"The best American band, the Volebeats"

A une époque où la dématérialisation de la musique gagne chaque jour un peu plus de terrain, la lecture des notes de pochette reste l’apanage des irréductibles du format CD. C’est en m’adonnant à ce plaisir désuet - mais ô combien riche d’enseignements - que j’ai eu vent de l’existence du groupe dont je viens parler aujourd’hui. Le disque était Gold, le 2ème album de Ryan Adams. L’ex-Whiskeytown y remerciait rien moins que "the best American band, The Volebeats".

Coincé au milieu d’un amoncellement de name-dropping (Elton John, Winona Ryder, Alanis Morrisette, Meg White...), la citation avait quand même de quoi intriguer. Mais Adams clamant dans la même phrase son amour pour Oasis, j’avais mis ça sur le compte de son éternelle grande bouche et en était resté là.

Il aura fallu un autre coup de semonce quelques mois plus tard pour que je me décide enfin à considérer de plus près le cas Volebeats. Je découvrais Not The Tremblin’ Kind de Laura Cantrell sur lequel m’avait frappé un titre en particulier, « Two Seconds ». Il me fallut peu de temps pour découvrir qu’il s’agissait, je vous le donne dans le mile, d’une reprise des Volebeats. Venant de Laura Cantrell, cette véritable encyclopédie vivante de la musique américaine dont il est inutile de discuter la crédibilité, je ne pouvais que m’incliner et me plonger fissa dans la discographie des Volebeats.

Ain’t No Joke

Matthew Smith et Jeff Oakes forment les Volebeats en 1988 à Detroit sur les bases d’une passion commune pour la country, le rock & roll et la pop des années 60. Leur premier album sort un an plus tard : Ain’t No Joke est une maladroite collection de morceaux rock twangy qui possède le charme de l’autoproduction (le disque resta longtemps introuvable avant une réédition en 1999 sur le label Gadfly). Le groupe au line-up très mouvant poursuit son chemin en écumant les scènes de Motor City, enregistrant ça et là quelques titres qui paraissent sur des compilations. Matthew Smith s’engage dans différents projets parallèles, collaborant avec His Name Is Alive et surtout Outrageous Cherry.

Up North

Il faudra attendre 1994 que les lauriers de l’alternative-country aient été déposés sur la tombe d’Uncle Tupelo, et le renfort notable d’un 3ème songwriter, Robert McCreedy, pour que les Volebeats refasse parler d’eux avec Up North. Ce deuxième album se charge de définir les contours du son Volebeats quelque part entre les Byrds, Gram Parsons et les Beatles. Le fiddle, l’harmonica et le banjo plantent un décor rustique mais c’est l’esprit pop qui irrigue les mélodies chargées en reverb’ du tandem Smith/Oakes. Si « The First Time Next Time » et « Back In Your Heart » sont aujourd’hui regardées comme des classiques du groupe, il ne faut pas négliger la beauté de « Miriam » ou « I’m The One For You ». McCreedy, lui s’illustre avec « Ten Cars Back », une train song endiablée aux accents bluegrass.

Certes, Up North n’évite pas le piège de la redite (l’album aurait gagné à être moins long de 2 ou 3 chansons), mais c’est déjà un bel aperçu du potentiel des Volebeats.

Bittersweet

Bittersweet (1995) ne pourra pas être taxé de ce défaut de longueur puisqu’il s’agit d’un EP 6 titres dans la droite lignée de Up North mais qu’il ne faut pas voir comme un simple recueil de chutes de studio. Les Volebeats parviennent à y faire sonner Barry White (« I’m Gonna Love You Just A Little More, Baby ») comme du REM et Bill Peterson réussit ce qu’il n’était pas arrivé à faire sur Up North, c’est à dire caser une de ses compos, et sans avoir à rougir de la comparaison avec ses comparses. McCreedy refait parler de lui sur le lancinant « Goodbye » et le beau « Last Time I Saw Her ». Quant à Smith, il ne déçoit jamais comme le prouve « Angel », une ballade spectrale et bouleversante.

Sky & The Ocean

Ah ! Sky And The Ocean (1997)... rien que pour le fracassant riff de Rickenbaker qui ouvre son premier titre, cet album devrait être un classique chéri de tous les mélomanes. « Somewhere In My Heart » est une perle signée Jeff Oakes et une des meilleures chansons du répertoire des Volebeats. Tout y est simplement parfait, du jeu de guitare étincelant de Smith aux harmonies du trio de chanteurs.

Et l’album entier est de cet acabit. A commencer par le morceau-titre, chef d’oeuvre épique et morriconien, tout de suite enchaîné par le joli « Two Seconds » qui avait fait craquer Laura Cantrell (et on la comprend). Il y a bien sûr ces tranches de pop carillonnantes que l’on est en droit d’entendre de la part des Volebeats.

Dans ce registre, « It’s Alright » s’en sort haut la main, « Warm Weather » étonne en se la jouant rockabilly et « Everything » enchante. Autant de coups d’éclat exubérants et acidulés nuancés par l’approche plus sobre de morceaux tels que le dépressif « Dead Of Winter », « Dear Nobody » ou encore « Thought I Was The One » où l’on est tout surpris d’entendre un piano.

Solitude

Sur Solitude (1999), les Volebeats dépassent les codes et limites de leur son archi-référencé. L’album se partage entre plages instrumentales échappées d’un western et mélodies sentimentales toutes droit sorties d’un college movie. « Desert Song » dont le titre en dit plus long que bien des descriptions est une plongée en cinémascope dans les légendes de l’ouest fourmillante de détails.

« Kala » poursuit le voyage un peu plus au sud à la frontière mexicaine avec un bolero froid et inquiétant. « Blue Green » évoque un face à face psychologique et « Speedboat » un duel au soleil à l’issue tragique. C’est la face sombre et instrumentale d’un album schizophrène. Le reste est composé des plus belles mélodies que le groupe ait jamais écrites, de l’innocent « Beautiful Night » au léger « Shannon » en passant par le solennel « Lonely Way To Go » - beauté sans doute renforcée par la juxtaposition avec ces vignettes sèches et sans parole.

Solitude est un album terriblement évocateur, une épopée américaine en 40 minutes, LE chef d’oeuvre des Volebeats.

Mosquito Spiral

Pour Mosquito Spiral (2000), les Volebeats reviennent au format plus classique de l’album à chansons. Oui mais quelles chansons ! C’est sans conteste le disque le plus pop de leur discographie. Si en matière d’ouverture fracassante « Somewhere In My Heart » avait fait son petit effet sur Sky And The Ocean, « Radio Flyer » retentit ici comme une véritable bombe. Rien moins que la meilleure chanson pop de la décennie - vous allez dire que j’exagère mais si vous ne ressentez pas des convulsions dans tout le corps à l’écoute de ce morceau, c’est que vous n’êtes pas humain !

Les réjouissances se poursuivent avec « Not Here, Not Gone », « Feel The Same », « Tether », « Voles In NYC »... Même si la parenté a toujours existé, les Volebeats n’avaient jusque là jamais autant sonné Paisley Underground. Smith, Oakes et McCreedy sont visiblement là pour se faire plaisir (cf le jouissif pastiche des Beach Boys sur « I Just Want Someone To Love (For The Summer) »), mais ils n’en perdent pas pour autant leurs penchants nostalgiques qui s’expriment sur des titres plus country comme I Tried To Tell You ou First Love Never Dies.

Country Favorites

Sorti en 2003, Country Favorites rassemble raretés, reprises et aussi quelques originaux. Le groupe arrive à apporter unité de style et cohésion à cette collection hétéroclite faisant cohabiter Slayer (« Die By The Sword »), Abba (« Knowing Me Knowing You »), Funkadelic (« Hamtramck Mama ») ou Serge Gainsbourg (« Manon »). De quoi faire patienter les fans jusqu’à la sortie de l’album suivant, Like Her (2005).

Like Her

17 ans que le groupe de Detroit distille son subtil alliage de spleen et d’insouciance et que - il faut bien le reconnaître à l’écoute de Like Her - rien n’a vraiment changé sous le ciel des Volebeats. Mais il peut au moins se targuer d’afficher toujours la même fraîcheur. Like Her offre même quelques nouveaux petits classiques de pop sixties. « This Girl » renvoie ainsi à la percutance de « It’s Alright » et de « Radio Flyer ». « Here It Comes Again » rappelle s’il en était encore besoin que les Volebeats ont tout piqué aux Byrds et « In The Garden » qu’ils ne seraient rien sans les Beatles.

Quant à « World’s Looking Lonely », c’est une chanson catchy au-delà du raisonnable qui apporte la certitude que les Volebeats pourraient continuer comme ça encore 20 ans sans qu’on y trouve rien à redire.

le 2 mai 2008 par Thanu
commentaires •

"The best American band, the Volebeats"

Inconnu pour moi.Mais cela va changer très vite.Il faut te dire que je suis un fou de la bande des Byrds et la filiation crève les oreilles.Merci de cette découverte.

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2 mai, par eeguab

"The best American band, the Volebeats"

Flippant comme ça ressemble à du REM...

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4 mai, par un courageux anonyme

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