
South Willie-matic
Un an et demi que la blogo m’a ouvert ses colonnes. Trois ans et demi - déjà - qu’après avoir découvert Soul Sides et Said The Gramophone, je me suis lancé dans le grand bain du blogging. Et pourtant à aucun moment je n’ai abordé de front l’oeuvre de Will Johnson. Tout au plus l’ai-je effleuré un jour de mars 2005 alors que j’écoutais visiblement du Aimee Mann. Réparons donc cet oubli.
Will Johnson, c’est ce monsieur qui souffre comme l’a si bien écrit Chromewaves d’un "multiple band disorder". Autrement dit :
1. Centro-matic, c’est lui et c’est une bonne grosse dizaine de disques sur les douze dernières années. Pour faire court, on dira que c’est le versant le plus rock de notre bonhomme ;
2. South San Gabriel, c’est encore lui, avec deux albums qui lorgnent de manière beaucoup plus explicite vers la country, dans sa version alternative et dans la droite ligne d’un Jason Molina ou d’un Bonnie "Prince" Billy.
3. Will Johnson en solo, c’est évidemment lui et ce sont deux albums remplis de belles chansons qui ne convenaient à aucun des deux groupes.
4. The Undertow Orchestra, c’estc’était Mark Eitzel, Vic Chesnutt, Dave Bazan et ... vous avez deviné, Will Johnson. Pas d’album mais une tournée en 2006

En 2008, Will sort un double album : un disque de Centro-matic et un autre de South San Gabriel rassemblé sous le même nom, Dual Hawks. L’occasion de revenir sur quelques perles pêchées en apnée dans cette pléthorique discographie.
Will Johnson - Closing Down My House
Allons directement en case Vultures Await, deuxième album solo paru en 2004, sans passer par la case prison. Un album sur lequel vous trouverez également un renversant "Just To Know That You’ve Been Dreaming" (un piano, une voix et le fantôme de John Lennon en solo), mais pour l’instant on se concentrera sur cette chanson minimaliste, un peu à la Nebraska : une voix, une guitare, une boîte à rythmes.
Et le conte de ces moments d’abandon, ces instants d’au revoir, que tous ceux qui auront eu à quitter définitivement un endroit qu’ils ont aimé connaissent bien. Quand la maison, l’appartement est enfin vide et qu’il n’y reste rien d’autre que l’écho des moments passés là, les traces invisibles de tout ce qu’on y a vécu et qu’on revoit encore, comme en surimpression sur les murs plus très blancs.
Ce n’est que sur la fin que s’invitent une batterie et une deuxième ligne de guitare. Parce qu’il faut bien, au final, savoir s’arracher et refermer derrière soi cette putain de porte.
Centro-matic - Calling Thermatico
Deux ans plus tard, Centro-matic sort Fort Recovery. Un disque - et un morceau - qui s’enfoncent volontiers dans le crade, dans le rude. Une chanson sur laquelle on manie la distorsion à la manière d’un Jason Molina dans ses moments de grande forme.
On en met partout, on jette tout ce qu’on a et si dans tout ça la voix paraît lasse, elle est aussi ce qui surnage, ce qui subsiste malgré tout. Une voix terrienne qui s’agrippe et persiste et qui semble pouvoir garder le cap dans n’importe quel maelström. Une voix de grognard, à qui on ne la fait pas à l’envers. Comme si elle rebondissait sur ces lourdes vagues de guitares, pour aller encore un peu plus loin.
Et quand au final elle triomphe, elle s’envole littéralement, dans un mouvement de chœurs que seule la batterie peut encore suivre.
South San Gabriel - Glacial Slurs
Sur South San Gabriel Songs/Music, paru en 2000, j’ai beaucoup hésité avec une sacrée valse au titre évocateur, "Innocence Kindly Waits". Mais au final sur "ces marmonnements glacés" qu’on va se pencher. C’est là le premier album de South San Gabriel, dont le line-up est sensiblement le même que celui de Centro-matic mais où on laisse de côté tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à de l’enthousiasme.
Ici, la voix de Will Johnson tente d’écarter une guitare rachitique et une batterie sous-mixée, comme entendue depuis des broussailles dans lesquelles on tenterait de se planquer, mais elle se fait plomber à intervalles réguliers à grands coups de grosse caisse dans la tronche. Et puis, il y a Scott Danbom. Ce mec n’est jamais loin, il est de toutes les aventures, de tous les groupes, et même des albums solos. Il joue, entre autres, du fiddle, comme Bob Wills.
Et sur ce morceau, il débarque à la cinquante septième seconde pour disparaître presque aussitôt. Mais jamais pour bien longtemps.
Will Johnson - Emma Jane
Longtemps inédit, ce morceau n’avait jamais trouvé place sur un album. C’est chose faite avec la sortie de Dual Hawks (côté South San Gabriel), mais c’est en session Daytrotter que Johnson l’a dévoilé pour la première fois. Retour, donc, à une musique plus dépouillée, plus rêche dans son interprétation, mais pas forcément plus simple.









































