
Un invité : Melodium
Laurent Girard est Melodium, 13 albums au compteur depuis 2001 dont deux cette année : My Mind is Falling to Pieces et Cerebro Spin. Il est installé à Angers, ou pas loin. Il est ingénieur en travaux publics.
Sa musique est une histoire de fixettes provisoires et d’apprentissage par l’erreur. De disque en disque, la formule prend forme, se dresse de moins en moins timidement et se hisse par moment à la hauteur des maîtres ès nappes planantes bidouillées avec les jouets du gamin ; Boards of Canada en ligne de mire… Il y a donc des aplats électroniques plus ou moins colorés, puis des guitares pincées, une voix, mais surtout une agréable envie d’avancer à son rythme et de se remettre régulièrement en cause.
Je n’ai pas besoin ni envie d’en savoir plus sur l’auteur de ces boucles renfrognées. J’aime à m’imaginer que Melodium se construit comme un train électrique dans un garage : que tout a commencé avec des rails tout branlants, et puis petit à petit, avec les années, de la patience et de l’énervement à dose inégale, que tout s’est mis en place. Des trains à plusieurs wagons ont commencé à passer sous des tunnels, des personnages sont apparus au bord des voies…
Aujourd’hui, le hobby de Laurent Girard a trouvé des auditeurs un peu partout dans le monde et se pose en champion dans la catégorie trésor caché de nos contrées verdoyantes.
J’y reviens de temps en temps quand j’ai besoin de délicatesse jamais surjouée, fabriquée à la main après manger le dimanche. Ça fait moment Herta dit comme ça, mais c’est important l’artisanat dans la musique. Tout part de là.
J’y reviens donc, à cette musique sur laquelle je suis finalement bien incapable de disserter ; il y en a parfois qui ne sont un plaisir que par leur seule présence taiseuse.

Dans son top 2007, Laurent Girard avait mis The National, Stars of the Lid, Radiohead, Marissa Nadler, Taken by Trees, Sigur Ros, Electrelane, Blonde Redhead, Eluvium et Oblong.
Alors on lui a demandé de prolonger, de choisir cinq chansons importantes pour lui. Les voilà.

Sur s/t (1996)
« À l’époque de la sortie de cet album, j’écoutais de la pop, du rock indé classique, et cet album m’a fait découvrir l’ambient ou le post-rock, et par la même occasion le label kranky dont je suis fan et surveille et écoute toutes les sorties… Je suis d’ailleurs un fan de Stars of the Lid depuis l’album Per aspera ad astra. Pour en revenir à Labradford, je suis tombé sur ce disque un peu par hasard, j’étais à la recherche d’une musique un peu plus aventureuse et différente par rapport aux standards pop-rock que j’écoutais. L’écoute de cet album est une expérience inoubliable, il est d’une grande intensité émotionnelle. L’album suivant, Mi Media Naranja, est aussi incroyable et je l’écoute régulièrement. Concernant le morceau Midrange, on dirait au début une marche funèbre puis les orgues et violons viennent apporter une touche plus humaine et mélancolique. J’aime aussi le chant chuchoté qui s’intègre parfaitement à l’ambiance. »

Sur Music Has the Right to Children (1998)
« J’ai écouté cet album des centaines de fois, il est parfait, les mélodies sont superbes et les rythmiques trippantes et finement ciselées. C’est le meilleur album d’electronica à ce jour, qui m’a initié à l’electronica et m’a donné envie de composer des morceaux de ce genre. Je me suis mis à écouter Autechre et Plaid ensuite, des groupes que j’affectionne également beaucoup. Tout l’album est excellent mais j’ai retenu l’interlude Olson pour le traitement sonore des nappes désaccordées et triturées, ainsi que pour la mélodie tellement nostalgique. »

Sur f#a#∞ (1997)
« J’ai acheté cet album suite à une chronique sommaire dans les Inrocks, qui n’avaient pas vraiment anticipé la puissance de ce groupe. La pochette m’attirait également et je n’ai pas été déçu par cette musique digne d’une BO de western hallucinée… L’album d’après, beaucoup plus puissant encore, m’a fait devenir fan de ce groupe. C’est d’ailleurs très triste qu’ils aient stoppé leur activité avec Godspeed. J’aime particulièrement l’envolée lyrique à partir de la dixième minute du premier morceau, superbe ! »

Sur Beautronics (1998)
« C’est une petite perle de l’electronica. Et c’est en achetant cet album directement au label Tugboat que j’ai glissé ma première démo, qui a atterri chez le label Static Caravan qui a sorti mon premier 45 tours. Donc j’ai en plus de la qualité de la musique un attachement particulier à cet album. On retrouve dans le morceau Ampule ce qui fait la marque d’Isan au niveau rythmique et cette mélodie « injouable » à la main que j’aime beaucoup, ainsi que les nappes désaccordées en fond. »

Sur Memoryhouse (2002)
« Mon dernier grand choc musical. Cet album est d’une beauté incroyable. Je me revois allongé dans le canapé, littéralement scié devant la qualité musicale de ce disque. Car contrairement à d’autres musiciens qui font de la musique classique moderne, Max Richter est capable de composer des mélodies renversantes. Dans le morceau The Twins, la mélodie au piano est superbe et simple, et le reste de l’album est tout aussi excellent. »












Un invité : Melodium
Répondre à ce message
23 novembre 2008, par éèëê