La Blogothèque http://www.blogotheque.net Wed, 15 Nov 2017 13:10:48 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=3.8.1-alpha Vashti Bunyan & Gareth Dickson http://blogotheque.net/2017/11/15/vashti-bunyan-gareth-dickson/ http://blogotheque.net/2017/11/15/vashti-bunyan-gareth-dickson/#comments Wed, 15 Nov 2017 09:30:20 +0000 http://blogotheque.net/?p=25644 Je me souviens encore de ce disque incroyable dont la pochette montrait une jeune femme habillée comme une jolie paysanne d’un autre temps, souriant devant une maison d’un autre siècle. C’était un disque oublié, fait de balades et de comptines folk. La voix de Vashti Bunyan  y était haute et douce, légère comme une brise. Ses chansons étaient aussi intemporelles et belles que son histoire était forte. Celle d’une chanteuse londonienne, qui avait fui les promesses d’une carrière pop dans les années 60 pour aller parcourir la campagne anglaise en roulotte.

Je pensais que l’émerveillement s’arrêterait là. Que ces chansons, que cette chanteuse faisaient partie d’un mythe. Jamais je n’aurais imaginé rencontrer un jour Vashti Bunyan, croiser ce regard d’une déconcertante douceur et me retrouver caché dans une pièce sombre, à la regarder chanter sur la musique de Gareth Dickson, puis chanter une de ses chansons à quelques mètres de moi, avec sa voix fragile, splendide, gracile. C’était un moment absolument irréel, incroyable au sens propre du terme.

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Soirée de Poche #53 : Benjamin Booker http://blogotheque.net/2017/11/13/soiree-de-poche-53-benjamin-booker/ http://blogotheque.net/2017/11/13/soiree-de-poche-53-benjamin-booker/#comments Mon, 13 Nov 2017 17:36:25 +0000 http://blogotheque.net/?p=25661 On lui en a fait faire de drôles de trucs à Benjamin Booker, à commencer par le faire sauter dans une benne à ordure, guitare à la main, pour jouer “Have You Seen My Son?” pendant qu’une joyeuse équipe de la voirie le poussait à travers les rues de Bagnolet à la fin de la brocante dominicale. Plus tard, c’est dans un tout autre paysage qu’on a retrouvé l’Américain pour une reprise crève-coeur de “I’d Rather Go Blind” d’Etta James perché dans les montagnes suisses, au pied du chalet de Claude Nobs, le fondateur du Montreux Jazz Festival.

Cette fois-ci, c’est à Paris que nous retrouverons, en duo et en semi-acoustique, celui dont le sourire est capable d’illuminer une pièce en quelques secondes, et dont la rage, live, galvanise en un instant, pour notre 53ème Soirée de Poche qui aura lieu le jeudi 16 novembre dans un lieu tenu secret.

Pour assister à la soirée, le principe est simple : envoyez un mail avec pour sujet “Soirée de Poche 53″ à blogotheque@gmail.com avant 23h59 demain (on aime la précision), mardi 14 novembre. Soyez créatifs, on aime les déclarations d’amour et on aimerait surtout savoir pourquoi vous chérissez la musique du copain Benjamin. Oh et n’oubliez pas de nous dire si vous voulez 1 ou 2 place(s). Un tirage au sort sera effectué par la suite et les gagnants seront prévenus par mail dans la foulée. 

Le tirage au sort a eu lieu – les gagnants ont été prévenus !

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À revoir : le Pitchfork Music Festival 2017 http://blogotheque.net/2017/11/11/revoir-le-pitchfork-music-festival-2017/ http://blogotheque.net/2017/11/11/revoir-le-pitchfork-music-festival-2017/#comments Sat, 11 Nov 2017 13:11:12 +0000 http://blogotheque.net/?p=25660 Comme chaque année, nos caméras étaient au Pitchfork Paris pour filmer les concerts des trois jours du festival. Bonne nouvelle : la plupart d’entre eux – Moses Sumney, Kevin Morby, Ride, Kamasi Washington, Sylvan Esso, Cigarettes After Sex, Loyle Carner, Run The Jewels, Princess Nokia, The Blaze, Ride, et bien d’autres – sont à retrouver en replay sur CultureBox et ci-dessous.

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Fractured Air x Blogothèque – S02E10 | October mix http://blogotheque.net/2017/10/31/fractured-air-x-blogotheque-s02e10-october-mix/ http://blogotheque.net/2017/10/31/fractured-air-x-blogotheque-s02e10-october-mix/#comments Tue, 31 Oct 2017 12:48:47 +0000 http://blogotheque.net/?p=25648 Each month, Craig and Mark from Irish music website Fractured Air will curated an exclusive mix on Blogothèque with old favourites, new comers, excerpts of interviews and premieres.
Listen to previous episodes

fracturedair_october17

This month saw the eagerly awaited return of prestigious American musician John Maus with the release of ‘Screen Memories’; a synth pop masterpiece (and follow-up to the remarkable 2011 opus ‘We Must Become The Pitiless Censors of Ourselves’). Opening this mix is one of the heavenly synthesizer-based tracks culled from Maus’ recent Bleep mix.

Colleen is an artist very close to our hearts and the release of Cécile Schott’s sixth full-length ‘A flame my love, a frequency’ (via Thrill Jockey) marks 2017’s most bewitching, absorbing and deeply affecting records to have graced the atmosphere. Armed with just electronics and voice, the album’s eight otherworldly compositions transcend space and time: drifting majestically in the ether of unknown dimensions. Colleen’s tour dates (including U.S, North America and Europe) are listed here.

On the 14th & 15th December, the second edition of The Notwist-curated Alien Disko returns to Munich. The festival’s line-up reflects the boundless and pioneering qualities of the chosen acts, from Shabazz Palaces, Konono Nº1 and Amiina to Colleen, Sam Amidon and The Notwist. Tickets are onsale now.

This month’s mix also includes new releases from: Xylouris White; SAICOBAB; Spirit Fest; Lindstrøm; Sufjan Stevens; Gunn – Truscinski Duo and Les Filles de Illighadad.

01. Peter Davison – “Shadow” (Higher Octave Music)
02. John Maus – “The Combine” (Ribbon Music)
03. Shabazz Palaces – “Moon Whip Quäz” (feat. Darrius) (Sub Pop)
04. John Carpenter – “Assault on Precinct 13” (Death Waltz Recording Company)
05. Severed Heads – “George the Animal” (Dark Entries)
06. The Velvet Underground – “I Can’t Stand It” (Verve)
07. The Cat’s Miaow – “Not Like I Was Doing Anything” (Library)
08. Cymbeline – “Look at the Stars” (Guerssen)
09. Gunn – Truscinski Duo – “Flood and Fire” (Three Lobed Recordings)
10. Les Filles de Illighadad – “Abadrarass” (Sahel Sounds)
11. SAICOBAB – “One” (Thrill Jockey)
12. Xylouris White – “Only Love” (Bella Union)
13. Guelewar – “Ya Mom Samaray” (Kindred Spirits)
14. Wallias Band – “Muziqawi Silt” (x)
15. Don Cherry – “Brown Rice” (EMI)
16. Spiritualized – “Feel So Sad (Glides And Chimes)” (Spaceman, Arista)
17. Colleen – “The stars vs creatures” (Thrill Jockey)
18. Spectrum – “All Night Long” (Silvertone)
19. Slowdive – “No Longer Making Time” (Dead Oceans)
20. Spirit Fest – “River River” (Alien Transistor)
21. NSRD – “Schwenn” (STROOM)
22. Lali Puna – “Wear My Heart” (Morr Music)
23. Four Tet – “Daughter” (Text)
24. Sufjan Stevens – “Wallowa Lake Monster” (Asthmatic Kitty)
25. William Eggleston – “On the Street Where You Live” (Secretly Canadian)
26. Lindstrøm – “Bungl (Like a Ghost)” [feat. Jenny Hval] (Smalltown Supersound)
27. Daphni – “Carry on” (Jiaolong)
28. Blanck Mass – “The Rat” (Sacred Bones)
29. Colin Stetson – “All this I do for glory” (52Hz)
30. Dirty Three – “Moon On The Land” (Bella Union)
31. Cat Power – “Metal Heart” (Matador)
32. Marisa Anderson – “Amazing Grace” (Mississippi)
33. Jackson C. Frank – “Milk and Honey” (Sanctuary)
34. Nick Cave & Warren Ellis – “Three Seasons in Wyoming” (Wind River OST) (Invada, Lakeshore)

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Fractured Air is an online music webzine based in Cork, Ireland, which focuses on the best of independent music. Having started in July 2012, Fractured Air offers in-depth interviews, insightful reviews, original artwork and frequent mixes (including guest mixes), spanning the broad spectrum of today’s independent music scene.

Compiled by Fractured Air, October 2017. The copyright in these recordings is the property of the individual artists and/or record labels. If you like the music, please support the artist by buying their records.

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alt-J – part two http://blogotheque.net/2017/10/20/alt-j-part-2/ http://blogotheque.net/2017/10/20/alt-j-part-2/#comments Fri, 20 Oct 2017 09:14:54 +0000 http://blogotheque.net/?p=25635 >> alt-J – part one <<

C’est une des chansons les plus produites du troisième album d’alt-J, Relaxer, un titre pas évident à adapter en acoustique. Le trio anglais s’est pourtant prêté au jeu de la déconstruction dans cette seconde partie du Concert à Emporter que nous avons tourné avec eux en juin à Rouen (la première partie est par là) pour jouer une version inédite de “Deadcrush” – un morceau au drôle de groove qui, comme “3WW”, repose sur de nombreux virages, vagues et fluctuations.

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Jaws Of Love. http://blogotheque.net/2017/10/19/jaws-love/ http://blogotheque.net/2017/10/19/jaws-love/#comments Thu, 19 Oct 2017 09:11:12 +0000 http://blogotheque.net/?p=25639 On a bien du mal à cacher notre amour éternel pour Local Natives et ses adorables membres. Pour preuve, nous les avons déjà filmé en Concert à Emporter une foisdeux foistrois fois, quatre fois (vous vous souvenez du saut de l’ange de Taylor dans le canal St Martin ?), en Soirée de Poche et en session dans le désert pour une reprise de Johnny Cash.

Alors quand Kelcey nous a appelé pour nous proposer de filmer quelques titres de son projet solo, Jaws Of Love., on n’a pas hésité une seconde. Et c’est dans un bar de Bagnolet, un après-midi brûlant, qu’on a laissé l’Américain dérouler ses titres au piano, sans artifices.

 

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À revoir : Phoenix en live à Paris http://blogotheque.net/2017/10/19/revoir-phoenix-en-live-paris/ http://blogotheque.net/2017/10/19/revoir-phoenix-en-live-paris/#comments Thu, 19 Oct 2017 09:07:54 +0000 http://blogotheque.net/?p=25637 On ne quitte plus nos Versaillais préférés : après deux Concerts à Emporter (à Paris et au Château de Versailles justement), après une session complètement folle au Teatro Bibiena en Italie, nous avons pour la première fois posé nos caméras à Bercy pour filmer le show de Phoenix à domicile. Il est à revoir ci-dessous et sur le site de CultureBox.


Phoenix à l’AccorHotels Arena

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Bon Iver – 8 (Circle) | One 2 One http://blogotheque.net/2017/10/17/bon-iver-8-circle-one-2-one/ http://blogotheque.net/2017/10/17/bon-iver-8-circle-one-2-one/#comments Tue, 17 Oct 2017 14:52:06 +0000 http://blogotheque.net/?p=25632

Septembre 2016. Nous étions une petite centaine dans l’un des studios de l’imposante Funkhaus, l’ancienne maison de la radio est-allemande. Une foule assez intimidante : il n’y avait là que des musiciens incroyables, de Justin Vernon à My Brightest Diamond, en passant par Wye Oak, les Kings of Convenience, Woodkid, Stargaze, les frères Dessner… Autant d’artistes invités par l’hôtel MichelBerger de Berlin pour préparer une semaine de résidence, avant un weekend de festival incroyable (dont on a déjà beaucoup parlé).

Juste avant que nous ne sortions de la salle, un artiste (qui ne s’était jusque là pas trop fait remarquer) a désigné une salle d’enregistrement et a demandé : “Et si pendant le week-end, on organisait des concerts pour juste une personne ?”. Cet artiste, c’était Damien Rice. Et tout de suite, je suis allé le voir.

Nous avons passé la journée à parcourir la Funkhaus, ses interminables corridors de béton, ses petites salles tapissées de moquette usée, ses majestueux auditoriums tout en bois, pour trouver la salle parfaite. Elle nous attendait en haut d’un escalier : une vaste pièce en travaux surplombant les deux grands auditoriums.

Nous y avons installé deux chaises, et avons établi un mode opératoire : durant le week-end, entre chaque concert, nous irions kidnapper une personne pour l’emmener ici, où un musicien l’attendrait pour jouer un morceau rien que pour elle. Pour rendre l’expérience plus intense, on lui banderait les yeux sur le chemin, et ferions sonner un bol tibétain sur sa tête avant de lui permettre d’enlever son bandeau. On appellerait ça les “One to One”.

La semaine puis le week-end furent parmi les plus intenses et les plus mémorables qu’il m’ait été donné de vivre. Et tout au sommet de ces montagnes russes émotionnelles se trouvaient les “One to one”.

Chacun d’eux fut une expérience folle, unique. Une nouvelle amie américaine allait à chaque fois se plonger dans la foule, espionner les conversations et repérer la victime idéale, pour la guider ensuite à l’aveugle vers notre pièce secrète. Rarement avions-nous vu des artistes aussi tendus, investis, alors qu’on asseyait la ‘victime‘ sur sa chaise. Et quand on ôtait le bandeau commençait un moment d’échange pur. On a vu un homme robuste rester pétrifié face à la musique tribale des Senyawa, une jeune femme applaudir comme une enfant après que les O lui eurent fait la sérénade à genoux. Un garçon subjugué par une Shara Nova qui ne l’a pas quitté des yeux en chantant.

Et puis ce sommet absolu d’intensité, lorsque Damien Rice, investi dans ce projet comme personne, a convoqué les 24 choristes du Cantus Domus pour chanter ensemble un morceau de dix minutes face à une personne seule. Il l’a fait à trois reprises dans le week-end, et ce fut à chaque fois une folle secousse. Imaginez juste être encerclé par toutes ces voix, et voir, après sept minutes, Damien Rice himself s’agenouiller devant vous en silence, les yeux fermés, pendant que la chorale termine le morceau. Les trois personnes qui l’ont vécu n’en revenaient pas.

Bien moins imposante, mais toute aussi intense fut la session de Bon Iver. Justin Vernon, humble et timide, face à une jeune femme qui n’a réalisé qu’après un long instant qui se trouvait face à elle. La version dénudée de 8 (Circle) est si forte que c’est avec elle que nous avons voulu commencer cette série. Que nous comptons bien renouveler…

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Erdal Erzincan http://blogotheque.net/2017/10/12/erdal-erzincan/ http://blogotheque.net/2017/10/12/erdal-erzincan/#comments Thu, 12 Oct 2017 12:56:52 +0000 http://blogotheque.net/?p=25550 C’est là, dans ce quartier érigé vers la fin des années 70, au plus fort de l’exode rural que ce musicien originaire d’Erzurum, dans l’Est de l’Anatolie, s’était posé en 1981 pour y suivre l’enseignement d’une autre légende d’Erzurum : Arif Sağ. Il y perfectionnerait la pratique le saz - que l’on appelle aussi  bağlama – auprès de ce maître iconoclaste qui par delà sa maîtrise du corpus et des formes des türkü  avait été l’un des artisans de la rencontre entre musique traditionnelle et rock, dans la Turquie des années 70. C’est notamment lui qu’on peut entendre sur la plupart de ses grands titres  de la chanteuse contestataire, Selda Bağcan : « Yuh-Yuh », « Mehmet Emmi », « Bundan Sonra », « Utan Utan »… Il y aurait de nombreux autres disques en solo ou plus confidentiels, comme ceux de Hülya Süer (le génial « Şeker Oğlan »), dans lesquels Arif Sağ contribuerait fortement à populariser l’usage du saz électrique (« elektro saz »).

Si Erdal Erzincan ne s’est jamais vraiment intéressé à cet univers, il a gardé de son maître le goût de l’expérimentation, comme le montre sa technique de tapping assez unique chez les joueurs de saz d’aujourd’hui.

Il devait la redécouvrir dans les marges de cette tradition impériale ottomane qui avait généralisé l’usage du plectre. « Le şelpe est en réalité une très ancienne technique, aussi vieille que le bağlama lui-même, mais les usages de la ville ont toujours fortement influencé ceux de la campagne. Nous avons des images du XIXème siècle qui montrent que dans les grandes cours Ottomanes des villes comme AnkaraKırşehir ou Kütahya, tous les musiciens jouaient du saz avec des plectres. Sous l’influence de ces cours, les musiciens de la campagne ont commencé à changer leur manière de jouer et l’usage du plectre s’est généralisé. L’autre élément important a été la fondation de la TRT (Radio et Télévision Turque), lors de la création de la République. Tout d’un coup la culture urbaine  pouvait atteindre le foyer du moindre petit village. J’ai pourtant vécu dans un petit village très reculé jusqu’en 1981. Et je n’ai jamais vu personne utiliser cette technique du şelpe. Il nous a fallu redécouvrir cette technique pour la redévelopper selon nos modes et explorer de nouvelles sonorités. »

Erdal - Saz

Erdal nous accueillerait d’abord dans la lutherie qui porte son nom. On y croiserait quelques élèves affairés qui se montraient des passages, des voies, des motifs sur le long et fin manche des saz. Quelques marches plus haut, on entrerait à proprement parler dans l’atelier. Le regard y serait happé par de vieilles photos racornies du fondateur de la République, des images en noir et blanc d’Aşik : ces troubadours, poètes-chanteurs dont la mission a toujours été de transmettre un répertoire, et de l’augmenter de leurs œuvres personnelles. La petite radio glapit pendant qu’on rabote, qu’on taille et qu’on forme. Une perruche s’agite dans sa cage. Une multitude de saz suspendent le long des murs leurs petits ventres ronds et leurs lignes droites et allongées.

Erdal Erzincan insiste sur l’idée que tout, dans cette culture poétique et musicale des Aşik dont il est l’héritier, confronte l’homme à sa propre incomplétude. Elle ravive la césure fondamentale qui se trouve selon lui au coeur des identités. L’être au monde que chantent les troubadours est celui d’un exil qui est tout autant physique qu’intérieur. « Nous utilisons le mot « gurbet » pour désigner l’état de solitude de celui qui vit loin de sa famille et de sa ville natale. Il a un sens très concret. Mais nous avons aussi comme internalisé ce sentiment. Nous pouvons le vivre aussi au sein de notre famille ou de notre ville natale. C’est un sentiment très important que tu retrouves dans beaucoup de nos chants traditionnels, les «türkü ». Le «gurbet» nous relie directement aux sentiments de nos ancêtres nomades d’il y a peut-être 500 ans ou mille ans ».

Orhan Pamuk dit aussi quelque part que la mélancolie anatolienne est une expérience individuelle qui a pour caractéristique de se vivre et de se penser collectivement. La question du nomadisme et de la sédentarisation à laquelle Erdal Erzincan se réfère volontiers peut offrir une autre clé de compréhension de cette mélancolie qui habite les chants turcs. L’histoire de cette sédentarisation est encore suffisamment récente pour qu’elle hante l’inconscient collectif. Son imaginaire s’est aussi greffé sur le phénomène d’exode rural qui s’accélère dans les turbulentes années 70, sur fond de revendications sociales et de répression politique. Le départ massif vers les villes, ces migrations adaptées au nouveau marché de l’emploi, donne une nouvelle réalité à ce  « Gurbet » chanté par exemple par un  Özdemir Erdoğan en 1972, dans un tube incontournable de la pop turque, au beat chaloupé et à la mélancolie prégnante. 

Deux des meilleurs albums d’Erdal Erzincan font explicitement référence à cette tradition du « gurbet » : il y a Garip, second album paru en 1993, qui met en scène ce personnage confronté à la solitude et à la pauvreté, et Kervan en 2006 dont les longues plages entrelacent des türkü (chants traditionnels) d’époques et d’espaces différents. Chaque long mouvement se veut un hommage à ces grands déplacements humains, épreuves personnelles qui occasionnent les rencontres, les échanges et confrontent les individus à eux-mêmes, à la solitude et aux autres : transhumance des bêtes, convoi de marchandises, de biens précieux de la route de la soie qui transitent plus loin vers l’Orient.  C’est dans Kervan que l’on retrouve le türkü «  Gör Bak Neler Var ».

C’est alors qu’on réalise alors que la Bağdat Caddesi sur laquelle nous nous trouvons désigne l’avenue de Bagdad et qu’on se rappelle que la Syrie, l’Irak mais aussi l’Iran ont une frontière commune avec la Turquie, dans cet Est qui semble encore lointain quand on est à Istanbul et dont on ne sent que les prémices, une rumeur, souvent inquiétante, cet été-là. On repense alors au concert qu’Erdal Erzincan a enregistré à Bursa avec Kayhan Kalhor, le frère iranien, et à «  Mevlam Birçok Dert Vermiş » Kayhan Kalhor & Erdal Erzincan, Kulla Kulluk Yakışır Mı, Ecm, 2013.le thème qui ouvre et ferme notre film

Erdal - Oiseaux

Sur sa rencontre avec le fameux joueur de kamânche. « Kayhan Kalhor et moi, nous nous comprenons bien. Nous venons de deux pays qui ont eu au cours des siècles des histoires parallèles, lorsqu’elles n’étaient pas liées par des échanges commerciaux, des échanges culturels, ou par des luttes d’influence. » Et d’ajouter sur le ton de la boutade. «  Et puis nous sommes d’une génération qui, un jour, a vu débouler sur les écrans de télévision la série “Dallas” qui a sabordé nos relations familiales. Soudainement nos grands-parents ont vu leurs enfants se mettre à imiter les comportements de Sue Ellen, Bobby et JR, et nous, nous n’étions plus en mesure de communiquer avec eux. Depuis, plus personne n’a plus compris quiconque dans les familles turques et iraniennes, la communication était rompue. »

Celui qui vit aujourd’hui à Çengelköy mais travaille toujours à Maltepe, reconnaît sans mal aimer aussi bien l’élégance plus froide de la rive occidentale d’Istanbul, que le chaos et les irrégularités de la rive orientale. Il conclut comme beaucoup de Stambouliotes qu’au fond, pour goûter pleinement Istanbul, il faudrait pouvoir vivre sur l’un des ponts suspendus au-dessus du Bosphore, et récemment privatisés par le gouvernement. Un pied en Asie et un pied en Europe. C’est ce que Erdal semble avoir tenté à plusieurs reprises dans sa carrière, notamment sur cet  étrange concerto pour cordes et bağlama enregistré avec Arif Sağ : « Chaque disque pour moi est important parce que j’y essaie quelque chose de différent. Je crois que j’avais nourri une sorte de complexe par rapport à la tradition classique européenne. Le concerto me semble la forme particulièrement représentative de cette tradition. C’est celle dans laquelle un compositeur comme Vivaldi s’est particulièrement illustré. Ce disque consacré à la forme concertante est important car je crois qu’il m’a guéri de ce sentiment. J’ai compris après lui que notre tradition est toute aussi riche que la tradition classique européenne et je ne vois plus de limites dans son exploration. En matière de chant la voix de Muharrem Ertaş n’est pas inférieure à celle d’un Pavarotti. Je crois que nous commençons à comprendre cela. »

Erdal Erzincan n’était pas encore persona non grata à la télévision nationale. C’était avant le mois d’avril dernier. Erdal Erzincan venait de réaliser une vidéo appelant à voter « non » au référendum qui devait donner les pleins pouvoirs au président turc. S’étaient joints à lui d’éminentes figures de la scène folk qui sont aussi des consciences politiques. Erdal Erzincan n’est pas vraiment un militant. Il s’exprime rarement publiquement sur ces questions à la différence d’une Sabahat Akkiraz, elle aussi frappée de la même interdiction. Un ami stambouliote nous avait dit que le gouvernement avait tendance à considérer Sabahat comme un « problème », quant bien même, le jour où elle viendrait à mourir, il serait forcé de la célébrer comme une légende.

Erzincan est moins disert. Il avait esquivé nos questions sur les événements de Gezi Park un an plus tôt, en nous faisant remarquer qu’il conduisait très mal et qu’il ne fallait pas prendre exemple sur lui tandis qu’on le filmait. Il nous avait raconté alors l’histoire de l’homme qui vient en aider un autre qui ne parvient pas à s’extirper de la place où sa voiture est garée. Les propriétaires peu scrupuleux de deux autres véhicules ayant serré la première. « Viens, je vais t’indiquer comment sortir de cette ornière, lui dit cet homme. Devant. Derrière. Gauche. Gauche. Droite. » La voiture en emboutit une autre. L’homme qui avait proposé son aide se retire alors en lui disant ces mots : « J’ai fait mon devoir, j’ai fait ce que j’ai pu pour t’aider. Bonne chance ! »

 Erdal Erzincan - joueursErdal Erzincan résiste d’une autre manière. Et de cela, il parle volontiers. Son chant, son jeu assure la transmission d’une forme de spiritualité qu’on appelle l’Alévisme. Il est d’usage de définir l’Alévisme comme un courant syncrétique et ésotérique de l’Islam. Il est une composante religieuse minoritaire mais néanmoins très importante en Turquie. Elle se traduit politiquement par un engagement très marqué à gauche, ce qui en fait une cible privilégiée des courants orthodoxes musulmans, des conservateurs et des nationalistes. Tout le monde garde en mémoire l’incendie criminel d’un hôtel de Sivaş dans lequel poètes et intellectuels alévis périrent devant les yeux de pompiers et de policiers attentistes. C’était il y a 24 ans.

La musique et le chant constituent l’un des éléments-clés de la pratique alévie. Ils y favorisent la méditation et la découverte de l’intériorité de chacun  qui sont comme le premier stade de cette forme d’audition mystique dont l’enjeu est une sorte d’extase physique et intellectuelle qui permette l’union avec le divin. On appelle cette extase le sema. Il est impossible d’imaginer le Cem alevi (rituel) sans ses chants et sans ses danses.  « La musique a pour effet de nous introduire dans un monde spirituel. Lorsque je joue par exemple ce motif musical qu’on appelle « Hayalleme », tu n’entendras peut-être que trois notes. Pour un Alévi, ce motif lui permet de se retrouver dans un état d’esprit propice au Cem, à un rituel, une prière. »

Il y avait aussi une expression qui reviendrait souvent dans la bouche d’Erdal. « Gönül Defteri ». Un concept assez intraduisible que l’on peut rendre par les carnets du cœur ou les carnets de l’âme, et sur les pages desquels la vie d’un homme s’écrit. Erdal nous expliquerait que la sagesse alévie reposerait sur l’idée que le Quran serait tout autant le texte sacré, le monde-nature, que l’homme lui-même et qu’il s’agirait alors d’expérimenter conjointement ces trois dimensions de l’existence et du sacré. Ces expériences et les correspondances qu’elles tissent entre elles formeraient la matière de ce carnet intime que chaque individu se doit d’écrire pour être en accord avec lui-même, Dieu et le monde physique.

On mesure ce que ce simple geste de saisir le saz, de le poser sur les genoux, charrie et convoque à lui seul, ce qu’il construit d’invisible dans l’espace, telle une scène avec ses motifs, ses figures, son système de significations, sa liturgie en quelques sortes, et ses lignes de fuites, sa profondeur de champ. On aimait pourtant que la musique s’exécute là, au milieu des joueurs de okey et des buveurs de thé, ou en pantoufle, au milieu des cartons épars qui jonchaient une petite pièce-entrepôt, d’où l’on pouvait entendre les attaques staccato d’un marteau piqueur et le ronronnement d’une bétoneuse. Il me semble qu’elle y bousculait toutes les tentations de la pureté, en faisant coexister dans une belle relation de contiguïté, les gestes qui relèvent généralement du sacré avec ceux du profane. Il était bon, décidément, que cette après-midi balayé d’une pluie fine d’été puisse enfin trouver sa forme et laisser une trace. Même s’il nous faudrait attendre trois ans pour qu’elle puisse vous être montrée.

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alt-J – part one http://blogotheque.net/2017/10/02/alt-j-2/ http://blogotheque.net/2017/10/02/alt-j-2/#comments Mon, 02 Oct 2017 13:57:54 +0000 http://blogotheque.net/?p=25609 “3WW” n’est pas une chanson. C’est une chanson dans une chanson, dans une chanson, dans une chanson. Un titre avec de multiples couches, avec des détours, des changements de rythme, de ton, de couleur, de texture. Plusieurs voix aussi. Et c’est un peu devenu la spécialité d’alt-J et de leur producteur – le génial Charlie Andrew – qui, depuis la sortie de leur premier album, An Awesome Wave, sont passés maitres dans la fabrication de puzzles pop tortueux : les pièces sont là, étalées devant nous, mais il est presque toujours impossible de savoir à quoi va ressemble le dessin une fois tous les morceaux assemblés.

>> alt-J – part two <<

Tourner un Concert à Emporter avec alt-J sur ce morceau était un défi. Visuel d’abord, parce qu’il fallait éloigner la batterie de Thom Green pour qu’elle n’interfère pas avec les autres instruments, tout en gardant la cohérence du trio. Parce que la longue intro du titre et ses nombreux virages demandaientt une bonne dose d’imagination dans l’espace clos qu’est l’Aitre de Saint-Maclou, cet ancien cimetière du XVIe de Rouen.

C’était aussi un défi sonore. La musique d’alt-J prend tout son sens si on en garde les nombreuses couches, si on y entend cette grandeur jamais écrasante, et si on se fait emporter par sa sombre beauté, aspirer par les changements permanents de direction. Comment garder cette sensation en acoustique ? L’ambisonic, une technique d’enregistrement sonore “en 3D” qui permet de se sentir immergé dans une chanson, elle-même immergée dans un lieu – une sorte de VR sonore qu’Etienne, notre réalisateur son, a ici employé pour la première fois.

Ce Concert à Emporter marquait aussi des retrouvailles acoustiques avec un groupe que l’on regarde grandir depuis maintenant cinq ans, et une réponse à celui que nous avions tourné avec eux en 2012 sur un banc de Montmartre : bucolique, certes, mais surtout, organique, entouré de la vie d’une ville qui accueillait ce soir là leur retour sur scène et le début d’un nouveau chapitre pour alt-J.

 

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