La Blogothèque http://www.blogotheque.net Thu, 27 Aug 2015 14:53:51 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=3.8.1-alpha Øya festival 2015, nos belles harmoniques http://blogotheque.net/2015/08/27/oya-festival-2015/ http://blogotheque.net/2015/08/27/oya-festival-2015/#comments Thu, 27 Aug 2015 13:42:59 +0000 http://blogotheque.net/?p=23996 Quand on est atteint du syndrome “l’herbe est plus plus verte ailleurs“, Oslo est vraiment l’endroit idéal pour rechuter. Et Oya le coup de grâce qui vous donne envie de quitter la ville, en l’occurrence Paris, c’est-à-dire cet ersatz de capitale où les livreurs de pizza ne s’arrêtent jamais aux feux rouges, où les filles ne sourient plus et où les minutes RATP sont étrangement soumises à des lois physiques insondables. Alors forcément, me brumiser le cerveau de savoir-vivre, du festival le plus vert au monde, traverser les rues sans jamais regarder à droite ou à gauche, je me suis dit que, oui, en désamour comme je l’étais avec Paris, j’allais aimer la Norvège.

 

Première soirée au nord du monde

Le festival commence la veille de l’ouverture officielle par une pléiade de concerts un peu partout dans le centre ville. Les Norvégiens que j’ai croisés il y a quatre ans, ruinés à l’aquavit, silhouettes voutées et voix rauques, sont encore absents du décor. Ou alors ce sont les mêmes qui sont aujourd’hui poliment assis aux tables des terrasses. Une amie norvégienne me le confirme, et je distingue dans son ton quelque chose qui ressemble à de la lassitude : “A moins qu’il ne soit raide bourré, difficile pour un mec d’accoster une nana. Pour résumer, ce qui m’ennuie ici, c’est le manque de passion. Quand on discute musique ou cinéma ou un truc artistique en général, on a l’impression de parler au guichet de la poste, avec un employé fatigué.” Le portrait est assez pessimiste mais la pondération qui fait des norvégiens ce qu’ils sont, lui pèse tout autant.

Le prix de la pinte est quant à lui aussi dissuasif qu’un flic aux Etats-Unis et les cheeseburgers des stands autour de la place Youngstorget à 12 euros secs comme l’Arizona au milieu de l’été. Allumer une clope dans la rue ? On s’expose a pas mal de regards foudroyants et culpabilisants. C’est ça, le voyage. Donc, on suit les coutumes locales, on pense au compte en banque et on y va mollo sur le destroy, du moins ce soir.

JARDINAGE

Ce ne sont pas les trois formations pop-rock qui se succèdent sur la scène extérieure de l’Internasjonalen, un bar du centre surplombé par l’immeuble monobloc du parti travailliste, qui vont pousser au délire. Je crois même entendre sur l’intro d’un titre une cover de Robbie Williams. The Fjords, qu’on nous vend comme de l’indie-pop de bonne facture, est celui qui récoltera le plus d’attention mais rien de mirobolant et l’on commence à somnoler sérieusement quand la nuit tombe.

monoCLUB

C’est le moment de bouger. Pas très loin de là, j’essaye le club Mono. Passée une cour intérieure qui rappelle celle des ruin bars budapestois – grafs, guirlandes et pochoirs de Patti Smith sur les murs aux peintures écaillées – on s’avance vers le bar. Il y a du verre cassé par terre, un vieux papier-peint bordeaux, fleur de lys et lustres fatigués.

Un bon parfum de rock’n roll flotte dans l’air. Ça joue plutôt pas mal, le son pèse son poids, mais je n’aurai pas le temps de me faire une idée plus précise, ce sont les deux derniers titre du set. La salle se vide un instant, les banquettes en skaï aussi. Un couple de cinquantenaires est assis dans un coin. Trois jeunes gens sirotent leur bière en discutant. Dans la rue, le kebab ne désemplit pas. Il est minuit, les rues sont calmes, le ciel a la couleur du plomb.

Sur la scène les New World Vulture s’installent. Un mélodica, un banjo, une guitare, une cornemuse, un clavier, des percus, des casseroles retournées… J’ai un peu peur de l’orchestre façon world music. On ne quitte pas la France pour se faire emmerder par du Max Havellaar en poncho, façon solo voy con mi pena… Mais les ampli Vox commencent à buzzer et une carlingue blonde en marcel blanc s’empare du micro. Avant même qu’il ne pousse la moindre note, on sent que le type est habité par quelque chose de plus grand que la passion.

HAMAC

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, les trente ou quarante personnes qui viennent se serrer près de l’estrade sont hypnotisés et moi avec. Les trois jeunes à côté se sont tus. Le couple ne bouge plus d’un pouce. Il y a quelque chose de magique à entendre une musique que l’on a jamais entendue et c’est le cas. Imaginez Kat Onoma marié à Durutti Column. Ou du Kraftwerk mouillé et sensuel. Ou Sigur Ros mouliné à de l’indu inconnue, elle-même matinée de boucles orientales. Et tout ça en même temps. Je sais, c’est difficile.

La carlingue de deux mètres, tout en arabesques, électrise les lieux en seize mille volts, comme s’il voulait atténuer lui-même l’éclat des lustres. Je crois que je n’ai jamais vu un public aussi silencieux. Muet. On mettra ça sur le compte de la pondération norvégienne. J’aurai le temps de rendre compte plus tard que certaines généralités sont fondées.

 

La loi de Sondre

Ce matin, Oslo est enveloppée d’un ciel clair qui suspend son bleu jusque dans l’air. En ce mercredi après-midi, premier jour du festival, le quartier de Toyen exhale le parfum de l’été. À l’entrée du parc, les volontaires chargés de la fouille des sacs vont jusqu’à renifler les bouteilles de crèmes solaires. Il faut être plus inventif que ça pour la biture DIY, mais on peut aussi la voir comme une aventure à tenter, la dernière frontière du festivalier au pays du respect des règles.

Pour l’instant, j’essaye de m’orienter : en bas du parc, près de l’entrée, deux scènes, le Sirkus, chapiteau de grande capacité et la scène extérieur du Hagen. Plus loin, de l’autre côté d’une butte, les scènes extérieures principales du Vindfruen et de l’Amfiet, toutes deux surplombées par les doux et confortables reliefs d’une colline en amphithéâtre en haut de laquelle une esplanade accueille, sous deux grandes tentes, le Hi-Fi Klubben (dédié à l’electro) et la Biblioteket (réservée aux nouveaux talents).

FOODCOURT

Nichée à l’orée de la forêt qui borde toute la partie supérieure du parc et accolée à une piscine olympique, la “zone mixte”, réservée aux artistes, journalistes, labels, managers, tient davantage du Club Med que de l’open-space de fortune que je m’étais imaginé avant d’arriver. Trois bassins extérieurs, des chaises longues, un bar et une caravane vintage couverte de fleurs en guise de bureaux de permanence pour l’équipe du festival, avec en plus la vue au loin sur le fjord d’Oslo : difficile de faire plus idyllique. Mais bon, je ne travaille pas dans l’industrie de la serviette de bain, on ne m’a pas demandé non plus un rapport sur les marques de bronzage, alors je préfère me dire que pendant les quatre prochains jours, cet endroit n’existe pas.

Depuis deux années, le parc Toyen est préféré au Middelalderparken. Moins longiligne, donc moins fatigant à la longue pour aller d’une scène à l’autre. Cela vaut aussi pour les personnes en fauteuils, qui bénéficient sur chaque pelouse d’une estrade surélevée. Sans compter les familles avec poussette. Aller n’importe où dans le parc d’Oya prend, à la louche, moins de deux chansons et l’y on vient pendant le festival exactement comme on passerait la journée au square du quartier. A l’exception que les bébés y portent des casques anti-bruit et que des grappes d’enfants gagnent de quoi s’acheter une glace en rapportant les gobelets de bière usagés au stand recyclage du festival. Qu’après chaque concert, les volontaires débusquent le moindre papier gras. Quand je vous disais que l’herbe était plus verte.

1AMFIETHAUT

Sur la scène de l’Amfiet (l’amphithéâtre), c’est aux Norvégiennes de Razika que revient l’honneur d’ouvrir les hostilités. Enfin, les hostilités… c’est relatif. Plutôt l’indice d’insouciance nationale brute. Quatre petites meufs sautillantes comme leur pop colorée au ska et quatre LP qui ont tous atteint le sommet des charts locaux. Public teen invité à monter sur scène, titres ultra-vitaminés. On se prélasse au soleil, on respire, après la météo pourrie de l’été. Les filles ont des fleurs dans les cheveux, les mecs vont chercher les bières. Plus apaisant, on ne peut pas.

Les Razika sont contagieuses d’enthousiasme, elles sont au bon endroit au bon moment, on n’imagine pas le festival commencer autrement que sur leur popinette légère et aussi efficace qu’une journée de vacances. Une chanson à la gloire d’Oslo pour terminer, rien de délirant, mais un début d’ambiance quand même, un léger trépignement de bonne augure pour la suite.

Elle sera un peu moins aérienne. Sur la scène voisine, The Switch ne passe pas la seconde. Même en allant se fournir à nouveau en bière, leur pop à papa certes bien construite, ne décolle pas vraiment. Manque de charisme, oscillant entre électrique ou acoustique sans vraiment trancher, gémellité trop frappante avec MGMT, on a l’impression d’avoir entendu ça tous les mois depuis cinq ans.

Le set est poussif ; sans en attendre la conclusion, le public se clairsème et je fais de même pour aller écouter la très délicate Anneli Drecker sur la scène du Sirkus, vaste chapiteau rectangulaire et forcément un peu froid. Ça ne se réchauffe pas pour autant. Normal, ses chansons sont inspirées du grand nord et la foule de cinquantenaires venus l’écouter est là pour la poésie plus que pour la musique. Je reste un peu sur les routes enneigées battues par le vent en me disant que non, décidément, je ne veux pas vieillir, jamais. “You don’t have to change” chante t-elle. C’est prévu. Je remonte vers les hauteurs du parc et le stand de la radio NRK P13, qui joue un Courtney Barnett. Bientôt, bientôt…

DOOM

Je ne suivrai donc pas la foule qui se presse pour la musique transparente de la non moins transparente Faye Wildhagen mais resterai où je suis, face à la scène du Hagen, car ce nom ne m’évoque que du bien (le jardin en norvégien). Låpsley y joue et je ne la connais pas plus que ça. Son imper/peignoir de bains à motifs géométriques vraiment douteux me laisse à penser qu’elle est Anglaise, malgré le A rond en chef de son nom.

Bien nous en a pris, mes jeunes camarades et moi. Souriante, timide, la liverpuldienne de dix-neuf ans à peine, signée chez XL, semble avoir été faite pour jouer dans ce genre d’endroit. Il émane bientôt de Låpsley/Holly Fletcher et de sa musique un charme irréel. Le son est tantôt beau et large comme le paysage qui nous entoure, tantôt lo-fi comme la pluie de Bristol. Un percussionniste, des boucles et elle, qui discute avec le public entre deux titres. Elle introduit une nouvelle chanson, qu’elle a écrite vendredi dernier, le jour de son anniversaire.

Entre trip-hop et soul, l’émotion est magnifique et, en ce beau milieu d’après-midi, le ciel tire vers un bleu profond comme la nuit d’un autre royaume. Låpsley termine par son mini-classique et classieux “Station”. En un battement de cils, elle a disparu. On reste un moment dans une douce langueur, les yeux songeurs devant tant de beauté. On ne s’est pas trompé de scène.

MASSES

Ce qui nous attend ensuite sera d’une autre trempe. Je ne parle pas de talent : je parle de la surface de contact de la main sur une joue. Je parle d’épiderme. Tatouages et barbes sont de sortie -et ce ne sont pas vraiment celles des hipsters. Les tee-shirts ? Aura Noir, “Masses are asses” (et même un Ghosbuster pour le gratteux) : les voisins suédois d’At The Gates entrent sur scène.

Thomas Lindberg prévient : “On nous a demandé de pas trop traîner ici. On nous a dit de partir tôt. Donc, on va jouer plus vite.” Il a une bonne tête, ce Lindbergh. Le genre à qui on confierait en toute confiance le carburateur de sa 405. Une virée en enfer démente et démesurée commence, qui fait pousser les poils sur le torse et hérisser les cornes du diable un peu partout dans la foule. Les riffs sont propres et sales à la fois, les breaks impossibles, le head banging gagne du terrain sur “Terminal Spirit Disease”, le set se poursuit sur une intro blues-doom pour décoller ensuite vers une supernova qui rhabillerait quinze Gallagher à la suite. T’as eu ton compte ? T’arrêtes de rêvasser ? T’as vu At The Gates, mec.

ATTHEGATES

Je me demande encore dans quel état d’esprit les Belle and Sebastian sont entrés sur la scène d’à côté cinq minutes plus tard. Moi, j’aurais pas trippé des masses. Même si j’avais déjà composé une bonne flopée de perles pop, je crois que j’aurais pas aimé sentir que ma tension redescende avec mon premier accord. Parce que c’est un peu ce qui passé avec nos délicats Écossais. On est entrés dans la petite maison dans la prairie en se cognant le front aux poutres de la grange. C’est con, quand même, quand on a aidé tant d’adolescents à relever la tête pendant cette période si ingrate. Je le sais, j’en faisais partie.

“I’m a Cuckoo” provoque un léger frémissement, sans plus. “The Party Line”, single new-orderien et funky tiré du dernier album fait un tout petit peu mieux. Mais pas davantage. Stuart Murdoch sautille pour se donner du baume au cœur, tout est posé, millimétré, on est loin des débuts où les glaswégiens mettaient des plombes à enchaîner entre deux morceaux. Tout le monde semble plus ou moins y trouver son compte.

STUARTB&S

Mais aujourd’hui, à Oslo, j’ai le sentiment que Belle and Sebastian est devenu un groupe qui donne plus envie de laper son vin dans un gros fauteuil club que de tiser son mal-être au comptoir d’un pub. Je discute un moment avec un couple de Danois (pas la race de chiens, des vrais Danois). Ils ont l’air pour le moins dépité. Pour leur premier Oyafestivalen, ils me l’avouent au bout de quelques minutes, ils sont un peu déçus par l’ambiance.

Bon, c’est vrai, me dit le mec, j’aime pas les gens qui gerbent dans les poubelles ou qui pissent contre les arbres mais merde un peu de rock’n roll quand même, ça manque.”
“Attends
, tempère sa copine, attends, il est encore tôt.” Elle se tourne alors vers moi avec de grands yeux :” Tu connais Rosklide ? Va à Rosklide, tu verras, c’est terrible.”

Sur scène, Stuart le petit oiseau tombé du nid commence à parler de la pluie et du beau temps et accessoirement à me gonfler sérieusement. Sarah et lui d’un côté, le trio guitare/basse/batterie de l’autre : on a l’impression d’un groupe dans le groupe. Que personne ne joue ensemble ou alors chacun pour sa pomme. Allez, je m’arrache.

À dix mètres de là, sur la scène du Vindfruen, Courtney Barnett, Doc Martens et casquette de routière qu’elle commence à être, fait tranquillement sa balance. Elle plaisante avec sa première fan, accoudée à la barrière. La pelouse se remplit. On fait la sieste au soleil. D’autres empilent les gobelets de bière. À peine le temps d’avaler un kebab à 13 euros (mais attention, pour ce prix-là, c’est du bio) au world cuisine food-court  que la foule s’est densifiée devant la scène, j’arrive à peine à me frayer un chemin.

On sent que Courtney est attendue, sans doute le climax du jour pour pas mal de monde. On sent aussi, à son grand sourire que Courtney est heureuse d’être là, heureuse de ce qui est en train de lui arriver depuis quelques mois. Elle entame avec un “Elevator Operator” au son délicieusement crade, il en sera ainsi pour tout une bonne partie de l’album. Courtney fait les choses sans pression, à la Courtney, pleine d’elle-même et de sa coolitude grunge et désinvolte, bref : pleine de son australianité.

De toute aussi belle manière, elle maltraite “Dead Fox” en se tortillant, hissée sur la pointe des pieds. Puis vient “Depreston”, ces deux accords et cette mélodie qui se plantent dans la tête pour ne plus en sortir, ces lyrics qui en font le protest-song 2.0. Là où les anciens chantaient l’espoir d’un monde meilleur, Courtney Barnett énonce celui d’une vie pas trop pourrie. Ça passe par une maison avec garage, loin du centre-ville, par les rues vides de Preston, cette banlieue de Melbourne qui pourrait être la banlieue de n’importe quelle autre ville du monde.

Telle est notre époque. Ça parle à tout le monde, y compris ici, car tout le monde n’a pas 300 euros à mettre dans un pass de festival. Les économies, c’est comme les pâtes six jours par semaine. On s’aperçoit très vite que c’est universel. Quelques morceaux de bravoure plus tard, Courtney amoche un “Pedestrians at Best” d’anthologie pour finir à genoux au chevet de sa guitare posée par terre, mourante des boucles qu’elle lui a imprimée tout en la désaccordant. Son guitariste vient lui sauter dans les bras et ils se gaufrent tous les deux sur scène, hilares.

Cet instant est l’instant où chacun dans le public ne peut échapper à ce sentiment d’assister à la naissance d’une songwriteuse intense qui se révèle, en bonus, une bonne cliente pour la scène. C’est la cerise sur le gâteau – ou le remboursement sur trop perçu, pour rester dans les métaphores smicardes.

courtneyblogo

Après tout ça, The War on Drugs a comme un goût de blanc d’oeuf. Pas beaucoup de saveur, du moins pour les premiers titres et il faut attendre une bonne demi-heure avant que tout ça monte – et plutôt bien. On peut alors continuer de pester contre les intonations dylanesques d’Adam Granduciel ou simplement se laisser porter par leur indie-rock simple et efficace (et par un “Red Eyes” de toute beauté) et se souvenir que, Springsteeniens dans l’âme, il font tout pour ne pas baisser les bras devant une assistance un chouïa léthargique.

Et oui, c’est ça, aussi, le problème. Depuis le début de la journée, il est surprenant de constater à quel point ils sont peu ici, dans la foule, à se lâcher, à s’oublier, à bouger ne serait-ce qu’une oreille pour écouter ce qui est train de se jouer. Hormis les quinze premiers rangs qui suivent l’histoire, Oya est pour le moment un grand parc où l’on retrouve ses amis en considérant distraitement que oui, c’est vrai, tiens, il y a de la musique et sinon, on va en Grèce cet été, Lars dit que c’est le bon moment. Ce n’est pas désagréable en soi, toute cette insouciance. Seulement, ça manque pour l’instant d’une certaine communion.

Ce ne sont pas les Foxygen, plus tard dans la soirée, qui y changeront quelque chose. Malgré un Sam France dont on se demande quelle drogue il prend pour se rouler par terre ou ramper ou se désarticuler pendant une heure sans s’arrêter UNE SEULE PUTAIN DE SECONDE, les Californiens se plantent et bien comme il faut. C’est brouillon, le son est dramatiquement mauvais, on a l’impression d’assister à une outro de 45 minutes avant d’avoir droit à un semblant de quelque chose… Si c’est une pose, elle est réussie. Sinon : gros soupir. Mais pas la came de tout le monde, en tout cas, puisque malgré la réputation qui les précède, le public ne s’y trompe pas ; comme moi, il rentre chez lui en repensant avec un grand sourire à la prestation de Sondre Lerche.

Pour qui ne le connait pas encore, Sondre Lerche est LA star de la pop en Norvège. Quinze ans de carrière de qualité et sept albums qui ont tous cartonné. Le dernier, Please, est directement inspiré de son divorce l’an passé, ce dont il ne s’est évidemment pas caché pour se donner encore plus ce côté guy-next-door à consoler. Le plan com’ a bien fonctionné. Une sorte d’enfant prodige qui chante en anglais, vit désormais à New-York et réussit tout ce qu’il entreprend. Étonnant qu’il n’ait pas encore fait l’acteur.

Sondre est très gendre idéal, poliment sexy. Mais Sondre peut aussi être trash – pour un Norvégien, c’est-à-dire que le type bouge et saute partout, ce qui, au pays, relève d’une sérieuse addiction au désordre. Pour vous donner une idée, vous pouvez imaginer le charme velouté de Sinatra, yeux doux et bleus de crooner à damner la plus fidèle des femmes, mixé à une légèreté de gentil bad boy que tous les mecs rêveraient d’avoir ne serait-ce que dix minutes par mois dans leur plus beau blouson de cuir. En un mot : Sondre ne peut pas avoir d’ennemis. Il est trop lui pour cela. Il est comme une chemise haute-couture collée de sueur. Une icône accessible qui raconte ses nuits au poste post-rupture et biture ou ses insomnies de mari trompé.

Certes, on peut le trouver un brin énervant, usant de ce total-control qu’il semble avoir tout au long de son concert, abusant de ces petits pas de danse de séducteur de bal de province, n’empêche qu’il ressort de sa musique tout en dessous en soie et mélodies pop des travers noisy savamment piquants qui réveillent les pavillons au moment où l’on s’y attend le moins. Pendant une heure, l’aiguille du compteur ne baissera jamais d’un cran. Avant de finir en monument national dans quelques décennies, Sondre finira ce soir en marcel et en nage avec l’imparable “Bad Law”, qui mettra par terre le public, énamouré comme une seule midinette au bras de sa star préférée. Ça c’est du boulot, mon garçon !

Et si vous vous demandez pourquoi je ne suis pas aller voir Chic, c’est simple. Par principe. Je ne vais pas voir des types qui, parce qu’ils sont des reustas, pensent qu’ils ont inventé les carrés dans les gaufres et se donnent le droit de parler aux gens comme à des sous-merdes, ce qui est arrivé sous mes yeux en zone mixte cet après-midi. Mon absence ne change rien pour eux, mais les Chic peuvent commencer par changer de nom et ne plus sortir de chez eux ; comme on a déjà assez de cons en liberté, ça nous fera de l’air.

 

Une femme sans influence

Depuis trois ans, une plage artificielle a été aménagée près de l’opéra. Une partie du projet Fjord City, qui vise à réhabiliter les zones portuaires. Ici, c’est un grand polder recouvert de teck et de chaises longues d’où l’on plonge dans une eau dont la température équivaut à celle de la Normandie. Sous ces latitudes, c’est déjà pas mal. Quant à la préservation de la nature, elle est inscrite dans les gênes. Autant dire qu’on ne se baigne pas au milieu des papiers gras et des canettes de bière. Alors rien de tel qu’un bain revigorant pour commencer une grosse journée où je dois rencontrer ma préférée – ça, vous comprendrez vite que je suis raide dingue de cette fille -, Silja Sol, aperçue hier soir en choriste de Sondre Lerche.

Longue barbe de prophète et costume noir, Torgeir Waldemar arrive discrètement sur la scène de l’Amfiet. Après deux ans d’attente, le régional de l’étape sort (en anglais) son premier album, enregistré dans une église. C’est effectivement une atmosphère tout en recueillement oecuménique qui accompagnera ce concert quasiment acoustique. Torgeir parvient à restituer sur scène le son écrasé de ciel qu’on trouve sur son album aux thèmes désespérés. Des histoires de rédemption et d’anges noirs, de magnifiques instants de scie musicale, de banjo et de slide, qui s’étendent dans l’air chaud de la mi-aout où les insectes volent. Le temps s’étire, les titres se suivent et se ressemblent comme les grains d’un chapelet mais c’est loin d’être ennuyeux. Plutôt beau et triste comme la traversée d’un Nebraska.

TORGEIR

Il est quinze heures, les psalmodies de Torgeir résonnent encore que déjà la nervosité me gagne. C’est comme ça à chaque fois que je vais voir un artiste que j’aime : je suis sans doute plus nerveux que lui avant le concert. Avec Silja Sol, ça n’a pas loupé. Sur la scène du Vindfruen, (“la dame de vent”) la Bergensere respire un grand coup et entame son set seule avec sa Fender.

Deux minutes trente compactes et cristallines comme un soleil d’hiver au grand nord, avant que son trio guitare/basse/batterie ne la rejoigne. Son album a été mon coup de cœur de l’été. Bien que découverte par un télé-crochet, cette fille n’a rien à voir avec les espèces de clowns qu’on nous vend tous les ans en France ou ailleurs dans ce genre d’émissions lobotomisantes. Et si sa musique surprend autant, c’est qu’on n’y trouve aucune influence qui pourrait faire ressembler Silja à une autre. Il y a bien sûr, c’est vrai, sur des titres comme “Baerene”, une tonalité et une énergie qui feraient penser à Nina Hagen, mais on aurait du mal à étayer le propos, chercher d’autres figures tutélaires, tant sa personnalité unique transpire de chacune de ses compos. Un format punk pour une pop éthérée, assez bien restituée ici – et sans le piano qui alourdit parfois la production des douze chansons de Pa Hjertet.

Sur scène, Silja re-densifie ses titres et augmente sa prestation d’inédits. Sa présence et son charme sont indéniables, sans esbroufe, elle regarde chacun dans les yeux, avec simplicité. Cette fille est frontale. Elle ne se cache pas derrière une pose, elle est d’une authenticité à tout casser, et c’est certainement ce qui arrivera bientôt, tout du moins en Scandinavie, avec son second album à paraître en janvier 2016.

Avec en tête cette voix de cristal toute en émotion contenue qui ne me quittera plus pendant des jours, je file donc en zone mixte pour la rencontrer après son set, en prenant le temps tout de même de m’arrêter un quart d’heure devant Sauropod, autre formation norvégienne qui distille un post-punk dopé aux belles montées gueulées à plein poumons comme dans un tunnel. Le Hagen n’est décidément pas ma scène préférée, le son y part de tous les côtés – mais pas dans le bon sens. Néanmoins, Sauropod sort les griffes et des lignes de basse efficaces, des riffs bien tranchants. Même si on a déjà entendu ça du côté de Seattle, un très bon quatre heures à ceux qui ont une petite faim.

Ceux qui ont une grande soif, on les retrouve plutôt du côté de la zone mixte. Je peux vous dire que ça glandait sec, là-bas. Je me suis d’ailleurs demandé pourquoi on appelait ça une zone mixte. Mixte, encore, je veux bien : les gin tonic côtoyaient les bières, les garçons torse nu aidaient les filles en bikini à allumer leur cigarette, d’accord. Mais zone ? Rien à voir avec une zone : il n’y avait aucune palissade couvertes d’affiches vantant les mérites d’un parti politique, encore moins de terrain vague. Non, ce lieu était le kit parfait pour chill up entre professionnels, le tout éclaboussé par les métalleux chevelus de passage qui font des sauts périlleux du haut du plongeoir, sous l’oeil vide du maître nageur.

Même pas le temps d’en profiter, je suis parti à la recherche d’Espen, le manager de Silja. C’est finalement elle que j’ai croisée en premier. Je me suis présenté, c’était moi le petit français qui avait eu un huge crush sur son album. Elle était tout sourire et notre rencontre a eu lieu ici.

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Une demi-heure plus tard, je redescends vers les scènes. Je suis tout chose… Ah !… Cette façon qu’a Silja de ne pas se perde en prétentions commerciales à dormir debout, de se porter toute seule sans panneau fluo, sans influence à en faire déborder les placards, quand tant d’autres font une musique pleine comme un supermarché le samedi, bourrés de denrées aussi grasses que périssables. Et ces yeux…Et cette voix…. Ah !…Que n’ai-je choisi norvégien première langue… J’hésite à me remonter en zone mixte pour un gin tonic, puis je rebrousse chemin réalisant que, de toute façon, je n’aurai pas le droit d’emporter mon verre avec moi pour le concert de Team Me. Va falloir faire avec.

Ça tombe bien : il y a de quoi se mettre une bonne dose de son énorme devant ces autres norvégiens. Leur set révèle une pop electro bien plus dense que l’album, avec de belles saturations shoegaze qui les éloignent du sous-Arcade Fire dont on pourrait les affubler. On ressemble à ses ainés quand on est dans le garage, pour les premières repéts. Après il faut trouver son style. C’est ce qu’ils font, et plutôt bien. Comment rester de marbre devant une telle avalanche d’hymnes pop ? C’est pourtant ce qui arrive. Comme toujours depuis le début du festival, j’ai envie de dire. Pas une tête qui bouge. Le chant à trois voix se fait sans surenchère pompière. Après un petit coup de mou en milieu de set, l’irrésistible “F is for Faker” clôt l’affaire de fort belle manière. Et tiens, tout le monde est debout.

C’est l’heure du problème de riche du festivalier. La princesse polaire Thea Hjelmeland, Bad Religion et Smerz jouent en même temps. Allez, je vais me partager en deux. Thea est trop loin et je veux absolument écouter Smerz. Avant d’y aller, je jette donc un œil aux vindictes punk-rock des Américains de Bad Religion.

BADREL

Greg Raffin, avec son look de prof de fac sonne la révolte comme au bon vieux temps, sévère, puissante, avec une gestuelle de cours magistral. Je repense avec nostalgie à l’un de mes premiers concerts – New Model Army au Bataclan. Un instant, j’imagine que Justin Sullivan pourrait se trouver dans le coin et souffler ces refrains sans concession et plein de sueur du sud californien. Car de la sueur, il y en a et j’ai du mal à décrocher, d’autant que le public est chaud bouillant.

Je m’en vais malgré tout découvrir les Smerz qui jouent au Hi-Fi Klubben, la scène du festival dédiée à l’electro. Toujours pas de mouvement dans le public. Même le mix ne fait pas danser. Mais Bon Dieu de bordel de merde, qu’est-ce qui les fait danser ??!! Mise à part une poignée des teenagers (et encore, des teenagers trèèèès timides), on est dans le stoïcisme le plus hellénique.

Je mets ça sur le compte des boucles et visuels hypnotiques des deux norvégiennes derrière leur table. Tout en elles respire la brume et les nuits de nos villes de l’hémisphère nord, les échangeurs impossibles, les autoroutes urbaines sous les réverbères oranges. Les nappes dream-pop sont transcendantales et les voix extatiques siéent parfaitement à l’atmosphère sombre de ce petit chapiteau rectangulaire sur les hauteurs du parc.

Et pour battre le fer tant qu’il est chaud, rien de tel pour rester dans la brume que le shoegazing mythique de Ride. On va pas mentir aux fans – dont je faisais partie : ce concert n’était pas un morceau de l’histoire du groupe. Ride a fait le job, simplement. Ils ont donné ce qu’on attendait d’eux, sans pour autant remettre un clou dans le mur de son.

Les lignes de basse sont toujours assassines, les Rickenbackers scintillent encore dans le noir, Mark Gardener n’a rien perdu à part ses cheveux, et Andy Bell n’est pas devenu le chantre de la brit-pop. Il me semble aussi qu’aucun des titres joués ce soir-là n’avait une année de naissance supérieure à 92. Il va donc sans dire que le jeune public n’avait aucune idée de ce que ça représentait de les voir après deux décennies de silence radio. Le jeune public a dû penser qu’ils imitaient Oasis.

3-ANDYBELL

Un jour, peut-être que toi, jeune public, tu découvriras The Jesus and Mary Chain, Kevin Shields ou The Radio Dept. en te disant que, sans ce groupe que tu as vu un peu par hasard un jour d’été à Oslo, beaucoup d’autres n’auraient probablement jamais existé. Tu t’en mordras un peu les doigts, tu voudras revenir dans le temps mais la Delorean du Doc n’existera toujours pas et tu chercheras fébrilement dans les bacs des disquaires un vieux vinyl de Nowhere que tu feras écouter à tous tes amis désormais incultes.

Quant à moi, le lyrisme qui faisait l’essentiel de mon être après Ride, Father John Misty me l’a complètement déglingué. Je ne veux pas être méchant car il est trop facile de l’être, mais c’est néanmoins tentant.

Premier titre et déjà à se rouler par terre, puis à dire “Wow, ça va être facile, ce soir…” Le père jean-la-brume m’a vite gonflé. Son arrogance. Sa suffisance. Sa musique en forme d’entourloupe, qui dix ans plus tôt, n’aurait pas fait bougé l’oreille de qui que ce soit. Je ne préfère pas m’étendre. Father John Misty, c’est comme les tripes, me dirait ma grand-mère, si tu n’aimes pas, n’en dégoûtes pas les autres. Sans doute aimerait-elle son look de Matt Berninger de maison de retraite. Tout, absolument TOUT m’énerve, chez ce type. Et j’ai beau me dire qu’il faut rester professionnel et objectif, je mets un joker.

Ce ne sont pas Florence et ses machines à emphase juste après qui m’ont calmé, mais bien Honningbarna, un groupe norvégien de punk-rock bien crétin comme il faut. On entend de nos jours tellement d’influences dans un seul groupe que retrouver les fondamentaux, entendre des gommeux faire ce qu’il savent faire sans se perdre dans les références, moi, ça me réchauffe le boxer. Ces types-là ne se transformeront jamais en Jack White, et personne, en les écoutant, ne songera à s’acheter un chapeau pour faire plus cool.

Qu’on s’entende bien sur le sujet : les “enfants chéris” n’ouvrent pas de nouvelles portes. Ils les défoncent juste, sans se soucier du reste. Et sur scène, pour qui veut péter les câbles avec eux, ils délivrent clés en main un set où on est à peu-près certain qu’il va se passer quelque chose toutes les deux minutes. Où le frontman, une espèce d’Angus Young à violoncelle va tout faire pour que la municipalité d’Oslo reçoive des plaintes pour tapage nocturne.

NOCROWDSURF

Ces sales gosses enfoncent les riffs comme des clous à mains nus et bien que le crowd surfing soit prohibé à Oya, ça fait du bien de voir le public pogoter et se lâcher dans un grand râle de jouissance dégueulasse. Edvard Valberg, au nom si délicat, chantait avec une jambe dans le plâtre et s’est mis en tête d’escalader l’armature métallique de la scène pour reprendre un “Police on my Back” de haute volée. Je crois qu’il aurait aimé, pour le show, se faire l’autre jambe, mais il est redescendu de son perchoir sans trop de mal – ce qui, on l’a vu, l’a beaucoup déçu.

À la sortie du parc, j’ai dû finir ma bière devant le regard noir des agents de sécurité. À 9 euros la pinte, j’allais pas la vider dans les plantes. Je suis rentré à pied en longeant la rivière, dont on m’a dit plus tard que c’était un des points chauds d’Oslo. Oui, bon, tout le monde n’a pas la même idée de l’insécurité. Cela dit, effectivement, c’était super chaud. Il m’a semblé voir deux types qui discutaient sur le capot d’une BM.

 

Friday I’m in love (avec Oslo)

Je ne sais pas si s’agit d’une volonté de l’équipe du festival ou juste d’un hasard de line-up, mais depuis le début, le groupe qui ouvre la journée semble avoir être choisi pour ses vertus apaisantes et la rêverie estivale. Amason, supergroupe à l’échelle suédoise, distille de la synth-pop aussi discrète qu’élégante, ce qui en général va de pair. Dès qu’Amanda Bergman prend le micro, il se passe quelque chose qui ressemble à un frisson, même quand elle reprend, pour un hommage caché à Mick Jones, le “I want to know what love is” des Foreigners.

On penserait presque à un pendant féminin de Brian Ferry, notamment sur les superbes Duvan et Kelly, qui donnent envie de s’allonger pour regarder le ciel. De rares nuages s’y étirent lentement pour former de petites plages d’ombres bienfaisantes. Et les têtes, qui commencent à être bien cramées par le temps exceptionnel et les pintes, de se reposer un instant. C’est la classe, ce festival, quand même… Les bourrés sont pas relous, les nanas nettement plus belles que sur Fashion TV, on y bouffe bio. Je commence sérieusement à songer à m’établir ici et acheter une paire de ski de fond pour l’hiver. Je n’aurai qu’à prendre le métro le dimanche pour être sur les pistes, et l’été, je partirai pas en vacances, je viendrai à Oya. La bière m’attaque vite, aujourd’hui, je trouve… ça doit être la chaleur…

…Ou Jenny Hval. Robe en latex et perruque bleue aux reflets roses, la chanteuse/performeuse tendance porno soft ouvre son set (j’ai dit son set) d’un poème slamé plein de dick, de cunt et de fuck où le désir d’une nuit d’amour se mélange à celui de la douceur d’un sexe. Ouais, il faut chaud, à Oslo. À ses côtés, trois choristes qu’elle présente comme ses apocalypse girls, vêtues de combinaisons blanches de peintre, s’enlacent et se pétrissent le cul tout en se barbouillant de (faux) sang.

JENNYHVAL

Il ne faut pas chercher à s’y retrouver dans la construction des morceaux, à vrai dire, il n’y en a pas, et c’est au charme vénéneux et à son electro bass-boostée de Jenny qu’il revient d’opérer. Les apocalypse girls annoncent avec solennité une chanson sur laquelle elles travaillent depuis deux ans. Et les filles de massacrer volontairement, à coups de fausses tonalités entrecroisées, le “Summertime Sadness” de Lana del Rey. Passé ce petit coup de blues, elles enroulent Jenny dans du PQ, laquelle nous invite dans l’infiniment noueux de son cerveau pour nous raconter ses derniers rêves. Tout cela est très créatif, dirait Henry Chapier face à son divan…Mais Jenny, êtes-vous certaine, à la longue, de ne pas trop vous éparpiller ?

APOGIRLS

Pour vous dire franchement, j’ai assez vite oublié Jenny Hval. Ça m’a pris le temps d’une chanson de Laura Marling, qui à mon sens, a livré l’une des plus belles prestations du festival. Le problème, c’est qu’il m’a semblé être le seul à le remarquer. On est toujours le “celui qui a des goût de chiottes” d’un autre mais là, quand même, je ne pense pas me tromper. Bien que son “Gurdjieff’s Daughter” (single de son dernier LP) fût absent de la playlist (plainte de Mark Knopfler pour plagiat de riff?) j’ai passé cinquante minutes sans décrocher une seconde de ses histoires autrement plus sensibles que la moyenne.

Je sais pas… C’était bien, quoi. Personne d’autre que moi n’a vu ça ? Si : les quinze premiers rangs qui applaudissaient – pendant que les cent autres derrière s’en foutaient. Bien sur, Laura ne révolutionne pas la folk, mais merde, quelle voix. Quelle émotion. Il y a du Chrissie Hynde là-dedans. Du Michelle Shocked. Un brin de PJ Harvey. Des mélodies survolant gracieusement des compos aérées et construites sur un fil. Un beau set – très acoustique – dont personne ne parlera. Dommage. Presque rage.

Ça tombe bien : deux amis Anversois m’avaient vendu Amenra comme le point culminant du festival. Pfff…chauvins, va. Je suis allé sous le chapiteau du Sirkus sans trop les croire. J’ai eu tort. Le show des belges était une putain d’expérience mystique et leur sludge stratosphérique, directement excavé d’usines désaffectées perdues dans le brouillard. L’esthétique est glacée, les titres sont organiques, plus cold que boueux, le chanteur de dos quasiment tout le temps, on ressort le head-banging et les cornes, on baigne dans le noir brillant ; dehors, il faut beau, mais on s’en fout, des arbres et des petits oiseaux, on veut de la zone industrielle et du béton partout, des égouts qui débordent, de la poésie sombre et enragée comme une armée d’ombres affamées. Merde, qu’est-ce qui m’arrive ? Il y a dix lignes, je parlais encore de Michelle Shocked. Il n’y a pas deux heures, j’étais devant Oral Bee and The Playboy Foundation à écouter du rap norvégien – et à trouver ça pittoresque. Parfois, je ne peux vraiment pas compter sur moi.

INFLAMESBEFORE

Je ferai mieux de la fermer et d’aller chercher de quoi me sustenter, je crois. Amenra, ça me monte à la tête. Oui, je vais faire ça. Je vais me calmer devant Future Islands. Les filles ont des couronnes de fleurs sur la tête, il m’en reste une centaine en poche (de couronnes), de quoi me savourer un barbecue coréen au soleil couchant. Et là, le temps nous surprend. Il se suspend dans les beats et les claviers new-wave et la voix soul du démantibulé Sam Herring qui en fait des tonnes et donne la banane à tout le monde. Je kiffe. Je crois que tout le monde kiffe. En cet instant, 19h00 un 14 août, à l’écoute de “Seasons”, Oslo est peut-être le point du globe le plus heureux du monde. Le plus paisible et insouciant. Un doux murmure au fond des fjords, une capitale entourée d’îles et de collines, sous un soleil qui n’en finit plus de faire du bleu autour.

Et puis il n’y aura qu’à tourner la tête pour écouter Alt-J, dont le premier titre fait écho au ciel épuré. Je me suis demandé pourquoi malgré ces labyrinthes sonores érudits je n’accrochais toujours pas sur ce groupe. Peut-être parce justement à cause du labyrinthique et de l’érudition. Et que malgré l’Amfiet noire de monde, personne autour de moi ne semblait porter la moindre attention à ce qui se passait sur scène. Sans doute les pires conditions pour découvrir leur pop sinusoïdale, qui appelle davantage aux lieux intimistes, aux salles voûtées et splendeur passée, à un décor éraflé par les ans.

BISOUNOURS

De fil en aiguille, j’ai déambulé en remontant vers la scène de la Biblioteket, un tente pas si vaste où s’entassaient deux cents personnes à tout casser. Certaines sont calées dans des fauteuils club près des étagères remplies de livres. Les autres debout près de la scène, à attendre que Hajk, jeune quintet local, règle son problème de micro depuis dix bonnes minutes L’ingé son fait des allers retours entre la scène et sa console, le chanteur discute un peu avec le public pour le faire patienter, la fille au clavier reste concentrée, le regard un peu sombre. On commande sa énième pinte et au bout de vingt minutes, quand le son part comme un ballon qui éclate, tout le monde est à bloc.

Le public réagit comme un seul homme, chauffé à blanc et je reviens sur ma première impression. Hajk, s’il se revendique de Unknown Mortal Orchestra ou Feist – et produit en studio un son équivalent à celui de Christopher Cross -, possède sur scène une tessiture beaucoup plus nerveuse qu’un vague soft rock. Les uns après les autres, les titres très scandinavian pop prennent de l’ampleur, les mélodies sont évidentes, leur “Best Friend” sonne proche du Phoenix des débuts, la fille au clavier donne de sa voix étincelante, le chanteur-guitariste vire un relou bourré qui tente de monter sur scène d’un magnifique coup de pied au cul tout en continuant tranquillement à jouer.

HAJK

On assiste à un mini-miracle où tout se déroule comme dans un rêve, avec en plus de l’action. Et ça monte encore en régime. En sept titres, les Hajk ont plié l’affaire et leur compos nettes et brillantes ont sans doute gagné leur ticket pour l’année prochaine, sur une scène extérieure. Plus que le job, ils ont fait de beaux premiers pas.

Ce fut certainement le cas, un jour, il n’y pas si longtemps, pour Siri Nilsen, la petite chérie des norvégiens, qui s’empare de la scène du Vindfruen. Enfin, s’emparer n’est peut-être pas le mot juste tant le public est tout acquis à sa cause et boit chacune de ses paroles. Dans sa longue robe à fleurs façon Joan Baez, sans se départir de petits sourires tristes qui donnent le ton à ses chansons, cette ancienne danseuse de ballet distille de sa voix irréelle un miel folk doux-amer, de longues plages de solitude crépusculaire qu’un violoncelle accompagne.

SIRINILSEN

Le soleil s’attarde sur l’horizon, la photo est belle, Siri passe de la guitare au ukulélé et prend la lumière comme personne. Ses mots, en norvégien, résonnent comme autant de soyeuses incantations, un velours qui nous suit jusque dans la nuit naissante. Qu’il sera difficile de passer à Beck dix minutes plus tard…

Beck Hansen avec son chapeau d’amish qui lui va aussi bien qu’un imper Burberry à Didier Wampas… Beck qui, dès qu’il le pourra, ne manquera pas d’évoquer son nom de famille pour dire ô combien il se sent proche des norvégiens, et comme Oslo est pour lui l’occasion d’un retour aux sources. Comme tout ça sonne faux. Comme tout ça est à son image sur scène – et en studio, plus assez lucide pour savoir qui il est et de quoi il a envie. Entre des instrumentaux indigestes et un “Loser” au minimum syndical, entre le musicien lo-fi perché et la rock-star planétaire qui noie un “Miss You” des Stones dans son medley de rappel, Beck galère au moins autant que ses ancêtres vikings qui ont traversé l’Atlantique, il marche de long en large comme à la recherche de lui-même. Une ombre perdue dans l’abstraction de son tableau.

JEUXDO

En clôture de soirée, le Sirkus est plein comme un oeuf pour Lars Vaular. Le rappeur de Bergen bardé de Grammys (norvégiens) est devenu père, il a arrêté de boire et de faire le con et le refrain de son sensible “Der Ordnar seg for papa” (titre sur l’angoisse de la paternité), repris en chœur par les dix ou douze mille voix présentes, fout le frisson. En tant que “non-norvégeophone”, on se sent évidemment un peu à l’écart, mais l’émotion est contagieuse et le show bien huilé sans jamais s’essouffler, quand bien même les décibels sont bloqués pour ne pas dépasser les 120, proche voisinage et souci de santé publique obligent.

Pour la fin de soirée, l’équipe du festival a réservé à ses invités un concert surprise dans un lieu secret. Nous partons en bus pour les hauteurs d’Oslo, tout excités à l’idée que derrière tout ça se profile certainement un DJ set dément et tout un tas des drogues locales (genre racines bio) qui nous mettraient en relation directe avec le cosmos pour les trois prochaines semaines.

Une fois sur place, nous sommes accueillis par des vikings. Je veux dire : des vrais vikings, avec barbes, côtes de maille, casques en fer et torches. Ils sont tous très grands et très silencieux, c’est donc sans moufter que nous les suivons en procession jusqu’à l’orée d’un bois. Ça sent pas vraiment le Dan Deacon, en fait. Dans un silence de cathédrale naturelle, Einar Selvik nous souhaite la bienvenue et nous nous asseyons sans un mot pour l’écouter. Il est accompagné d’un instrument dont la ressemblance la plus proche serait à chercher du côté de la crouth galloise.

Einar, qui a également participé à la BO de la série Vikings nous plonge dans la Norvège de l’an mil. Entre poèmes philosophiques et mythologie norvégienne, il perpétue la tradition d’une chanson nordique venue du fond des âges. Sa voix profonde incite à la contemplation du dôme d’étoiles du nord qui nous surplombe et du feu qui crépite non loin de là. En contrebas, les lumières d’Oslo se reflètent dans les eaux noires du fjord. Engourdis par le froid, ensorcelés par ces chants inconnus à nos âmes, une étrange apesanteur s’empare de nos jambes quand nous regagnons la ville. Peut-être était-ce un vertige.

 

Carribbean queens & malt anglais

En ce samedi dernier jour de festival, Oslo est littéralement défoncée de soleil, camée par le bleu du ciel. Les pelouses des parcs du quartier arty de Grünelokka sont parsemées de gens en maillot de bain qui prennent leur dose de vitamine D pour l’année. Les tramways tracent leur route en silence, les terrasses des cafés sont pleines de cheveux blonds et de peaux dorées sous des robes légères.

À mesure que l’on se rapproche du Toyenparken, les rues s’épaississent des festivaliers. A treize heures, la pelouse de l’Amfiet affiche complet. Normal, les De Lillos, 30 ans de carrière, sont un monument de l’histoire de la pop-rock norvégienne. C’est dire si tout le monde ici connaît au moins une de leurs chansons par cœur. Les trois frontmen se succèdent au chant sans qu’on ait l’impression d’assister à une réunion de vétérans. Pas de temps morts, des soli acérés à la Les Paul, la foule qui reprend a capella (toute la foule, de l’ado aux jeunes parents en passant par les têtes chenues), le best-of des De Lillos s’enchaîne bien et, pour une oreille non-avertie comme la mienne, fait davantage que de se laisser écouter, malgré des titres très oubliables de leur prolixe discographie.

Une minute à peine après la fin de leur set, Miss Tati prendra le relais juste à côté. Cheveux rouges, entourée de ses deux sublimes choristes, sa soul-electro efficace et ses arrangements de bon goût font monter la température.

 

Clope au bec, deux quarantenaires déjà complètement pétés (il n’est que 14 heures) font le spectacle devant la scène. C’est ainsi qu’on voit les choses ici. Boire un verre de vin en semaine, ça ne sert à rien (et les polyphénols, bande d’incultes ?), donc autant attendre le week-end et y aller à donf en se mettant une bonne pistache. Ils ne se le font pas dire deux fois. L’ambiance grossit en même temps que les lignes de basse, on pourrait, en faisant un effort, penser à du Lauryn Hill mais les refrains sont trop larges pour passer les portes du panthéon, donc on s’arrêtera là, sans pour autant lui faire de procès car tout ça a le mérite de faire bouger les hanches un peu plus que la moyenne.

Je délaisse Natalie Prass et sa soul-pop précieuse (trop pomponnée pour moi) pour prendre ma dose de retour en adolescence avec les très probablement mineurs Slutface, dont l’heure de programmation leur permettra d’être à temps à la maison pour dîner en famille. Comme Honningbarna, (dont le chanteur est dans la foule avec ses béquilles), les Slutface font du punk-rock sans laisse et leurs titres poétiques (“Kill’em with Kindness”, “Bad Party”, “Angst”) fleurent bon la bière premier prix, le skate-park, les mauvaises notes et la révolte. C’est très potache, mais aussi très catchy et ça finit avec quarante ados en délire invités parmi la foule à venir pogoter sur scène.

IBEY

Pour les premières de la classe, on se tournera plutôt vers Ibeyi, qui ont été très certainement une révélation pour ceux qui n’en avaient jamais entendu parler et ont assisté à ce set magnifique. Un grand sourire aux lèvres, les franco-cubaines entrent sur la scène du Vindfruen et dévisagent la foule un instant, avant de donner le ton. “Nous sommes Ibeyi. Cela veut dire jumelles en Yoruba, une langue qui prend sa source au Bénin et qui a traversé l’Atlantique avec les esclaves. Oya est notre dernier festival de l’été. Nous allons en faire quelque chose de spécial…” L’une aux percus, l’autre aux claviers, les belles plantes ne lâcheront rien et aimanteront les regards pendant cinquante minutes au cours desquelles leur electro minimale deviendra féline, organique, d’une sensualité affolante. Les rythmes s’africanisent peu-à-peu, l’auto-tune est discret, un souffle mystique traverse un de leurs titres (“Oya”, belle coïncidence qui signifie fantôme en Yoruba)…

On songe à du Björk qu’on aurait posé sous la canopée d’une forêt caribéenne, le treillis des ombres zébrant les voix d’échos inconnus. Les Ibeyi achèveront leur set comme elles l’ont commencé, par un a cappella, avant de remonter une seconde fois, en version lo-fi cette fois, leur splendide “River”. On voit aux mines réjouies, que le courant est bien passé.

Larges distos et claviers réfrigérés, beats épiléptiques et basse cinétique, Bendik livre une grosse prestation sur la scène de l’Amfiet, revêtue de blanc pour l’occasion. Malgré la bougeotte pas très cohérente de la chanteuse Silje Halstensen, on se laisse emporter par la pop mélancolique et tendue des Norvégiens, une vague de froid évoquant aussi bien l’anonymat des jungles urbaines que les immenses plaines enneigées. La texture des Chromatics n’est pas loin, Silje Halstensen, une Ruth Radelet boréale, et les brûlures de glace de Bendik perdurent longtemps après la fin du voyage.

SILENTDISCO

Broen, d’autres Norvégiens – la programmation a, pour le samedi, densifié le taux d’artistes nationaux – sera parfait pour assurer la transition. Si les lyrics en anglais ne sont pas d’un niveau agrégation, leur musique, capable de tout, du hit comme de l’expérimental, de la pop comme de sauts vers l’indu, ne vous laisse jamais tranquille. Broen (pont en norvégien) porte bien son nom : un grand écart – ou le tuba fait office de basse – qui ne laisse pourtant personne sur le côté, ce qui en soi est déjà une réussite notable. Et en plus, le son du Hagen s’est remis d’aplomb.

Du son, je vais en avoir avec Vince Staples, le rappeur de Long Beach. Basse-beat lourds et sombres comme un quartier oublié, lumière noire sur la nuit américaine, parfait pour le Sirkus, d’autant que le Vince a bouffé du lion. “Are ya with me ? Are ya white niggers ? Say ya’re white niggers !” La main sur le cœur, Staples se tape des flows à foutre le vertige, avec une présence puissance dix. Entre chaque morceau il discute musclé avec son pote au mix, ça vanne, ça chambre, l’énorme “Blue Suede” fait trembler le chapiteau. Ça sent le skaï des coupé Buick Riviera, les cognes entre gangs, l’asphalte sanglant du east LA, les pavillons criblés sous les palmiers crevés. Une petite visite en centre de correction au soleil de Californie.

D’autres rookies, cette fois en section rock psyche, font parler d’eux depuis leur début, il y a une paire d’années. Foutraques et géniaux, Beglomeg, sorte de WU LYFà la sauce aneth sauvage, mixent les styles entre groove et eurodance dans une ambiance qui dépasse de loin les espoirs du début de festival. Enfin ! On y est. Même si certains commencent à piquer du nez dans l’herbe (bah oui, monsieur, fallait pas commencer si fort avec trois pintes à la suite), le set – très instrumental – de Beglomeg arrache du son comme un vieux coucou qu’on aurait gavé de nitro.

Le chanteur, look Captain Sensible vs. Priscilla folle du désert en fait des caisses ; les cuivres, froids, presque rauques ne dégueulent pas ; tout est délicieusement cru et cinquième degré, y compris les chœurs style variété en prime-time pour mieux rompre avec le beat techno-dance, tout cela est tendu comme un string à paillettes. Et c’est là qu’on entend du Sardou. Et ouais. Le “En chantant” du comique français (on t’adore, Michel), repris en norvégien et passé au Krupps. Nagui n’aurait pas saisi les nuances de Beglomeg, mais est-ce grave ? Non. Vraiment pas.

KATHLEEN-JULIE

On peut s’arrêter comme ça, faut que ça continue, on veut encore du son, il faut trouver quelque chose qui nous tienne en joue, le cœur gonflé, les veines battantes. The Julie Ruin ? Va pour The Julie Ruin. Retour au Sirkus donc. Kathleen Hannah (activiste féministe et ex-Le Tigre, faut-il le préciser ? Oui, pour Nagui) a ressorti son vieux projet de 98 et elle est en forme. Ça tombe bien : nous aussi.

Et vas-y que je fais mine de me toucher, et vas-y que j’enfonce…les mecs entre deux morceaux. Radicale, punk, Kathleen, dans sa robe à pois, ne joue pas les fausses ingénues. Elle semblerait même parfois, avec ces discrets claviers vintage, appartenir au clan des jeunes gens modernes. Et quand bien même elle se donne le beau rôle (c’est elle la chef et ça se sent) le set sec et dégraissé que sa bande produit emballe l’assemblée sans rien dissoudre. Les titres sont compacts, les riffs serrés comme une ficelle de gigot mais c’est pour mieux te manger, mon enfant.

JULIE-BASS

Et ça ne s’est pas arrêté. Ça a continué sur la lancée pour finir en apothéose gorgée de whisky anglais. On était peu (cent cinquante à vue de nez) sur l’herbe du Hagen. La nuit tombait, on entendait Susanne Sundford et vingt mille autres personnes de l’autre côté du parc, mais ça nous intéressait pas. On voulait notre monde parallèle. On voulait décoller pour de bon et qu’on ne nous retrouve plus. Que les recherches ne donnent rien. N’être même pas certain du nom du chanteur, quand une fois rentré à la maison, on essayerait de le trouver sur Internet, sans succès.

Je crois que c’est Adam. Le frontman de Fat White Family. Qui est entré fin bourré, sa bière à la main – et six ou sept autres qu’il s’est envoyé en trente cinq minutes chrono. Qui a annoncé qu’ils venaient de Brixton, Royaume-Uni, sous-entendant une certaine filiation avec d’autres anglais bien calibrés. Qui a montré son cul, qui a enlevé son tee-shirt et nous a fait renifler sa sueur en même temps que son haleine, collé à la barrière et au public, à cracher comme un tuberculeux ses refrains dégueulasses (“cinq doigts en sueur sur ton tableau de bord, baby”), à insulter son bassiste – le seul du groupe qui ait l’air à-peu-près normal et qu’on ait croisé au petit-déj de l’hôtel, pendant que les autres étaient certainement en after sur un quai du port.

FWF1

C’était ça, Fat White Family : une grande orgie de nuit anglaise, un garage rock binaire et vénère aux relents d’un Gun Club épicé à la Worcestershire, un bon gros fish-and-chips noyé de tabasco qu’on s’est envoyé et dont on a parlé plus tard dans la soirée, avec un sourire en coin, à ceux qui avaient manqué ça en leur disant : fallait pas manquer ça. “Ah bon, c’était vraiment bien ? Merde, j’aurais dû t’écouter “ m’a dit une fille qui revenait juste de chez Susanne Sundford.

FWFBEER

J’ai secoué la tête et je suis passé voir Thaström au Sirkus, mais déjà, je n’y étais plus. Et il n’y avait plus rien de punk dans la musique du suédois. Quand tout ça s’est fini, et je suis remonté jusqu’en haut de la butte, entre la zone mixte et le public qui s’écoulait sous les néons verts de la sortie.

 

Ainsi le festival d’Oya s’est-il terminé. Je me suis payé la dernière bière du bar avant fermeture et je l’ai bue à ma santé sur les talus du Toyenparken. J’ai regardé une dernière fois le paysage. Le grand parc aux arbres explosant d’été, avec accrochés aux branches ces dreamcatchers illuminés que je n’avais encore jamais remarqués. Les scènes vides qui semblaient encore contenir en elle les milliers de sons passés. Elles vibraient dans le silence d’une dernière nuit à Oslo.

DREAMCATCHER

J’ai pensé que j’allais certainement oublier des tonnes de détails, et ce sentiment m’a flingué. Je crois que le concept de souvenir m’est apparu comme une chose triste et belle à la fois, un sac qu’on trimballe et qui s’allège avec les jours, les mois et les années ; mais un sac où quoiqu’il arrive, il reste toujours de quoi se faire la malle les soirs de pluie. Alors j’ai fait mon sac sans rien jeter de ce qui traînait dans ma chambre d’hôtel. J’ai gardé les programmes, les dépliants touristiques, mon bracelet-pass orange qui m’avait tant dérangé quand je prenais mes notes. Bien sûr, j’ai gardé les yeux clairs de Silja et ce petit quart d’heure pendant lequel on a discuté, à l’abri du soleil. À l’abri de tout.

C’était ça, Oya : se sentir à l’abri de tout. Entouré d’un ventre de musique, de quelque chose d’incompréhensible et qu’on veut à tout prix expliquer sans jamais y parvenir vraiment. Quelque chose de plus grand que la vie et qui remplit nos sacs de ce qu’il y a d’important.

Z-EXIT

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http://blogotheque.net/2015/08/27/oya-festival-2015/feed/ 0
Silja Sol, présence humaine http://blogotheque.net/2015/08/27/silja-sol-presence-humaine/ http://blogotheque.net/2015/08/27/silja-sol-presence-humaine/#comments Thu, 27 Aug 2015 13:42:56 +0000 http://blogotheque.net/?p=23999 Ma première rencontre avec Silja Sol eut lieu dans une cuisine, à Paris. C’était un grand appartement vidé avant l’été, le canapé, l’écran plat, un matelas, les copies du préavis aimantées sur le congélateur. La nuit caniculaire de mi-juillet n’en pouvait plus de rendre sa chaleur. Moi, j’épongeais ; en pleine empathie avec mon front, l’ordinateur suait sa playlist, quatre-vingt titres dont je tentais de m’imprégner en vue du festival d’Øya, à Oslo (le compte-rendu complet de l’édition 2015 est à lire par ici).

Je me souviens d’un accord à la fuzz, aussitôt suivi d’une voix claire. J’ai levé les yeux vers l’écran et j’ai lu son nom. Les deux heures qui ont suivi, je les ai passées à regarder le clip de “Bærene”. Une minute cinquante d’une power-pop frondeuse et sans gêne dont je ne pouvais plus me décoller.

D’abord parce que dire autant de choses en si peu de temps faisait de Silja Sol une sorte de femme idéale ; elle n’en rajoutait pas dans son histoire, elle allait droit au but et quand on est un mec, ce genre de détail est appréciable.

Ensuite, j’ai aimé sa mine boudeuse, ses grimaces, ses trépignements ; Silja me rappelait Nina Hagen, Anja Huwe, PJ Harvey, Chrissie Hynde, Edie Brickell, Rickie Lee Jones, bref, elle me rappelait toutes ces filles timides, écorchées, perchées, qui tout-à-coup n’en ont à rien à faire de se montrer sous leur meilleur jour, qui veulent juste raconter leurs histoires avec leurs mots et leur musique bien à elles.

Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit-là. J’ai acheté På Hjertet, l’album de Silja et je l’ai écouté en boucle dans la nuit parisienne, jusqu’à ce que les sons de la ville cessent d’exister.

J’ai passé ses textes à la traduction, en commençant par le single qui m’avait réveillé cette nuit-là, “Bærene”. Les baies, en norvégien. Dans mon cerveau, avant même de connaître le titre en français, je m’étais dit qu’il devait s’agir d’une histoire qui venait de se finir et que ça foutait la rage. En français, on aurait dit que les carottes étaient cuites. Dans la langue de Silja, les baies cueillies pour l’été étaient désormais pressées, mais la soif ne s’étanchait pas et ça foutait la même rage. J’avais bon. Qu’il était étrange de comprendre une langue inconnue… Comment une voix était-elle capable de faire passer ça ?

Il m’a fallut moins d’une nuit avant de demander un deuxième rendez-vous à Silja. Trois heures à peine. À six heures du matin, ne retrouvant pas le sommeil, je me suis relevé, j’ai fait du café et j’ai cherché l’adresse d’Espen, son manager. Les gens qui disent que quand on aime, on ne compte pas, se trompent. L’amour ce n’est pas de l’argent, c’est de la fatigue. C’est quand on ne dort plus. Un mois s’est écoulé, à écouter På Hjertet en m’endormant, jusqu’à ce qu’il me suive dans mon sommeil. C’est dire si je connaissais bien l’album en arrivant à Oslo.

Après son concert sur la scène du festival d’Øya, j’avais donné rendez-vous à Silja en “zone mixte” ; des allées de tentes qui font office de loges, rien de bien exceptionnel pour un festival, si ce n’était une grande piscine à disposition. J’étais en avance, comme toujours. Je l’ai vue passer en trottinant vers le bar, pour rapporter une bouteille de vin blanc et des verres à ses musiciens, histoire de fêter le concert, puis en sens inverse pour répondre à une interview radio.

Une demi-heure plus tard, son grand sourire et ses yeux verts clairs m’accueillaient. Elle riait de voir ce public entièrement couvert de lunettes de soleil, alors qu’elle avait perdu les siennes la veille

C’est pour ça que je porte ce…truc” me dit-elle en montrant sa casquette. Ses questions ont fusé. Pendant un instant, je me suis senti très interviewé.

Tu viens d’où, déjà ? Tu veux un truc à boire ? Ah t’es de Paris ? Tu préfères pas prendre le canapé ? T’es sûr que tu veux pas un Pepsi ?

Puis elle s’est assise, et je me souviens alors avoir pensé que je devais beaucoup ressembler à celui que je suis quand je rencontre une fille qui m’intrigue. Touché par une présence. Un peu timide. Très à l’écoute. Avec une envie terrible de contrôler mon enthousiasme quand je lui ai dit que j’avais eu un gros coup de foudre. Pour sa musique, évidemment. Et comme j’avais oublié mes notes – et donc mon fil d’interview, j’ai improvisé.

 

Le concert s’est bien passé pour toi ?

Un peu de trac, comme toujours, mais bien, oui. J’ai vraiment de la chance d’être à Oya. L’endroit est magnifique et c’est un festival fabuleux, le meilleur de Norvège à mes yeux.

Comment es-tu arrivée à la musique ?

J’ai grandi dans une famille de musicien, mon père est pianiste, ma mère chanteuse, mon enfance a été bercée par la musique. Et pouvoir m’exprimer a toujours été primordial pour moi. Aujourd’hui je chante en norvégien bergensk, le dialecte de Bergen, la ville où je suis née et où je vis. Dans l’écriture, j’essaye de trouver non seulement les mots les plus justes mais aussi les tout petits détails de la vie quotidienne : c’est ce qui me fait sentir vivante.

C’est ce qui saute aux yeux à la lecture de tes textes, ces petits détails. Les erreurs ou les mauvais choix, c’est quelque chose qui te hante, dans la vie de tous les jours ?

Oui, les regrets, aussi…L’humain n’est que humain, tu vois ? Des choses arrivent, qu’on ne contrôle pas et il faut suivre le courant, faire de son mieux. C’est ce qui m’inspire, quand j’écris.

Concernant tes influences, tu ne revendiques pas de figures tutélaires écrasantes. Et on a beau disséquer ta musique, on n’y décèle personne qui pourrait se rapprocher de ce que tu fais…

Merci beaucoup ! Vraiment, c’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire. J’essaye de ne copier personne, de mettre en musique et en mots ce que j’ai sur le cœur. C’est moi, avec mon histoire personnelle, et ce que j’en ressens. J’essaye de l’exprimer sans me référer à qui que ce soit. C’est très important pour moi, j’apprécie donc énormément que tu l’aies remarqué…

Seule Drømmer est une chanson que Lloyd Cole aurait pu écrire…

Ah oui ?

Et j’adore Loyd Cole…

Alors ça va ! (rires)

Qu’en est-il du choix de chanter en norvégien ?

C’est un challenge. Car je ne sais pas jusqu’où ce choix pourra me mener. Mais là, encore, c’est une question de personnalité. Et cette idée que la musique et les paroles puissent s’entendre, se comprendre. C’est pour ça que j’ai choisi ma langue maternelle : pour dire exactement les choses que je veux dire, sans en trahir le sens. Au tout début, j’avais commencé à écrire en anglais, mais je perdais trop de détails en route. Et ce que j’aime avec les langues étrangères, c’est qu’elles ont leur propre mélodie. C’est fabuleux d’entendre une langue que l’on ne comprend pas car les mots portent en eux beaucoup, beaucoup de sentiments. Ne serait-ce que la façon de prononcer un mot que tu ne comprend pas… ça peut t’attraper sans que tu saches pourquoi.

 

Sigur Ros a fait beaucoup pour ouvrir nos oreilles à autre chose que l’anglais…

Absolument. Et ce qu’ils font est encore magique…

Comment tes chansons naissent-elles ?

Je prends beaucoup de notes sur mon téléphone. Et puis la vie quotidienne… J’écoute ce que les gens disent, la manière dont ils parlent, les mots qui me prennent aux tripes -ou même des phrases entières. Là aussi, les gens ont leur propre manière de dire les choses, d’expliquer ce qui leur est arrivé, en bien ou en mal, en tout petit ou en très grand. J’essaye de les écouter, d’écouter la façon dont ils s’expriment. Et parfois, ça part d’une musique, d’une mélodie, de quelques accords et j’assemble le tout comme un puzzle. Parfois c’est beaucoup de travail… et d’autres fois tout tombe juste, au bon endroit, comme si toutes ces choses étaient amenées à exister quoiqu’il arrive. Quand c’est comme ça, on le sait immédiatement.

Tu es née et tu vis à Bergen. En Norvège, c’est un sacré gage d’identité…

Oui, on est un peu la ville de la musique en Norvège. Pas mal de très bonnes formations viennent de Bergen, plus qu’ailleurs dans le pays et on ne sait même pas expliquer pourquoi ! Bergen doit être une recette magique. C’est un creuset de musiciens qui se connaissent, de près ou de loin, alors on travaille plus facilement ensemble et la sauce prend vite. Bergen est un cœur qui ne s’arrête jamais de battre. D’accord, il y pleut beaucoup, mais sous le soleil, c’est le plus bel endroit de la planète.

Quels sont tes projets à moyen terme ?

Le deuxième album est prêt, il devrait sortir en janvier. Quelques titres sortiront avant, à l’automne.

On a entendu des titres de cet album lors de ton concert aujourd’hui, n’est-ce pas ?

Oui, “Aleine”, ce qui veut dire solitude en norvégien. C’est une chanson qui parle de voyage en solitaire, comment l’on se retrouve dans une ville inconnue, tout en étant entouré de ses habitants, avec la possibilité de les rencontrer, de les connaître, et celle ne pas avoir assez confiance en soi pour faire le premier pas…

Puisqu’on parle de voyages… des dates à l’étranger sont-elles prévues ?

Après la sortie de l’album, oui, déjà, on essaiera d’aller au nord de la Norvège -je n’y suis jamais allé, en fait, donc j’aimerais bien visiter, aussi. Et si l’accueil est bon, alors pourquoi pas le festival de Roskilde, au Danemark ? C’est un lieu qui m’attire. Tout comme l’Allemagne, la France… Je croise les doigts.

La musique te permet-elle de vivre aujourd’hui ?

Presque ! Presque… On en n’est pas loin. Et je ne peux pas croire, avec tous ces gens bienveillants qui m’entourent professionnellement, que cela n’arrivera pas. Ils me font sentir en sécurité, et libre de composer encore davantage. Et comme je me dis qu’il y a encore beaucoup de choses à vivre, à explorer, il y aura donc forcement beaucoup de choses que j’aurai envie partager.

Une dernière question. Quand tu rentres sur scène, il y a t-il quelque chose qui te vient à l’esprit ?

Je panique ! (rires) Non, plus sérieusement, je pense en premier à respirer, à regarder l’auditoire dans les yeux mais surtout : je me souviens que je suis là pour jouer. Mais quand je vois tous ces gens qui, en quelque sorte, m’inspirent ou m’ont inspiré de par leur vie, et qui m’attendent, me regardent… Mon Dieu ! Parfois, ma concentration part en vrille, je me sens bouleversée. Et là, il faut commencer à jouer…

På Hjertet, panoramique du cœur.

Det haster” souffle t-elle à la fin de “Tid”, l’un des douze titres de På Hjertet (Au coeur). “Il faut faire vite“. C’est ce que Silja Sol doit également penser quand elle pose son regard sur ce qui l’inspire: les gens, leurs mots, ces détails glanés ça et là et qu’elle se doit de retenir pour en faire de la musique.

 

Faire vite, ne pas les laisser retomber, les reprendre au vol tels qu’elle vient de les entendre. Les métamorphoser en mélodies épidermiques et charnelles. Pour qui ne cherche pas à comprendre mais à ressentir, à se laisser guider par l’instinct, På Hjertet est l’album idéal. On pourrait dire de ces chansons qu’elles ont tour-à-tour le goût d’une pop mélancolique (“Drømmer”, “Tid”), d’un folk-jazzy (“Unnskyld”) ou de ballades lo-fi (“Liten”), mais ce serait trahir la complexité qu’elles recèlent.

En premier lieu, il y a cette voix, d’une pureté de cristal, qui souvent marque sans préavis la première mesure du titre, en simultanéité avec le premier accord, comme pour mieux nous couper l’herbe sous le pied. Et peut-être aussi pour ne pas nous éclabousser d’une intro travaillée qui nous emmènerait là où les mots prendraient trop facilement le relais.

Ensuite, il y a ce phrasé, décidé, volontaire et pourtant toujours d’une finesse à tomber, qui comme une morsure de désir sur la peau des amants laisse son empreinte dans nos oreilles. Silja ne chante comme personne et personne ne chante comme Silja. Avant d’attraper les mots pour leur demander d’être beaux, elle leur donne un sens et ce phrasé nous fait nous y accrocher avec le désir d’y revenir aussitôt, davantage pour les ressentir à nouveau que pour les expliquer.

Et enfin, cette personnalité qui transpire tout du long, titre après titre, sans qu’aucun ne ressemble à l’autre. Ce désir de ne jamais faire deux fois la même chose, ces courbes mélodiques par lesquelles elle vient de nous faire passer sans que l’on s’en aperçoive, comme autant de ravins bordant sa route panoramique.

Les premiers albums sont souvent gage d’innocence et de fraîcheur. På Hjertet  ne déroge pas à la règle et augure de beaux voyages aussi bien pour l’auditeur que pour Silja. C’est tout ce qu’on lui souhaite désormais pour la suite et son prochain effort à paraître : de continuer à regarder le monde et ses habitants avec tant de sensibilité que nous n’en gardions que la beauté et la fragilité.

De continuer à composer ses histoires d’un angle qui nous est inconnu en usant de ce filtre si personnel… Comme sur du papier de verre elle imprimerait des paysages saturées de déceptions, de regrets, de tous ces glissements de terrains qui font la vie et qu’elle nous donne à scruter en nous disant : voilà le monde tel que je le vois. Un monde complexe, sinueux, jamais le même, un monde qui nous fait penser une chose le matin et son contraire le soir-même – et de Silja qu’elle incarne le condensé de ce que l’on nomme une présence humaine.

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Natalie Prass http://blogotheque.net/2015/08/26/natalie-prass/ http://blogotheque.net/2015/08/26/natalie-prass/#comments Wed, 26 Aug 2015 12:46:55 +0000 http://blogotheque.net/?p=24003 La voix de Natalie Prass est comme Natalie Prass, elle est jolie, élancée et menue, une voix brindille, lilliputienne et virtuose. Une voix qui s’écoute de près, que l’on pourrait craindre d’approcher pourtant, de peur de l’abimer. Une voix à caresser du bout du doigt, comme un oisillon.

Et nous, fougueux imbéciles, nous l’avons mise, cette voix, sur une terrasse, à côté d’une quatre voies. Des moteurs, des klaxons, des pneus sur la chaussée humide, autant de choses contre laquelle la voix de Natalie ne pouvait pas lutter.



Mais elle ne l’a pas fait, elle n’en a pas eu besoin. Car elle a cette botte secrète incroyable : elle est tellement belle, cette voix, qu’elle n’a pas besoin de se porter à vous, c’est vous qui vous penchez vers elle.

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The Districts, la suite http://blogotheque.net/2015/08/12/districts-la-suite/ http://blogotheque.net/2015/08/12/districts-la-suite/#comments Wed, 12 Aug 2015 13:15:35 +0000 http://blogotheque.net/?p=23982 C’est l’histoire d’une déambulation comme on les connait bien ici à la Blogo. Une promenade à travers la ville et ses recoins dont l’unique but est de trouver un endroit dans lequel un groupe sera à même de jouer l’un de ses morceaux pour que nous le filmions. Il faut un cadre exploitable du point de vue de l’image et du son donc, qui soit aussi, autant que faire se peut, loin de toute probabilité de se faire virer manu militari par une quelconque force de sécurité avant d’avoir fini la prise.

Soit en aucun cas le lieu où nous avons décidé de tourner cette troisième vidéo des Districts dont nous avions déjà longuement loué les mérites lors de la sortie des deux premières vidéos de leur Concert à Emporter.

Ne me demandez pas quelle mouche nous a piqué lorsque nous sommes passés à côté de ce pont où se croisent, de très près, les trams de la ligne 3B. Disons simplement que nous voulions un endroit unique et imprévisible pour filmer une chanson tout aussi unique et imprévisible, et que nous l’avons trouvé.

Je l’avais déjà expliqué ici : les Districts ne sont pas un groupe comme les autres, et “Long Distance” n’est pas formaté comme n’importe quel titre rock de 3 minutes 30. Sa force, c’est sa durée, ce long break auquel on ne s’attend pas, et qui semble ne jamais vouloir s’arrêter. Ce calme après la tempête qui permet de redescendre doucement, d’évacuer la tension accumulée au début du morceau.

Tout s’est passé très vite, et étrangement, très lentement – allez tenir un plan séquence sur un terre-plein de quelques mètres carrés pendant plus de six minutes. Il y avait une vue étrange. Un début de coucher de soleil qui ne voulait pas vraiment venir entre les nuages. Des trams qui passaient dans les deux sens, et des passagers médusés qui se demandaient ce qu’on pouvait bien fabriquer perchés sur ce morceau de béton de fortune. Il y avait une intensité vibrante dans la voix de Rob. Un peu de panique dans ses yeux.

A la fin de la prise, un type qui passait par là en vélo nous a demandé une cigarette. Nous avons juste eu le temps de lui en donner une avant de voir débarquer quatre agents de la RATP très remontés et stupéfaits que nous n’ayons pas évalué le danger que ce lieu (et ses lignes à haute tension) représentait. Et de nous faire gronder comme les gamins irresponsables que nous étions momentanément redevenus grâce à un groupe de gosses à peine majeurs au talent fou.

 

The Districts seront en concert le dimanche 16 août à la Route du Rock. Ils joueront aussi au festival des Inrocks avec Fat White Family, Wolf Alice et Bo Ningen le 12 novembre à Tourcoing (Grand Mix), le 13 novembre à Paris (Cigale), le 14 à Nantes (Stereolux) et le 16 à Toulouse (Le Bikini).

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Alvvays, la petite musique de l’été dernier http://blogotheque.net/2015/07/22/alvvays-la-petite-musique-de-lete-dernier/ http://blogotheque.net/2015/07/22/alvvays-la-petite-musique-de-lete-dernier/#comments Wed, 22 Jul 2015 08:35:08 +0000 http://blogotheque.net/?p=23877 Cinq jours que la place de concert pour Alvvays n’a pas bougé et lui non plus… Ça la rend folle de le voir comme ça. Elle ne lui demande pourtant pas des montagnes, du style vacances à Saint-Barth ou des restos toutes les semaines ou de trouver un job. Elle sait bien qu’il est pas dans le moule, qu’il aura jamais la carte. Elle s’en fout, de tout ça. Il fait beau, l’été est déjà là : elle lui demande juste d’arrêter de se prendre la tête avec ce boulot qu’il n’a pas. Elle lui demande juste de s’intéresser un peu à elle, à eux. À ce qui compte. Et puis c’était bien, l’été dernier, quand ils écoutaient l’album… Quand ils ont roulé sans trop de thune au hasard pendant dix jours. Leurs grandes vacances au petit bonheur. Jusqu’à la côte, regarder le soleil se coucher sur les vagues.

Mais ce soir, devant ce club de la rue des Taillandiers, elle se demande juste qu’est-ce qu’on va foutre cet été si ça continue comme ça. Elle qui pensait souffler un peu avec un cadeau surprise, voir son mec se refaire une beauté devant le miroir et cirer ses Converse, c’est raté. Ce soir encore, il n’a rien dit ou presque.

Si, si… bien sûr que ça me fait plaisir” il a murmuré, en commandant les demis au comptoir de la salle. Cet album, il l’a aimé. Et oublié. Depuis l’été dernier, il n’y a pas retouché. Il pense : c’est que ça devait pas être aussi bien que ça. Et puis la salle est à moitié vide, c’est nul.

Suivie de ses copains d’école, Molly Rankin entre sur scène avec sa moue de timide du fond de la classe. Ils se regardent, se sourient et commencent à jouer.

“Au moins, eux, ils sont contents d’être là” elle pense en soupirant. Mais quand ils plaquent les premiers accords de Next of kin, elle ne se décourage pas : elle le tire par la manche jusqu’au rebord de la scène. Lui ne moufte pas. Il a pas intérêt, d’ailleurs.

C’est tout petit, ici. Faut en profiter tant que c’est pas le Zénith.”

 

Dans la salle, la température monte. Comme souvent dans les concerts, on retrouve les mêmes bouilles. Les trois cinquantenaire bourrés avec des physiques de nudistes qui ont atterri là on sait pas trop comment mais qui s’éclatent. Les petites louloutes qui cherchent le regard des mecs sans être capables de leur retourner un sourire. Pour le reste, c’est moitié fans-et-sourire-béat, moitié experts-en-concert-et-sourcils-froncés-sur-le-troisième-accord-du-couplet.

Et comme toujours dans un concert, il y a les inédits du groupe qui déconcertent un peu tout le monde. On regarde son téléphone. On essaye de retenir le refrain sans trop y croire.

À mi-concert, il finit par lui répondre. “J’aime pas le Zénith, de toutes façons. Mais quand même, c’est dingue… que ce soit pas plein…. ‘

Un instant, il a l’air ailleurs…

“… Tu vois, on le savait en écoutant l’album…mais les titres s’enchaînent et on les écoute avec l’envie de les boire en même temps que sa bière… ”

Elle l’écoute.

“…On a envie de les retenir tous… ”

Elle pense : « Encore » en insistant du regard. Ça marche.

“… Les uns après les autres…comme des parfums qu’on connaissait mais qu’on avait oublié.”

Elle clôt ses paupières une seconde, juste pour refaire en pensée ce qu’il vient de dire… C’est vrai : il y a le parfum iode, c’est celui qui revient le plus souvent. Le parfum regarde la lune se lever sur le Pacifique et embrasse-moi. Le c’était si bien entre nous, pourquoi c’est plus pareil ? Et tous ces titres avec leur parfum sont d’une évidence enfantine… C’est comme si on avait entendu ces mélodies dans le ventre de notre mère. Ça n’a l’air de rien, mais il faut vraiment bien connaître son boulot de musicien pour donner naissance à un album comme celui-là ; faire un si long collier de petites perles pop qui brillent sans clinquer.

À la fin de son film, la fille rouvre les yeux et regarde son mec en loucedé. Pas de doute : il bouge la tête. Hey… Même qu’il bouge son petit cul. He’s alive ! Putain, ce qu’elle l’aime, quand il est comme ça. Quand il se laisse avoir par une grande petite pop qu’à l’air de rien mais qui raconte tout ce que nos foutues tracasseries veulent dire et les transforme en bande-son de vie quotidienne. Alvvays, c’est ça : c’est comme si un groupe jouait en permanence ce qui t’arrive pour te montrer que rien n’est grave. Quand ta copine ou ton mec te quitte, Alvvays te rappelle qu’en réalité, une rupture ne dure pas plus de trois minutes trente. Quand tu bois la tasse, Alvvays te tape dans le dos et ça passe en deux quarante-huit. Alvvays est un psy qui ne te coûte rien parce qu’Alvvays fait une musique qui contourne ton nombril pour te montrer combien les petits plaisirs sont importants. Un concert avec ta nana. Ton mec avec une esquisse de sourire. Une bière. Le début de l’été. De la pop aux accents 60′s, ces années qui ne savaient même pas ce que voulait dire le mot insouciance et dont on les a affublées trente ans plus tard.

L’insouciance, c’est maintenant. On n’en a jamais eu autant besoin.

Et c’est là que Molly entame le riff d’intro de Party Police. Déjà le parfum d’un classique. Il n’y a qu’à entendre le râle de bonheur qui parcourt le public.

Elle se souvient qu’ils s’étaient demandés ce que ce titre signifiait. Ça leur avait pris la journée.

“La police de la fête ? Ça veut rien dire.

- La fête de la police, alors ? Non, c’est con, comme titre.

Ouais, non, ça peut pas être ça.

Silence.

-Aucun rapport avec Sting…

Aucun…

-Bah là, je vois pas…”

C’est en cherchant un peu qu’on se rend compte de ce que la pop veut dire : rien. Tout. La pop est personnelle. C’est ta vie. Tu choisis ce que la pop veut dire. La party police, pour elle et lui, après une journée entière à tourner autour de ce titre, ça voulait dire « les convenances de la fête ». Ça voulait dire on fait ce qu’on veut dans cette soirée et on s’en fout des autres. Encore une histoire d’insouciance.

 

Au dernier rappel, le public était à point. Quand bien même ils méritaient un meilleur tourneur et trois cents personnes en plus, on sentait que les canadiens avaient fait davantage que le boulot.

Je me suis avancé vers la scène pour le dernier titre et les beaux yeux de Molly.

La fille et le mec s’étaient mis un peu en retrait, en zone no man’s land, bras-dessus, bras-dessous. Le concert se terminait sur un inédit imparable. Encore une évidence de trois minutes trente qui donnait envie de sauter partout pour crier que la musique est une des plus belles inventions de l’humanité. Qu’avant de poser le pied sur la lune, Neil Armstrong aurait dû allumer un transistor pour l’accompagner. Vous imaginez le Be my baby des Ronnettes sortant d’un scaphandre en Mondovision ? Ç’aurait eu une sacrée gueule. Parce que tout ça n’est pas très sérieux. Parce rien n’est sérieux. Rien n’est grave. Tout s’arrange, toujours. Le couple. Les ruptures. Le boulot ou son absence. Le petit quotidien et ses grandes tracasseries.

Sans savoir pourquoi, j’ai tourné la tête vers le fond de la salle. Elle l’avait chopé par les revers de sa veste. Ils s’embrassaient. Un vrai baiser de cinéma hors-champ. L’acteur et l’actrice qui fricotent sans que personne ne les voit.

Puis les lumières se sont rallumées. Comme Molly et ses potes, déjà ils n’étaient plus là.

Ce qu’ils ont fait en rentrant, je l’imagine très bien…

Ils ont fait tout ce qui compte.

L’air était doux. La nuit tombait à peine, il restait un grand bout de jour au-dessus des toits.

Ils ont ouvert les fenêtres, les arbres bruissaient d’un doux vent de juin. Ils se sont posés dans leur canapé et sur la platine, ils ont joué leur musique de l’été dernier…

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Tahiti Boy & The Palmtree Family http://blogotheque.net/2015/07/10/tahiti-boy-palmtree-family/ http://blogotheque.net/2015/07/10/tahiti-boy-palmtree-family/#comments Fri, 10 Jul 2015 12:58:03 +0000 http://blogotheque.net/?p=23925 La dernière fois, c’était il y a 8 ans. On a tous un peu vieilli, mais pas tant que ça. On s’est offert un plus grand piano, et une pièce bien plus spacieuse. On a remplacé la veste par une casquette et un blouson rétro. On a remplacé les copains par une chorale gospel, mais c’est à peu près tout ce qui a changé. Tahiti Boy est toujours assis à son piano, il rassemble autour de lui, il fait attention au moindre détail, et il lance des chansons énormes, des mélodies faites pour être portées par une bande, par plein de voix qui se mêlent, plein de mains qui claquent.

Chez lui, les chansons naissent avec des ambitions démesurées, des envies de grandeur. Quand il pose les premières notes sur le piano, ça doit faire des feux d’artifices dans la tête de Tahiti Boy, le ciel doit y être bien haut, bien vif, et les couleurs y faire des pirouettes insensées. Il est là, dans une salle de réception, il est assis à son piano. La pièce est bien trop grande pour y accueillir juste un musicien, sa violoncelliste et un gospel. On aurait pu inviter 100 personnes, mais non, c’était très bien comme ça : on a pu entendre deux chansons gambader dans tout cet espace, et c’était bien beau, tant de liberté.

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Leon Bridges – River http://blogotheque.net/2015/07/08/leon-bridges-river-2/ http://blogotheque.net/2015/07/08/leon-bridges-river-2/#comments Wed, 08 Jul 2015 13:44:13 +0000 http://blogotheque.net/?p=23914 C’est l’un de ces quartiers où l’on a sacralisé le tourisme, où l’on contingente tout le reste. Notre-Dame, ses touristes et ses flics à pied, sa cathédrale et ses flics à vélo, ses bistrots hors de prix et ses flics en Segway, là pour interrompre le moindre sursaut de vie, pour suspecter celui qui n’est pas en train de faire son selfie.

On gardera la longue histoire pour plus tard (les flics qui se méfient d’un chanteur soul). On a préféré d’abord vous montrer la récompense. Nous venions de croiser trois musiciens dépités, forcés par les policiers à ranger leurs instruments. Nous venions de nous faire rejeter par quatre bistrotiers peu enclins à accueillir des musiciens sur leur terrasse. L’un d’eux a fini par dire oui. Nous étions sous les arbres, c’était une magnifique journée, mais l’environnement était lourd. Enfin, jusqu’à ce que Leon ne chante ‘River’.

On l’avait vu ce jour-là chantonner pour lui-même, on l’avait vu faire de petits pas de danses sur les ponts historiques, mettre son corps entier au service d’un groove : Leon ne joue pas, il est un gamin de la soul, il se laisse porter par ses chansons, il est leur marionnette. Là, encore : il s’est donc assis à une table de bistrot, et du moment où il a commencé à chanter, son regard n’a plus porté nulle part. Il n’est plus là, il y a juste ce gospel apaisé, aussi vieux que les arbres autour de nous, aussi léger que le vent qui bruisse dans les feuilles. Ce qui est bien c’est que Paris, jusqu’ici peu encline à nous laisser jouer, s’est soudainement apaisée et ouverte à nous. Ce n’est pas une fille facile.

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Chansons du Pérou/Canciones del Perú http://blogotheque.net/2015/07/03/chansons-du-perou-le-nouveau-projet-de-vincent-moon/ http://blogotheque.net/2015/07/03/chansons-du-perou-le-nouveau-projet-de-vincent-moon/#comments Fri, 03 Jul 2015 09:13:24 +0000 http://blogotheque.net/?p=23902 Il est aujourd’hui au Brésil en train d’explorer les formes de sacré – hybrides – qui sont nées du métissage entre les cultures des indigènes américains, des esclaves africains et des colons portugais. Mais en 2013, Vincent Moon partait trois mois au Pérou pour réaliser 33 films, aujourd’hui montés et visibles sur son site des Petites Planètes.

Pour prolonger aujourd’hui cette aventure péruvienne, il s’associe une nouvelle fois aux francs-tireurs du label Le Saule, comme il l’avait fait après son voyage en Russie, pour sortir un fabuleux 33 tours. “Chansons du Pérou” devrait donc faire suite à “Chansons de Russie” paru il y a un an .

Sur ce disque, il y a de fortes chances que vous puissiez retrouver cet ensemble invraisemblable de la vallée de Huancayo, perchée dans les montagnes andines du Pérou, l’Orquestra Tipica : ces hommes en noirs, costard-cravate, qui, avec leur harpe triangulaire, leur violon, leur clarinette et surtout leurs 20 saxophones, passent de maisons en maisons, irriguant le village de musique, mettant les corps en mouvement et en tension, à chaque endroit où ils s’arrêtent. Vous les verrez faire entrer dans le temps de la fête, une famille de paysans, un couple, les consommateurs d’un marché et agréger dans cette joyeuse procession, poules, masques virevoltants et passants aux vêtements multicolores et aux chapeaux noirs.

Vous y découvrirez aussi, capté in extremis sur les toits de Lima, le grand Manuelcha Prado, que je ne connaissais pas, mais dont Moon nous dit qu’il est considéré comme l’un des plus grands guitaristes d’Amérique du sud. Il m’évoque une sorte d’Athualpa Yupanqui péruvien, enroulé dans son écharpe blanche, la barbe et le cheveu broussailleux. Tous ceux qui connaissent le concert du maître argentin enregistré à Mar del Plata, Buena noches compatriotas… comprendront à quel niveau de jeu, de raffinement et de poésie on peut se situer. Les autres courront se le procurer puisque par chance, cela se trouve encore assez aisément dans nos contrées, à la différence de ceux de Manuelcha. L’homme a pourtant enregistré pas moins de 10 albums. Ses 45 ans de carrière se fêtent en grande pompe au Grand Théâtre National de Lima tandis qu’on le surnomme le “saqra” de la guitare, comprenez, le sorcier. Comme Luzmila Carpio, sa cousine bolivienne, Manuelcha Prado chante en Quechua.

Mais le projet pour aboutir a besoin de votre soutien. Il reste une petite vingtaine de pré-commandes pour qu’il puisse voir le jour. Vous pouvez les faire ICI.

On ne dira jamais assez combien ces musiques du bout du monde sont infiniment précieuses, parce qu’elles portent en elles d’autres scènes, d’autres usages de la musique. Elles font exister des lieux : on y entend d’autres voix, d’autres langues, d’autres sonorités, d’autres histoires et d’autres formes pour les dire. Le projet est bénévole. Il ne reste que deux jours ! On ne saurait trop vous encourager à être de l’aventure.

 ”Y mentras las penurias quedan dormidas,/ todos es color y ritmo sobre la tierre.”  (Athualpa Yupanqui)

 

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Le disque : http://fr.ulule.com/vincent-moon/

Le label : http://lesaule.fr/

Les films : http://www.vincentmoon.com/list.php?cid=13&PHPSESSID=7e736a1031db9498937bb6383650a062

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Fictonian http://blogotheque.net/2015/07/02/fictonianv/ http://blogotheque.net/2015/07/02/fictonianv/#comments Thu, 02 Jul 2015 13:08:41 +0000 http://blogotheque.net/?p=23900 Cela ne nous était quasiment jamais arrivé : ne rien savoir du groupe que nous allions filmer avant de le filmer.

De Fictonian, nous ne savions donc rien. Il était Anglais, venait de Londres, c’est tout. Pas de nom, pas d’âge, pas de visage, aucune histoire, rien… Nous ne connaissions que deux chansons : “Double Negative”, une balade évidente, légère, et surtout “Full Circle Influence”, ce couplet simple répété, décliné comme un mantra, montant lentement en puissance avec ses bruits grinçants, ces bibelots qui scandent les mêmes sons ad libitum

 

C’était assez pour nous donner envie. Les chansons précèdent le chanteur, ce petit gars au nez fin et aux yeux pâles, discret et sûr de lui, qui n’en dira pas beaucoup plus. Il a une façon toute anglaise d’être élégant dans la réserve, de vous faire sentir qu’il est heureux sans en faire trop.

Avec ses deux musiciens, nous jouerons à nous glisser dans des lieux de passage des Buttes Chaumont. A nous placer, immobiles, dans des endroits où les autres passent. Et ce groupe assis par terre, ce musicien qui fait grincer une poignée de valise, cet autre qui joue de la guitare accroupie, sont à peine des incongruités pour ces passants. Un bel agrément, une mélodie décidée à nous accompagner pour quelques moments encore. Les chansons de Fictonian ont confirmé leur force ce jour là. Évidentes, entêtantes, sans doute parce qu’aussi légères, naturelles, que les sons d’un grand parc.

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Darkside : le DVD du live à Nantes http://blogotheque.net/2015/06/30/darkside-le-dvd-du-live-nantes/ http://blogotheque.net/2015/06/30/darkside-le-dvd-du-live-nantes/#comments Tue, 30 Jun 2015 16:03:46 +0000 http://blogotheque.net/?p=23887 C’était le 21 mars 2014. Nicolas Jaar et Dave Harrington, réunis sous le nom de Darkside, foulaient la scène de Stereolux à Nantes dans le cadre d’une tournée qui allait se terminer plus de six mois plus tard à New York.

Ils étaient concentrés. Ils avaient les yeux rivés sur leurs machines et leurs pédales. Il y avait une foule compacte, un jeu de lumière millimétré et étourdissant. Il y avait surtout le feu sous la glace, tant les titres obsédants et charnels de Psychic semblaient être, en live comme sur disque, la sensualité, l’érotisme, la lascivité et la perte de contrôle incarnés.

Nous avons eu la chance ce jour-là de filmer ce show, et c’est aujourd’hui avec une immense fierté qu’on vous annonce que le DVD de Psychic live est disponible via le tout nouveau site de Darkside (qui propose aussi de chouettes t-shirts et des posters de la tournée), et en streaming sur le site Qello. Dépêchez-vous, le DVD n’est édité qu’à 1000 exemplaires !

On profite de cette annonce pour remercier ici toute l’équipe de Darkside, Jake, Nico, Dave, Arte Concert et Télé Nantes pour qui nous avions filmé ce live, Stereolux qui nous a gentiment accueilli, le label Beggars, et bien sûr, notre équipe de réalisateurs image et son qui ont, une fois de plus, accompli un travail de titans que nous sommes très heureux de partager avec vous.

pochettedarksidedvd

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