
White Denim and the Hype
Lilou, prise de curiosité, a été voir les White Denim à Londres. Et comme elle a pris une grosse grosse claque dans la tronche, elle nous raconte.
Si vous écumez régulièrement la blogosphère, vous avez certainement entendu parler de White Denim. Que vous ayiez ou non pris la peine de lire les billets remplis de superlatifs et autres ridicules associations d’idées est une autre histoire. Suite à leur concert au festival SXSW de cette année, la notoriété de ce groupe originaire d’Austin s’est étendue pour devenir plus mainstream, arrivant aux oreilles de Rolling Stone, du NME, et même jusqu’à celles du banlieusard standard qui prend le métro tous les matins pour aller au travail. C’est à ce moment-là que j’ai capitulé, cédant à l’irrésistible envie d’aller vérifier par moi-même et comprendre la raison de cette frénésie. Les White Denim jouaient le soir suivant dans une salle londonienne quelque peu inhabituelle, le Bloomsbury Bowling Lanes, ce qui rendait la perspective de cette soirée musicale encore plus irrésistible.
La foule en elle-même était plutôt plaisante, un mélange de businessmen vieillissants avec un verre de trop dans le nez, des chaussures de bowling louées trop grandes et les bretelles défaites, des lesbiennes tellement jeunes qu’elles se sont finalement avérées être de jeunes garçons glabres, des gamins faisant du playback sur les chansons des Foals diffusées dans la salle, et l’immanquable lot de filles accrochées à leurs appareils photos hors de prix, en surplace devant la scène.
Pendant que le second groupe nous balançait à la figure leur prétention insupportable, je repérai du coin de l’œil un gamin qui se frayait discrètement un chemin à travers la foule, armé d’une basse et d’un jeu de câbles. Il portait une chemise bien coupée et des lunettes. Courbé et silencieux, il s’assit à côté de moi, attendant tranquillement son tour, les mains posées sur ses cuisses. Je me suis efforcée de réprimer un sourire, sachant d’expérience que ce sont toujours les gamins les plus réservés qui s’avèrent être les plus outranciers, et j’avais hâte de voir celui-là s’ouvrir sur scène.
Il s’est avancé sous les projecteurs, suivi du batteur Josh Block et du chanteur/guitariste James Petralli, et voilà, ça y était. Très peu impressionnée par leurs chansons sur MySpace, là je planais complètement, frappée de plein fouet par la frénésie White Denim.

Les premiers effets sont comparables à ceux ressentis pendant ou juste après un crash : un bruit fort, palpitant ; la disparition, la perte des points de repère ; le corps pris de soubresauts ; l’électricité dans l’air.
Puis on fixe son attention : c’est encore très bruyant. Du gros son. Des garçons dansent. Tous les garçons dansent. Oui, même les anglais, les londoniens, les corps s’agitent. Je comprends enfin : White Denim sont des joujous pour garçons, déguisés en groupe de rock. Grosse guitare, bonne ligne de basse, ils sont aussi désirables et attirants que des écrans plasma, des jeux vidéo ou des iPhones. Je ne suis pas un garçon. Je regarde. J’écoute.
Et je commence à entendre. Un torrent de noms flotte dans l’air : Deep Purple, Cream, Led Zeppelin, Hendrix. Et je me pose la question : comment se fait-il que je ne me sois pas enfuie en courant ? D’habitude ces noms évoquent du divertissement Hard Rock Café inc., des groupes de reprises à la Walkabout, Lenny Kravitz faisant du hair-banging, et ces sempiternelles émissions à la télé française qui nous assènent qu’avant c’était tellement mieux que maintenant, "les gamins d’aujourd’hui y z’y connaissent rien". Alors Papi laisse-moi te briefer : referme la boîte de Viagra, tu viens de te payer un voyage dans le temps. Et les gamins qui ont tout raté, ils vont pouvoir le vivre pour une nuit seulement. Pas d’imitation, pas de "comme si", juste un truc sincère, de l’énergie pure, brute, une énergie folle. Un regard vers James Petralli et on comprend de suite : alors oui, c’est vrai, la barbe lui donne un faux-air de Clapton, mais ses quatre membres qu’il agite de façon complètement incontrôlée, ses cheveux raidis par l’électricité et la sueur, son absence très rafraîchissante de nostalgie vestimentaire, le wah-wah qui ne fait même pas ricaner ; rien n’est emprunté, tout est à lui, et ça se passe là, maintenant.
Maintenant regardez le gamin à la basse, Steve Terebecki. Oui c’est son nom. Mais regardez-le, nom de Dieu : il est là, à danser, souriant comme s’il était en train de faire un karaoké sur le lit de ses parents, sauf qu’il est face à une foule de connards branchés. Ecoutez la basse qui passe de punk à hyperactive, on dirait que ce type est parti pour une balade cool et funky à dos d’éléphant. Regardez-le se pencher en arrière et attraper le micro pour parler de tétons alors que si on lui pressait le nez, il en sortirait encore du lait.
Regardez le batteur, qui ressemble à un dieu hindou à quatre bras, conjurant l’esprit d’Ubuntu en frappant sur de la peau et des cymbales.
Il faut les voir sourire, tous, guetter le moindre signe de chacun, faisant fonctionner leurs pouvoirs télépathiques pour se synchroniser sur un changement ou un contrepoint soudains. Imaginez-les dans cinq ans, et bien ils seront encore là. Il y a chez eux une telle diversité, une cohésion et une dextérité qui les fera voyager sans problème dans la prochaine décennie. On sourit une dernière fois et voilà, c’est fini.
Voilà ce qu’est la frénésie White Denim. Des musiciens qui font des tours de magie complètement dingues, des garçons qui montrent du doigt et crient wouah, avec crainte et respect à la fois, des sourires psychédéliques, et un sens assez rare de la joie, de la communauté. Oui, c’est bien ça, et ça s’appelle une unique et véritable expérience live.
White Denim a également joué à Paris, à la Maroquinerie, lundi 7 avril. Vous y étiez ?
A lire aussi : un article de MOKB sur le concert de White Denim au festival SXSW
White Denim at Hot Freaks ! from erikhorn on Vimeo.













































White Denim and the Hype
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9 avril, par un courageux anonyme
RE : White Denim and the Hype
Bien écrit, tout l’honneur revient à la traductrice, Sskizo (i told you so !)
quant aux connards branchés, en version originale c’etait "trendy fuckers" , qui est peu etre plus affectif qu’en français, en tout cas oui, je m’inclus completement dans ce groupe (car entre nous, qui se risque à voir des concerts de groupes inconnus si ce ne sont les trendy fuckers ? les amoureux de la musique ? eh bien souvent ce sont les mêmes)
en tout cas courageux anonyme, si je n’ai reussi à te convaincre que ce groupe valait le coup, tant pis pour moi. et surtout, tant pis pour toi !
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9 avril, par lilou
White Denim and the Hype
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9 avril, par moi
RE : White Denim and the Hype
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9 avril, par Floppy Drive