La Blogothèque http://www.blogotheque.net Fri, 17 Apr 2015 08:23:02 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=3.8.1-alpha ALA.NI & Villagers http://blogotheque.net/2015/04/16/alani-villagers/ http://blogotheque.net/2015/04/16/alani-villagers/#comments Thu, 16 Apr 2015 13:19:17 +0000 http://blogotheque.net/?p=23685 C’est le genre de moment dont on n’ose rêver. C’est le genre de moments que l’on préfère, à la Blogo : quand on réussit à provoquer un pur moment de création, et que l’on assiste à quelque chose qui se crée alors même qu’on le filme, quelque chose qui prend naissance parce qu’on le filme.

On nous avait ouvert les portes de la Chapelle Expiatoire pour quelques heures. Nous avions décidé d’y filmer Villagers d’abord, puis ALA.NI. Nous nous étions dit qu’il serait rigolo de créer un lien entre les deux vidéos, en leur faisant se dire bonjour à la fin du film de Villagers.

Nous nous apprêtions à tourner cette scène. Nous étions tous les trois à l’extérieur, devant la porte. J’étais à côté de Conor, Ala.ni était de l’autre côté de la porte. Conor commença à gratter quelques accords sur sa guitare :
MOI : Tiens, c’est “Cry me a River” ?
CONOR : Oui !
ALA.NI : Oh, j’adore cette chanson !
MOI : Tu la connais ?
ALA.NI : Oui, un peu
MOI : Vous pourriez la jouer ?

Et zou, cinq minutes plus tard, ils étaient tous les deux dans la Chapelle. Ils n’avaient pas répété, ils ne se connaissaient pas dix minutes avant. Et ils ont fait la plus douce des reprises. Et nous, on était contents, on s’était fabriqué un beau souvenir.

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My Brightest Diamond http://blogotheque.net/2015/04/15/brightest-diamond-2/ http://blogotheque.net/2015/04/15/brightest-diamond-2/#comments Wed, 15 Apr 2015 13:12:08 +0000 http://blogotheque.net/?p=23674 Je me souviens très bien de la première critique  qui m’a poussé à acheter un disque. C’était dans Rock & Folk, en septembre 1994. Grace, le premier album de Jeff Buckley, y était classé Disque du mois, et accompagné d’une éloge sans retenue. Stan Cuesta s’y montrait abasourdi, mis par terre par le talent de Buckley, et se lâchait en conséquence :

C’est l’esthétique du flou qui revient en force, et merde pour les productions au scalpel. De la magie, du mystérieux, du bordel organisé ! C’est trop… Trop beau, trop fort. Un chef d’oeuvre. Des types comme ça me dépriment. Trop doués. Chapeau bas.

My Brightest Diamond a commencé sa Soirée de Poche en reprenant “Gunshot Glitter”,  une chanson rare de Jeff Buckley, et j’ai pour elle la même admiration sidérée que Cuesta pouvait avoir il y a vingt ans pour lui.

Sauf que Shara Worden ne me déprime pas. Elle est de ces personnes qui élèvent, qui tirent tout vers le haut, les épaules, les rêves, les regards et les sourires. Elle est une force de joie, de beauté et de sagesse. Sa voix est douce et forte comme celle d’une mère louve, toujours juste, même si elle mène une troupe et saute sur place tout en chantant. Ses chansons réussissent la prouesse d’être à la fois des horlogeries complexes, intelligentes, au mécanisme limpide, et des blocs d’énergie qui parlent aux tripes. Donnez-lui une guitare et une pédale d’effet, un quatuor, une fanfare, une caisse claire, un kazoo ou ne lui laissez que la voix, elle vous mettra par terre, que vous soyez seul face à elle ou une foule à conquérir.

Nous savions qu’elle serait parfaite en Soirée de Poche. Nous n’imaginions pas à quel point. Elle commença dans une chambre, finit dans la cuisine. Elle nous fit exécuter une chorégraphie des bras, mettre des masques de hibou, assurer ses choeurs, faire un cocon autour d’elle.  Elle dansa, elle joua de trois instruments à la fois, et se lança même dans un karaoké débile d’eurodance. Et surtout, elle nous offrit un moment rare, cette interprétation en français de “Ceci est ma main” et sa danse délicate au milieu du public. A chaque fois que nous la filmons, Shara Worden nous laisse un souvenir brut, inaltérable. Nous comptons bien continuer à les accumuler, ces diamants.

I Had Grown Wild, le nouvel ep de My Brightest Diamond qui contient notamment le titre “Ceci est ma main” que l’on vous avait fait écouter en avant-première en début d’année, sortira le 18 mai. Vous pouvez d’ores et déjà le pré-commander par ici en digital (une version vinyle devrait sortir pendant l’été).

Shara sera en concert au Primavera Festival le 31 mai à Barcelone, au Lunar Festival le 6 juin à Birmingham et au Field Day le 7 juin à Londres.

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Yasmine Hamdan, la chaleur du béton http://blogotheque.net/2015/04/14/yasmine-hamdan-la-chaleur-du-beton/ http://blogotheque.net/2015/04/14/yasmine-hamdan-la-chaleur-du-beton/#comments Tue, 14 Apr 2015 13:39:20 +0000 http://blogotheque.net/?p=23672 J’étais devenu son passé. Son silence intime et personnel. C’était de bonne guerre. J’avais vécu dans la ville de son enfance comme un vacancier, sans rien faire d’autre que la regarder de loin, avec mes pauvres clichés de persiennes bleues sur murs blancs ; le genre d’images vues cent fois et dont on ne sait que faire à l’arrivée. J’avais pensé qu’avoir grandi pas si loin d’ici -qui plus est sur une île- me faciliterait la tâche. Mais tu parles… Que dalle.

Pendant des mois, le temps ne passa plus. De Tunis, je gardai un goût étrange, entre l’orange amère et le bleu méditerranée, et ce disque de Yasmine Hamdan, miraculeusement rescapé de ma fuite précipitée, au milieu d’un tas de vêtements et de souvenirs pas très bien pliés, un CD pirate acheté au vidéo-club du coin sur les conseils de Mariam.

Toi qui n’aime pas les vocalises, ça devrait te plaire, m’avait-elle dit. On n’oublie pas une voix comme ça.

À mon retour, et pendant des mois, Enta Fen resta dans mon sac. Je savais qu’il était là, sous son blister fait main. Qu’il me suffisait de le jouer pour retourner à Tunis, retrouver une voix que je n’avais pas pris le temps d’écouter, pour une fois oublier les persiennes bleues et les murs blancs.

Je n’avais rien fait de tout ça.

Je connaissais pourtant déjà Yasmine Hamdan. Mais sans le savoir, via deux titres de la BO de A Perfect Day* que j’écoutais parfois, les yeux vers un sud que je n’avais pas vu ou voulu voir. Soapkills était un duo libanais trip-hop et underground dont Zeid, DJ de heavy metal, était l’autre moitié. Ces deux titres me mordaient de regrets. S’y posaient un soleil splendeur passée et des mots d’une pureté irréelle. C’était une musique forcément nostalgique -car en provenance directe de notre berceau à Mariam et moi, de notre enfance, de ce soleil d’été qui n’en finissait plus de rendre sa chaleur, de ces nuits à regarder les étoiles filer ou la lune se lever sur l’horizon.

Cet héritage dont Yasmine s’inspirait, directement venu des divas de la musique arabe, était passé au tamis de l’électro, de la folk ou du rock psyché sans jamais tomber dans l’étouffant pot-pourri de la world-music ; non seulement Yasmine était belle, mais ce n’était rien comparée à l’élégance avec laquelle elle excavait couplets et refrains, si souvent ténus -voire inexistants- dans la musique arabe.

Je restais sur l’écoute de ces deux titres seulement. Comme des flashs de passé, ils apparaissaient  parfois au milieu des listes de lecture dont le hasard se chargeait.

Plus tard, ma nostalgie s’enrichit de Ya Nass, son premier LP solo. J’en savais désormais un peu plus sur Yasmine : qu’entre guerre civile et guerre du Golfe, elle aussi avait fui son pays une paire de fois ; que ses chansons parlaient principalement du couple et de ses essoufflements ; qu’elle avait collaboré avec Mirwais et Cocorosie et que ça ne me passionnait pas plus que ça ; que Jarmush était tombé sous le charme de la belle liane en lui offrant de jouer son propre rôle dans Only Lovers Left Alive, pour cinq minutes d’ondulations félines sur son titre Hal, un des sommets du film.

 

Que trouve t-on dans Ya Nass ? La même nostalgie, les mêmes ballades apaisées au milieu des  lézardes d’une ville jamais perdue, mais jamais sauvée non plus ; la douceur de vivre gorge serrée, des nuits à conduire sans but le long de la mer pour y chercher l’amour sans n’y comprendre rien. Ya Nass est un lent panoramique baigné de bleus, qu’ils soient de l’âme ou du ciel. Il réussit le tour de force de nous emmener loin sans jouer l’exotique -ou pire : le pittoresque. Sous les palmiers et les effluves d’arak, la chaleur du béton fissuré par le temps qui passe et reviendra peut-être… Tour-à-tour, Yasmine susurre, s’éloigne, puis revient nous parler à l’oreille. D’un magnifique équilibre, elle se love dans les boucles d’un Marc Collin qui, pour le coup, trouve le sien. Au meilleur de son inspiration, le producteur d’une anecdotique Nouvelle Vague révèle la belle en jumelle de Tracey Thorn… En ouverture, Deny nous projette d’un rif discret dans le Far-east de Yasmine et l’on se rêve à partager la route avec elle. De Beirut à Ya Nass, on arpente des paysages qu’une Beth Gibbons aurait très certainement rêvé d’embrumer, jusqu’au sublime Aleb, zénith surnaturel et épuré de l’album ; là où le monde ne se résume plus qu’au son de dix mille verres en cristal tombant sans jamais toucher le sol. Comme une envie de faire la planche les yeux au ciel dans l’huile salée de la méditerranée…

Je suis revenu à Tunis comme j’en étais parti, en vol de nuit.

J’ai marché le long de la corniche de la Marsa, le nez sur les trottoirs lézardés. Connement, j’aurais aimé dire à Mariam que j’avais suivi ses conseils. Que si c’était à refaire, je l’écouterais un peu plus. La marina était déserte, les réverbères floutées de vent salé. La lune brillait au son de vagues invisibles et des chaises en fer que les cafetiers traînaient sur les pavés avant de baisser leur rideau de fer.

De Mariam et moi, il ne me restait que notre ancienne adresse. Je suis repassé devant la maison que nous avions habité. Elle était à vendre. Il n’y avait plus nos noms sur la sonnette, ni nos plantes sur les balustrades de la terrasse. Pas de panneau d’agence, non plus : seulement un numéro de téléphone écrit au marqueur sur la porte d’entrée. Pourquoi l’ai-je composé ? Je ne sais pas.

Peut-être que j’avais à nouveau envie de vivre ici. Peut-être que j’avais besoin de prendre mes doutes entre quatre yeux. De mettre des images à la place des clichés.

La tonalité m’a semblé mettre des plombes à arriver. Je ne vous parle pas de la sonnerie, qui a pris des années. Elle a enfin abouti, après un grésillement à réveiller les morts. J’ai levé la tête vers la maison. Au même moment, la lumière de notre chambre s’est allumée.

À l’autre bout du fil, j’ai entendu mon nom. La voix de Mariam a résonné, comme une liste de lecture dont le hasard se serait chargé. On n’oublie pas une voix comme ça.

 

*A Perfect Day, film de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, 2005.

Crédit photo : © Jean-Baptiste Millot

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Percy Sledge, un souvenir http://blogotheque.net/2015/04/14/percy-sledge-souvenir/ http://blogotheque.net/2015/04/14/percy-sledge-souvenir/#comments Tue, 14 Apr 2015 11:42:44 +0000 http://blogotheque.net/?p=23675 Je me souviendrai toute ma vie de ce train en retard.

Je me souviendrai toute ma vie de cette course à perdre haleine dans les couloirs de la Gare de Lyon.

Je me souviendrai toute ma vie de la vitesse à laquelle j’ai descendu les escaliers du métro, franchi le tourniquet comme si j’étais poursuivie par une armée de zombies, avant de me jeter dans la rame sans même vérifier qu’elle partait dans le bon sens.

Je me souviendrai toute ma vie de mon arrivée dans le hall de l’Olympia en sueur, au bord de l’apoplexie, mon cœur prêt à sortir de ma cage thoracique.

Je me souviendrai toute ma vie d’avoir rapidement constaté que j’étais la personne la plus jeune de toute la salle. La moins en couple aussi.

Je me souviendrai toute ma vie des larmes coulant de manière incontrôlée sur mes joues alors que retentissaient les premières notes de “My Special Prayer” et d’une reprise vibrante de “Try A Little Tenderness” d’Otis Redding.

Je me souviendrai surtout toute ma vie du moment où Percy Sledge, 67 ans à l’époque, est allé chercher sa femme en coulisse et l’a faite venir sur scène pour lui interpréter “When A Man Loves A Woman” à genoux, en larmes.

Ce jour-là, j’ai compris ce que voulait dire les mots “soul music”. Et ce qu’était l’amour absolu, le vrai.

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Villagers – Hot Scary Summer http://blogotheque.net/2015/04/13/villagers-hot-scary-summer/ http://blogotheque.net/2015/04/13/villagers-hot-scary-summer/#comments Mon, 13 Apr 2015 15:01:19 +0000 http://blogotheque.net/?p=23668 Nous aimions jusqu’ici voir en lui un incroyable conteur. Conor O’Brien nous racontait des histoires. Il savait nous accrocher au seul rythme de sa scansion, et aurait pu se satisfaire de cela, mais non, il aimait en plus les habiller, ces histoires, les mettre en scène, les rendre puissantes, orchestrées, épiques, dansantes. Ce petit être timide savait nous transporter.

Et puis le revoilà, avec une barbe longue et bien taillée. Il a toujours ces yeux très bleu, très vifs et curieux, comme prêts à bondir. Il a une nouvelle guitare, et il a encore des choses à nous raconter. Elles sont juste intimes, cette fois.

 

Il a ouvert les portes de la Chapelle Expiatoire. Le lieu était aussi splendide que vide, comme une coquille, prête à recevoir autant qu’à renvoyer ce qui serait chanté. Les lieux à haute réverbération ont cette force singulière de renvoyer comme un reflet de ce qui vient d’être chanté à celui qui l’a chanté. La force, la profondeur d’un chant n’en sont que décuplées. Et Conor, qui se livrait dans une chanson particulièrement intime, ne nous transportait pas plus loin que sur ce visage, qui entend ce qu’il chante et raconte dans l’infime toutes les cicatrices qui ont donné naissance à ce morceau.

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Jungle en concert à La Cigale http://blogotheque.net/2015/04/09/jungle-en-concert-la-cigale/ http://blogotheque.net/2015/04/09/jungle-en-concert-la-cigale/#comments Thu, 09 Apr 2015 13:16:34 +0000 http://blogotheque.net/?p=23663

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Powerdove http://blogotheque.net/2015/04/08/powerdove/ http://blogotheque.net/2015/04/08/powerdove/#comments Wed, 08 Apr 2015 13:50:34 +0000 http://blogotheque.net/?p=23658 Comme son nom l’indiquerait presque, la musique de Powerdove joue sur des terres de contrastes. C’est une caresse dans la tempête, une berceuse chuchotée dans le fracas, la douceur qui se pose sur un terrain accidenté. La voix douce et incroyablement sûre d’elle d’Annie Lewandowski qui passe, imperturbable face aux chocs, aux coups, aux épilepsies des instruments martelés par Thomas Bonvalet.

Ce qui était fascinant à écouter l’est encore plus à voir. Annie qui regarde au loin, est là sans être là, comme si les personnes empruntant ce passage couvert pouvaient la traverser. Et Thomas qui se referme sur ses instruments, en joue comme s’il se battait avec eux, dans une lutte joyeuse et ludique. Le contraste est saisissant, le moment discrètement magnifique.

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Ryley Walker http://blogotheque.net/2015/04/03/ryley-walker/ http://blogotheque.net/2015/04/03/ryley-walker/#comments Fri, 03 Apr 2015 13:11:06 +0000 http://blogotheque.net/?p=23644 La voix de Ryley Walker invoque de magnifiques fantômes. Quelques cordes grattées, à peine un couplet lancé, et l’air s’est épaissi de la présence brumeuse d’artistes longtemps admirés. Ryley sait cultiver la patience d’un Van Morrisson, la délicatesse du jeu de guitare d’un Bert Jansch, et sait partir dans de folles envolées comme seul Tim Buckley savait en faire.

Juste avant que My Brightest Diamond ne se lance dans un spectacle joyeux et débridé, lui a convoqué ses vieilles influences et, seul sur son tabouret haut, il a ressuscité des airs, des intonations et des arpèges qui ne demandaient qu’à nous prouver qu’elles avaient gardé à la fois leur jeunesse et leur modernité. Ces fantômes ne pouvaient rêver meilleur ambassadeur.

Le second album de Ryley Walker, Primrose Green, est sorti chez Dead Oceans.

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Kosmo Kino Plaza- Cycle VIII : Le Saint Drone De Stockholm http://blogotheque.net/2015/04/02/kosmo-kino-plaza-cycle-viii-le-saint-drone-de-stockholm/ http://blogotheque.net/2015/04/02/kosmo-kino-plaza-cycle-viii-le-saint-drone-de-stockholm/#comments Thu, 02 Apr 2015 15:13:24 +0000 http://blogotheque.net/?p=23639 Qu’est ce qui t’a poussé à créer Au-delà Du Silence ?
J’ai créé Au-delà du Silence en 2006. C’est surtout parti d’une envie de voir à Paris certains groupes ou concerts qui m’intéressaient sans devoir me déplacer aux quatre coins de l’Europe. À l’époque, il n’y avait que l’association « Les Sons Paranormaux » et le festival « Thérapie Auditive » qui proposaient des concerts dans certains créneaux, à savoir l’ambient, le dark ambient, et cette branche du noise et du power electronics. La première édition du festival Thérapie Auditive était super cool, les mecs avaient fait jouer Con-Dom, Grey Wolves… Je me suis retrouvé à leur donner un coup de main sur les autres éditions, ce qui m’a un peu donné la vision « de l’intérieur ». J’ai essayé de les brancher sur des groupes que j’avais envie de voir jouer à Paris, mais même en insistant un peu ça ne l’a pas fait. Voyant que ce n’était finalement pas bien compliqué, que ça nécessitait juste un certain sens de l’organisation et un budget de départ,  je me suis dit que je pouvais le faire moi-même. Du coup, fin 2005, je me suis lancé, j’ai envoyé les premiers mails et en février 2006 je créais l’association. Et début juillet 2006 c’était la  première date avec Sanctum, Mago, et un groupe du sud de la France, Kom-Intern. D’ailleurs, puisqu’on est dans les actualités de groupes qui ont des problèmes à cause de leur leur nom, ces derniers ont eu énormément de mal à tourner en Europe de l’Est, dans les pays sortis du communisme, car leur nom leur fermait carrément des portes. À tel point qu’ils ont même songé à changer de nom. Ce qu’ils n’ont pas fait, mais je crois qu’ils ont fini par splitter en 2008.

C’était quoi la vocation première de l’association ?
Au-delà Du Silence a pour but premier de permettre à des groupes qui n’ont jamais joué en France d’avoir une date sur Paris. C’est même inscrit noir sur blanc dans le statut de l’association. Bien sûr, ce n’est pas une conditions sine qua non mais on essaie vraiment de faire venir des groupes qui n’ont jamais mis les pieds en France. On m’a par exemple déjà proposé de faire jouer Der Blutharsch, mais outre le côté sulfureux et les ennuis qui vont avec, ça ne m’intéresse pas de produire un groupe qui est déjà passé plusieurs fois à Paris, même si j’apprécie les artistes et ce qu’ils font.

KKPVIII

En plus des concerts plus “classiques” dans la forme, tu organises prochainement le huitième cycle du Kosmo Kino Plaza, c’est quoi le concept de ces soirées ?
KKP c’est une série de concert avec effectivement un concept derrière. L’appellation, premièrement. Déjà, on voulait un nom à consonance internationale, puisque pas mal de gens viennent d’Europe pour nos concerts, voire de plus loin (on a eu des Israéliens qui ont fait le déplacement pour la date avec Dernière Volonté). Kosmo, pour le côté trippant qu’on peut retrouver dans la musique ambient, Kino pour l’aspect visuel, tous les projets ou presque étant accompagnés de projections vidéos. Pour la première édition on était vraiment en mode ciné-concert, avec un intermède vidéos très fort, créé par Valnoir de Metastazis. Ce dernier a beaucoup œuvré à la force de l’identité visuelle de ces soirées. La notion de Plaza, elle, vient du fait qu’on a longtemps cherché un lieu de résidence, un lieu où l’on pourrait vraiment s’installer et qui proposerait des conditions d’écoute optimales. À chaque fois, on a une thématique forte autour de laquelle on module la programmation. Le fil conducteur est souvent dans le jeu de mot du titre, comme avec “le Saint Drone De Stockholm” pour la date à venir. D’abord un clin d’oeil aux artistes suédois représentant la moitié de l’affiche, l’intitulé de ce cycle se veut aussi une référence à l’oppression sonore et visuelle à laquelle seront soumis, avec un consentement total et un plaisir non dissimulé, les spectateurs. Aller chercher la douleur, la confrontation pour finir par l’aimer, l’apprécier.

Pour en revenir au créneauque promeut Au-delà du Silence, comment tu expliques la rareté des dates des artistes étiquetés dark folk, dark ambient ou power electronics?
Il y a plusieurs raisons. Si tu prends des groupes comme Der Blutharsch ou Death in June, les annulations récentes ont montré qu’il y a une certaine méfiance, peut-être plus qu’il ya une dizaine d’années. Mais même pour les groupes moins “sulfureux” –  j’entends sans affiliation politique supposée – il n’y a pas forcément un grand public en France. La scène dark-folk et neofolk est une scène vieillissante dont l’époque glorieuse appartient malheureusement au passé. Aujourd’hui, les moins de trente ans se comptent sur les doigts de la main pendant ces concerts. On ne va pas se mentir, c’est aussi un courant avec très peu de renouvellement. Même si on a récemment eu une vague italienne de dark-folk qui a apporté pas mal de fraîcheur, ou encore une branche assez vivante du côté des États Unis – avec des groupes comme King Dude, Cult Of Youth, Scout Paré-Phillips ou encore le label Pesanta Urfolk –  on voit surtout les mêmes “vieilles” gloires se produire. Et puis, la scène française est bien moins développée par rapport à d’autres régions d’Europe, tant au niveau des groupes que du public. Ajoute à cela la rareté des tournées chez des groupes qui vont plutôt privilégier des dates uniques, des one-shot. Donc à partir du moment où tu veux monter une affiche, il faut mettre les thunes sur la table pour les billets d’avions… Ca représente un budget conséquent que beaucoup de salles vont hésiter à aligner, sachant que le risque financier n’est pas négligeable… Donc à un moment, si personne ne se décide à agir, autant te dire que tu n’auras rien. C’est dommage puisqu’il y a dans le lot des choses très accessibles et qui pourraient plaire à un public assez large. Enfin l’offre des concerts à Paris reste très concurrentielle, je ne t’appends rien. Si le même soir tu as le choix entre un groupe que tu as déjà vu 5 fois mais que tu aimes bien et un autre truc obscur dont le seul aperçu que tu as, c’est une pauvre vidéo Youtube que l’organisateur a postée pour faire de la promo, ça va être vite vu.

Si tu compares avec les États-Unis où les groupes d’horizons différents vont avoir tendance à se serrer les coudes et faire front commun, j’ai l’impression que la scène “underground” est un peu plus cloisonnée en France…
Parlons-en du cloisonnement. Pour la petite anecdote, j’étais allé voir deux concerts de synth wave à deux jours d’intervalle l’année dernière, l’un au Klub et l’autre à l’Espace B. Alors que concrètement, les groupes qui jouaient étaient, à mon sens, quasiment interchangeables musicalement, j’ai dû voir à peine plus de 5 personnes communes à ces deux concerts. D’un côté, tu avais les gens issus de la scène goth, donc avec ses propres cercles de promo, de l’autre le public plus “branché”, enfin issu des réseaux de la salle. La scène post-indus et noise est aussi “fragmentée” je pense, elle se décompose en plusieurs niches, avec une perméabilité limitée. D’un côté par exemple tu vas avoir les franges plus DIY avec des musiciens qui tournent, et vont te faire des concerts mortels de noise ou de musique expérimentale aux Instants Chavirés. Moi de mon côté, je vais plus piocher dans des labels comme Tesco, Loki Found, Malignant Records, Cyclic Law, Coldspring… Des labels qui ne sont pas forcément dans les réseaux des groupes qui vont jouer aux Instants… En plus, qu’il s’agisse des groupes affiliés dark folk / neo folk ou des projets plus ambient/noise/pe qu’on peut programmer, il n’y a (pour l’instant ?) pas vraiment de lieu de référence à Paris, ce qui ne facilite pas les choses pour fidéliser une audience ou même simplement rendre les recherches plus faciles pour les gens de passage.

Et ce que tu penses que ces courants ne souffrent pas d’une image un peu élitiste, qui peut rebuter  au premier abord ?
Non, je ne pense pas. C’est avant tout un milieu qui souffre d’une méconaissance, d’un manque d’exposition. Bien sûr, les thématiques traitées dans la musique post-industrielle ne vont pas forcément faire qu’elle sera accueillie dans tous les petits salons de la capitale… Mais pour moi, ce milieu n’est pas snob ni hermétique au public venu de l’extérieur, comme on pourrait le penser de certaines musiques “savantes”. Ca reste un milieu rock’n'roll, j’imagine qu’on pourrait vraiment venir s’y “encanailler” comme certains le font à des concerts de black metal. D’ailleurs, je pensais à un moment que le public metal – qui reste un public bien plus ouvert et curieux que beaucoup d’autres, quoi qu’on en dise – pourrait effectivement trouver un intérêt dans ces genres-là, mais cela ne s’est pas vraiment avéré. Je viens de là, et j’ai essayé de faire écouter des trucs comme Bad Sector à mes potes « du milieu » et les gens se sont montrés curieux et réceptifs, mais pas au point de se bouger pour les concerts. Quand tu les mets face au fait accompli, avec le concert et les visuels, là ça peut prendre. Par exemple, en faisant la promo de la prochaine date, je me suis rendu compte qu’un projet comme Trepaneringsritualen parlait énormément aux gens issus de cette scène. Personnellement, j’aurais imaginé qu’IRM – avec la basse et la violence ouverte – les brancherait plus. Mais j’imagine que le côté visuel ésotérique doit faire son petit effet auprès de ce public.

Il a une approche assez “totale” en effet…
Oui, c’est rare les gens comme lui avec une espèce de “package complet” extrême et soigné, un univers particulier qui est retranscrit musicalement et visuellement. Il a une esthéthique totale et cohérente, et ça fonctionne. C’est un univers qui, je pense, parle plus à des gens de l’extérieur. Des groupes comme Ex.Order ou Bad Sector, ou en général les groupes issus de chez Loki, ont eux aussi un univers bien particulier mais j’imagine que c’est un peu moins abordable. Typiquement Bad Sector a une maîtrise parfaite de ses sons, il fabrique lui-même ses devices et a une approche vidéo axée sur la conquête spatiale ou la science. C’est aussi cohérent et original MAIS je pense que c’est un peu moins séduisant pour les gens qu’un mec qui arrive sur scène avec ses runes, ses crânes et qui se fout du sang sur la gueule, pour schématiser sommairement…

Alors, tu dirais quoi toi pour convaincre ces personnes “extérieures” de venir ?
Bon ok, sur cette affiche il n’y a rien qui crie à venir faire la fête et danser. Si vous connaissez les groupes, vous savez à quoi vous attendre, sinon venez vous faire peur (rires). Non, mais pour revenir à ce qu’on disait, je pense justement que les performances de noise ou de power electronics peuvent redonner la flamme à des gens blasés d’une subversion devenue un peu “folklorique” dans les scènes dites “extrêmes”.  On a fini par s’habituer à cette course à l’extrême – typiquement dans tout ce qui est black metal, death, etc. Ok, ça blaste, Satan, les crânes, tout ça… Mais ça relève plus de l’ordre du folklore maintenant pour de nombreux groupes, il y a une forme de lassitude qui s’est installée, presque de passage obligé sans forcément le sens qui va avec. Or cette subversion tu peux la retrouver sous une forme différente dans le noise ou le power electronics. Avec des artistes qui parlent de choses moins ésotériques, plus ancrées dans le réel finalement, en abordant des questions de géopolitiques, de société et pas forcément les plus gaies. Tu prends le set de JARL par exemple, qui  se base sur un tueur en série allemand, je crois. L’ idée n’est pas tant de dire :  « Oh regardez un mec qui tue des gens, ça pisse le sang ». Non, là il va plus insister sur le côté traque, injecter de la tension et de l’insécurité, façon Peur Sur La Ville… C’est ça qui est vraiment intéressant dans leur démarche, cette façon de faire monter l’angoisse, le malaise sans te confronter de façon directe à la violence ou au mal. On te fait sentir une menace dégueulasse planante, qui peut frapper n’importe quand. Ou encore Geography of Hell qui va baser son set sur la révolution roumaine. Bref des trucs assez abrasifs et qu’on n’a pas forcément l’habitude de voir traités. Bon après, on trouvera toujours des suiveurs peu inspirés qui vont reprendre ce genre de thématique avec une approche vidée de sa substance, en se disant : « cool, des morts ». Genre des groupes qui vont avoir tous les gimmicks pénibles sans aucun discours derrière. Des poses successives, sans aucune construction intellectuelle. Moi, ça ne m’intéresse pas de programmer ce genre de trucs. L’idée n’est pas de frapper pour frapper, juste te rappeler que tu ne vis pas dans un monde bisounours et que tu as des choses un peu crades qui se passent partout, que tu n’es pas obligé de te plonger dans des choses complètement ésotériques ou imaginaires pour te faire peur. La seule promesse que je peux faire c’est qu’il n’y aura pas trop de moments pour se poser et se dire que la vie est belle.

Bon et sinon des gens que tu rêves de faire jouer prochainement ?
Déjà dans les vieilles légendes il n’y en a pas tant que ça. Lustmord ça pourrait être vraiment cool, ou Current 93, même si je n’ai pas les moyens logistiques ou financiers. Je sais que David Tibet est super exigeant sur les salles. Après, faire jouer un projet comme Genocide Organ serait génial mais semble délicat. Sinon, il y a plein de groupes qui ne jouent presque jamais, je pense notamment à Division S – on parle d’un italien qui fait de la dark folk, rien à voir avec le groupe de OÏ super faf de Scandinavie – mais impossible à trouver des vidéos de lui et je crois qu’il a peur de prendre l’avion. Sinon un projet de chez Loki, First Law : du dark ambient que j’aime vraiment beaucoup. Le mec a fait des reprises de Venus In Furs du Velvet, de Throbbing Gristle. Super bien. Bon après, j’ai plein d’idées pour la suite, comme Geneviéve Pasquier de Thorofon, Llovespell ou Antlers Mulm et plus généralement les projets du label Sea State, ex Sonderübertragung, Black Light Ascension aussi ou encore BRUT, une nana qui fait du harsh-noise dans un trip pro-féministe, Antichildleague aussi. Beaucoup de choses dans cet esprit-là (j’oubliais Macelleria Mobile di Mezzanotte) mais aussi des artistes plus “folk” issus de la scène américaine, comme Scout Paré-Phillips ou Kinit Her, que j’adore tous les deux. Voilà après forcément, ça demande du temps et de l’argent.

Je te laisse le mot de la fin.
Il y a ceux qui raffolent du déchirement analogique des tympans.Il y a ceux qui chérissent la lacération numérique des globes oculaires. Il y a ceux qui adorent l’électrochoc subversif sur leurs hémisphères cérébraux. Et il y ceux qui ne seront pas au VIIIe cycle KKP à Petit Bain le 5 avril.

KOSMO KINO PLAZA – CYCLE VIII : LE SAINT DRONE DE STOCKHOLM Petit Bain – Le 5 avril 2015, de 20h à 06h


Programmation complète :
Deutsch Nepal / EX.ORDER / IRM / Trepaneringsritualen / THO-SO-AA / Jarl / Geography of Hell / Exworks

Plus d’infos sur la page de l’évènement et par ici.
Visuels : Metastazis

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Twain http://blogotheque.net/2015/04/01/twain/ http://blogotheque.net/2015/04/01/twain/#comments Wed, 01 Apr 2015 14:39:58 +0000 http://blogotheque.net/?p=23631 Ils viennent de Virginie, mais nous les avons filmé à Nashville. Ils ont des têtes de Man Man, mais chantent des chansons d’amour subtiles, douces, aux notes de piano enveloppantes.

 

Ils portent de grosses moustaches et des bouts de branchage dans les cheveux, mais préfèrent la country à la pop quand on leur met une guitare dans les mains. Ils s’appellent Twain et tu devrais regarder leur Concert à Emporter fraichement arrivé des États-Unis d’Amériques.

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