La Blogothèque » Séries » Blogofight http://www.blogotheque.net Thu, 24 May 2018 07:20:04 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=3.8.1-alpha Sufjan Stevens – Fight http://blogotheque.net/2011/05/13/sufjan-stevens-fight/ http://blogotheque.net/2011/05/13/sufjan-stevens-fight/#comments Fri, 13 May 2011 17:58:26 +0000 http://www.blogotheque.net/2011/05/13/sufjan-stevens-fight/ Dali

Je suis acquise à la cause, ça n’est pas un mystère. Je l’ai même écrit : Sufjan Stevens, c’était l’un des meilleurs concerts de toute ma vie. Les attentes étaient d’autant plus grandes. Avant d’aller à l’Olympia, mieux valait n’avoir lu aucun live report des concerts des jours précédents, c’eût été gâcher le plaisir.

Parce que tout était bien là, dans la surprise : la mise en scène, les couleurs, les décors, les costumes fluos, les ongles qui clignotent et les chorégraphies. Quelque part entre Jean-Michel Jarre et Chantal Goya. Le génie en plus.

J’ai la chance d’adorer le dernier album de Sufjan. D’en préférer même ce qu’il y a, parait-il, de plus indigeste : cet “Impossible Soul” de vingt-cinq minutes, ce vocoder dégoulinant, ces beats auxquels il ne nous avait pas habitué. J’ai eu surtout la chance de l’avoir vu interpréter ces morceaux sans fioritures il y a deux ans – un show musicalement époustouflant – et de ne pas être frustrée, car à danser et gesticuler, on perd forcement un peu en qualité musicale, en harmonie et en finesse. S’il faut en avoir un, ce sera l’unique regret, et il a été bien vite oublié, occupée que j’étais à m’émerveiller sur les tenues de cosmonautes psychédéliques, à voir un Sufjan Stevens s’amuser comme un enfant et à écouter ses histoires (drôles) de phobies de télévision.

Non, ce qu’il y a de plus affreux dans ce concert, c’est qu’il faut bien revenir à la réalité : dans la vraie vie, les cotillons ne tombent pas du plafond.

9,4 sur l’échelle de Chesnutt. (L’échelle de Chesnutt mesure le degré de bouleversification des tripes. Elle a été établie à la suite d’un concert de Vic Chesnutt à la Cigale en novembre 2007)

François

Avant Sufjan Stevens, j’avais du mal avec les années 80. Avant, j’avais peur du fluo. Avant je détestais la macarena, et glisser sur un arc-en-ciel habillé en Bisounours eût été mon pire cauchemar.
Ce 9 mai à l’Olympia, j’ai assisté à un show extraordinaire, entre le Sun Ra Orchestra et Ulysse 31, absolument jusqu’au-boutiste dans la grandiloquence, l’ambitieux, le kitsch et le DIY. Comment le détester, c’était trop assumé… et immédiatement j’ai glissé sur la pente régressive de Sufjan, ce grand frère qui se serait assis à côté de moi quand je m’ennuyais devant le club Dorothée. Au-delà de la performance visuelle qui prendra immanquablement le dessus dans le discours des anti-néo-Sufjan, il y a eu une interprétation magistrale de l’album The Age Of Adz, chef d’oeuvre troublé tombé l’an dernier sur le coin de nos tronches (douloureux pour ceux qui attendaient un Illinoise 2, 3 ou 15). Les morceaux apparaissent mieux bâtis, plus nuancés, et toujours d’une richesse indépassable dans l’indie actuel. Mieux, les rythmes accentués et la décadence d’un funk post-apocalyptique – deux batteries, du synthé en pagaille, une section de trombones comptant un vague sosie de Polnareff dans ses rangs et deux choristes n’ayant pas peur du ridicule – fait quelquefois passer le disque pour une collection de gentilles chansons un peu pâlottes.

Sa prestation fut un rêve éveillé que je m’acharne à reproduire thérapeutiquement depuis en téléchargeant lives et vidéos de qualité variable afin que, l’espace d’un instant, je puisse revivre cette déferlante sonique et fluo qui m’a emporté lundi dernier.

Chryde

Avant ce lundi soir, j’avais vu Sufjan Stevens deux fois en concert. La première, c’était en 2005, au point FMR. Oh, c’était bien moins démesuré. Mais le souvenir le plus prégnant reste celui d’un artiste qui se lâche comme on ne l’aurait pas imaginé, d’un concert qui se termine en fanfare, avec des choristes en pom pom girls, et avec un Sufjan qui s’amuse comme un enfant. La seconde, c’était au Brooklyn Academy of Music en 2008 : il avait programmé l’intégralité d’une soirée consacrée à Brooklyn. Le line up était inattendu (incluant notamment une fanfare funk), et il était monté sur scène pour interpréter sur scène, avec St Vincent, une reprise de… Phil Collins à deux batteries. A la fin des concerts, il se baladait dans la salle, faisait des break dance, embrassait à pleine joues des adolescentes fan…

Qu’à l’Olympia, son spectacle fut disproportionné, flirtant sans cesse avec le kitsch, tournant à la fête folle, ce n’était pas une surprise. Oui, on aurait aimé plus d’Illinois, une miette de Michigan, un peu plus de Seven Swans que juste ‘Seven Swans’. Les morceaux de The Age of Adz sont pour certains laborieux, il les a parfois rendu encore plus lourds. Il a eu des danses ridicules, il nous a un peu trop expliqué qu’il était libre et son caprice manquait clairement de finesse. Mais la beauté, la richesse de ‘Seven Swans’ en ouverture et ce final incroyable ont atténué l’effet des maladresses, du too much. Je me suis moins ennuyé en 2h30 qu’en 45 minutes de nombreux autres concerts.

Enfin, il y avait quelque chose d’incroyablement touchant, le voir revenir après les folles 25 minutes de ‘Impossible soul’, après 10 minutes de vide, seul, en tee-shirt, et s’asseoir à son piano. Rincé, humble, gauche, trébuchant sur ‘Concerning the Ufo…’. Et je reste persuadé que même les plus grincheux ont sauté comme des gamins sur ‘Illinois’.

Ah, et entre nous, je n’ai jamais entendu un aussi bon son à l’Olympia. Respect.

Rockoh

Il y a eu une énorme méprise.

Lundi soir, ce n’était pas un concert de Sufjan Stevens à l’Olympia. C’était autre chose, qui se rapprochait par moment d’une comédie musicale abstraite ou d’une opérette moderne, d’une démonstration pyrotechnique ou d’une fête de fin d’année du lycée (établissement privé, à gros budget évidemment…). C’était un spectacle, avec beaucoup de démesure. Un peu comme Le Roi Lion : tu sais que ce n’est pas ta came, mais tes enfants t’ont convaincu et finalement tu passes plutôt un bon moment. Tu te fais surprendre souvent, tu t’émerveilles parfois et tu ressors un peu groggy… Pour Le Roi Sufjan Stevens, il fallait troquer kids contre ados, il fallait un minimum de compréhension des concepts de second degré et d’ironie. Et quelques notions de métaphysique aussi…

J’ y ai cru au début, “Seven Swans” jouée les doigts dans la prise (sinon comment expliquer tant d’illuminations et des mouvements incontrôlés ?), ce n’était qu’une fausse alerte, il allait ôter sa combinaison tektonik pour revenir au jean-basket. Mais non, The Age Of Adz, en long, en large, en travers et surtout en digressions. En Daft Punk multipistes, en prog rock revival, en barnum sci-fi, en arrangements infiniment complexes, en effets spéciaux un peu kitch aussi. En tout ce que je pensais que je détesterais mais que, finalement, j’ai sagement accepté. On n’assiste pas si souvent à des démonstrations techniques d’une telle intensité. Je me suis pris au jeu, conscient que je n’étais toujours pas près d’écouter ce dernier album, que j’étais venu sur la mauvaise tournée, mais qu’il aurait été de mauvaise foi de regretter d’être là.

A la fin, Sufjan est revenu jouer“ John Wayne Gacy Jr.” en solo acoustique. C’était beau, c’était ce que j’attendais en entrant dans l’Olympia deux heures et demi plus tôt, mais ça gâchait presque la fête, en fait. En tous cas, ça foutait le concept en l’air et paradoxalement c’est ce qui m’a le plus déçu…

DJ Barney

J’ai encore mal aux yeux mais je crois que j’ai aimé ça.

Avec un disque comme The Age of Adz grosse meringue dégoulinante de cordes, d’électronique et d’auto-tune craignos – mais aussi d’hymnes pop souvent brillants – pas question d’imaginer un instant retrouver Sufjan Stevens en formation classique, guitare-chant. Mais tout de même. Les ailes de cygne en entrée, les danseuses pas douées, les ballons et les confettis colorés, la fusée, les explosions sonores, les rubans de GRS, les costumes fluos piqués à une version gay de Tron… Ça faisait beaucoup et souvent beaucoup trop. À force de pousser le spectaculaire aux frontières du ridicule (frontière souvent franchie), et au passage de diluer certains titres déjà redondants de son dernier album, Sufjan Stevens ressemble de plus en plus à un Elton John déguisé en hipster.

À ceci près que je dois bien m’avouer que je m’y sentais assez bien, dans ce déferlement fluorescent, que l’envie mise dans les deux heures et demie de spectacle efface beaucoup d’éclaboussures grandiloquentes et que le groupe garde largement assez de second degré pour ne pas filer directement faire la première partie de U2 au Stade de France.

Sufjan Stevens a envie d’en faire trop et de crier au monde qu’il est liiiiibre dans son corps et dans sa tête, il nous fait sa crise d’adolescence sonore; ça lui passera. Là, il retrouvera un équilibre entre la force scénique et les réels besoins de ses chansons. Enfin, j’espère.

Photo du bandeau par Fabrizio Glorioso

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Virot – Fight http://blogotheque.net/2008/09/19/virot-fight/ http://blogotheque.net/2008/09/19/virot-fight/#comments Fri, 19 Sep 2008 14:33:36 +0000 http://www.blogotheque.net/2008/09/19/virot-fight/ Chryde

Ce n’est pas un hasard si François Virot a accroché notre oreille l’année même où Cocoon a gagné le concours CQFD des Inrocks. Parce que justement, François est l’anti-Cocoon. Un garçon qui en face de jolies mélodies, de voix douces et d’arrangements polis qui deviendront la nouvelle orthodoxie de la folk à la française, oppose des grimaces, des couinements, une intensité de jeu, une certaine impolitesse. Prenez mes chansons, regardez, j’oserai à peine vous parler, mais celles-ci, je les hurle, elles me travaillent au corps et je n’y peux rien. Prenez-moi, prenez-les comme ça.

On avait eu confirmation de tout ça avec un Concert à Emporter qui nous montrait un Virot tout timide, qui expliquait se sentir mal face à la scène, et qui dans chaque tableau composé par Vincent Moon dans le quartier de Château Rouge, faisait sa chanson, tout petit dans sa rue, et arrivait à s’imposer tout en s’effaçant.

Il aura fallu attendre deux ans, mais voilà enfin un album. Il déroute ce disque, car si l’on a suivi le petit, on y retrouve la plupart des chansons qu’il avait déjà distribuées, offertes, jouées en concert. Mais qu’importe. Yes or No , ou plus globalement François Virot, c’est quelque chose dont on avait besoin en France. Une musique qui n’en singe pas une autre, un chanteur qui se fiche du regard des autres, qui sait sans doute que sa voix agacera, mais qui ne peut rien y faire. C’est un Moldy Peaches tout seul, un garçon qui monte en haut de la butte et se laisse glisser, se laisse tournebouler, et prend avec lui qui voudra le suivre. Une Cascade…

Et s’il fallait résumer ça, tout ce trouve ci-dessous :

Note : 16/20

Garrincha

A l’inverse de certains de mes camarades, la première impression que j’ai eu de François Virot était plutôt déplaisante. En Concert à Emporter, sur ses premiers morceaux, le bonhomme geignait trop à mon goût. Pour être intense, c’était certes intense mais c’était comme s’il n’arrivait pas à balancer ses chansons, comme s’il les enfantait dans la douleur. Une musique de constipés. Pas mon truc. C’est par la bande que j’y suis revenu, via une reprise très bien foutue du … Hard Knock Life de Jay-Z.

Et l’album est donc pour moi une bien belle surprise. C’est comme si le fait d’enregistrer proprement ces morceaux avait fait péter la gangue dans laquelle ils étaient emprisonnés. “Not The One” a perdu en intensité, sans doute, et la chanson donne un peu moins envie de hurler son manque à la lune, mais je m’en fous, elle est si belle à son étrange façon, enrichie de chœurs et de handclaps. Ces morceaux ont toujours la gueule de travers, ils portent toujours une forme de belle rage et ils jouent toujours sur la corde tendue de mes nerfs mais on y voit enfin un peu de grâce, et pas mal de courage témérité. Car ça reste un disque tendu, sur le fil, balancé d’une traite avec autant d’angoisse que de détermination. En 10 chansons qui dépassent d’un souffle la demi-heure, François Virot réinvente un genre nouveau : le kamikaze folk

Bon, on a parfois un peu l’impression d’entendre un Neutral Milk Hotel à la “King of Carrot Flowers Part 1″, sortis tout droit d’une cave où on les aurait enfermés pendant 10 ans, mais ça va parfois plus loin que cette (belle) parentèle. Notamment quand il se lance dans “Say Fiesta”, la façon qu’il a de frapper les cordes de sa guitare, celle qu’il a de laisser traîner le mot fiesta, et celle dont il convoque des souvenirs d’enfance en deux lignes énigmatiques. Il y a des chansons comme ça, impérieuses et incertaines, ferventes et excessives, qui n’ont pas l’assurance qu’il faut pour se prêter aux jeux de la séduction. Elles veulent être fixées tout de suite : tu veux ou tu veux pas ? C’est oui ou c’est non ? Moi j’veux bien.

Note : 14/20

DJ Barney

Longtemps j’ai cru que j’aimais vraiment la musique de François Virot, et surtout que ça pouvait durer.
En descendant dans les entrailles de feu le squat de la Générale à Paris, à mi-pente de Belleville, un jour de soleil de 2007, j’étais tombé sur ce type aux cheveux volants, seul avec sa guitare et ses grimaces. Il braillait, suait, grattait ses cordes comme un mort de faim et mettait énormément de hargne dans ses chansons. C’était assez impressionnant et pas gentil du tout. Ça changeait de la mélancolie barbue qui commence à saouler sérieux.

Virot semblait en vouloir à sa propre santé mentale et à la nôtre au passage, violenter les codes de la jolie chanson indé, celle qui fait aussi papier peint. Guitare à la main, le Lyonnais est un sale type et ça faisait vraiment du bien ce jour-là, ça crissait sérieusement et il était d’ores et déjà promis à la réussite discographique hors champ.

D’autant qu’il est revenu deux heures après le bougre, cette fois à la batterie et torse nu, derrière ses collègues tout aussi détrempés de Clara Clara, trio de math-rock pour les nuls fracassé à coup de clavier dégueulasse et de coups de guitares dans le bide. C’était encore mieux, basiquement charnel et impressionnant de chaleur grasse. Les cerveaux étaient déconnectés et seul l’instinct primaire des danseurs était au pouvoir dans la salle. Même les murs dégoulinaient.

Puis est venu le temps de transformer cette rage en disque, et c’est un peu raté, aussi bien pour François Virot que pour Clara Clara. Pour le trio, l’affaire était entendue d’avance: ce groupe est une tuerie scénique telle qu’il faut un producteur comme il y en a peu pour lui donner un sens à la sortie d’une bête chaîne hi-fi. Leur premier album, AA , assure le service minimum face à la difficulté de l’entreprise, mais il ne reste qu’une gentille introduction à côté du bombardement au napalm qu’est Clara Clara en concert.

Reste le cas du premier album de François Virot, ce Yes or No vraiment attendu et trop décevant. Il ne reste plus grand chose de l’hystérie intériorisée de ses sets live, plus de cordes ratées dans l’énervement, plus de peur dans les yeux face au public qui l’obligeait à tout cracher les yeux fermés pour ne pas risquer de s’apercevoir que oui, c’est bien lui qu’on regarde et sa musique débraillée qu’on écoute.

Yes or No offre à la place un Virot plus pro et présentable, aux angles sérieusement arrondis. Comme s’il avait eu 34 ans depuis ses concerts de l’année dernière, qu’il s’était acheté une Xsara Picasso et qu’il essayait de planquer son côté sombre dans un placard oublié du garage. Mais François Virot est un Tom Stall en puissance: un jour toute cette rage ressortira inévitablement et bouleversera cet ordre joli établi par Yes or No .
Et là ce sera classe.

Note : 10/20 (peut mieux faire)

rom

La seule fois où j’ai vu François Virot sur une scène, j’ai immédiatement détesté sa musique : aussi grimaçant que s’il avait pris un mauvais acide, il me faisait subir sa descente en martyrisant une guitare qui n’en méritait pas tant et pour couronner le tout, il n’était pas prévu au programme de ce mini-festival dont l’essentiel des participants se révéla fort décevant – et dont j’attendais beaucoup (trop ?).

J’étais donc le candidat idéal pour revêtir l’habit du méchant de service de ce Virot-fight : j’allais pouvoir cracher sur un disque dont la Blogothèque est partenaire et manifester par ailleurs l’indépendance de la maison – indépendance qui n’est plus à prouver ainsi que l’a montré l’article d’un quotidien gothique du soir paru en juillet dernier.

Le hic est que ce Yes or No n’a pas grand-chose de commun avec le set mentionné plus haut. Autant celui-là était sec comme un coup de trique, l’approximation le disputant au volontarisme ; autant celui-ci est arrangé, mouillé de reverb’ et résonne comme une proposition solide. Sa mâchoire n’est pas encore complètement décrispée mais le premier essai de François Virot me déçoit en bien comme on dit en Helvétie francophone. Plutôt Yes que No donc.

Note : 12/20

joseph gerard

On va dire que je suis fatigué.
On va dire que j’ai pas bien écouté l’album.
On va dire que j’ai eu trop d’enfants pour être encore ému par la rage d’un jeune homme grattant sa guitare comme une plaie.
On va dire que j’écoute plus assez de musique récente.
On va dire que je commence à me faire un peu vieux pour être snob.
On ira même jusqu’à dire que j’ai de la merde dans les oreilles.
On pourra à bon droit dire que je n’ai jamais vu François Virot sur scène.
On me conseillera peut-être d’aller me palucher encore sur Viva Hate (même pas vrai !).

Mais on ne m’empêchera pas de dire que ce disque est assez globalement insupportable, ce qui me mettra sur le même pied que son auteur : car si je reconnais à François Virot au moins une qualité, c’est bien celle d’être sincère. Et pour l’être tout à fait, on ira même jusqu’à dire que “Fish Boy” et “Yes Sun” sont de bonnes chansons.

(Normalement, en bon retourneur de veste, façon je-crache-sur-l’album-sur-toute-la-chronique-mais-je-la-termine-par-”bref,-un-disque-indispensable” (C) Inrocks 1988, je colle un 20/20 – mais faut pas déconner, j’ai passé l’âge)

Note : 5/20

Dali

Août 2006. Quelques mois avant que les Inrocks ne réclament sa présence sur la compil CQFD, mes pérégrinations myspaciennes me mènent à François Virot. Coup de foudre, je suis troublée par “My Head Is Blank” et la fureur qui s’en dégage. A partir de cet instant précis, ma tendresse et mon intérêt pour le Lyonnais seront indéfectibles.
Depuis, il y a eu un CDR, Tout gâché, tout perdu , vendu de la main à la main, et des espoirs pas déçus.

Le premier (et seul) défaut que j’ai d’abord trouvé à ce Yes or No , c’est que la moitié des titres figuraient déjà sur le CDR. Et puis, je me suis amusée à alterner vieilles et nouvelles versions et ce qui m’énervait d’abord a finalement été le signe que Virot et sa musique s’enrichissaient et se perfectionnaient, sans pour autant tomber dans ce qui serait pour lui le travers d’un disque “immaculé” et sans âme.

Virot ne trahit pas la rage qui l’a fait sortir du lot et officialise, avec ce premier vrai album, son goût de la reprise (périlleuse). Piste 8, il malmène avec brio le “I wish I had you” de Billie Holiday et le rend délicieusement abrupte. Virot habite la musique, sur disque comme sur scène : il tourne, les doigts en sang, malade ou avec des micros défectueux, et rien n’entame son enthousiasme.

On peut se dire qu’un jour, peut-être, on atteindra les limites du système Virot, qu’il faudra ajouter quelque chose à sa voix écorchée et ses clapsclaps mais on sait que lorsqu’il veut explorer de nouvelles contrées, un nouveau groupe voit le jour : Virot est un infatigable créatif, et son dernier projet en date a pointé son nez à la Flèche d’Or il y a quelques jours…

Note : 18,5/20

Rockoh

La métaphore est peut-être éculée mais elle est pratique : François Virot, c’est un peu le SDF qu’on croise fortuitement au coin d’une rue et qui bouscule un trajet routinier, un obstacle qu’on ne peut ignorer et qui ne laisse pas indifférent. On trouvera sa souffrance touchante et il inspirera pitié et compassion ou on préférera détourner le regard que se prendre sa détresse en pleine gueule.

Deux réactions, pas forcément antinomiques et plus que probables à l’écoute de sa musique : son folk est gênant, magnifique de brutalité ou dégoulinant de poussées lacrymales insupportables. Il met à mal quelques certitudes : la guitare sèche peut être un instrument de torture, on peut ne pas savoir en jouer et en faire le (presque) unique instrument d’un album, on peut composer des merveilles (“Say Fiesta”) avec deux ou trois accords boiteux et une voix de pleureuse, on peut se vautrer également (“Fish Boy”) avec les mêmes “recettes”… Il faut lui reconnaître aussi le courage (ou l’inconscience) d’avancer démasqué, avec un nom aussi sexy qu’une blanquette de veau, quand d’autres solitaires, tout autant écorchés, s’abritent derrière des pseudos trompeurs (Red, Smog, The Secret Society…) pour distiller leur mal-être en tentatives artistiques.

Frère d’arme d’un Asaf Tager (Katamine) méconnu, François Virot a le noisy folk acoustique bancal, et forcément, on tangue. Entre ceux qui supportent les roulis et les sujets au mal de mer, les réactions seront extrêmes : lui jeter la pièce ou shooter dans sa gamelle pour le faire taire. On lui accordera le bénéfice du doute et quelques encouragements, par esprit de contradiction, auto flagellation ou sincère appréciation, selon les dispositions et l’humeur du jour…

Note : 14/20 (parce qu’oscillant sans cesse entre 10 et 18)

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http://blogotheque.net/2008/09/19/virot-fight/feed/ 0
Tellier – Fight http://blogotheque.net/2008/03/26/tellier-fight/ http://blogotheque.net/2008/03/26/tellier-fight/#comments Wed, 26 Mar 2008 17:54:22 +0000 http://www.blogotheque.net/2008/03/26/tellier-fight/ Sexuality : le dernier album de Sébastien Tellier est-il un excellent et délicat exercice de style ou la bande-son des dimanche soir coquins de vos parents ? On n'arrivait pas à se décider. On s'est donc battu.]]> Rockoh

A trop se prendre pour un ascenseur vers l’orgasme, on risque de finir en escalator vers l’éjaculation précoce. Un disque raté, comme un coup foireux…

Note : 5/20

Rom

Ecouté à froid – c’est-à-dire en essayant d’éviter la grosse artillerie marketing dégainée à l’occasion de sa sortie – on essaie de se persuader qu’un minimum de sincérité surnage dans ce bouillon de références cheesy et autres codes eighties . Parce qu’on a aimé L’Incroyable Vérité et apprécié Politics , c’est impossible.
Deuxième degré malin, clins d’oeil pas dupes, le choix de Sébastien Tellier pour représenter la France au concours de l’Eurovision a le mérite de boucler la boucle.

Note : 8/20

Garrincha

Venu à Tellier, comme beaucoup, sur la foi d’une ritournelle qui finalement n’a laissé que peu de traces, j’avais un peu de sympathie pour la musique du bonhomme et déjà très peu pour le personnage qui à l’époque se montrait en survêtement chez Taddéï dans un “Paris Dernière” tourné dans une salle de sport ouverte la nuit. Et aujourd’hui, je retrouve un peu tout ça dans Sexuality : le talent mélodique de “La Ritournelle”, et un art du décalage revendiqué, un décalage braillard et m’as-tu-vu , le tout pour habiller du vent.

Pas étonnant du coup que Tellier admire les Daft mais le Discovery régressif et crétin, hymne de toute une génération de yuppies versaillais, plutôt que l’abrasif Homework . Pas étonnant qu’il résume son parcours dans les Inrocks en affirmant : “J’ai longtemps pensé que chercher des notes tristes était ce qu’il y avait de plus intéressant. Puis j’ai cherché, avec Politics , des notes compliquées, de réflexion. Et enfin, j’ai découvert que chercher les notes sexuelles était finalement ce qu’il y avait de plus intéressant.”

On espère vraiment qu’un jour Tellier sera moins univoque, qu’il tentera d’être triste, complexe et sexuel à la fois, qu’il cessera de vouloir saisir une seule et unique idée dans l’air du temps pour plutôt chercher un peu de contraste, un peu de contradiction. Un truc plus sincère, quoi.

Note : 8,5/20

Chryde

Note : 4/20 pour la moitié, 12/20 sur deux chansons

DJ Barney

Tout d’abord, laisser loin derrière toutes ces couvertures de magazines et ces mouillages de caleçons qui ont accompagné la sortie de Sexuality . Tout ça est bien loin de la musique et on s’en fout (mais ça n’en est pas moins pénible).

Et ensuite quoi? Sans que je puisse vraiment expliquer pourquoi, Tellier m’a toujours laissé dans une indifférence totale. La musique de Motus m’a plus marqué que son premier album et Politics reste dans mon top five des plus mémorables non-événements discographiques. Donc voilà, Tellier ne me touche pas, me traverse comme un gaz; je suis Tellierproof et ce Sexuality m’emmerde aussi rapidement que ses prédécesseurs.
Reste à savoir si ce garçon a des choses à dire. Je le pense vraiment, aucun de ses disques n’est un foirage musical intégral, Tellier tente des choses d’enregistrement en enregistrement, le problème c’est qu’il le fait en se jetant corps et barbe dans un concept bien foireux et démago. C’est son style, le concept/posture/happening. En général j’aime bien ces disques où la musique, le visuel et l’attitude vont au bout d’une idée, mais les envies de Sébastien Tellier me gênent.

Tellier a fait de la politique comme on distribue des professions de foi sur le marché des Batignolles, avec un pull noué sur les épaules et des traces d’Oenobiol, juste pour le style. Aujourd’hui il se répand dans ce langoureux cri d’amour italo-erotico-cheap qui donne autant envie de faire l’amour qu’un panini acheté place Pigalle. Sébastien Tellier c’est Brigitte Lahaie avec une barbe: une fois passée la demi-molle sur claviers eighties , ça ressemble à une bande-annonce pour XXL chantée avec un remarquable sens de l’ennui.

Note : 7/20 pour la musique – 14/20 pour la pochette

Bicarbonate de Soude

Moi j’aime beaucoup le Tellier. Vraiment beaucoup. Je le trouve superbe. Au fond, je sais pas vraiment pourquoi, je crois qu’il y a beaucoup de raisons qui font que. J’ai pas aimé Tellier pendant longtemps. J’ai donné Politics à ma petite soeur, “La Ritournelle” me passait complètement au-dessus. Et puis un jour, paf, j’ai compris. Sans trop savoir pourquoi. C’est venu tout seul. Tellier, c’est un peu comme une formule mathématique. Si tu sais pas la lire, tu comprends pas la subtilité.

Déjà, j’aime l’album concept. Cette idée de “je vais vous raconter une histoire”. Cela me rappelle les 45 tours disque/conte de quand j’étais petite, où la petite cloche faisait gling gling quand il fallait tourner la page. Là, Sebastien Tellier nous raconte le cul.

Son conte s’appelle Sexuality et c’est vraiment ça, une histoire. Parce que c’est clair qu’il n’est pas du tout en train de se livrer ou de dire ses pensées profondes. Non, il est bien trop pudique pour ça. Il nous raconte vraiment une histoire dans le sens où il se fait passer pour ce personnage. Et j’aime bien cette dévotion au service de l’album, d’une idée. Rien n’est laissé au hasard. Tout est absolument contrôlé et du coup ça devient totalement le contraire du cul: il n’y a aucune impulsion, c’est juste de la réflexion. C’est l’exposé du concept sexe. Le sexe en tant qu’idée. Dans cet album, il fait plein de références qui nous rappellent cette idée du cul. C’est bourré de connotations mais au fond, l’essence même du sexe n’est pas là. Et c’est justement pour ça que je trouve cet album touchant.

Parce que ça devient juste une vitrine. A trop vouloir être , il tombe à côté. C’est trop intellectualisé, trop parfait. On sent le studio derrière, la grosse prod’. C’est une sorte de cliché du sexe. Et c’est ça que j’aime.
C’est pas du gros son lourd et salace qui pue la cul à blinde, c’est au contraire un petit son clair et parfaitement composé avec, ça et là, juste assez de clavier pour ne pas en faire trop. C’est l’intellectualisation du sexe. C’est presque de la science-fiction. C’est “je vous donne l’idée du sexe, les codes du sexe, le son du sexe” mais au final c’est vide. Ce serait comme une boîte avec marqué “bonne baise” mais dedans, rien, le vide total.

Evidemment que Tellier n’est pas quelqu’un de sincère, dans le sens où il ne va pas chanter “t’en vas pas j’ai trop mal” ou des conneries dans le genre. Son degré de sincérité se place au-delà. Il se met au service d’une idée et c’est là qu’il est sincère. Tellier, c’est le mec qui rit pas à une blague mais qui dit “très bon, très bon” en tirant sur sa clope. Il est tout le temps dans l’observation du monde. Je ne vois pas pourquoi un artiste devrait se cantonner à “je m’exprime, je fais de la musique qui me ressemble” pour être crédible.

Moi quand j’écoute Sexuality je ne vois que de la sincérité. Et je trouve qu’il a très bien adapté les codes de la musique cul pour en faire un disque cool.

Note : 15/20

Godspeed

Je ne peux pas participer à ce Blogofight : ça veut dire écouter l’album en ENTIER avant d’écrire un truc. Et ça, jamais de la vie. J’en ai entendu 2 minutes dans une Fnac la semaine dernière et ça m’a donné envie de m’enfuir en courant. On aurait dit L’Homme à la tête de choux (qui me gave très vite) remixé par Pierre Bachelet pour la BO d’Emmanuelle . Une certaine idée du cauchemar en ce qui me concerne.

Quitte à souffrir, je préfère encore me faire une intégrale Jan Kounen.
Comme ça ensuite je peux écrire un essai : “Influences et
plagiats de l’oeuvre de Shinya Tsukamoto chez Jan Kounen” ; ça sera plus utile à l’humanité qu’une chronique supplémentaire sur le disque de Tellier.

Note : non noté

Oslav Boum

Parti-pris sonore régressif eighties , fond sexuel attrape-couillon et formes synthétiques en toc, médiatisation tête à claques, Sébastien Tellier s’expose comme pas un au brisage de rotules critique. Mais ce gars, qu’on pourrait croire as du marketing conceptuel, est plus pur que ça et/ou moins intelligent : comme un gamin qui avalerait bombec sur bombec, il carbure aux gimmicks pop pour lutter contre l’ennui.

Pour le premier album, c’était : “pas de batterie”, credo appliqué jusqu’au déraisonnable sur un disque sous influence Wyatt/Pink Floyd lo-fi. Forcément pour le second il est parti à rebours, allant chercher un ex-batteur de Fela (Tony Allen) et mettant sur pied une grosse fanfare pop. Avec en morceau de bravoure, “La Ritournelle” devenue rengaine à force de synchros pub, quand même (selon moi) un classique mondial du troisième millénaire, une mélodie qui s’installe dans le crâne et colle le frisson. Sept minutes hors format.

Après Sessions (piano voix et digestif), quelques flirts avec le cinoche sous influence de Roubaix (la BO de Narco ) et du n’importe quoi (son rôle dans Steak ou le Non Film, tous les deux signés Quentin Cuicui Dupieux), Sexuality . Disque excessif, rempli de claviers analogiques qui rappellent la pop la plus cheesy et de boîtes à rythme old school, de plein et de vide. Evacuons le concept vaguement fumeux (comme celui de Politics , aussi clair qu’un candidat du Modem… oups) et l’efficacité relative (pour faire l’amour, il y aura toujours mieux comme bande-son, de Marvin Gaye à Astrud Gilberto) mais gardons l’ambition. Tellier n’hésite pas à s’emparer de sujets plus gros que lui, qu’il appréhende avec la sobriété d’une fermeture de bar, tout délirant et dégoulinant. Il n’a pas peur du mauvais goût comme Christophe qui, de plus en plus, devient son maître à penser. J’étais à l’Olympia pour le come-back du blondinet : d’une seconde à l’autre, il pouvait passer du ringard pathétique au roublard poétique. Pareil sur Sexuality : effluves de varièt’ italienne ou de Cerrone se conjuguent avec du sous-Abba et du BBAO (Beach Boys assisté par ordinateur). Tellier prend le risque d’être ridicule (il adore ça) mais s’appuie sur de sacrées béquilles : ces mélodies qui font de “Roche” ou “L’Amour et la violence” des chansons qui se battront avec panache contre le temps.

Comme il faut que j’en finisse, je vais enlever le masque, les nuances : j’adore ce type. Comme le résume Luz : “Sexuality, c’est cool comme du Beny Benassi”. Un disque pas très correct mais dont on peut jouir une fois qu’on s’est libéré de ses propres entraves (fuck le math-rock et l’indie rock tout gris, vive la vie, vive le cul). Je le suivrai dans toutes ses bouffonneries, ses métamorphoses. Peut-être même que je regarderai l’Eurovision à cause de lui. Et ça n’a rien à voir avec une surexposition dans des canards pseudo-branchés : ses aventures, vivantes et colorées, me passionnent. J’échange ses quatre disques contre l’intégrale Constellation ou The National. Si je peux, je garde le tout, bien sûr.

Note : 16/20

Photo: Vanessa Bureau

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