Vampire Weekend, avant les Shins

J’ai vu Vampire Weekend devant une salle pleine et folle, puis face à une salle à moitié vide et demandant à être convaincue. Elle le fut : ces quatre garçons s’habillent comme votre petit cousin coincé, mais savent jouer. (Article avec des bouts de Yeasayer dedans)

Arriver à Brooklyn et apprendre que le lendemain jouent deux des groupes les plus en vue du moment. Arriver dans une salle encore à moitié vide et mettre un visage sur un groupe qui nous intriguait déjà, et qui là, d’un coup, nous méduse. Yeasayer est déjà sur scène. Et ces quatre garçons sont plus radicaux encore dans leur look qu’ils ne le sont sur disque : le guitariste ressemble à un paysan vénézuélien qui vient de découvrir Pink Floyd. Le batteur joue sur une batterie électronique, les tempes rasées. Le bassiste a dû être congelé en 1982 et réveillé pour l’occasion : épais cheveux frisés en catogan, une mèche tombant sur un débardeur rouge transparent, un jean à la Agassi remonté au mollet sur une jambe, et une façon de mettre son torse en avant lors des choeurs qui rappelle une époque où l’excès était règle. Le chanteur est peut être le plus sobre, mais il est également le plus habité. Avec sa barbe courte, il ne fait quasiment jamais face au public, penché sur son synthé, recourbé sur son micro, il chante comme on prêche, entre incantation et transe intérieure.

J’écoute Yeasayer et j’ai comme un petit malaise. Ce groupe me met en contradiction : leur attitude me donnerait presque envie de rire, leur musique ressemble à tout les dérivés grand public du prog-rock que je ne supporterais pas d’écouter sur Europe 2, mais je suis saisi par leur ferveur et leur puissance. Quand le batteur tape une fois sur son drum kit, il en sort une espèce de solo ridicule. Leurs choeurs sont à la fois trop et juste assez pour nous transporter. Yeasayer prend des éléments que nous aimions haïr et réussi à les pousser assez loin pour qu’ils nous transportent. Bref, ils sont déroutants. Bref, ils sont puissants.


Yeasayer Live at Williamsburgh Music Hall
envoyé par lablogotheque

Un autre groupe passe, le chanteur m’insupporte, passons. La salle se remplit lentement, puis arrivent les stars du moment. Les Vampire Weekend n’ont sorti qu’un EP mais, passion bloguienne et article dithyrambique du New York Times aidant, ils sont déjà énormes. Si cela ne suffisait pas, ils sont soutenus par une masse d’étudiants de Columbia, leurs élèves et leurs camarades, qui dès la première note, sautent, chantent partout. Les quatre n’ont pas sorti un album, on a pourtant l’impression d’assister au concert d’un groupe mythique jouant son best of. Le truc, c’est que les Vampire Weekend donnent de bonnes raisons de sauter et danser. Petit aperçu de l’ambiance (avec son pourri) :


Vampire Weekend - A Punk - live in Williamsburgh
envoyé par lablogotheque

Ils ne ressemblent pourtant à rien. Ou plutôt à rien qui nous ferait danser, plutôt à de sages étudiants bordelais, mocassins, chemise dans le pantalon, petit pull tricoté, raie sur le côté. Rostam, au clavier, ne bouge pas. Ezra, le chanteur, structure tout son jeu de scène autour de ses orteils, sur lesquels il s’appuie pour se lever quand il joue une note haute. Mais la musique est là, la guitare donne la détente, les mélodies s’attrapent au bond, les refrains font immédiatement ricochet sur le public. On en ressort épuisé et heureux, avec une réserve toutefois sur le potentiel du groupe, qui semble reposer sur la même recette (un beat percussif, une guitare alla soweto, une foultitude de petits breaks pour ponctuer les montées en puissance). Et surtout une question : sans les étudiants de Columbia, ça aurait donné quoi ?

Réponse samedi dernier à Paris, dans une Maroquinerie tristement remplie au tiers. Le groupe n’a rien changé à sa tenue, à son attitude, et à sa force. Ils ont eu la bonne idée de bouleverser leur setlist, alternant morceaux franchement « kwassa kwassa » et ceux plus traditionnellement pop... Et la sauce prend. Le public épars ne repart pas dans la folie du concert de Brooklyn, mais se prend au jeu. Chaque morceau est parfaitement construit, comme une petite cabane d’enthousiasme posée brique par brique, sur un squelette dressé avec force par Chris, le batteur. En live, il porte le groupe sur ses épaules : là où chacune des chansons de Vampire Weekend pourrait se contenter d’un rythme paresseux et juste entraînant, il joue : sans cesser de sourire, il percute, trébuche, roule, tabasse, tambourine, ra-te-taaaaaa-te-ta-pa-poum-pa- poum-keshi-keshi-keshi-dzing-boum-ratetatapoum... Et après avoir écouté leurs quelques morceaux tout l’été, les avoir vu deux fois en concert, on se rend compte que si ces morceaux nous plaisent, s’ils passent en boucle, c’est qu’au delà de leur fraîcheur, ils sont admirablement construits, chaque note parfaitement pensée, chaque silence mesuré, chaque instrument placé avec minutie, et que tout s’articule autour de cette batterie. Il suffit de suivre le rythme, et surtout de bien prendre les bosses.

Après le concert, je discute avec Rostam, le petit gars caché derrière son clavier, fils francophile de réfugiés iraniens. Il me parle politique, il me dit qu’il n’aime pas le dernier Radiohead, qu’il vénère les Dirty Projectors, qu’il a des projets de musique à la Timbaland, et qu’il rêve de faire un concert de Vampire Weekend avec un quatuor à cordes. Rentré chez moi, je réécoute Bryn et Walcott, je n’entends plus que les violons.

Je n’aurai pas l’occasion de les revoir ce lundi, avant les Shins, à la Cigale. Une salle bien grande, où on a dû les attendre au tournant et où je les imagine volontiers faire un peu d’ombre aux Shins souvent bien pépères sur scène. Pour le raconter, je compte sur vous...

Merci à Binaries pour ses photos

le 6 novembre 2007 par Chryde
commentaires •

Vampire Weekend, avant les Shins

j’ADORE vampire weekend, un peu degoutee de les avoir manqu londres, o alors est-ce parce que je pars voir beirut le jour o ils viennent ? bref, j’espere qu’ils reviendront bientt !

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7 novembre 2007, par lilou

Vampire Weekend, avant les Shins

pas trop mon truc ce groupe mais il y avait un petit article plutot interessant dans le fader du mois dernier pour qui veut les cerner

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9 novembre 2007, par lolitanie

Vampire Weekend, avant les Shins

En tout cas au Trabendo, c’est juste, heu, comment dire... Le chanteur fascinant (plus habité que sur la vidéo), le batteur bien sûr incroyable... Oui, la sauce a pris, incontestablement. Super soirée, et un petit soleil que le public gardera au fond, pour un moment ! J’en suis sorti fatigué et heureux !

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20 mai, par Talion

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