Les choix de Vandaveer

On voulait se garder ce papier pour plus tard, notamment parce que le groupe a prévu de sortir son deuxième album à l’automne et à revenir tourner en France pour l’accompagner un peu. Mais voilà, Vandaveer, dont on vous a beaucoup beaucoup causé ces derniers temps, est de retour plus tôt que prévu. C’est ce samedi 21 juin à la Flèche d’Or, et ce sera bien mieux que d’aller écouter des adolescents massacrer “Smells Like Teen Spirit” dans la rue. En attendant, Mark nous livre la musique qu’il aime, de Mc Cartney à Michael Jackson en passant par ....Stryper !

C’était entre la soirée de poche et la soirée à emporter. C’était sur le trottoir en face d’une boutique trop fashion de la rue des martyrs. C’était une chaude fin d’après-midi rendue supportable par le whisky en open bar. Il y fut question des mérites comparés du Glenfiddich et du scotch, de Donovan, de la version cinématographique des Lois de l’Attraction et donc de notre crush commun pour la belle Shannyn Sossamon (allez hop, pour la peine, un deuxième lien), des chorégraphies de MJ, de Washington DC, de la Banque Mondiale et de la Géorgie.

Beatles - The Ballad of John & Yoko

“Je suppose que j’ai choisi cette chanson parce que quand je suis libre, ou en tout cas quand je ne suis pas occupé à être Vandaveer, je joue de la basse dans un groupe qui s’appelle These United States. Et la basse est mon péché mignon. Je comprends la musique à 4 cordes bien mieux que je ne comprends celle à 6 cordes.

Et ici, c’est comme si la ligne de basse emmenait toute la chanson, elle est juste parfaite ! C’est la quintessence d’une ligne de basse à la McCartney. Dans une chanson très Lenonesque, par ailleurs, qui mentionne plein d’endroits en Europe et qui résonne de ce cynisme cinglant très anglais. Elle sonne tellement bien quand on l’écoute bien fort, et puis c’est une histoire d’amour. J’ai un faible pour les histoires d’amour qui ressemblent à ce qu’on espérait. Bien sûr, John & Yoko ont fini tragiquement mais il ont eu 10 ans ensemble. C’est quelque chose.”

Tom Waits - Poor Edward

“J’ai toujours pensé que cette chanson avait été écrite à Paris, ou qu’elle racontait une histoire s’y déroulant. En tout cas, je pense à cette chanson à chaque fois que je viens ici. Elle a un côté très Edward Goryesque : Gory était un écrivain gothique du débit du 20ème siècle, qui a publié entre autres choses des contes pour enfants vraiment tordus, un peu comme un Tim Burton avant l’heure.

C’est l’histoire d’un homme maudit qui a une femme sur l’arrière de sa tête. Ce n’est pas un jumeau ou un siamois, c’est vraiment un visage de femme maléfique qui apparaît à l’arrière de son crâne et elle va le pousser au suicide. La chanson se termine avec Edward qui se pend d’un balcon en fer. J’ai toujours pensé que ça se terminait à Paris. peut-être parce que c’est la ville dans laquelle j’ai vu le plus de balcons comme ça. Oui, c’est sans doute aussi simple que ça...”

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Michael Jackson - Billie Jean

“J’ai grandi dans un foyer très protégé de banlieue, où il y avait très peu de disques, et j’ai du découvrir la musique que j’aimais par moi-même. Personne n’était là pour me guider, et la pop des années 80 a donc été mon premier amour : Madonna (le clip de Open Your Heart m’a fait prendre conscience que j’étais un garçon, et un garçon qui aimait les filles) & Michael Jackson, principalement.

Parmi toute l’oeuvre de MJ, "Billy Jean" est sans doute ma préférée. C’est tout simplement et incontestablement une chanson fantastique : la mélodie, la basse, la vidéo où Michael dans sur un trottoir qui s’illumine, tout est juste parfait. Et ça sonnait tellement cool à l’époque. Je ne comprenais rien aux paroles et je me battais avec mon frère sur ce qu’il disait.

Le tout premier concert auquel je sois jamais allé était le Jackson Victory Tour de 1984. Michael avait déjà sorti en solo Off The Wall et Thriller et il a reformé les Jackson 5 mais c’était un peu leur chant du cygne. Je suis allé à Knoxville dans le Tennessee pour les voir, et il y avait 60 000 personnes entassés dans un stade de football pour le voir. Pour ouvrir les hostilités, il est monté sur scène dans un costume improbable, cousu de paillettes et de strass qui réfractaient la lumière et qui scintillaient. Je m’en souviens comme si le concert avait eu lieu hier soir. Il s’est avancé, et il a sorti une épée d’un gros rocher, comme si c’était Excalibur, et il l’a brandi au-dessus de sa tête. Alors tous les Jacksons ont surgi derrière lui, et ils ont chanté tous leurs tubes et Michael a moonwalké dans tous les sens.”

- Billy Jean

Stryper - To Hell With The Devil

“Stryper était un groupe de heavy metal chrétien des années 80. ils portaient tous des tuniques en cuir jaune et noir, et ils arboraient des coupes de cheveux ... délicieuses. C’était en 1986, et j’avais 9 ans : ils étaient énormes. Je suis le fils d’un pasteur, et je n’étais pas autorisé à aller voir n’importe quel concert. On m’a autorisé à aller voir Stryper, alors j’y suis allé.

C’était formidablement mauvais, incroyablement moche. Les tuniques étaient horribles. Les chansons étaient encore plus horribles. Mais c’était quand même fabuleux, comme seules peuvent l’être les choses quand on n’a que 9 ans.”

Peter Sarstedt - Where Do You Go To My Lovely ?

“C’est la chanson qu’on entend dans Hotel Chevalier, le court-métrage de Wes Anderson qu’on peut voir en ouverture du Darjeeling Limited. J’adore quand on voit Jason Schwartzman choisir méticuleusement cette chanson pour accueillir Nathalie Portman, et dès qu’elle l’entend elle la rejette immédiatement.

il n’arrête pas de parler d’endroits différents dans Paris, et il continue, il continue, on a l’impression que ça peut durer 3 heures et demi, que ça va durer 3 heures et demi. Il pousse le namedropping jusqu’à parler de la Sorbonne, et allez, il fait même rimer ça avec "on & on". Je devrais peut-être moi aussi écrire une chanson truffée de références parisiennes.

C’est du Donovan Light, un peu comme Donovan est lui-même une sorte de Bob Dylan Diet. Sans sucres. J’aime cette chanson précisément parce qu’elle est vraiment pas bonne. Je pense honnêtement que Billy jean est une grande chanson, mais pas celle-là. Mais voilà, Mark Mothersbaugh (de Devo) sait clairement choisir une chanson. Il a travaillé sur Rushmore, la Famille Tenenbaum et probablement sur la Vie Aquatique. Il est le principal conseil de Wes Anderson quand il s’agit de la musique de ses films. Il sait quand il doit faire cheesy et quand il ne faut pas. Dans le contexte approprié, je pense que n’importe quelle chanson marche, n’importe quelle chanson peut marcher. Bien sûr, elle doit avoir certaines qualités minimales, mais ça n’empêche.

Peter Sarstedt était parfait pour ce moment précis dans Hotel Chevalier. Exactement aussi mauvais qu’il le fallait. Parfaitement mauvais. As good as bad can be.”

le 18 juin 2008 par Garrincha
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