Woomble, Drever, McCusker

Le folk de Roddy Woomble n’est pas le folk généralement célébré ici. On le préfère plus écorché, brut, neurasthénique, plus proche des riffs rocks contemporains que des folklores anciens, rebelle ascétique plutôt que fidèle aux traditions précieuses.

Raffiné et joliment produit, élégant et policé, il sera regardé avec suspicion. Renforcé de légendes locales (les écossais de Capercaillie, la chanteuse irlandaise Heidi Talbot), il sera catégorisé d’emblée dans les discothèques peu fréquentables pour les oreilles aux préférences indies. Et pourtant, sur Before The Ruin on trouve les contributions de Phil Selway (Radiohead), Norman Blake et Francis MacDonald (Teenage Fanclub), personnalités peu susceptibles de s’égarer dans un académisme rigoureux. Car si les curriculum vitae de Kris Drever et John McCusker sont bien remplis dans la rubrique folk traditionnel (le premier en solo et avec Lau, le second avec Battlefield Band et dans bien d’autres formations), leurs inclinaisons musicales sont larges, leurs collaborations dans d’autres styles nombreuses et leurs façons d’aborder les préceptes du genre hardies et modernes.

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L’implication de Roddy Woomble dans un tel projet pourrait sembler saugrenue à ceux qui ne le connaîtraient que par le biais d’Idlewild, des concerts chaotiques et punks dans les bars d’Edimbourg aux déploiements de décibels dans les stades et arènes (avec U2, REM ou Pearl Jam, entre autres…). Idlewild, c’est aussi une propension plaisante à l’acoustique pour revisiter leurs chansons urgentes ou à orner de violon ou d’accordéon leurs morceaux les plus lents. Une sobriété chère à leur chanteur, un Ecossais de la campagne, un amoureux des montagnes et des landes, et de ceux qui les fredonnent ou les content. Idlewild a ainsi fait chanter un poète de quatre-vingt ans (Edwin Morgan), Roddy Woomble est l’initiateur du disque Ballads Of The Book qui réunissait artistes et écrivains écossais pour des collaborations étonnantes : il fallait qu’il concrétise aussi, ainsi en musique, humblement, ses penchants pour l’intime et l’intègre, l’authenticité d’un terroir et les belles lettres d’un pays magnifique.

Son premier disque en solo, My Secret Is My Silence (2006 / Pure Records), composé et enregistré avec des proches (Rod Jones d’Idlewild, Michael Angus de Foxface, Ailidh Lennon de Sons And Daughters…) est un joli essai hybride, tenaillé d’envies contradictoires : les bonnes volontés de musiciens venus du rock qui s’essaient respectueusement au folk ou cherchent à en détourner les codes. John McCusker, déjà, prend les rennes des morceaux les plus traditionnels, ceux dont les violons sont celtiques et rien d’autres (ou presque). Une collaboration gagnante en définitive, et prolongée désormais avec un troisième co-signataire…

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Before My Ruin (2008 / Navigator Records) s’affranchit davantage des travers rock et s’inscrit pleinement dans les héritages des grands chantres du genre : dévotion aux violons et aux instruments traditionnels (voire perdus), superposition des voix et partage du chant, chœurs en profondeur, dignité et un certain maniérisme dans les voix, vigueur dansante comme mélancolie posée… et des thèmes locaux mais universels. C’est l’Ecosse, mais ça pourrait être partout où la mer est un horizon permanent. C’est un disque qui pourra être jugé plat, sans âme et presque "touristique" par certains : une production trop léchée, trop de jeu et un excès de respect qui confine à l’étouffement. Il faut évidemment des affinités avec les cultures celtes, mais aussi un détachement vis-à-vis du folklore les entourant, pour apprécier la sérénité et le recul de ce disque. Amoureux du quiet et emprunt de grandeur, c’est un album contemporain, mais une musique qui aurait pu être jouée il y a des siècles…

le 14 octobre 2008 par Rockoh
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