
The Twilight Sad killed my neighbour... (or I wish they did)
Les Ecossais sont de retour à Paris, ce lundi 2 novembre, au Scopitone. Il y a un an, presque jour pour jour, The Twilight Sad faisait la première partie de Mogwai au Casino de Paris. C’était sale, bruyant et intense en émotions exacerbées.
Au début, j’ai eu pitié. Pas la pitié miséricordieuse, mais celle haineuse, pleine de dégoût et de condescendance. Quand tu as retiré les mains qui protégeaient tes oreilles (je jurerais que tu as fait ce geste), quand les amplis se sont tus et que tu as lâché à ton voisin "c’était bien nul", j’ai eu la tentation du "casse-toi pauvre con", celle de la réaction instinctive, faible, déshonorante, à l’endroit de celui qui ne partage pas ton rang, tes valeurs ou tes goûts. Te cracher à la gueule ou t’envoyer mon genou dans les couilles, te faire regretter tes propos et ta connerie immense…
Tu n’avais entendu qu’un groupe de jeunes branleurs produire un bruit sauvage, désordonné et furieux. Tu n’avais vu qu’un chanteur quelconque, gesticulant comme un demeuré, hurler avec un accent vulgaire pour tenter de se faire entendre. Tu n’avais pas prêté attention aux paroles, tu n’aurais rien pu déchiffrer d’ailleurs. Tu avais passé une mauvaise demi-heure, sous les saturations et les larsens, les assauts de sons enragés, à attendre que finisse ton petit calvaire. Tu étais passé à côté…

J’étais en plein dedans.
J’avais découvert pour la première fois en live des morceaux que je connaissais par cœur, en versions brutales et modifiées, étirées ou raccourcies, enchaînées les unes aux autres. J’avais été touché, encore et toujours, par l’accent à couper au sgian dubh de James Graham et sa capacité à le garder intact, malgré l’effort. J’avais ressenti les traumatismes, obscurs et camouflés, évoqués dans les paroles des chansons de Fourteen Autumns & Fifteen Winters. J’avais pris ce déluge de décibels comme une magnifique tentative d’extériorisation, une thérapie en somme, et j’avais été témoin consentant, volontaire et fasciné. L’album était loin. Depuis, The Twilight Sad en avait revisité quelques morceaux en un EP Here, It Never Snowed. Afterwards It Did et s’apprêtait à sortir une compilation The Twilight Sad Killed My Parents And Hit The Road, faite d’inédits, de reprises et de lives, et destinée à financer cette énorme tournée avec Mogwai. Et même si celle-ci débutait, les chansons étaient déjà usées, fatiguées d’avoir été malmenées depuis si longtemps. Elles s’échappaient presque, refusaient d’être interprétées comme de banales rengaines noisy. Il y avait une souffrance presque libératrice dans la façon de jouer de The Twilight Sad. Tu y voyais de l’agressivité ("And does your fear not grow/When you see that you’re all mine/With a knife in your chest"), j’y voyais une façon de se défendre. J’ai eu envie de te faire mal...

Et puis je t’ai envié.
Tu n’avais pas cette obsession de passer les disques de The Twilight Sad en boucle, et fort, de t’assourdir aux murs des guitares de "And She Would Darken The Memory" ou de "Mapped By What Surrounded Them", d’en faire ta ration quotidienne et matinale de défoulement dans le métro, isolé et presque autiste. Tu n’avais pas du attendre, fébrilement la sortie de Forget The Night Ahead, précédée d’un "I Became A Prostitute" en single remarquable. Tu ne t’étais pas, depuis, rassasié de cet album plus rude encore, de ces déferlements raisonnés ("Birthday Present"), de ces moments pops maquillés ("Seven Years Of Letters") et de ces textes en forme d’énigmes (So we’ve taken all of our mistakes / And we’ve turned them into an aeroplane / Still the boys throw rocks off my face / And your boys throw rocks off my face). Leur francophilie (ils citent Gainsbourg et Godard comme inspirations) et la richesse complexe de leurs morceaux t’auraient échappé. Tu n’avais pas séché des heures sur un texte que tu voulais laudateur et argumenté, mais qui ne pouvait être détaché et insensible. Tu ne t’en voulais pas d’être aussi dépendant de cette musique radicale et de la nostalgie singulière qui en découlait. Tu n’avais pas eu si souvent envie de repartir, sur un coup de tête, te perdre dans les quartiers glauques de Glasgow (arpenter Gallowgate de nuit), les ruelles de la vieille ville d’Edimbourg ou t’abreuver des couleurs insensées des paysages d’Oban, d’Ullapool ou de Glencoe…
Tu avais, finalement, de la chance, en quelque sorte : tu n’étais pas devenu accro, addicted à cette came écossaise de premier choix. Moi si…







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31 octobre 2009, par Cathead Le William-North
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1er novembre 2009, par Fandor
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1er novembre 2009, par bruno
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9 novembre 2009, par carinesarah