La Blogothèque http://www.blogotheque.net Thu, 05 Mar 2015 10:36:26 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=3.8.1-alpha Interview : Matthew E. White http://blogotheque.net/2015/03/04/interview-matthew-e-white/ http://blogotheque.net/2015/03/04/interview-matthew-e-white/#comments Wed, 04 Mar 2015 14:21:31 +0000 http://blogotheque.net/?p=23489 Il fût une époque où j’écrivais de vraies chroniques de disques. Si j’avais dû parler de Fresh Blood de cette manière, j’aurais probablement dit que c’était un de ces albums qui guérissent de tous les maux : de la peine, de la peur, de l’indicible brutalité et du désespoir – j’ai reçu cet album début janvier, lorsqu’aucune zone de mon cerveau ne semblaient vouloir se remettre de ce qu’il venait de se passer, ni faire sens du chaos qui en avait découlé.

J’aurais aussi probablement dit que cet album était d’une douceur folle, ce genre de caresses qui calment l’angoisse, ou du moins, la rendent supportable pendant quelques minutes. Avant de connaître sa sombre histoire, j’ai écouté “Holy Molly” des dizaines de fois, en boucle, jusqu’à noyer mon anxiété dans cette montée orchestrale que je ne pouvais que comparer, dans sa construction, à ma chanson préférée de tous les temps, “Try A Little Tenderness”. Je me suis aussi lovée dans les bras de “Take Care My Baby”, ses notes de piano légères et sa soul enveloppante et sensuelle jusqu’à oublier provisoirement l’horreur. J’ai surtout réussi à avoir un peu de répit dans le flot de pensées incohérentes qui me submergeait à chaque instant grâce à “Love is Deep” – un de ces titres à l’apparence et au message faussement simple, organique, qui s’avère bien plus complexe qu’il n’y paraît lorsqu’on prend le temps de se pencher sur les dizaines de couches mélodiques qui le structure.

Fresh Blood est un album de chansons d’amour et d’espoir. Il fait même plus que ça : il le prêche, le fait revivre le temps d’une écoute, et qui sait, peut-être plus encore. C’est sûrement idiot de dire cela, mais je crois que l’on avait tous vraiment besoin de ça.

Fresh Blood est aussi en écoute en avant-première sur NPR.

En 2012, tu es passé de ton petit studio aux scènes du monde entier en quelques mois à peine après la sortie de Big Inner. Comment as-tu vécu cette période ?

C’était assez fantastique. Il n’y a pas beaucoup d’aspects négatifs dans tout cela. Bien sûr, être sur la route en permanence peut être difficile parfois, mais c’est avant tout quelque chose de gratifiant. Peu importe ce que certains disent, tu fais de la musique parce que tu veux la partager, parce que tu veux que les autres l’aiment. J’assimile ça à cette période de l’enfance où tu fais un dessin et tu l’apportes à tes parents pour leur montrer parce que tu veux qu’ils l’aiment. C’est exactement pareil.

J’ai une vision très claire de ma musique et des buts que je veux atteindre, mais je fais avant tout de la musique pour la partager. Big Inner m’a donné l’opportunité de partager ma musique avec un nombre bien plus important de gens que ce que j’espérais. C’était extrêmement gratifiant. Avoir la possibilité de le faire de nouveau aujourd’hui est un privilège, ce n’est en aucun cas source de pression. C’est d’ailleurs pour cette raison que je n’ai eu aucun mal à retourner en studio pour écrire Fresh Blood.

Pour Big Inner, j’ai suivi ma propre voie, j’ai fait ce que j’ai voulu et ce disque a eu bien plus de succès que prévu. Ça m’a donné assez de confiance en moi pour faire ce que je voulais sur Fresh Blood, pour changer de voie si j’en avais envie. Big Inner a marché parce que ce disque est ce que j’ai voulu qu’il soit.

L’écriture, la composition et l’enregistrement ne sont donc pas des processus douloureux pour toi ?

C’est difficile. Cela représente beaucoup de travail, mais ce n’est pas douloureux. Quand tu aimes ce que tu fais, rien n’est douloureux. Le plus dur pour moi d’un point de vue psychologique est que je n’ai pas de patron quand je suis en studio. Personne n’est là pour me dire que je me trompe de chemin, que cette mélodie était bien et que celle-ci devrait être développée. C’est là qu’est le piège pour moi parce que c’est un processus qui peut être sans fin. Est-ce que ces paroles sont assez bien ? Est-ce qu’elles ne pourraient pas être améliorées ? Est-ce que cet accord est le bon ? C’est pour ça que je m’impose un programme et qu’avoir des deadlines est crucial pour moi. Ça me permet de me dire que j’ai par exemple une journée seulement pour enregistrer cette mélodie à la guitare, que je vais tout faire pour enregistrer la meilleure version possible et qu’à la fin de la journée, je garderai cette version, même si j’aurais peut-être pu faire mieux deux jours plus tard. Ça me permet de passer à autre chose.

J’ai toujours dit à mes musiciens : la raison pour laquelle Big Inner est un bon album ne tient pas à la semaine particulière où on l’a enregistré, mais aux dix ans de travail que nous avons accompli avant pour devenir les musiciens que nous sommes. C’est pareil pour Fresh Blood : ce disque n’allait pas être un bon album juste parce que j’étais bon en mai dernier, mais parce que j’ai amassé énormément de connaissances en termes de musicalité et de production ces dix dernières années. C’est là dessus qu’il fallait compter. On ne peut pas attaquer une semaine d’enregistrement en implorant le ciel pour que ce soit la semaine où tout va se dérouler à merveille. Je ne crois pas qu’on puisse se réveiller un matin en disant “hé, c’est le moment d’enregistrer l’album”.

J’ai assez d’idées et d’envies pour faire un troisième album, certainement un quatrième aussi, mais un cinquième ? Peut-être pas, je n’en sais rien. J’essaie de noter mes idées, d’en créer de nouvelles, mais toujours est-il que si j’arrive à composer un cinquième album un jour, je sais qu’il sera bon grâce au travail que je fournis maintenant, pas grâce à un coup de chance qui arrivera peut-être dans sept ans.

Je crois que c’est cette façon de penser et de voir les choses qui me permet d’être assez libre dans la manière dont je crée un album. En studio, je pense aux quarante-cinq ou cinquante minutes que va durer l’album, pas à la petite partie de guitare que je dois enregistrer. C’est libérateur.

Le perfectionnisme…

… est une malédiction. Je suis bien content de ne pas en être victime.

Tu as passé pratiquement deux ans en tournée après la sortie de Big Inner. Est-ce que ça a changé ta manière d’écrire et de composer ?

Pas vraiment. Je n’ai jamais écrit de musique en pensant à la façon dont j’allais la jouer en live. Je ne vais pas m’empêcher de mettre certaines idées dans un album uniquement parce que je ne saurai ou ne sait pas encore comment les jouer ensuite sur scène. Quand tu as une vision de ce que tu veux faire sur un disque, il faut honorer cette vision jusqu’au bout. Il n’est pas question de reculer parce que la question du live se pose. Je crois que ce serait un enfer de penser de cette manière, même si je sais aussi que j’aurais plus de succès commercial en suivant cette voie.

Est-ce que ça te dérange que l’on dise que Fresh Blood est un album de chansons d’amour ?

J’ai toujours défendu l’idée d’écrire des chansons d’amour. C’est quelque chose de facilement critiquable, mais, aussi cliché que ça puisse paraître, c’est le sujet le plus important de la vie. Les plus gros choix de nos vies sont liés au fait de choisir d’être avec quelqu’un ou non, de rester avec ce quelqu’un ou non. Et le reste des décisions que l’on doit prendre sont de toute façon liées à des choix que l’on doit faire par rapport aux relations que l’on a avec ses amis, ses collègues, ses parents, ses frères et sœurs, les personnes qui nous aiment, celles qui ne nous aiment pas, les gens qu’on rencontre dans la rue. Une chanson d’amour couvre tout ce spectre là.

Penses-tu que c’est ce qui donne autant de douceur à Fresh Blood ? C’est le genre de disques qui t’attire le plus ?

J’aime les chansons faciles à écouter, ce qui ne veut pas dire qu’elles sont faciles à faire. Je crois que j’aime les chansons faussement faciles comme celles de Simon & Garfunkel. Elles paraissent si douces et faciles. Si tu n’y réfléchis pas, tu peux très vite penser que ce sont seulement deux types qui chantent en jouant de la guitare. Et puis si tu te penches sur “Mrs Robinson” ou “America”, tu te rends compte que ce qui se passe d’un point de vue mélodique dans ces chansons est extrêmement complexe.

Les chansons de Frank Sinatra peuvent paraître simples aussi. C’est un peu moins trompeur que chez Simon & Garfunkel, mais c’est le genre de chansons que tu peux mettre en fond sonore sans te rendre compte que ce sont des morceaux extrêmement complexes à écrire, à jouer et à enregistrer.

J’aime ce genre de musique et ce procédé presque extrême qui implique de faire paraître une chanson simple alors qu’elle est en réalité très complexe en profondeur. C’est ce qui m’intéresse le plus lorsque je compose, et je pense que certains titres de Fresh Blood rentre dans cette catégorie de chansons faussement simples. Je ne cherche pas forcément à satisfaire les music geeks lorsque je compose, mais je pense qu’ils trouveront des arrangements et des tours de passe-passe qui les intéresseront dans cet album. La majorité des gens ne les entendront probablement pas, mais ce n’est pas grave, c’est justement ce que je cherche.

Beaucoup de producteurs aujourd’hui cherchent à impressionner en bombardant les personnes qui vont écouter un disque d’arrangements écrasants. Je trouve ça très arrogant et souvent, pas très efficace. Un album n’est pas un amas d’arrangements, mais une construction de chansons. Les arrangements sont uniquement au service des chansons. Il n’est pas toujours nécessaire qu’ils soient très présents ou visibles pour donner une certaine chaleur ou une certaine grandeur à une chanson.

C’est ce qui fait que l’émotion que l’on ressent en écoutant une chanson peut parfois être aussi irrésistible qu’inexplicable non ?

Oui, et c’est un sentiment très universel qui s’applique à tous les arts. En ce moment, je cite souvent l’exemple des collages de Matisse parce qu’ils m’obsèdent complètement depuis six mois. C’est l’idée la plus simple du monde – découper des formes et les assembler -, mais c’est aussi l’un des arts les plus aventureux et les plus complexes qui soient. Ces collages me rendent dingues, notamment parce que tout le monde peut en faire, mais personne n’arrivera jamais à les créer de cette manière-là. C’est une idée qui m’attire beaucoup : quand tout le monde peut ou veut potentiellement copier une œuvre, mais que personne ne pourra jamais en créer une aussi galvanisante. J’aimerais que ma musique sonne comme cela.

 

La chaleur qui se dégage de Fresh Blood vient aussi en grande partie de ta voix très douce.

Très honnêtement, je crois que ma façon de chanter et ma voix ne sont que des accidents. J’ai appris à utiliser ma voix pour qu’elle colle le plus possible à ce que je chante et à ma personnalité. Elle a quelque chose de décontracté, d’un petit peu distant parfois, mais elle est avant tout bienveillante et chaleureuse. Elle me ressemble : je ne crie jamais sur les gens, je ne suis pas particulièrement cool ou attirant quand je me comporte comme un connard… Tu vois ce que je veux dire ? Certaines personnes sont presque cool quand elles se comportent mal, mais moi, j’ai juste l’air d’un con. Quand je veux quelque chose, je préfère être sympa avec les gens et leur parler gentiment. Je suis quelqu’un de profondément arrangeant et relax, et je chante de la même façon que je vis. Ça me plaît parce que c’est une façon de me dévoiler sans en faire trop. C’est un vrai coup de chance : je ne sais pas pourquoi ma voix a cet effet-là, je n’ai pas vraiment ce qu’on appelle une bonne voix, mais je suis content qu’il en soit ainsi.

Pour moi, c’est ce qui fait de toi une des rares personnes à pouvoir chanter “cos’ love is deep shit” sans paraître ridicule.

(Il éclate de rire) Peut-être ! Disons que je ne chante pas de manière ironique. Et puis il y a autre chose que j’ai appris en écoutant Bob Dylan et surtout beaucoup de chanteurs de blues : on peut solliciter les émotions des autres sans y impliquer les siennes. Quand Bob Dylan chante “You’re gonna make me lonesome when you go“, il le pense, mais sa voix ne le reflète pas, à l’inverse d’un Otis Redding qui le pense et le vit à travers sa voix par exemple. La plupart des chanteurs de blues chantent de cette manière là, avec un certain flegme, un détachement que j’aime particulièrement et qui permet effectivement de dire des phrases ridicules sans l’être. C’est pour ça que “cos’ love is deep shit” fonctionne : c’est un peu ridicule à dire, mais je le pense réellement. Si je chantais cette phrase avec une voix agressive ou colérique, tout le monde me prendrait pour un fou. Mais avec ma voix, ça passe.

Ma voix me permet aussi de dire des choses peut-être plus difficiles, grossières ou violentes je crois. Dans “Holy Molly”, je dis le mot “fuck” un paquet de fois, mais ça passe parce que je ne le hurle pas. La phrase “maybe these two fuckers can pray for you” n’aurait pas la même force si je criais.

J’allais justement te parler de “Holy Molly”. Ce titre est à la fois étourdissant et accablant, presque écrasant. Sa construction m’a immédiatement fait penser à “Try A Little Tenderness” d’Otis Redding, tout en retenue, jusqu’à la montée finale. Comment as-tu composée cette chanson ?

Ce morceau parle d’abus sexuel perpétré à l’Église. Ce n’est pas un sujet particulièrement facile à aborder, mais c’est ce qu’un de mes amis a vécu. C’est un événement très sombre, hautement traumatique et extrêmement difficile à surmonter. J’avais besoin d’en parler parce qu’en écoutant son histoire, je me suis senti impuissant et très en colère. J’ai écrit ce titre bien avant de commencer à écrire Fresh Blood. Je n’ai pas cherché à l’écrire. Disons qu’il est venu comme ça, parce que c’était ma façon d’extérioriser ce que j’avais ressenti. J’ai eu beaucoup de mal à enregistrer et à chanter ce morceau, à expliquer aux musiciens de quoi il s’agissait. Je ne voulais pas le mettre sur l’album, mais Trey (Pollard, qui a co-produit Fresh Blood et dirige Spacebomb Records avec Matthew, ndlr), a insisté et je sais maintenant qu’il avait raison parce que c’est un morceau juste.

Je n’ai pas particulièrement travaillé sur cette chanson et ses arrangements parce que je voulais l’écouter le moins possible. C’est un titre très lent, qui met du temps à exploser. C’est ce qui marche d’un point de vue mélodique et aussi du point de vue de l’histoire qui y est racontée. Quand on vit quelque chose comme ça, on ressent énormément de frustration : pourquoi quelque chose d’aussi horrible peut arriver une fois, deux fois, cent fois ? Ça n’a pas de sens. Et c’est encore pire quand on parle d’abus de ce type venant d’une personne à qui l’on accordait toute sa confiance. “Holy Molly” parle de cette frustration, de l’incapacité de faire confiance à la suite d’évènements aussi traumatiques, et aussi de la colère qu’on peut ressentir face à cela. Je ne pense pas qu’on puisse écrire une chanson qui parle d’abus sexuels sans ressentir une immense colère qu’il faut apprendre à transformer en révolte. C’est ce que tous les gens qui ont du faire face à ce genre d’évènements doivent gérer : ne pas laisser cet événement contrôler le reste de leur vie. C’est pour cela que je voulais que “Holy Molly” se termine par “I will not fear anymore“, et que sa mélodie soit progressive, passe d’un sentiment d’extrême colère à un sentiment très fort d’espoir.

Tu possèdes ton propre label, Spacebombs Records, et tu as récemment signé quelqu’un que l’on aime beaucoup à la Blogo : Natalie Prass. Comment s’est passée votre collaboration ?

À merveille. Je connais Natalie depuis ses douze ans, et je l’ai toujours trouvé incroyablement talentueuse. Elle a très bien compris comment fonctionnait Spacebombs. Nous ne sommes pas un label comme les autres. On a voulu le construire un peu sur le modèle de Stax ou de la Motown, et pour que tout fonctionne, il faut que les artistes qui viennent travailler avec nous soient prêts à abandonner une partie du contrôle qu’ils ont sur leur musique. Enregistrer un disque avec Spacebombs est un travail d’équipe avant tout.

Natalie et moi avons les mêmes références, les mêmes influences, et elle savait ce que je voulais dire quand je lui ai expliqué qu’on pouvait faire de grandes choses avec sa musique, donner à ses chansons plus de grandeur, de puissance, de groove, les rendre plus personnelles et encore plus spéciales qu’elles ne l’étaient déjà. Elle nous a fait confiance et je suis très fier de ce qu’on a fait. Jusqu’à présent, j’avais uniquement l’habitude de travailler sur mes propres albums et je trouve ça très gratifiant d’avoir autant travailler sur un album (Natalie Prass, sorti en janvier, ndlr) qui n’est pas le mien sans en perdre son essence. C’est l’album de Natalie, il lui ressemble et je suis très heureux d’avoir pu y participer.

 

Matthew E. White sera en concert à Paris (New Morning) le 9 mars, jour de la sortie de son deuxième album, Fresh Blood (Spacebomb Records/Domino). Si ce n’est pas déjà fait, allez visiter son Tumblr où il poste régulièrement de très chouettes playlists.

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The Staves – épisode 2 http://blogotheque.net/2015/03/03/staves/ http://blogotheque.net/2015/03/03/staves/#comments Tue, 03 Mar 2015 14:09:55 +0000 http://blogotheque.net/?p=23485 C’était un sujet de discussion récurrent avec les Staves, une envie tenace chez elles, pour ne pas dire une obsession : elles voulaient sonner lourd, lester leur musique, sortir de l’image certes exacte mais bien trop étroite des trois soeurs qui savent joliment harmoniser leurs voix.

Aller enregistrer leur nouvel album chez Justin Vernon de Bon Iver participait de cette envie, de sa concrétisation. Restait à faire une session qui allait dans ce sens, une session avec leur groupe, avec des guitares plus féroces, avec un rythme plus appuyé, et c’est à nous qu’elles avaient décidé de confier cette tâche.

Nous avions une après-midi pour essayer de donner la pleine mesure de ce groupe, en montrer les défférentes facettes. Ce fut au final assez naturel. Les montrer calmes, mélancoliques, jouant ‘Don’t you call me anymore’ dans un Blackfriars bruyant,  en plein rush de pause déjeuner. Prendre ensuite possession des lieux pour donner la pleine mesure de ce ‘Black & White’ percussif. Et finir par envahir les cuisines, pour un “Teeth white” qui n’était pas même prévu. Elles furent joyeuses, elles furent déterminées, elles furent légères, elles furent rageuses.

 

The Staves seront en concert à Paris le 27 avril (Point Éphémère)

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Dominique A au musée d’Orsay http://blogotheque.net/2015/03/02/dominique/ http://blogotheque.net/2015/03/02/dominique/#comments Mon, 02 Mar 2015 10:31:24 +0000 http://blogotheque.net/?p=23474 Il y a quelque chose de surnaturel dans le fait de se retrouver presque seul dans un musée. On ne voit pas les œuvres de la même manière. On prend plus le temps de les regarder, de les disséquer. On entend le moindre bruit se décupler à l’infini dans la grandeur du lieu, celui de ses pas résonner dans le labyrinthe de couloirs et de salles, rebondir sur le marbre jusqu’à n’être qu’un lointain écho qui amuse presque autant qu’il angoisse – n’est pas Ben Stiller qui veut.

L’impression de surnaturel est d’autant plus forte quand ce musée n’est autre que le musée d’Orsay, lieu à l’aura étourdissante dans lequel se trouvent certaines des œuvres les plus précieuses, connues et fondamentales de la peinture et de la sculpture mondiales. Une véritable machine à fantasmes qui, vidée provisoirement de sa vie – ses visiteurs -, mais pas de sa substance, donne l’étrange sentiment de ne pas seulement contempler l’Histoire, mais d’en faire partie.

C’est dans ce cadre surréaliste (impressionniste devrait-on dire ?) que nous avons eu la chance de filmer un Concert à Emporter un peu particulier avec un artiste depuis longtemps chéri ici : Dominique A. Particulier d’abord parce qu’Eleor, son nouvel et dixième album, ne s’est pas encore dévoilé. Particulier surtout parce qu’à cette occasion, Dominique s’est entouré d’un quatuor à cordes pour habiller “L’Océan” de violons et de violoncelle, pour envelopper ce timbre que l’on connait tous si bien du doux écrin solennel que ce lieu exigeait, avant de livrer une version dépouillée de la belle “Eleor” en déambulant dans les allées d’un musée qu’on aurait cru construit pour sa musique.

Il y a quelque chose de surnaturel à se retrouver presque seul au musée d’Orsay en écoutant la guitare et la voix de Dominique A s’emparer de l’immensité.

 

 

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Soirée de poche #47 : Father John Misty http://blogotheque.net/2015/02/27/soiree-de-poche-47-father-john-misty/ http://blogotheque.net/2015/02/27/soiree-de-poche-47-father-john-misty/#comments Fri, 27 Feb 2015 17:33:03 +0000 http://blogotheque.net/?p=23472 Aux Soirées de Poche, on aime particulièrement les joueurs. Les artistes qui savent s’adapter, jouer de la situation, de leur inconfort avec créativité. Et en la matière, Father John Misty fait partie des meilleurs : il suffit de voir comment il a déjoué les codes de la télé à chacune de ses apparitions chez Letterman pour en être convaincus.

Alors vu qu’en plus, son concert à la Maroquinerie était bien complet, on s’est dit que ce serait une bonne idée de l’inviter.

La Soirée de Poche #47 avc Father John Misty aura lieu LUNDI 2 MARS A 20h (oui, ce lundi qui vient). Elle aura lieu en banlieue est.

Si vous voulez gagner une place pour y assister, envoyez un mail à blogotheque@gmail.com avant minuit (ce vendredi 27 février) en précisant si vous voulez une place ou deux !

Bonne chance !

Father John Misty - Soirée de Poche

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Matthew E. White http://blogotheque.net/2015/02/25/matthew-e-white/ http://blogotheque.net/2015/02/25/matthew-e-white/#comments Wed, 25 Feb 2015 14:18:02 +0000 http://blogotheque.net/?p=23457 Il y a bien longtemps, il y avait ici les plus grandes stars, qui buvaient, posaient, dansaient, posaient encore avec d’autres stars plus grandes encore. Il y avait de la drogue. Il y avait des looks improbables, des seaux de champagne. On y était amis pour la nuit, la musique était forte, ça brillait de partout. C’était les Bains Douches.

De tout cela, ne restait ce jour là que quelques parcelles de dorure, des morceaux de miroirs et des tags de bite dans les toilettes. Nous étions quelques jours avant le début des travaux de rénovations des Bains. Le lieu était une ruine, le bâtiment à nu, il fallait faire attention aux trous dans le sol en marchant.

Sur disque, la musique de Matthew E. White était tout en luxuriance. On y trouvait des cordes, des choeurs, et des cuivres, des claquements de mains, des percus et des lignes de basse appuyées. Il y avait du groove, c’était chatoyant, ça débordait de sons.

De tout cela, ne restait ce jour là qu’une guitare branchée sur un mini-ampli, la voix de Matthew et cette percu métronomique, qui sonnait un peu comme si les instruments de chantier avaient décidé d’accompagner la reprise de Randy Newman, que Matthew E. White reprenait tout en langueur. On y devinait le groove, qui transpirait ça et là, comme la gloire passée de l’endroit qui se rappelait à nous au détour d’une porte.

Matthew E. White sera en concert le 9 mars au New Morning à Paris, jour de sortie de son second album, Fresh Blood (en précommande par ici).

Et LES BAINS rouvrent enfin leurs portes dès la fin du mois de mars 2015 !  www.lesbains-paris.com

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Avi Buffalo http://blogotheque.net/2015/02/18/avi-buffalo-2/ http://blogotheque.net/2015/02/18/avi-buffalo-2/#comments Wed, 18 Feb 2015 13:59:37 +0000 http://blogotheque.net/?p=23446 Un mois plus tôt, ces deux titres auraient eu une résonance différente. On ne les aurait vu que comme ce qu’ils étaient : deux morceaux tirés de l’album – le deuxième seulement – d’un jeune homme de 24 ans au songwriting précieux, à l’écriture pop agile et à la voix haut perchée si touchante et reconnaissable. Deux titres d’un disque (At Best Cuckold) que l’on a écouté en boucle l’an passé, joués en acoustique avec poésie dans un skatepark et une maison abandonnée pas franchement poétique, près de Paris.

Or, depuis le tournage de ce Concert à Emporter en octobre dernier, Avigdor Zahner-Isenberg a annoncé qu’Avi Buffalo n’était plus. Plus envie. Plus d’énergie. Une impression que ce groupe, fondé alors qu’il avait 15 ans à peine, a dépassé sa durée de vie, sa taille idéale, et l’a consumé. On connait trop bien le sentiment qu’un artiste peut avoir d’être avalé par sa propre création.

À la lumière de tout cela, on aurait bien du mal aujourd’hui à ne pas voir dans ces deux morceaux de drôles de prémonitions. Le premier s’appelle “So What” – un “Et alors” affirmatif, sans point d’interrogation, sans doute permis, comme le long texte définitif qu’Avi, visiblement épuisé, a écrit pour annoncer la fin de son projet il y a quelques semaines.

Le second se nomme “Won’t Be Around No More”, un titre annonciateur presque, choisi des mois (des années peut-être ?) avant qu’Avi  ne songe à mettre un terme à son groupe.

On n’aime pas beaucoup les au revoirs à la Blogo, mais quitte à le faire, autant que ce soit d’une si belle et prophétique façon.

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Elle s’appelle Sarah McCoy http://blogotheque.net/2015/02/16/elle-sappelle-sarah-mccoy/ http://blogotheque.net/2015/02/16/elle-sappelle-sarah-mccoy/#comments Mon, 16 Feb 2015 10:12:27 +0000 http://blogotheque.net/?p=23435 J’aurais pu éteindre ma télé, où défile depuis des mois des images de plus en plus insupportables et angoissantes, et hurler “je m’en bas les couilles, je vais écouter Sarah McCoy” en claquant la porte (ce que j’ai fait).

J’aurais pu jeter ma télécommande à travers mon salon et dire quelque chose comme “un peu de pureté dans ce monde de putes, bordel”, et m’enfermer dans ma chambre pour entendre sa voix sortir de mes enceintes de fortune et me calmer (ce que j’ai fait aussi).

J’aurais pu l’écouter dans mon coin et garder jalousement son nom si gentiment transmis par un ami bienveillant (et aux goûts irréprochables), mais ça, je ne me résous pas à le faire.

Elle s’appelle donc Sarah McCoy. Elle a une grosse voix qui doit faire passer un sale quart d’heure aux mecs ivres et bagarreurs qu’elle croise, le soir, dans les rades de La Nouvelle Orléans où elle se produit régulièrement. Elle joue du piano en body noir moulant parce qu’elle en a rien à branler de ce que tu peux penser, Sarah. Elle fume clope sur clope. Elle a un piercing d’un autre temps dans le nez. Elle boit des litres de bière, et parce qu’elle a vraiment tout pour me plaire cette fille, elle a aussi un gros tatouage “Jurassic Park” sur le bras.

Sarah McCoy, c’est un peu comme si Amy Winehouse et Tom Waits avaient eu un enfant. Je sais, c’est dégueulasse, mais c’est l’image la plus proche de la réalité que j’ai trouvé pour vous donner une idée du personnage. Il y a du blues et une certaine dose de music hall dans ce qu’elle compose, un sens du jeu et de l’interprétation théâtrale, portés par une voix soul puissante à faire se damner n’importe quelle apprentie-diva MTV.

Sarah, elle met tout son cœur, toute son âme, tout ce qui anime son corps et son cerveau dans les histoires qu’elle chante et qu’elle incarne, là, assise derrière son vieux piano. C’est en tout cas ce qu’on voit dans ses rares vidéos tournées au débotté dans un de ces bars graisseux du fin fond des États-Unis qui en témoignent.

La bonne nouvelle, c’est que Sarah sera en concert à La Maroquinerie à Paris avec Black Strobe le 25 février (on vous fait même gagner des places par ici) et dans quelques villes françaises (Annecy, Hérouville-Saint-Clair et Angers,) très bientôt avec le projet rockabilly de Monsieur Jon Spencer, Heavy Trash, et ce, dans le cadre du très chouette festival des Nuits de l’Alligator qui fête ses dix ans cette année et l’avait déjà invitée l’an passé. Après tout cela, je ne peux que vous conseiller d’aller la voir sans hésiter tant sa voix soigne tous les maux.

Les Nuits de l’Alligator se tiendront  17 février au 10 mars à Paris, Nantes, Amiens, Rouen, Clermont-Ferrand, Saint-Étienne, Mâcon, Évreux, La Rochelle, Vannes, Brest, Angers, Hérouville-Saint-Clair, Nancy, Strasbourg et Annecy.
Retrouvez la programmation complète sur le site du festival.
Et gagnez des places pour les dates parisiennes en vous allant visiter notre rubrique sortir.

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Melanie De Biasio – “Sweet Darling Pain” (Chassol remix) http://blogotheque.net/2015/02/11/melanie-de-biasio-sweet-darling-pain-chassol-remix/ http://blogotheque.net/2015/02/11/melanie-de-biasio-sweet-darling-pain-chassol-remix/#comments Wed, 11 Feb 2015 14:00:41 +0000 http://blogotheque.net/?p=23430 L’exercice du remix est foncièrement périlleux tant il soulève d’interrogations. Comment ne pas dénaturer l’œuvre originale ? Comment rester fidèle à ce qu’a voulu créer un artiste tout en y apportant une seconde lecture qui fait sens ? Comment construire un deuxième volet d’histoire autour d’un morceau ou d’un album qui existe déjà à part entière, qui a déjà sa propre histoire ?

Pour répondre à toutes ces questions, Melanie De Biasio s’est trouvé un allié de taille, le DJ et patron d’Acid Jazz Gilles Peterson, qui a recruté un paquet de musiciens qu’on aime beaucoup ici pour retravailler No Deal, second album de l’évadée du jazz qu’est Melanie, sorti en 2013.

On retrouve des pointures sur No Deal Remixed – Eels, Jonwayne, Clap! Clap!, Hex, The Cinematic Orchestra, Seven Davis Jr et Peterson lui-même. On y retrouve surtout une cohérence qui fait de ce disque plus qu’un album de simples remixes mais aussi une totale réinterprétation de l’œuvre de Melanie De Biasio dont on vous offre aujourd’hui, en avant-première, un extrait : le remix grisant de Chassol de “Sweet Darling Pain”.

No Deal Remixed sortira le 23 février chez Pias.

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Father John Misty http://blogotheque.net/2015/02/09/father-john-misty/ http://blogotheque.net/2015/02/09/father-john-misty/#comments Mon, 09 Feb 2015 13:43:12 +0000 http://blogotheque.net/?p=23423 Josh Tillman n’a pas besoin d’en faire trop. Tout est là. Il est le genre de mec sur qui les chemises tombent parfaitement, qui est viril avec une barbe et viril sans, qui porte les cheveux longs magnifiquement, dont chaque chanson est une histoire improvisée pour vous, la mélodie s’imposant d’elle-même. Un mec doué, sensible, émouvant, drôle, cultivé, qui pourrait s’asseoir au fond de la salle, et n’avoir pas plus qu’une ou deux phrases à sortir, agrémentées d’un léger sourire, pour que tout le monde se retourne vers lui.

Mais voilà, Josh a décidé d’en faire des tonnes. Tout petit, déjà, quand il était batteur des Fleet Foxes, c’était souvent lui qui animait les concerts en glissant ses vannes entre les morceaux. Puis il a créé Father John Misty, dont l’acte de naissance fut un passage chez David Letterman tout en flamboyance et en ostentation : chant appuyé, costume cintré, hanches chaloupées, grands mouvements de bras et regards caméras appuyés.

Avec son nouvel album, I love you, Honeybear, il a gardé la même ligne. Nouvelle prestation chez Letterman dans laquelle il joue avec les codes de la réalisation télévisuelle. Site ironisant sur le discours marketing des sites de streaming. Auto-références dans les titres de ses chansons. Et sur disque, des violons, des choeurs, des rires enregistrés, une production spectorienne et une mandoline dans les balades.

Il était évident qu’il aurait une idée de ce qu’il voudrait faire avec nous. La mandoline justement, celle qui ponctue les couplets de “I went to the store one day”, irait magnifiquement dans un cadre de resto trop romantique, du genre de celui de La Belle et le Clochard, non ?  C’est ce qu’il nous a dit. Soit, donc. Des pierres sur les murs, des fleurs dans les vases et de longues bougies. Et là, accompagné de la mandoline et des cordes idoines, Father John Misty n’en a pas trop fait. Et bien évidemment, c’est tombé juste.

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Soirée de Poche #46 : My Brightest Diamond http://blogotheque.net/2015/02/05/soiree-de-poche-46-brightest-diamond/ http://blogotheque.net/2015/02/05/soiree-de-poche-46-brightest-diamond/#comments Thu, 05 Feb 2015 16:39:15 +0000 http://blogotheque.net/?p=23417 C’est une longue, une belle histoire que celle que nous entretenons avec Shara Worden. Ce fut d’abord il y a presque neuf ans, une balade en forêt,  elle habillée de rouge, et armée d’une seule boîte à musique, reprenant du Piaf au bord d’un lac. Puis encore, à New York, cinq ans plus tard, où elle était déguisée en poupée. Puis à Berlin, où un matin de fatigue, elle a chanté pour nous la berceuse écrite pour son fils, seule à un bar. A Paris, après la sortie de son avant-dernier album, nous avions filmé son concert à l’Alhambra. Puis, il y a pile un an, elle avait joué un de ses nouveaux morceaux avec une fanfare, dans les rues enneigées du festival de Sundance.

Il ne manquait pour ainsi dire qu’une Soirée de Poche, que voici. Ceux qui l’ont vue récemment en concert, jouer de trois instruments différents par chanson, être chorégraphe, danseuse, passionaria, mime, et surtout chanteuse, ceux qui l’ont vue transformer une salle de concert en un amas d’amour, ceux qui l’ont entendue reprendre ‘Fever’ a capella en fendant la foule, savent à qui s’attendre. Pas mal de magie, de folie, de beauté.

Cela aura lieu ce SAMEDI 7 février à partir de 19h30 dans le centre de Paris. Ryley Walker fera la première partie. Gallia servira de bonnes bières pressions. Et il faudra apprendre une danse.

Vous avez jusqu’à ce soir minuit pour envoyer un mail à blogotheque@gmail.com en nous précisant si vous voulez une ou deux places. Le tirage au sort aura lieu d’ici demain ! 

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