
Serafina Steer : là, là et encore là
Par trois fois, entre fin octobre et mi-décembre l’année dernière, Serafina Steer s’est mise en travers de ma journée. Et trois fois, ça a été un plaisir et une redécouverte.
Avant de la voir en ouverture des Young Marble Giants au festival BBmix de Boulogne-Billancourt, j’avais vaguement entendu parler de cette harpiste anglaise, formée au conservatoire avant de partir il y a peu en terres folk et de sortir un premier album, Cheap Demo Bad Science, qui a le charme des étagères faites maison, penchées mais finalement indestructibles. Mais Serafina Steer ne restait qu’un prénom bizarre et une bonne impression sur MySpace.
Et sur la grande scène de Boulogne, ce fut instantanément bien. C’était drôle et rentre-dedans, plus cynique que sur le disque, sans jamais abandonner une douceur vaguement maternelle difficile à définir. Serafina Steer n’était pas très sereine avec chacun de ses morceaux pourtant bien vivants, tentait de les justifier alors qu’ils ont en eux l’instantanéité des jolis moments. La salle s’est facilement prise au jeu, elle aussi. C’était une vraie belle première rencontre, et Brian Eno devait être fier de sa reprise angélique de By this River. En quittant la scène, elle s’est pris les pieds dans un câble et a renversé sa bière un peu partout... Je me suis dit que cette harpiste était cool.
La deuxième rencontre, c’était à Rennes. Serafina Steer était invitée par Tunng (dont l’un des chanteurs a produit son album) pour partager la résidence des Transmusicales, également en compagnie de Buck 65. Chaque soir du festival, la troupe à mille têtes à joué presque trois heures sur la petite scène de l’Air libre, entremêlant la chorale des Anglais au flow rauque du Canadien. Et à chaque respiration, chaque apaisement, la harpe de Serafina Steer surgissait comme une averse salvatrice.
Et comme une agréable loi des séries, comme si on avait décidé de se suivre jusqu’au bout du monde sans jamais s’être parlé, je l’ai recroisée à Strasbourg. Rom et moi y passions un samedi pour discuter de musique et d’internet lors d’une rencontre consacrée aux cultures numériques. Et Serafina Steer était encore là, elle jouait en fin d’après-midi dans une belle petite salle d’exposition, loin des guirlandes clignotantes et de la fatigue du marché de Noël qui envahit le centre ville à cette époque de l’année.
Il y avait des enfants qui mouftaient vaguement pendant le concert, des gens assis par terre en blouson parce qu’il faisait un peu frais, cette harpe devenue comme un meuble de la maison, et toujours cette chanteuse à la voix voilée et au charme silencieux de chercheuse en biologie, à qui on paierait des coups sans hésiter.
Ce soir-là, elle a encore joué la mélodie emportée de Tiger comme si c’était elle la bête traquée. Puis elle a invité son frère sorti de nulle part avec son banjo, pour quelques morceaux relus qu’on aimerait entendre sur un disque un jour, révélant tout d’un coup une force épique insoupçonnée.
Juste après, Serafina Steer a remis sa harpe dans le coffre de son break et a retraversé la Manche. On la reverra cette année c’est sûr, souvent j’espère, je lui dois des coups.





































Serafina Steer : l, l et encore l
Répondre à ce message
19 janvier, par Oslav Boum
Serafina Steer : l, l et encore l
Répondre à ce message
30 janvier, par un courageux anonyme
Serafina Steer au Top of the Folk Rennes, 29 mars
Répondre à ce message
26 mars, par un courageux anonyme
RE : Serafina Steer au Top of the Folk Rennes, 29 mars
Répondre à ce message
27 mars, par un courageux anonyme