
Que la lumière soit
Cela fait cinq jours que je ne suis pas sortie de chez moi. J’ai fait assez de courses pour tenir une semaine, n’ai aucun concert de prévu, et surtout aucune raison valable de quitter ne serait-ce qu’une seconde mon canapé pour m’aventurer dans le froid polaire qui règne dehors. Cinq jours donc que je vis en autarcie totale. Entre deux émissions idiotes du câble, je tente de me distraire en zonant de page MySpace en profil Facebook. Et puis, par hasard, je tombe sur cette page à moitié vide : une dizaine de photos, quelques morceaux homemade, un « album available now » en guise de seule entrée de blog et un nom, Folded Light.
Les deux seuls membres du groupe s’appellent Jaffe Zinn et Steve Damstra et sont américains. C’est à peu de chose près tout ce que je découvre. Plus tard, j’apprendrai qu’en réalité, le duo s’est rencontré il y a trois ans, que le premier est réalisateur, le second compositeur de musique de films, et que c’est lorsque les mélodies de Jaffe se sont vues ajouter des voix et des percussions par Steve que Folded Light a vu le jour – un hasard encore.
J’écoute. Ça ressemble à du Belle & Sebastian ou du Grandaddy, je ne sais pas très bien encore. Ce que je sais par contre, c’est que ces titres pourraient autant servir de BO parfaite à mes longues balades imaginaires sur les grandes plages de Californie qu’à celle de mon futur trek en Islande. "Waves" a des airs de vacances. Le timbre de la voix, suave, léger, presque rassurant, me réchauffe. La guitare se fait douce, les claquements de doigts résonnent et le ukulélé ondule au gré du steel-drums. Dépaysant. "Drawing Pictures", elle, ravive une pointe de nostalgie : les percussions galopantes, couvertes ensuite par la froideur du piano et les bruits de cours de récréation, me rappellent que ça fait maintenant trop longtemps que je n’ai pas vu de mômes euphoriques rire aux éclats et courir à en perdre haleine. Avec ses chœurs sucrés, sa ligne de basse qui ronronne et ses accords japonisants, "Where We Go" me donne envie d’un road trip loin de tout, cheveux au vent et clope au bec. Moi qui quelques minutes plus tôt pestais contre le monde entier et refusais d’abandonner ma couette pour aller sous la douche.

J’imagine Jaffe et Steve bricoler patiemment leurs morceaux à l’aide de dieu Cubase, entre deux hot-dogs et une partie de Wii dans un appartement de Los Angeles. Je les vois palabrer des heures pour une poignée d’arrangements et enfermer le chat dans la cuisine pour que ses miaulements ne perturbent pas l’enregistrement.
Là où n’importe quelle major aurait dégainé une production magistrale, Folded Light brille par sa sensibilité et son absence rafraîchissante de démesure. Quelques jours plus tard, Jaffe me confiera que lui et Steve ont réfléchi chaque seconde de leurs mélodies "pour quelles soient uniques", tout simplement. De la musique pour la beauté du geste – une entreprise précieuse. Pour l’instant, je me contente d’écouter leurs titres en boucle. J’ai enfin quitté mon pyjama et remisé mon plaid en pilou au placard. Il fait toujours aussi froid dehors, mais on dirait que le soleil ne va pas tarder à sortir. Moi aussi.







Que la lumière soit
Bon, et bien je vais aller prendre ma douche et un avion pour Reykjavik aussi.
Merci pour la balade en tout cas :)
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16 février 2009, par Pingolin
Que la lumière soit
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16 février 2009, par El Duce
Que la lumière soit
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16 avril 2009, par alice