La Blogothèque http://www.blogotheque.net Mon, 26 Jan 2015 10:16:25 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=3.8.1-alpha Concert privé d’Alt-J à Paris : gagnez des places http://blogotheque.net/2015/01/26/concert-prive-dalt-j-gagnez-des-places/ http://blogotheque.net/2015/01/26/concert-prive-dalt-j-gagnez-des-places/#comments Mon, 26 Jan 2015 10:06:33 +0000 http://blogotheque.net/?p=23363 On vous l’annonçait la semaine dernière : nous organisons, en partenariat avec Arte Concert, un concert privé d’Alt-J le jeudi 29 janvier dans un lieu secret à Paris.

Il est désormais l’heure de gagner vos places pour avoir une chance d’y assister.

Le principe est simple : vous avez jusqu’au mardi 27 janvier, minuit, pour envoyer un mail à blogotheque@gmail.com, en précisant si vous voulez une ou deux places. Nous procèderons ensuite à un tirage au sort et préviendrons les gagnants dans la foulée.

Pour les malchanceux, pas de panique : le concert sera filmé par nos soins et retransmis un peu plus tard sur Arte Concert.

Bonne chance !

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La Blogo au Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand http://blogotheque.net/2015/01/23/la-blogotheque-au-37eme-festival-du-court-metrage-de-clermont-ferrand/ http://blogotheque.net/2015/01/23/la-blogotheque-au-37eme-festival-du-court-metrage-de-clermont-ferrand/#comments Fri, 23 Jan 2015 15:14:38 +0000 http://blogotheque.net/?p=23366 Comme l’an passé, La Blogo fait partie des invités de la 37ème  édition du Festival International du Court Métrage de Clermont-Ferrand, qui aura lieu du 30 janvier au 7 février.

Au programme, quatre de nos jolis films seront présentés hors-compétition dans la catégorie ”Décibels”, qui met à l’honneur les créations musicales les plus surprenantes : “Onamission“, le road-trip musical que nous avons tourné avec le groupe rennais Mermonte ; le Take Away Phoenix au Château de Versailles ; le Concert à Emporter de Jack White, immortalisé dans la chapelle Saint-Saturnin du Château de Fontainebleau ; et enfin, la performance du groupe ALB dans l’enceinte vide du stade de Reims, le tout filmé par un drone.

Chaque film sera diffusé une fois par jour tout au long du festival, consultez les horaires ici et .

Cerise sur le gâteau : le réalisateur Hugo Jouxtel et le réalisateur son Henri d’Armancourt seront présents au festival. Si vous êtes dans le coin,  vous n’avez plus aucune excuse pour ne pas aller les embêter !

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Moodoïd http://blogotheque.net/2015/01/21/moodoid/ http://blogotheque.net/2015/01/21/moodoid/#comments Wed, 21 Jan 2015 13:59:22 +0000 http://blogotheque.net/?p=23359 Nous venions d’essuyer une nuit entière d’orage. Des trombes d’eau s’étaient abattues sur le centre de vacances de Ruons en Ardèche, nid coupé du monde de notre nouveau festival chouchou, le Heart Of Glass, Heart Of Gold.

Des éclairs avaient fendu les nuages noirs pendant des heures, accompagnés de grondements de plus en plus menaçants. Les chemins entre les bungalows s’étaient transformés en ruisseau, et rien ne semblait alors pouvoir arrêter la colère du ciel.

En ce deuxième jour de festival, le pire était en réalité passé. La terre avait séché, mais on pouvait encore apercevoir ça et là des vêtements et des serviettes sécher sur les rambardes des habitations et des K-Way planqués dans les sacs en toiles des festivaliers autour de la grande scène.

C’est là que nous avons attrapé Moodoïd, à la fin de leur concert, leurs visages encore bardés de cette épaisse couche de paillettes dorées devenue l’une des marque de fabrique du groupe. Pablo ne nous a pas vraiment laissé le temps de réfléchir : il voulait faire ce Concert à Emporter dans la piscine, avec les filles en maillots autour de lui.

Le soleil se couchait sur les montagnes, rosissant le ciel lentement, pendant que les filles enfilaient leurs maillots de bain, prenaient leurs percussions et que nous équipions Pablo d’un mini-ampli qui allait refuser de tenir à la ceinture de son hôte turbulent.

Nous avons sûrement trop attendu et manqué de coucher sur pellicule l’un des plus beaux crépuscules de l’année. Nous nous en sommes voulu d’avoir fait plonger Clémence, Maud et les deux Lucie si longtemps dans l’eau encore glacée. Mais pendant quelques minutes, au son de leur “Folie Pure”, nous avons tous oublié l’orage, les litres d’eau et le froid de la veille. Nous avons quitté l’Ardèche pour Copacabana, la chaleur du Brésil et ses rythmiques qui donnent envie de faire des petits mouvements de bassin étudiés.

Le voyage fût court, mais délicieux.

Moodoïd sera en concert le 28 janvier à Paris (Gaité Lyrique)

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Benjamin Clementine – Condolence http://blogotheque.net/2015/01/20/benjamin-clementine-condolence/ http://blogotheque.net/2015/01/20/benjamin-clementine-condolence/#comments Tue, 20 Jan 2015 14:00:26 +0000 http://blogotheque.net/?p=23334 Colin Solal Cardo a écrit sur ce Concert à Emporter sur Libe.fr.

Il a cette phrase étrange.  Après avoir passé plusieurs minutes à déambuler dans la Bibliothèque sans dire mot, à nous éviter du regard, s’abritant derrière une timidité si intense qu’elle en est effrayante,  Benjamin Clementine est venu nous parler. D’une voix minuscule, chuchotant presque, il nous dit : “Je ne sais pas si je vais pouvoir faire une chanson plusieurs fois. Mes chansons, je me jette dedans, je me laisse porter. Je ne peux pas faire deux fois la même interprétation”.

Tant mieux, on adore -parfois- être mis au pied du mur. Et quel choix avions-nous ? Benjamin Clementine ne laisse rien passer. Il est là sans être là, et quand il invite sa chanson, il est effectivement seul avec elle. Il ne regarde jamais rien de précis, il ne semble  pas même jouer, comme s’il avait tout débranché pour se laisser porter par la chanson, et accepter toute exubérance, toute variation qui s’imposerait sans crier gare.

Benjamin Clementine, c’est un jeune homme qui aurait décidé d’être Nina Simone, et aurait si bien réussi qu’il est déjà la Nina Simone vieillissante, la Nina Simone intransigeante, puissante, acrimonieuse. C’est le soldat illuminé de ses chansons. C’est un personnage, presqu’une chimère, quelqu’un qui vient occuper, remplir le réel sans non plus s’y frotter. Il regarde vers le sol, dans un coin de la Bibliothèque Sainte-Geneviève que l’on dirait sorti d’une illustration de Jules Vernes. Il chante la même phrase, encore et encore, la faisant frapper contre le vide énorme de l’endroit, et soudainement c’est nous qui avons été invité. Nous ne regardons plus du réel. Nous sommes dans un autre monde. Le sien.

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Alt-J en concert privé à Paris http://blogotheque.net/2015/01/19/alt-j-en-concert-privee-paris/ http://blogotheque.net/2015/01/19/alt-j-en-concert-privee-paris/#comments Mon, 19 Jan 2015 14:06:15 +0000 http://blogotheque.net/?p=23330 Dans la liste des artistes que l’on nous redemande le plus souvent de filmer, il y a Beirut bien sûr, Arcade Fire, Bon Iver, Feist, et Alt-J.

On va donc rendre un paquet de fans et lecteurs heureux puisque nous organisons, en partenariat avec Arte Concert, un concert privé d’Alt-J dans un lieu secret à Paris le jeudi 29 janvier.

Comme pour nos Soirées de Poche, il y aura bientôt un concours sur La Blogo pour gagner des invitations (on vous en dit plus à ce sujet très vite). La soirée sera bien entendu filmée par nos soins et diffusée quelques jours plus tard sur Arte Concert.

En attendant, vous pouvez toujours revoir le concert d’Alt-J que nous avions filmé au Casino de Paris en septembre dernier.

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Limbo Festival, première édition http://blogotheque.net/2015/01/19/limbo-festival-premiere-edition/ http://blogotheque.net/2015/01/19/limbo-festival-premiere-edition/#comments Mon, 19 Jan 2015 12:47:43 +0000 http://blogotheque.net/?p=23341 Alerte nouvelle tête dans la grande famille des festivals parisiens avec la première édition du Limbo festival qui commencera ce vendredi. Quatre soirées placées sous le signe de l’exigence, avec une programmation façon double-impact (viens-je vraiment de faire une référence à Jean-Claude Van Damme ? Je le crois bien) puisqu’elle entérine l’association entre deux acteurs pointus du booking français, Kongfuzi et My Favorite.

On retrouvera notamment les drones format grand canyon de Earth (qui au passage s’offre une jolie carte blanche avec Don McGreevy & Roger Small ainsi que Black Spirituals) le  punk industriel made in Sacred Bones de Pop. 1280, mais aussi Pere Ubu pour la caution arty. Bref, vous l’aurez compris, beaucoup de raisons d’aller donner de l’amour au Limbo, histoire de lui souhaiter la bienvenue et encourager ces initiatives qui rendent Paris un peu moins morne. Retrouvez la programmation complète ci dessous et sur la page du festival.

Vendredi 23 janvier – La Maroquinerie - Carte Blanche à EARTH  (avec Don McGreevy & Roger Smal Duo, Black Spirituals)

Samedi 24 janvier – Le Point Ephémère –  Club LIMBO w/ ARANDEL + RIVAL CONSOLES + LA MVERTE

Dimanche 25.janvier La Maroquinerie- WHITE FENCE + BASTON

Lundi 26 janvier  -  La Mécanique Ondulatoire - POP.1280 + FUTURE

Mardi 27 janvier  - La Maroquinerie - PERE UBU “Carnival of Souls”

Et si vous êtes fauchés, on a bien sûr des places à vous faire gagner pour les concerts de White Fence (avec Baston) et de Pere Ubu. Rendez-vous sur notre page “Sortir”.

LIMBO-ISIDE

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My Brightest Diamond – “Ceci est ma main” http://blogotheque.net/2015/01/19/brightest-diamond-ceci-ma-main/ http://blogotheque.net/2015/01/19/brightest-diamond-ceci-ma-main/#comments Mon, 19 Jan 2015 09:48:35 +0000 http://blogotheque.net/?p=23327 C’était fin octobre, au milieu du dernier concert parisien de My Brightest Diamond. Shara Worden avait timidement expliqué qu’elle allait se lancer dans quelque chose de nouveau. Elle avait lancé un sample, levé la main gauche, fait quelques signes et avait commencé à chanter ‘This is my hand’, l’une des plus belles chansons de son dernier album… en Français.

Cela fonctionna si bien que Shara a joué cette version le lendemain chez Label Pop, puis en a quelques semaines plus tard enregistré la version studio. Nous vous la présentons aujourd’hui en exclusivité.

My Brightest Diamond sera en concert le 11 février à Nantes (Stereolux), le 12 à Lille (Aéronef), le 13 à Paris (Gaité Lyrique), le 14 à Mulhouse et le 15 à Dijon (Festival Génériq).

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Le bien bel Antigel http://blogotheque.net/2015/01/13/le-bien-beau-festival-antigel/ http://blogotheque.net/2015/01/13/le-bien-beau-festival-antigel/#comments Tue, 13 Jan 2015 15:06:59 +0000 http://blogotheque.net/?p=23307 C’est le mois de janvier, la chandeleur, les bonnes résolutions…Certes. Mais c’est aussi le début de la cinquième édition d’Antigel,  le festival suisse qui mélange à la fois musique, danse, performances visuelles, sonores et gustatives, parce qu’on aime bien manger.

Du 23 janvier au 8 février, le festival accueillera donc une fois de plus à Genève et dans quarante-cinq villes environnantes tout un tas d’artistes qu’on aime bien : Mogwai, TV on the Radio, Tindersticks, Tricky, Wild Beasts, Fink, Ghostpoet, Dean Blunt, DJ Shadow & Cut Chemist, Earth, Pere Ubu, Chassol et Toumani & Sidiki Diabate pour ne citer qu’eux.

Comme à la Blogo, on a décidé que c’était encore un peu Noël, on vous offre des places pour aller voir Mogwai et Wild Beasts. Tentez votre chance par . Et ramenez-nous du chocolat.

Plus d’info sur le festival et sa programmation par ici : www.antigel.ch

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Flo Morrissey http://blogotheque.net/2015/01/08/flo-morrissey/ http://blogotheque.net/2015/01/08/flo-morrissey/#comments Thu, 08 Jan 2015 13:56:29 +0000 http://blogotheque.net/?p=23308 C’était un beau dimanche. Il faisait un peu frais. La lumière était belle et faible à la fois. Posée sur ce piédestal sans statue, Flo semblait seule, comme si elle était là pour bercer cette ville derrière elle, cette ville rendue plus calme par l’hiver récent.

La nuit est vite tombée. Les visiteurs sont peu à peu partis, Mais le parc des Buttes Chaumont est resté ouvert encore un peu. La nuit était tombée : nous sommes montés sur le plus haut rocher, il y avait là encore quelques personnes, un couple, deux copains, chacun dans une bulle de silence. Pas un n’a réagi, pas un n’a fait de bruit lorsque Flo Morrissey a repris Françoise Hardy. Ils l’ont naturellement acceptée comme bande son d’un moment précieux, d’une nuit qui tombait sur la ville en contrebas.

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L’année de la Blogo http://blogotheque.net/2015/01/02/lannee-de-la-blogoteam/ http://blogotheque.net/2015/01/02/lannee-de-la-blogoteam/#comments Fri, 02 Jan 2015 13:36:55 +0000 http://blogotheque.net/?p=23278 ANOUSONNE SAVANCHOMKEO

Deux albums m’ont accompagné cette année, Still Life de Kevin Morby quand la vie allait trop vite, quand il me fallait calmer le jeu pour prendre une respiration. D’ailleurs, j’ai pris le temps d’aller le voir en concert au Point Ephémère en Septembre. Un concert qui m’a touché et émerveillé à la fois par ses textes mais aussi par une sorte de fausse candeur dans sa manière de tenir sa guitare comme une basse, ou encore son batteur tout engoncé dans sa chemise boutonnée jusqu’au dernier bouton. Une raideur et une fragilité qui se sont effacées d’une saccade noisy et d’une frappe un peu plus lourde sur la caisse claire, histoire de sonner le glas et dérouler des compositions d’une beauté désarmante, définitivement rock et épurées. “Si le monde était simple, ce serait le concert de l’année“, un ami breton, un peu ivre, non… ivre, mais néanmoins perspicace.

L’autre album qui a marqué cette année, c’est la bombe de 39 min de Run The Jewels. Bordel, que ça fait du bien de voir Killer Mike et El-P un peu partout en ce moment, que ce soit dans les innombrables top mais aussi à notre putain de Soirée de Poche. Ça fait des années que ces deux mecs écument le hip hop indé avec humilité en réalisant des albums d’une intelligence rare, des productions incendiaires, je me rappelle encore de R.A.P. Music de Killer Mike, produit par El-P qui pose les fondamentaux de ce que deviendra par la suite Run The Jewels.

Bref, pour cette fin d’année on s’est fait un cadeau en invitant Run The Jewels en Soirée de Poche, notre première Soirée de Poche hip-hop. Une soirée folle qui peut être aura fait bouger les lignes, parce que Run The Jewels représente pour moi le trait d’union parfait entre l’univers Blogothèque plus pop et rock et ce hip hop racé qui faisait parti d’une sphère plutôt satellitaire.

2015, je t’attends de pied ferme.

 

CHRYDE

Je finis l’année avec en tête ceux avec qui je l’avais commencée. Entre temps, il y aura certes eu de beaux coup de coeur, ceux que l’on voit un peu partout et dont je n’ai pas besoin de parler ici. Mais voilà : la première Soirée de Poche diffusée cette année avait été organisée en décembre 2013 avec Angel Olsen. Un peu mal à l’aise, elle avait chanté seule les chansons de son album alors à venir. Je me souviens notamment d’un “White Fire” particulièrement intense, profond qu’elle avait tiré en longueur, dans le salon de Martin, ou de cette version de “Enemies”.

Ce soir là, elle était arrivée en fredonnnant “May as well”, une chanson qu’elle a incluse dans la réédition de son album sortie en fin d’année. Entre temps, Burn your fire for no witness aura été là toute l’année, de l’électricité nouvelle de “Forgiven / Forgotten” à la lumière (désirée) de “Windows”, une des plus belles chansons de l’année, qui nous fait espérer tellement de jolies choses sur la route de la demoiselle.

En janvier dernier, nous étions à Sundance avec Mac de Marco, où il a éclaté une piñata et chanté quelques chansons de son nouvel album, Salad Days. Et là encore, un beau disque : du clavecin défoncé très Nilsonnien de “Passing Out Pieces” aux synthés sous éther de “Chamber of Reflection”, les pépites sont nombreuses, qui montrent que le garçon avait plus de cordes à son arc que ne laissaient supposer ses précédents disques. Il est venu au printemps, est repassé à l’été, a fait un dernier coucou à l’automne, ce fut à chaque fois délicieux. Et il sera sans doute la dernière personne que nous filmerons cette année (chuuut).

Et puis Tobias, Tobias, Tobias. En janvier, je tombais sur cette vieille démo, cette chanson folle, intemporelle, “Just a dream”. Je postais alors mon amour sur la page Facebook de la Blogothèque, sans savoir ce que cela déclencherait, que nous le filmerions quelques mois plus tard. Je ne savais pas, alors, surtout, que des chansons comme cela, Tobias en avait plein sa hotte. Qu’elles étaient magnifiques sous forme de démos, que la production de Chet JR White ne les gâchaient en rien, et qu’on finirait 2014 en sachant qu’un des albums de l’année à venir était le sien.

Voilà pour les trois qui ont fait toute l’année. Mais je me sentirais mal de ne pas mentionner ici Perfume Genius, qui a sorti l’un des albums les plus sincères, âpres, riches, bouleversants de l’année.

Et puis Pain Noir, qui a enregistré le plus bel album sorti de nos terres cette année (j’ai écrit dessus sur Slate), Kevin Morby, qui a discrètement montré qu’il allait être un songwriter important dans les années à venir. Et ce morceau de D’Angelo dont je ne me remets pas.

 

FX DELABY

Si, en quelques mots, 2014 devait garder une image, elle serait aussi simple qu’un cheveu. 1000 m’avait déjà mis sur les fesses, et sévèrement. Authentique et fun, Cheveu m’est toujours apparu comme un groupe capable de rallier toutes les idées, les courants et les envies musicales derrière un seul étendard. 1000 reste un album incontournable, à écouter dans une cave entre deux groupes, à mettre à tes potes en montrant la pochette avant de dégoupiller une 3 Monts grande réserve. Et BUM est arrivé. Ma confiance dans le trio était telle que je suis arrivé en avance à l’ouverture de Music Fear Satan pour me suis procurer cette pochette qui d’emblée séduit et m’a rappellé mes premières expérimentations de fond d’écran sur Windows 95.

Alors si certaines choses restent à faire en ce début d’année, c’est écouter BUM, voir le clip de “Polonia”, et apprécier simplement cette capacité à toucher à l’univers (el).

 

STARSKY

En 2014, j’ai passé le plus clair de mon temps en Australie. J’ai posé mes bagages à Brisbane et j’ai circulé un peu, guidé par Al Monfort, qui se cache dans le line up de la moitié des groupes du pays, de Dick Diver à UV Race en passant par Total Control. Le patron d’une croisière qui n’est pas prête de s’arrêter. Bien sûr, je suis revenu passer quelques jours en Europe, aux États-Unis, à Montréal, même. Mais je ne tenais jamais longtemps, je revenais vite. Je retrouvais là-bas des sensations que je croyais avoir perdues depuis longtemps, semblables à celles qui m’avaient traversé lorsque j’étais aller vivre un temps en Nouvelle Zélande, des années plus tôt. À vrai dire, au rythme des sorties, et vu le retard qu’il me fallait rattraper, j’aurais très bien pu m’installer pour l’année. Avec le Pop Culture Shop comme agence immobilière et Walking with the Beast qui loue de belles voitures, j’aurais eu de quoi faire.

Ces jours-ci, je me surprends à oublier la pluie à coups de cartes postales sans doutes un peu idéalisées. Je pense en particulier à ce concert de Blank Realm sur une plage de la Raby Bay. Un condensé d’à peu près tout ce qui me touche en musique : du bruit, un chant maladroit et intense, une basse et une batterie pour danser jusqu’au matin. Un parfait souvenir pour écouter une fois encore Grassed In, l’un des deux ou trois disques qui pourraient suffire à résumer l’année.

 

DALI

Je pourrais résumer cette année en une vingtaine d’album, vous parler de premiers albums enthousiasmants (Alex G, Adult Jazz, Vesuvio Solo, Yuko Yuko), des groupes qu’on a découvert au deuxième (LA Hell Gang, Tomorrows Tulips), de ceux qui me font bondir à chaque concert (Future Islands, François & The Atlas Mountains), ceux qu’on espère voir ou revoir vite sur scène (Morgan Delt, Ariel Pink), de ces groupes français qu’on espère voir traverser les frontières (Cheveu, Forever Pavot) ou ces albums qui devraient être de tous les voyages (Amen Dunes, Kevin Morby).

Mais cette année se résumera finalement mieux en un seul label, celui dont les artistes et leurs albums de 2014 sont tout ça à la fois. Captured Tracks est ce label, ce label qui brille cette année encore grâce au nouvel album de Mac DeMarco, aux premiers de Donovan Blanc, Juan Wauters, Axxa/Abraxas ou Homeshake (via Sinderlyn).

Captured Tracks est sur tous les fronts, du défrichage à la réédition avec Omnian Music Group – lancé cette année – qui regroupe une armée de petits labels (Couple Skate, New York’s Squirrel Thing, Flying Nun et Sinderlyn, Body Double..) aux sorties de hautes volées.
Captured Tracks et son identité forte inspirent et offrent des perspectives plus qu’heureuses : ça commencera même tôt en 2015 avec un nouvel EP et un nouvel album de Juan Wauters et le 1er album d’Alex Calder.

 

ELIE GIRARD

Il s’est mis à chanter les paroles les plus simples du monde : Sun, Sun, Sun, Sun, Sun, Sun

C’était Caribou, c’était au festival Pitchfork, c’était magique. Il y avait eu un lâcher de ballons sur le titre précédent, qui maintenant dansaient sur la foule. Et Caribou modulait chaque “sun“, comme autant de dédicaces à chaque ballon, devenu autant de soleils.

J’étais derrière une caméra. J’étais artisan de ce moment qu’on essayait de retranscrire au mieux, un casque vissé sur la tête, avec le réalisateur et sa scripte me parlant en permanence à l’oreille. Autant dire que ce ne sont pas les conditions idéales pour apprécier un concert. Je regrettais de ne pas être qu’un simple spectateur. J’avais du mal à tenir en place, j’avais envie de danser et de taper dans les ballons.

Soudain, il s’est éloigné de ses machines, s’est positionné à l’extrémité gauche de la scène. C’était comme s’il prenait du recul pour nous contempler. Comme s’il tenait à bien voir l’effet qu’il produisait sur chacun de nos corps. Le morceau devint minimaliste, la foule entra en transe.

Je me souviens avoir enlevé mon casque. D’avoir dansé derrière ma caméra restée fixe, à l’abandon. C’était une sorte de faute professionnelle. Je demande solennellement pardon à l’ensemble de mes employeurs. Je pense qu’ils comprendront.

 

DAVID CTIBORSKY

J’ai toujours trouvé que Halloween, c’était ringard. Jusqu’au jour où ils ont débarqué sur scène : le loup garou, la sorcière et Dracula. Dracula, sans attendre, s’est offert, tout de suite, entièrement. Il a bouffé la scène, il a attrapé la salle comme il l’avait toujours fait sous sa forme humaine – Samuel T. Herring, chanteur du groupe Future Islands -, de cette manière unique, désespérée. Violence d’un corps, voix brûlante : Dracula offrait son âme. Dracula nous faisait rire, hurler de joie, parfois nous taire, abasourdis. Puis rire et hurler de nouveau.
Très vite, peut-être dès le second titre, la sueur a eu raison du masque. Dracula redevenait doucement Samuel T. Herring.

Certains disent que son regard, quand il est sur scène, peut faire peur. Qu’il a un regard de fou. Oui, alors le mec est dingue, on est d’accord. Moi il me rassure. Avec lui je crois à des choses folles, je crois à la folle idée d’une réconciliation entre nos corps, nos coeurs et nos âmes, et puis même entre les loups-garous, les sorcières et les vampires, et puis tous ces êtres et ces choses de la nuit qui n’ont même pas de nom.

Lorsque j’avais découvert par hasard l’album On The Water en 2011, j’avais immédiatement été saisi par les réactions de mon corps à la musique de Future Islands. Une façon de bouger unique, que je ne m’étais jamais connue : remuer sur ma chaise en travaillant, bougeotter en soirée avec la bière qui déborde un peu sur la main, danser un slow avec un Jack Russell (là je n’entrerai pas dans les détails)… Et l’album Singles est pour moi un des plus puissants de l’année 2014. “Light House” me reste imprimée à longueur de journée dans les tympans, “Seasons (Waiting On You)” me donne les larmes aux yeux et “Spirit” m’a encore fait découvrir une nouvelle façon cheloue de danser.

Ce que Future Islands dit, c’est juste qu’on est tous de petits Dracula en puissance : à la tombée de la nuit, on sort de nos tombes, on redécouvre notre corps oublié, on se croit immortels, et, surtout, on est pétris de désir.

 

ETIENNE POZZO

Ou comment créer un “mythe” en aménageant les toilettes de la Grande Halle de la Villette pour y mixer les concerts de l’édition 2014 du Pitchfork festival. L’année prochaine on y installe un frigo.

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FRANÇOIS POTTIER

How close am I to losing you?

C’est difficile d’accepter qu’un groupe qu’on chérit puisse ne plus nous toucher autant qu’avant. De préférer se souvenir de l’époque où il parsemait notre mémoire de grandes chansons et de souvenirs de concert incroyables, plutôt que d’accepter de vieillir avec lui, au risque de s’en séparer.

Dans mon panthéon des années 2000, The National tient une place de choix. Grâce à Sad Songs for Dirty Lovers, Alligator, Boxer, à toutes leurs caresses et leurs  quelques gifles. Grâce à ce concert à Rennes en novembre 2007, et qui reste l’un de mes souvenirs de spectateur les plus forts. Et malgré le goût amer laissé par leurs deux derniers albums, High Violet et Trouble Will Find Me, plombés par une poignée de morceaux quelconques et une production étouffante.

Sur les dix-huit mois qu’a duré la tournée Trouble Will Find Me, j’avais déjà vu les National sur scène trois fois. Trois concerts souvent beaux, mais avec une impression grandissante de voir un groupe qui maîtrisait presque trop son art, au point d’en désincarner sa musique, à force de setlists et de gimmicks répétés encore et encore. Malgré cela, quand ils ont annoncés qu’ils boucleraient leur tournée le 26 novembre dernier à l’O2 Arena de Londres, je me suis dit que ça valait probablement le coup d’y aller. Que malgré la taille démesurée du lieu, malgré ma lassitude à leur égard, on pourrait vivre un vrai grand moment, qu’ils arriveraient à me surprendre.

Au final, de surprises il n’y en a pas eu beaucoup, hormis la présence de Sufjan Stevens dans le groupe. La beauté était là, les gimmicks aussi. Mais j’y ai pleuré pourtant. Parce que lorsque les premiers arpèges de “About Today”, chanson d’intimité et d’éloignement, peut-être ma préférée chez eux, ont résonné dans cette salle immense, j’ai voulu me l’accaparer, qu’elle ne parle qu’à moi. J’ai repensé à tout ce qui s’était passé dans ma vie pendant qu’eux arpentaient les routes, à cette année 2014 qui m’a laissé nerveusement épuisé. Et lorsque vint l’explosion finale, tout avait disparu. Le trou noir, l’envie de redonner une chance à tout et tout le monde. Parce qu’elle est là, la force de The National : être capable de toucher au plus profond tout en maintenant, par un cri de rage, l’espoir à la surface.

Et je ne peux pas terminer sans évoquer Perfume Genius, vu le lendemain soir, dans la bien plus intime Islington Assembly Hall. Parce que j’y ai pleuré aussi, devant la prestation en tout point bouleversante de Mike Hadreas, qui, avec “Queen” et son refrain, formidable de provocation (“No family is safe when I sashay“), a signé tout en cynisme un hymne pour la différence, et peut-être la plus belle chanson de l’année.

 

ARTURO PEREZ

Si mon oncle était cool, il s’appellerait Samuel T. Herring.

Je ne peux pas vraiment expliquer ce qu’il a de si spécial. Je ne sais pas vraiment pourquoi il a cet effet là sur moi. Je pense que ça a quelque chose à voir avec ce sentiment d’écouter un hymne quand j’écoute l’album de Future Islands. Ou alors avec ce que j’ai ressenti quand je les ai vus sur scène. Peu importe en fait : ce groupe me rend heureux. Vraiment heureux. À chaque fois que j’écoute ce disque, j’ai envie d’enlever mon t-shirt et de danser. Et parfois, je le fais.

 

ONDINE

Il faudrait que je parle de Parquet Courts, de The Districts et de cette chanson (sortie en 2012 !) qui m’a obsédée une bonne partie de l’année. Il faudrait que je loue les mérites de Son Lux et de cette Soirée de Poche divine à laquelle j’ai assisté après trente-six heures sans sommeil et neuf heures d’avion. Il faudrait que je raconte comment Damon Albarn a fait l’album que j’attendais, comment Ought m’ont séché lorsque je les ai vu au Pitchfork festival pour la première fois et comment j’ai rendu mes collègues fous à force d’écouter “Habit” en boucle.

Il faudrait que j’évoque Timber Timbre; le retour incroyable de D’Angelo qui prouve que Dieu existe peut-être bien ; celui, que j’espérais tant, d’Of Montreal au top de la dépression ; les concerts bluffants de technicité de Nils Frahm et de Dawn Of Midi que j’ai vu à M pour Montréal ; le sentiment d’être avalée par l’immensité d’un lieu fantasmé que j’ai ressenti en voyant Liars jouer “Mask Maker” au Pavillon des Marées de Rungis vide.

Je devrais dire ce que m’a fait la reprise surréaliste de “Turning Point” de Mondkopf au festival Heart Of Glass, Heart Of Gold ; la joie qui m’a habitée en dansant comme une demeurée dans la piscine du même festival au son d’Acid Arab ; de Moses Sumney ; de Perfume Genius ; de Avi Buffalo ; du saut dans une poubelle de Benjamin Booker, de son sourire de gosse émerveillé et de son “can you run?“, de l’album de BRNS, de The Child Of Lov que j’ai continué d’écouter sans cesse cette année, de cette folle Soirée de Poche avec Run The Jewels qu’on va vous montrer à la rentrée et de la danse de possédé que l’on a fait, tous ensemble, au concert de Caribou.

Mais si je ne devais choisir qu’un seul souvenir cette année, ce serait St Paul & The Broken Bones ou comment un Concert à Emporter nous a tous échappé lorsque Paul Janeway s’est mis à danser et chanter “Half Of The City” de cette voix soul puissante, bouleversante, au milieu de la cour Carrée du Louvre. Je l’ai déjà dit ici, mais j’ai pleuré. Pas des larmes de tristesse ni de joie, ces larmes qui n’arrivent que lorsqu’une chanson vous touche au plus profond de votre être, quand l’émotion est trop forte pour être contrôlée.

Il y avait une force démente dans cette voix, et étrangement aussi, une douceur qui ne demandait qu’à m’envelopper, une honnêteté qui vous met face à vous même de la façon la plus simple qui soit. Paul m’a chanté du Otis Redding, il s’est mis à genoux, a pris des poignées de terre brutalement dans ses mains pour les jeter, et pendant ce temps-là, mon cœur s’est décroché tant cette reprise m’apparaissait comme la plus juste et brute entendue jusqu’à présent. En les voyant assis, silencieux, épuisés, à cette terrasse de café avant le tournage, jamais je n’aurais pensé sortir d’un Concert à Emporter dans cet état.

 

HUGO JOUXTEL

Ils sont rares ces artistes qui vous touchent profondément et instantanément avec une sorte d’évidence naturelle. Encore plus rares sont, parmi ces artistes, ceux dont vous assistez à l’éclosion. Et si, en plus, vous avez la chance d’assister à leur premier concert public, c’est un cadeau inespéré et bouleversant.

 

JEAN-BAPTISTE AUBONNET

On est partis nombreux, en pleine alerte orange. On a vécu l’enfer et la folie sous les orages monstres qui sévissaient en Ardèche à ce moment-là. On a failli en perdre en route, mais le soleil est revenu le dernier jour. C’est sûr on y retournera : Heart Of Glass, Heart Of Gold forever !

hoghog

 

DERRICK BELCHAM

À l’échelle d’une année, la subjectivité du temps qui passe est plus forte que jamais après des moments de joie et de victoire et ceux d’attente et de défaite. Ce que l’on nomme jours et semaines s’étendent alors sans fin sur l’horizon, comme d’immenses et interminables épreuves qui contrecarre nos efforts pour résoudre les mots dont nous souffrons. Pendant les moments d’apogées, ils ne sont pas plus longs qu’un soupir au moment de l’achèvement d’une tâche et de l’assouvissement de ce désir.

Les remous ne cessent que lorsque quelqu’un vient, pour un moment, prendre la barre du bateau qui navigue sans but. Ce quelqu’un peut prendre différentes formes, une entité ou une habileté, un esprit ou une découverte. Pendant cette année, l’arrivée tardive d’une chose a donné une nouvelle perspective à la période particulièrement difficile que ma vie traversait.

“Bad Magic” de Natalie Mering est arrivé sans crier gare et sans emballage, il paraissait bien pâle perdu dans les profondeurs d’un communiqué de presse. Un portrait saisissant, bien composé et brillant de la chanteuse m’a conduit à écouter sa musique, et la lumière fût.

Weyes Blood prend les rênes doucement mais avec une poigne décidée, des mots puissants qui n’oublient pas de figurer la douleur qu’un tel processus implique. Son album est une œuvre magnifique, surprenante et gratifiante ; “Bad Magic” est un cadeau, un voyage dont la durée dépasse largement celle de la chanson et dont la profondeur doit maintenant commencer à laisser la place à ma propre quête.

 

MATÉO LAHAIS

Déstructuré, profond et suspendu : j’ai découvert Lese Majesty de Shabazz Palaces tard dans l’année, en décembre. J’ai vite rattrapé le temps perdu tant ses titres se suivent avec une perfection déconcertante. Des morceaux coupés par des interludes, thèmes et pauses. Une histoire s’écrit progressivement et se doit de prendre son temps. Cet album le représente assez bien. Un processus de création précis, des paroles entrelacées dans des sons stridents et étranges, bien loin des critères définis par le hip-hop.

Une vague d’ambiance né sur “Dawn in Luxor”. Elle part en ondulation, devient tsunami sur “#CAKE” et finit en goutte d’eau sur “Sonic MythMap for the Trip Back”. Les maximes de Palaceer Lazaro et Tendai Baba Maraire surfent sur la houle sans jamais dessaler. Ils voguent tout simplement. Aucunement las de cet album, je l’écoute et l’écouterai jusqu’à me noyer dans cette vague.

 

NOISENEWS

Il fait doux, dans mon souvenir, en cette première moitié du mois d’avril. Depuis quelques semaines déjà on a troqué le drap épais du duffle-coat pour le cuir léger de la mi-saison mais bien souvent on s’en ronge les doigts le soir en terrasse. Les terrasses ça fait peu de temps que j’y retourne. Que j’ai rompu l’ascèse euphorique de la nouvelle embauche, le temps de me rendre compte que ce nouveau boulot me procure plus de fatigue que de satisfaction intellectuelle. C’est comme ça. L’usine pour la nourriture terrestre, la nourriture spirituelle on la cherche ailleurs. Aujourd’hui elle est dans une église. Mais justement, il fait doux. Assez pour ne pas être effrayé à l’idée de me faire tataner la gueule par Merzbow dans l’austérité glaciale de la pierre froide de St Merry. Je suis même prêt à m’y rendre seul, mon habituelle partenaire de maraudes en matière d’espèces dissonantes et trébuchantes étant elle-même engagée dans quelques braconnages à un océan, un continent, et sept ou huit heures de décalages d’ici. C’est sans doute plus la bière et la perspective de passer une soirée ensemble qui m’a permis de convaincre à la dernière minute l’homme que l’on avait autrefois coutume de nommer DJ Barney de m’accompagner. Et puis il y a un DJ Set de Sounds Of Silence, à qui il a consacré une paire de pages dans la feuille de choux agonisant du cupide appétit des hyènes dans laquelle il écrit alors encore.

Je n’attends rien de Zeitkratzer. Et pourtant ils m’ouvrent en deux direct. Deux secondes je dirais, pas plus. Et sans douleur, encore. Il y a les musiques qui s’adressent aux tripes. Il y a les musiques qui racontent l’univers. Et puis au-delà, il y a celles qui vont chercher les entrailles et les connectent  au cosmos au point de devenir elles-mêmes nébuleuses, corps astral. Supernova.

Je suis un lapin déshabillé de sa peau à qui on l’aurait remise à l’envers. Toute ma chair est à l’extérieur et le moindre courant d’air est une griffure extatique. DJ Barney s’emploie à réhydrater tout ça à renfort de gigantesques verres de la bière épaisse qu’on sert dans l’église devenue zone d’autonomie temporaire. Plus le sang de Crass que le sang du Christ, et je m’engage dans un débat interne afférent à la transsubstantiation et à la consubstantiation pendant qu’on nous arrose de silence et qu’on s’interroge sur ce qu’il est advenu d’Exhaust.

Merzbow arrive et c’est un train. Et on aime les trains, tu sais bien. Ce n’est pas une locomotive, c’est un train. Chaque wagon mu par la traction de son prédécesseur devient lui-même moteur du suivant. Merzbow attise une puissance cinétique où l’énergie se transforme en vitesse sans mettre en branle le moindre artifice rythmique.

J’étais supernova, je deviens trou noir. Tout tourne. Je me compresse à l’extrême pour ne plus devenir qu’un point microscopique et tout à coup tout explose. Big Bang. Expansion constante. Regarde au bout de mes doigts, je projette des planètes. Je peux t’engloutir si je veux. Je suis devenu la musique de Merzbow. Je suis le train, le chemin de fer, la gare de départ et celle d’arrivée. Je suis tout. Je suis l’univers.

nico

 

HENRI D’ARMANCOURT

J’ai découvert Twins de Ty Segall à l’automne 2012 et me suis instantanément fait happer par la tornade garage psyché du jeune prodige. J’ai du attendre un an pour le voir en concert. C’était sur sa tournée acoustique pour Sleepers, la fosse de la Maroquinerie, bourrée de kids furieux, faisait penser à celles du grunge du début des nineties. Je n’avais jamais vu un stand de merch pris d’assaut comme ça. En partageant un verre avec Ty, je lui prédis un avenir pavé de succès. Il accueillit ma vision placidement tout en restant concentré sur la réalité, gardant les pieds sur terre et prenant les jours, les albums, les concerts ou les kilomètres de son van, les uns après les autres.

Mais c’est son concert à la Cigale un an plus tard qui m’a soufflé. Après quelques chansons au son approximatif, il y a eu une sorte de révélation. Mikal Cronin venait de lancer les premières notes de basse de Feel. Un riff au groove imparable. D’un seul coup, tout s’est vérouillé à sa place. Le son a trouvé le calibrage adéquat. De la batterie, des hauts parleurs, se diffusait une onde sonore au ralenti comme dans un film de Michael Bay avec plein d’effets spéciaux.

D’un seul coup, d’un seul, tout le sol de la Cigale se mit à rebondir. Des nombreux concerts que j’ai vu ici, l’amplitude du rebond était inédite. Tout ce qui est debout se mouvait dans un seul et même mouvement rythmé par les coups amplifiés de la batte contre la peau de la grosse caisse. Et au ralenti, voici ce qui se passait.

Chaque coup, chaque frappe faisait vibrer la peau de ce gros fût. La peau communiquait sa vibration à l’air ambiant dont les molécules venaient se cogner aux parois boisées de la grosse caisse. Toute la physique qui en résultait apparaissait terriblement enfantine : la taille du fût déterminait la résonance de la note de cet impact sec et bref. Cette vibration acoustique faisait vibrer la membrane du microphone placé devant la batterie. Cette membrane était l’une des deux plaques d’un condensateur et son déplacement créait une tension infime de quelques millivolts. Ce signal parcourait à la vitesse de l’électricité les mètres qui séparait la scène de la console de l’ingénieur du son. Passé dans celle-ci, le signal était amplifié et prenait une valeur approchant le volt.

La frappe physique devenue vibration acoustique puis électrique se mélangeait électroniquement aux autres signaux, aux autres vibrations. A partir d’ici, tout s’accélèrait. L’aiguille du VU mètre tapait dans le rouge au passage de l’amas des signaux épais et velus. Le tout fusait vers les enceintes de la salle et le signal électrique parcourait chacune des spires de la bobine qui encerclait l’aimant du haut parleur. Par une magie que l’on a aujourd’hui oubliée, le bobine captait une vibration magnétique qui faisait maintenant vibrer le lourd cône qui forme le haut parleur. Celui déverse enfin une vibration acoustique décuplée à l’absurde.

Les gouttes de sueur qui perlaient sur nos fronts tremblaient. Les verres de bières volaient tel un feu d’artifice chaotique. Le premier stage dive d’une longue série qui dura tout le concert se fit sous les rires complices du groupe et l’admiration jalouse de ceux immobilisés sur les balcons. Le kick, comme disent les américains, n’avait jamais aussi bien porté son nom et la claque dans la gueule qu’il nous mit nous déchainait.

Quand la guitare du refrain s’est métamorphosé en un dégoulinement de fuzz brutal et jouissif, le public a succombé à une joie primitive faite de collisions. La fuzz, c’est comme si tu donnais des stéroïdes à ton son de guitare et que celui-ci devenait instantanément un Hulk sonore de dix mètres de haut qui bousille immédiatement le plafond et le plancher.

De loin, on avait déjà entendu ces accords, ces rythmes, ces notes et ces effets mille fois. Et pourtant, quand on regardait le public en transe de la Cigale, aucun désaccord n’était possible. Ty et son équipe délivraient les chansons avec une puissance naturelle et sans se poser de questions : ils ont été conçus dans ce but. Cela ne devenait pas quelque chose de mécanique et répétitif pour autant : Ty arrivait toujours à y insuffler l’once de folie et d’improvisation qui rendait la performance unique. “He’s a natural“.

Depuis, une seule chose obsède mon esprit : faire passer tous les signaux magiques de Ty et de son groupe sur la bande d’un enregistreur. Il faudra faire vite car, si mes prédictions sont justes, son succès le mettra rapidement hors d’atteinte et sa fuzz transcendera les enceintes des plus grandes salles.

 

THOMAS LALLIER

En 2014, je me souviendrai de ce moment tout en finesse en Soirée de Poche avec Son Lux, c’était très beau. Il y a eu aussi Charles Bradley et Baxter Dury pour les premières Soirée de Poche en direct et enfin Run The Jewels, histoire de finir l’année avec une bonne surprise: une Soirée de Poche hip-hop !

Liars en Empty Space m’a tapé dans l’œil, ainsi que la très inspirée multilogie Blue Note du camarade Colin.

 

Hors musique, un des événements marquants pour moi a aussi été la démolition de la Tour Paris 13, une première expérience de “slow tv” originale pour la Blogo, retransmise en direct sur l’internet mondial et dont le film sera, j’espère, visible sur grand écran l’année prochaine.

 

SVETLANA KLIMOFF

La Route du Rock, où nous étions pour filmer des Concerts à Emporter et où nous avons eu les balances de Portishead pour nous tout seuls, Chryde, moi et une botte de foin.

 

ALEXANDRE FRANÇOIS

Cette année était l’année où il nous était enfin donné le loisir de voir Josephine Foster en concert : une fois, deux fois voir même trois fois. La faute en revient à un nouveau tourneur qui aura décidément bien fait les choses. Josephine Foster venait de nous gratifier en décembre 2013 d’un disque fabuleux qui fut comme l’une des portes d’entrée de cette année 2014. Il s’appelait I’m A Dreamer. On a de bonnes raisons de penser que ce neuvième album est aussi la porte d’entrée idéale dans l’univers de cette grande dame qui tisse depuis cette petite cassette, Little Life qu’elle enregistra après avoir renoncé à une carrière de chanteuse lyrique, une œuvre protéiforme et d’une absolue liberté.

I’m A Dreamer avait été enregistré à Nashville en décembre 2011, avant les sessions qui avaient données naissance à un autre disque Blood Rushing dont on avait parlé ici, et qui était finalement sorti un an avant, bien qu’enregistré après. Tout cela peut sembler bien compliqué et d’un intérêt somme toute relatif. Il y a pourtant dans cette désinvolture chronologique trois raisons qui font de Josephine Foster une artiste unique et en tout point exemplaire  : un répertoire en constante expansion – elle peut soudainement vous gratifier de 5 titres inouïs que vous n’avez jamais entendus en plein milieu d’un concert de 30mn quand de nombreux artistes répètent laborieusement les traductions studios que leurs dernières chansons ont prises précédemment -, un nomadisme au gré des vents, des fortunes et des amitiés qui vient donner sa couleur à chaque disque mais sans geste forcé, sans souci de renouvellement planifié puisque la musique se contente de naître, et d’être jouée conformément à ce que la vie vous offre, ici et là. Enfin, il révèle une aptitude à se laisser traverser et à réagir à une température, des affects, une atmosphère. Un disque et des chansons ont leur moment pour être dévoilés, offerts et défendus. Et vous ne pourrez jamais vraiment savoir à quoi ressemblera le concert auquel vous assisterez : setlist, interprétation, interactions avec les musiciens. Tout peut varier dans des sens quasi contraires, de la douceur feutrée et caressante de “Magenta”, aux luttes épiques et grimaçantes de “No Lamps in the Morning” joué sur des mode mineurs et majeurs par les différent musiciens, aux assauts rythmiques de “O Stars” ou à l’élégance bastringue, joueur et aguicheur de “Sugarpie I’m not the Same”.

Cette année, on pouvait la voir avec Victor Herrero, faux dilettante et véritable comble d’élégance à la guitare portugaise, dans le rôle de compagnon et de troublion qui lui sied à merveille, et la paisible Gyða Valtýsdóttir, ancienne violoncelliste du collectif Mùm, et femme très active sur les scènes des musiques improvisées.

Vous n’êtes pas très surpris quand Victor Herrero, son mari vous glisse à l’oreille d’un air gourmand qu’ils sont partis enregistrés en duo des titres à New York, et qu’un nouvel album pourrait naître d’un séjour en Islande, chez des amis, un peu comme à Nashville, il y a trois ans, où Josephine Foster était partie rejoindre une amie peintre pendant quelques semaines, et puis avait finalement senti qu’il était temps de fixer sur bandes les dix titres qui allaient former ce I’m A dreamer qu’on vous recommande chaudement. C’était à l’issue de l’une de ces soirées délicieuses, vous l’avez écouté, vous avez acquiescé et vous attendez avec impatience la suite.

 

Taylor Kirk sort le bric-à-brac occultiste et spirite pour convoquer l’âme ou plutôt le corps de l’être aimé : spectres, ectoplasmes translucides nimbant les négatifs, tables qui tournent, psaumes bibliques, chiromanciens, tout y passe pour le véritable frisson d’outre-tombe de l’année. On aura pu vérifier que si sur scène les canadiens ne sont pas d’un charisme monstre, et qu’au fond c’est toujours le même morceau que l’on chérit chez Timber Timbre – celui qui court de “Magic Arrow”, “Black Water”, “Bad Ritual” en passant par “Lonesome Hunter” -, ce Hot Dreams qui fourre son nez dans les B.O. de John Barry un peu à la manière du Portishead d’une autre décennie mais sans boîte à rythmes et sans scratchs, tient plutôt bien la route.

Et allez savoir pourquoi, “This New Tomorrow”, avec ses airs de courses épuisées, et ses déformations  monstrueuses, inaugurales et finales, nous apparait depuis toujours  comme la traduction musicale idéale du chef d’œuvre d’Aldrich, Kiss Me Deadly. Dans ce film de 1955, un Mike Hammer sur le retour ramasse de nuit sur une route déserte une jeune femme à moitié nue que l’on pense échappée d’un asile psychiatrique et qui implore son aide. La romance tourne alors court, Mike le sauveur se fait tabasser, la fille disparait et est retrouvée morte en piteux état. Et puis c’est un peu comme ça tout le long du film, Hammer y a la guigne comme jamais, les femmes y sont belles, brunes, blondes, équivoques et fatales, les apparences sont trompeuses et les villas sont modernes, froides et carrées comme des toiles de Mondrian, jusqu’au feu d’artifice final d’une petite boîte ouverte qui fait déraper le film noir vers le mythe pandoréen.  On dit qu’un décorateur en vogue pour boîte internationale et select de la vie parisienne aurait nourri à son contact quelques obsessions et fantasmes iconiques et qu’il les aurait agités, convoqués tels des spectres dans sa production cinématographique passée avant d’avoir la sagesse de s’arrêter. Yes, we see the body of my love. Au fond, on croit que cette chanson ne parle que de cinéma, de spectacle, de désir, de chair et d’éternité.

Ces années 50  n’en finissent plus d’être vues et relues comme l’âge d’or de l’Amérique moderne et pour la même raison comme le temps d’une faute originelle, puisqu’il faut bien expliquer sa disparition. L’imaginaire a ses structures. Les chansons de Timber Timbre ont de plus en plus des allures de remake monstrueux : elles rejouent, des slows rocks vénéneux, des clichés littéraires, cinématographiques, psychanalytiques et leur imprime quelque chose d’une terrifiante déformation, comme pour tenter de saisir dans ses images déformées une vérité nue et crue. À moins que tout cela ne soit qu’une grosse farce.

 

Placé sous les auspices de la blessure qui est au centre de l’œuvre de la sculptrice Louise Bourgeois, ce désir de ne rien abandonner au passé, de ne rien lui céder en choisissant de s’en ré-emparer par le geste artistique, le second album de Powerdove dans sa version trio est venu encore une fois cette année bousculer les conventions du petit monde de l’indie folk.

Le chant blanc, doux et volontiers enfantin d’Annie Lewandowski ne doit pas tromper. D’abord parce que peu de voix acceptent d’exposer avec une telle nudité et aussi peu d’effets le grain de leurs voix – je ne vois qu’Eloïse Decazes pour tenir la comparaison - et quelques phrases attrapées au vol qui tournent sur elles mêmes, comme des pensées plumes, capturant un climat, un sentiment, une idée, et dans lesquelles le “je” semble moins le moyen d’un épanchement lyrique qu’un artifice rhétorique, qui pose un centre aux chansons et une périphérie. A partir de ce point s’élaborent des fuites (“Be Mine”), des disparitions (“Weeping Willow”), des immersions (“Into the Sea”), et des résurrections (“Easter Story”). Ensuite, il faut aussi prendre en compte que cette voix sera votre seul point d’ancrage tant sur Arrest, les deux comparses que s’est choisie Lewandowski usent d’un art consommé des équilibres instables et des antagonismes saillants : à ma gauche les machinations bruitistes, montées sur ressort du français Thomas Bonvalet (L’ocelle Mare, Arlt) qui semble autant désosser que sculpter d’audacieuses boucles rythmiques, à coup de poings, carillons,  genoux et lames de fer vibrantes, et à ma droite, le jeu de guitariste semeur de John Dieterich (Deerhoof), parcimonieux dans ses éclats, ou soudainement volubile dans le lancée de notes en apparence aléatoire.

Le plaisir de la mélodie et du rythme capté comme dans la spontanéité de leur jaillissement et l’audace formelle en prime, c’est l’un des petits miracles que réalise ce disque. Parmi les réussites de Arrest, on peut retenir “Into the Sea”, cette ode aux abandons féconds, au champs laissés en friches, au bercement des vagues qui transportent au hasard des vents ou vous submergent, et l’adorable reprise du “You can make me feel bad” d’Arthur Russell dont les disques épars, en solo ou avec David Byrne par exemple, ne cessent d’inspirer ici (Arlt) et outre-atlantique (St Vincent).

Pour ce chant de résistance qui a le courage de l’allégresse, pour ce dialogue exultant avec les oiseaux, pour ces tambours qui viennent marquer des pas de danse et les pulsations des cœurs, cette voix qui vole si haut sans forfanterie, et les histoires qui mènent ces chansons des plateaux andins où elles ont été écrites en quechua ou en aymara à votre oreille. Pour l’irréductible étrangeté de cette musique qui semble se dérober à toutes les injonctions de l’industrie du disque, ne porte aucun des stigmates du temps : qu’il s’agisse du timbre des instruments, ou de leur répartition dans l’espace sonore. Pour ce groupe tenu qui joue serré autour d’elle, ces virtuoses qui dans la vie courante travaillent dans des mines au péril de leur vie. Pour ces mélodies entêtantes qui vivifient votre présent de leur énergie, pour la vision cosmique et politique, et tout simplement pour la densité d’existence que procurent “Riqsiqa Kasunchik” et ses petites sœurs. Luzmila Carpio est un modèle de générosité.

Une fois dissipé le malentendu tropicaliste et une référence encombrante et qui n’éclaire en rien le propos du disque (Caetano Veloso), Cavalo de Rodrigo Amarante peut se laisser appréhender pour ce qu’il est : le portrait intimiste et infiniment émouvant d’un homme du temps présent, qui assume avec beauté une identité complexe et plurielle, qu’il tient du Brésil certes, mais aussi de ce rapport au temps et à l’espace qu’induit la modernité technique et qui nous amène dans nos affections, nos histoires d’amour, nos admirations à sortir largement du cadre national et géographique dans lequel nos grands-parents se trouvaient pour le moins encore enfermés, sans que l’image de l’enfermement revête un caractère nécessairement négatif. O tempo mores.

Là où les Tropicalistes cherchaient à inventer la musique brésilienne du futur, en s’appuyant sur le concept de cannibalisme, qui leur permettait d’inscrire une culture spécifiquement brésilienne dans l’histoire de l’art mondial, Rodrigo Amarante se contente avec sincérité d’écrire la musique de son présent, celui d’un homme qui fut le guitariste et l’une des voix de Los Hermanos, groupe rock très populaire au Brésil, qui avait réussi au tournant des années 2000 le tour de force de devenir notamment grâce à ses textes et quelques succès (“Anna Júlia” – on lui préfère “O Velho O Moço”) une sorte de marqueur générationnel, à un moment où le rock était apparemment sorti de la culture de la jeunesse brésilienne. Il est parti ensuite vivre à Los Angeles vivre et jouer son fantasme folk pop west coast avec Little Joy qui sent bon les routes ensoleillées des vacances (“Next Time Around”) et retrouver les amis, Devendra Banhart, Fabrizio Moretti (The Strokes), Adam Green ou la veille diaspora brésilienne, Mario Caldato Jr, le producteur des Beastie Boys. Il y vit depuis six ans. C’est en Grèce chez une amie que Rodrigo Amarante m’a raconté avoir découvert la musique de Georges Brassens dont il reprend régulièrement en Portugais “La non demande en mariage”. Si, Amarante chante en portugais, en anglais et en français, et que l’on entend une femme prononcer quelques phrases en japonais, dans un dialogue lost in translation (“Cavalo”), c’est qu’il assume pleinement une condition cosmopolite, et qu’elle se traduit chez lui par une logique où l’idée d’identité se pense sur le mode de l’hétéroclite, faisant exister chaque pièce du puzzle comme des entités entières, inassimilables, les unes aux autres.

L’unité, c’est le disque, ce cadre blanc sur lesquels sont tracées quelques lettres, le nom de l’artiste, et de son alter égo, o duplo e eu, le cheval, o cavalo. Se décrit alors un espace et un mouvement au sein duquel se crée le sens du disque, tandis que les pièces se succèdent. “Nada Em Vão”, cette valse inaugurale déguisée sous la mesure métronomique d’un chronomètre qui marque les secondes, n’est pas que cette merveilleuse déclaration d’amour qui fait danser et se regarder les amants, elle est aussi une déclaration d’intention. C’est l’espace entre le toi et le moi, le oui et le non, le tout et le rien, et dans cette soudaine réciprocité miraculeuse qui suffit à ne pas rendre nos vies vaines (je traduis sauvagement). L’espace, le mouvement. On saute alors allègrement d’une pièce à l’autre : “Hourglass”, objet post-punk électro plutôt dans l’air du temps que l’on peut rattacher au présent californien, trois pièces issues de la racine brésilienne et portant le goût de la nostalgie, lorsque Rodrigo Amarante évoque les écoles de samba de son enfance et les communautés de sambistes, à travers ce funk carnavalesque toute en percussion qui est peut-être en réalité le seul écho au tropicalisme du disque (“Manà”), de la tendresse et de l’intime (“Nada Em Vão”) ou de la saudade sur “Irene” lorsque le timbre nocturne et le dénuement rappelle João Gilberto mais que rythmiquement le morceau renvoie volontiers à une tradition pré-bossa, où la samba se mêlait plus ouvertement aux influences jazz nord américaines, avant justement cette solution de fusion qu’offrait la bossa. Rodrigo Amarante apprécie des chanteurs comme Miltinho qui avec son Sexteto Sideral constitue l’un de ces exemples d’orchestres et ensembles des années 50 et 60, qui explosèrent au Brésil et de ces incroyables chanteurs dont le débit défie les temps, se posant tantôt avant, tantôt après la mesure, avec une musicalité telle qu’ils finissent toujours par retomber sur leur pieds. On imagine mal qu’il puisse aussi écrire un tel titre sans avoir une autre “Irene” en tête, celle qui ouvre l’album que signe Caetano Veloso en 1969, et que Vinicius de Moraes, Baden Powell et Maria Creuza avaient repris lors d’un concert à la Fusa.

Et puis après la rupture de ton de “Fall Asleep”, il y a cette deuxième moitié du disque marquée par l’onirisme des visions et la noirceur des atmosphères, et sur laquelle commence un nouveau voyage où pointe la menace de l’engloutissement. On largue les amarres avec “The Ribbon”, puis suivent “Cavalo”, “I’m Ready” et “Tardei”. Un piano blanc, des luminescences étranges et irréelles, une guitare sobrement exposée, des voix perdues dans quelques échos lointains, la voix d’Amarante comme sortant des ténèbres se rêvant coursier, entre terre et mer, suivant le fil d’argent des errances, des allégeances et des élections, et arrivant, un peu en retard mais plein des choses vues, senties et aimées, au lieu où on l’attend.

Cavalo tient son unité et sa puissance de cette dimension introspective et mélancolique, préambule à tout retour sur soi, toute pesée, toute plongée. De cette plongée naît un questionnement sur l’identité que Rodrigo Amarante aborde frontalement dans une langue qui n’est pas la sienne et qu’il investit avec son accent d’étranger : “Mon Nom”, un morceau qui aurait de quoi faire pâlir de honte la plupart de nos auteurs-compositeurs tant tout semble être là au détour de quelques images posées sans pathos, avec bonhommie, précision et sens de la musicalité : la violence et l’appareil répressif policier des frontière et des rues, ces “aubergines (de la plate bande qui) se violacent dès l’aube“, les phénomènes d’acculturation des migrants, ces plantes faibles « répiquées sans leurs racines », ce rapport d’identification et d’étrangeté à nos géniteurs auxquels nous relie une “vague aveugle“, et cette énigme du nom et de l’origine inaccessible. Exister, c’est se délester des obsessions de l’origine et de la destination, et c’est porter en soi des histoires du passé, individuelle et collective, et la possibilité de construire des histoires au présent, de faire racines. C’est se confronter à ces doubles, ce moi-même, réel ou fantasmé, l’ami, et l’autre, et accepter de porter leurs masques, se glisser dans leur langue et de les faire sonner. Il y aurait matière à écrire des heures sur ces chansons simples et entêtantes, sophistiquées dans leur verbe et leurs arrangements.
Cavalo est un très grand disque mais ce n’est pas à proprement parlé un disque brésilien. Ceci ne veut pas dire grand-chose dans le cas de Rodrigo Amarante. Le grand disque brésilien de cette année, vous ne le trouverez pas encore chez vos disquaires. Personne ne semble avoir songé à le sortir chez nous ou à le distribuer malgré la stature du bonhomme, et la vivacité sidérante d’une inspiration intacte, chamailleuse et drôlatique. Il s’appelle Vira Lata Na Via Lactéa. C’est l’un de ses tous meilleurs disques depuis la décennie bénie des années 70. Il est signé Tom Zé.
On salue au passage l’ami du Désert Rouge, Fabrice Fuentès, de nous en avoir fourni une copie.

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