Un été en musique : Pantiero

Pour conclure, changeons radicalement de décor avec le festival Pantiero, à Cannes. Là encore, plusieurs soirées étaient au programme, dans l’ensemble plustôt hip-hop électro (Riton, The Pharcyde, Jurassic 5 par exemple), ce qui n’est pas trop ma tasse de thé. Mais le vendredi 19 août, miracle, je vois que Yo La Tengo est au programme, avec Boom Bip et Fog, que je connais pour être la moitié (avec Why ?) des géniaux Hymie’s Basement.

Stupeur en arrivant sur place : les concerts ont lieu sur la terrasse du palais des festivals, avec vue sur la baie d’un côté et la vieille ville de l’autre, là-même où U2 vient donner des concerts privés pendant le festival du film pour faire la fête entre potes. Les yachts illuminés dansent sous la pleine lune. Certes, c’est glamour, mais franchement pas rock’n’roll. On se croirait dans une boîte branchouille à ciel ouvert. Le public est très clairsemé, des touristes désœuvrés, quelques fans. C’est assez hétéroclite. C’est aussi la première fois que je vois le service de nettoyage ramasser les verres en palstique pendant les concerts... Bon. La Côte d’Azur, que voulez-vous !

Place à la musique : devant une toute petite centaine de spectateurs commence le concert de Boom Bip, qui livre une sorte de post-rock de bonne facture, versant un peu dans le funk blanc à la A certain ratio parfois. C’est assez propret, élégamment ennuyeux. Le batteur est virtuose, ce qui est toujours un peu pénible. Bref, pas mal, mais loin d’être mémorable. Fog arrive ensuite avec son groupe, et on se réveille tout de suite : il propose des chansons pop torturées et qui partent complètement en vrille, entre Beat Happening, le Beck des débuts et Hymie’s Basement. C’est loin d’être abouti, mais les idées fourmillent et on a envie de suivre le parcours de ce groupe. A un moment le chanteur déclare "my friend Dan (le bassiste, clavier, chanteur guitariste) just told me that our flight to Minneapolis left exactly 24 hours ago". On ne saurait mieux résumer l’impression de joyeux foutoir laissée par le groupe.

Et donc Yo La Tengo, et donc encore cette énergie, cette furie, cette maëstria, cette science du rock’n’roll. La set list est très différente de celle de St Malo. Comme il y a moins de monde, Ira joue avec le public, prend le temps de laisser la foule (si on peut dire vue la maigre affluence) lui poser des questions. Il fustige avec pertinence la présence d’une grande bâche sur laquelle est inscrite "FESTIVAL PANTIERO CANNES" et qui bouche la vue sur le vieux Cannes. On le sait bien, qu’on est à Cannes, on préférerait le voir en vrai qu’écrit. Toujours aussi fou lorsqu’il a ses fender en main, il laisse parler la foudre, ou apaise les choses comme sur une très belle version de "the summer", une rares compositions originales de l’album Fakebook de 1990. Alors même à Cannes, même dans un décor qui a pu faire dire à Bruno Cras que donner la palme d’or à Rosetta était un scandale car "Cannes c’est le luxe, c’est les yachts, le rêve", un concert de Yo La Tengo reste un grand moment. J’ai vu ce groupe pour la première fois le 14 juin 1992 au bar le Jimmy à Bordeaux, avec Seam en première partie. Depuis, je les ai bien souvent revus, et pas une fois, quelles que soient les circonstances, en plein air, dans une petite salle, je n’ai été déçu. Yo La Tengo synthétise la musique que j’aime, l’énergie et la mélodie, la simplicité et le goût du risque, la gentillesse et le refus du compromis, l’absence de pose et de plan de carrière sans sombrer dans une culture absurde de l’underground. C’est un grand groupe de musique populaire et c’est avec regret que que je me dis qu’il va falloir maintenant attendre quelque temps avant de les revoir dans les parages. Mais quelle meilleure conclusion pour un été en musique ?

Fin

le 7 septembre 2005 par
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