du groupe semblait rebondir dans chaque recoin de la halle, la voix flippante d’Angus paraissait se glisser à l’infini le long des poteaux de ce lieu aux dimensions absurdes, et la musique était partout, portée par une réverb métallique, irréelle.

Il y avait quelque chose de fascinant dans la façon de jouer des Liars, de répéter les même gestes saccadés. Quelque chose d’inquiétant dans la répétition compulsive de “Mask Maker”, ses folles boucles de beats froids qui complétaient si bien la température polaire du lieu. L’impression d’être envahi, presqu’avalé par le son, hypnotisé par la danse tribale à laquelle s’adonnait Angus, transformant un bête hangar vide, en temple d’une cérémonie mystique.

Aussi terrifiant qu’il puisse paraître, le masque d’Angus Andrew – reconnaissable parmi mille autres pour qui a déjà vu les Liars sur scène – avait pourtant quelque chose d’étrangement rassurant : les dizaines de fils de laines colorés qui le constitue sont les mêmes que ceux que votre grand-mère utilise pour vous tricoter ce pull un peu moche dont vous réservez l’usage à l’intimité de vos longues soirées d’hiver. Un paradoxe a l’image de celle du groupe, capable de faire l’une des musiques les plus angoissantes qui soit, en restant l’un des groupe les plus gentils, patients et résistants au froid que nous ayons rencontré – doit-on préciser qu’Angus était torse nu sous sa blouse ?

Quand “Mask Maker” a retenti une dernière fois dans le Pavillon des Marées, l’odeur de poisson si prenante n’était qu’un vague souvenir que nos narines avaient appris à apprivoiser. Le bal des caisses de polystyrène a repris ses droits, balayant les derniers fils de laines qui trainaient encore par terre. Rungis ne dort jamais. Les Liars non plus a priori.

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Anna Calvi – Love of my life http://blogotheque.net/2013/12/19/anna-calvi-love-of-my-life/ http://blogotheque.net/2013/12/19/anna-calvi-love-of-my-life/#comments Thu, 19 Dec 2013 15:00:43 +0000 http://blogotheque.net/?p=21899 C’est comme une nouvelle femme qui se tenait devant nous. On avait connu Anna Calvi mystérieuse, sombre, discrète, qui composait des morceaux éthérés, profonds, lents. Et la voilà qui nous propose de jouer l’un des morceaux les plus audacieux de son nouvel album : ‘Love of My Life’, rageur, joueur, un brin sexuel.

Le château de Fontainebleau était grand, si grand, une enfilade de pièces gigantesques, surchargées. Nous avons pris d’assault la Galerie des cerfs, cernés par les statues. Anna et son groupe n’ont eu aucun mal à occuper l’endroit. Ils étaient joueurs, Anna souriait. Entre les prises, ils s’amusaient à reprendre des morceaux de Jimi Hendrix. Comme si ce morceau, sans doute le plus péchu qu’elle ait jamais écrit, irriguait chaque membre du groupe de son énergie.

Mais au final, plus que le bruit, plus que les riffs de guitare, de batterie, ce sont sans doute les silences précédant chaque explosion qui nous auront marqués. La respiration marquée d’Anna, l’attente, résonnaient comme jamais dans cette gigantesque pièce lourde d’histoire.

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Sigur Rós – Hrafntinna http://blogotheque.net/2013/09/23/sigur-ros-hrafntinna/ http://blogotheque.net/2013/09/23/sigur-ros-hrafntinna/#comments Mon, 23 Sep 2013 14:01:13 +0000 http://blogotheque.net/?p=21593 Nous nous souvenions du tournage du Concert à emporter de Sigur Rós. C’était quatre ans auparavant, la journée avait été éprouvante, mais le résultat si fort qu’il avait gommé tout souvenir de la peine pour nous garder amoureux du résultat : de l’intensité de la chanson, de la puissance du son pourtant dénudé, de la virtuosité de la caméra de Moon alors au sommet de son art. Je ne me souvenais même plus de cette phrase que leur manager avait alors sortie : “Ce que Sigur Rós fait pour vous aujourd’hui, Sigur Rós ne le fait jamais”.

Jonsi, lui, s’en souvenait, de cette journée. Il ne se souvenait d’ailleurs que d’elle : il n’avait jamais regardé le film, par peur de s’y voir, d’entendre cette chanson que nous l’avions forcé à désosser, me confia-t-il avant de s’engouffrer dans les carrières en cette chaude journée de fin juillet. Cette fois, il était bien plus confiant : tout était là. Tout : onze musiciens, des cordes, des cuivres, une batterie complète, quatre rangées de cymbales bricolées. Et puis, des amplis, des caisses entières de matos, deux consoles sons, des roadies imposants, des malles de costumes, autant de choses que nous avons transportées dans des couloirs interminables et souterrains, à peine assez larges pour que nos vans y roulent.

Il fallait ça, pour que Sigur Rós se sente à l’aise, même dans une carrière enfouie sous la banlieue parisienne, éclairé par quelques chiches ampoules suspendues au plafond. Sigur Rós à l’aise, c’est un groupe à qui nous laissons la possibilité d’occuper tout l’espace, de pousser le son comme s’il pouvait, devait emplir jusqu’au moindre recoin. Tout était millimétré, organisé presque militairement, si bien que les trois membres du groupe n’ont pas eu à toucher un instrument avant de se lancer. Dès la première note, tout était parfait, enveloppant, capiteux, scénarisé jusqu’à l’impressionnant silence de la fin du morceau qui nous laissait, à chaque prise, pantois. A la fin de l’après-midi, Jonsi vint vers moi, confiant, satisfait : “c’était bien mieux que l’autre fois”. Ces garçons là ont rodé leur machine de guerre, aiment qu’on suive le chemin qu’ils ont tracé.

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Empty Space n°3 – SUUNS – Powers of Ten http://blogotheque.net/2013/07/18/suuns-powers-of-ten-au-grand-palais-de-paris/ http://blogotheque.net/2013/07/18/suuns-powers-of-ten-au-grand-palais-de-paris/#comments Thu, 18 Jul 2013 13:00:39 +0000 http://blogotheque.net/?p=21448 Je me souviens avoir emprunté l’un des escaliers du Grand Palais avec les Fleet Foxes, il y a longtemps. Nous l’avions pris pour monter dans la salle désaffectée où nous allions filmer leur Concert à emporter. Et je rêvais de le filmer à nouveau. Il aura fallu quatre ans.

C’était jour de fermeture, mais l’expo Dynamo fonctionnait. Dans les couloirs nous entourant, des néons, des ombres, des illusions, des lignes trompeuses,  des cubes d’épilepsie. Les membres de Suuns étaient là dans leur élément.

Puis nous leur avons montré l’escalier. Grand, trop grand, trop imposant, surplombé de surcroit d’un mobile immense de Xavier Veilhan, suspendu au sommet d’un dôme à la hauteur vertigineuse. Non, les Suuns n’ont pas occupé tout l’espace, ils se sont tassés à mi-hauteur. Mais ils ont tout rempli autrement. Avec une hargne, une nervosité, une fureur impatiente, qui débordait cet espace pourtant incommensurable. Il y avait tout ce marbre, tout ce vide, et rien de tout cela ne semblait troubler ou impressionner ce groupe prêt à en découdre avec cet ogre de pierre.

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Empty Space n°2 – FRANZ FERDINAND – Love Illumination http://blogotheque.net/2013/07/12/empty-space-n2-franz-ferdinand-love-illumination/ http://blogotheque.net/2013/07/12/empty-space-n2-franz-ferdinand-love-illumination/#comments Fri, 12 Jul 2013 15:02:07 +0000 http://blogotheque.net/?p=21456 C’était un palace que certains disent prestigieux, d’autres poussiéreux. Un établissement comme nul autre dans Paris, qui a été pendant deux mois intégralement vendu aux enchères puis désossé : les tables, les lits, les tableaux, la moindre chaise, les tentures du XVIIIe siècle, jusqu’aux cheminées, tout était parti. Les salles gigantesques ne gardaient que le parquet craquant, leurs moulures rococo. Les cuisines étaient en ruines, les chambres dévalisées.

Et c’est là que nous avons décidé de mettre Franz Ferdinand. Leur confier le soin de faire vivre ce lieu une dernière fois avant qu’il ne ferme définitivement, pour deux ans de travaux. Et quelle vie… Ils n’étaient pas venus seuls, et en 30 minutes à peine, l’intégralité de leur équipe avait transformé cet escalier de marbre désert en une gigantesque fourmilière.

Sur Franz Ferdinand, il y a d’abord une chose à dire : nous avons rarement rencontré un groupe de cet envergure, adoré,  sursollicité, coutumier des shows devant des foules énormes, qui soit resté aussi ouvert, adorable, gardant un véritable plaisir à jouer, aux deux sens du terme. Quand nous avons proposé à Alex Kapranos de commencer à jouer sur le balcon où les Bleus avaient célébré leur victoire au siècle précédent, personne n’imaginait qu’il grimperait sur la balustrade, rendant blêmes son équipe et la responsable du Crillon.

Puis c’est surtout une histoire de riff. Un riff dévastateur endiablé, qui marquait à lui seul la prise de l’espace par le groupe. Et c’est tout ce que nous cherchons : ce moment incroyable où un groupe, par sa seule musique, prend possession d’un espace qui n’était pas prêt à l’accueillir. Ici, c’est encore plus beau, c’est un lieu endormi qui a repris vie, l’espace d’un morceau.

 

 

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Empty Space n°1 – FOALS – Late Night http://blogotheque.net/2013/03/28/empty-space-n1-foals-late-night-2/ http://blogotheque.net/2013/03/28/empty-space-n1-foals-late-night-2/#comments Thu, 28 Mar 2013 14:37:48 +0000 http://blogotheque.net/?p=20973 Il y a d’abord les lieux. En sept ans, nous pensions avoir écumé Paris en filmant des groupes partout où on le pouvait, dans ses rues, ses appartements, ses cafés, ses cages d’escaliers et ses marchés. Seulement il y avait quelques portes que nous n’avions pas franchies, celles des lieux historiques, majestueux, secrets ou difficiles d’accès, ces lieux dont on se dit à première vue qu’il ne sera possible d’y filmer.

Il y a ensuite ces groupes que nous ne voulions pas débrancher, qui n’auraient rien eu à gagner à troquer leurs amplis pour un melodica, que nous voulions filmer à pleine puissance. Nous avions essayé avec Battles l’an dernier, filmés dans l’hôtel de Ville. Cela avait fonctionné au delà de nos espérances. Il nous fallait renouveler l’expérience.

Cela a pris du temps. Il fallait quelqu’un qui nous ouvre les portes de ces lieux, quelqu’un qui nous donne les moyens de cette folle ambition. La Mairie de Paris a accepté de nous prêter quelques clefs, et Converse a partagé notre envie de créer une nouvelle série ambitieuse, folle, qui donne la pleine mesure d’une expérience live puissante inédite et décalée. ‘Empty Space’ était née.

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