Patrick Watson

Quand nous sommes arrivés, nos hôtes, six colocataires se partageant un 200 m2, avaient déjà dégagé l’espace : entassé canapés et tables basses dans le couloir, vidé les étagères, viré l’ordinateur et la chaîne hifi, posé le piano droit sur un tapis au milieu du salon. Les musiciens sont venus poser leur matériel, dans un coin à droite. Tout était prêt.

Ils avaient même posé des écriteaux pour qu’on ne se perde pas en allant aux toilettes. Nous avons investi la cuisine, transformée en bar / backstage / console son.

Le public est arrivé peu à peu, flyer à la main, attendant les bières (en retard), fumant au début à la fenêtre, puis un peu partout, s’asseyant naturellement en tailleur autour du piano, parlant par petits groupes, pendant qu’Erica Buettner attendait, déjà en place.

Nous avons commencé en retard. Erica Buettner et sa guitare sur une chaise droite, Stefanos avec son accordéon assis sur le tabouret du piano attendaient patiemment, discrets, souriants. Laisser les gens prendre à boire, les pousser à s’asseoir, introduire la jeune musicienne qui n’avait pas fait cinq concerts et se retrouvait à un mètre de son public, dans un appartement, un soir d’été lourd. Sa musique était lente et calme, Erica chantait comme si elle sussurait ses chansons dans chacune de nos oreilles et nous, nous osions à peine faire craquer le vieux parquet, afin de laisser se déployer tranquillement sa musique.

Ron Sexsmith avait accepté à la dernière minute de nous rejoindre et de jouer à la soirée. Il était arrivé parmi les premiers, avait attendu longtemps dans une chambre, avec l’un des colocs. J’ai aimé beaucoup de ses chansons, sans jamais tomber amoureux d’un de ses albums. Ce soir, ce fut pareil. Certaines chansons étaient sublimes (’This is how I know’, ’Brandy Alexander’), d’autres ne leur arrivait pas à la cheville. Mais il y avait une constante de qualité : la voix de Sexsmith, puissante, sûre d’elle et dans le même temps mélancolique, d’une incroyable douceur. Elle emplissait le salon naturellement, et justifiait à elle seule le choix de faire ce concert sans micro ni amplification. Certaines voix sont tellement plus belles quand elles arrivent directement à vous.

Et puis, la nuit est tombée.

Il y avait une guirlande posée sur la laque du piano, deux petits projecteurs, qui éclairaient à moitié ces quatre énergumènes : Patrick Watson, sa belle gueule, sa casquette et ses loques, Michka, sa contrebasse et son stetson, Simon branché sur un ampli de poche et Robbie, assis sur le rebord de la fenêtre, un capharnaüm à ses pieds.

Des clochards célestes, des saltimbanques illuminés, un cirque bancal et magnifique qui s’est posé dans cet appartement comme il l’aurait fait dans une clairière, un tripot, que sais-je. Robbie tapait partout, sur des casseroles, des couvercles de poubelles, le rebord de la fenêtre, frottait ses balais sur le parquet...

Patrick chantait, et quand il chantait, il grimaçait, déformait sa bouche, fermait un oeil, et quand il ne chantait pas il se retournait vers les autres, riait, murmurait, grognait en souriant. Il ne tenait pas en place, assis au piano, il se retournait, se levait, mettait ses mains devant la bouche.

C’était un immeuble calme, dans une ruelle calme. Il était onze heures, ils tapaient sur des cymbales, s’excitaient sur le piano, chantaient dans le mégaphone prêté par les colocs... C’était un carrousel bruyant et les voisins s’en sont inquiétés. Nous avons fermé les fenêtres, fini par des chansons plus calmes. Puis le concert s’est arrêté. Enfin, dans l’appart...

Le groupe et une partie du public sont descendus sous le porche en bas. Encore plus sauvage, encore plus bruyant, mais tout aussi magique. Nous avons fini par tous nous serrer dans le petit bar en bas, plus au calme, plus intime encore... Et bien évidemment, c’est alors que la police est arrivé. Nous avons poliment arrêté. On avait eu notre dose de magie. Il faisait doux, on a fini la soirée avec des bières et des rires...

Vous verrez tout ça, bientôt. Merci encore à nos hôtes, aux musiciens, et à tous ceux qui étaient là.

Et sinon :

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commentaires •

Patrick Watson

C’est je crois le meilleur concert qui m’a été donné de vivre cette année.

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17 octobre 2008, par Chez Manu

Patrick Watson

Comment fait-on pour participer à ce genre de concert intimiste ? J’adorerais. J’ai vraiment loupé quelque chose là... Merci de nous faire partager de beaux moments.

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17 octobre 2008, par un courageux anonyme

RE : Patrick Watson

j’aimerai savoir comment faire pour venir au prochain concert de poche je trouve l’idee super et de plus j’ai un appart tres grand donc possibilité d’organiser des peit concert voila j’aimerai avoir un reponse si c’est possible sujr mon mail cordialement louis le goff

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17 octobre 2008, par louis le goff

Patrick Watson

Wa. C’est un rêve.

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17 octobre 2008, par Coquille

Patrick Watson

Merci pour ce joli cadeau, que j’ai pu apprécier dès mon retour à la maison hier soir, bien tard... et en plus ça commence par ma préférée (...« be the blanket for my bones, be a place that I call home »...), j’ai retrouvé « beijing » que je n’avais entendu qu’au festival des 3 éléphants (on n’y avait pas eu droit au Tranbendo quelques mois avant)... Bref, que du bonheur ! Vraiment très reconnaissante et très envieuse (j’avais trouvé le lien pour s’inscrire à ce concert... la veille ! alors j’ai pas tenté le coup ! Comme je regrette !).

Je regrette aussi qu’il n’y ait pas d’extrait de la prestation d’Erica : j’aime beaucoup ce qu’elle fait... De la grâce et de la finesse ; quand elle chante, on se tait et on ne bouge pas : on savoure !

J’attends impatiemment la suite !

Encore Merci de partager des moments comme ceux-là.

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20 octobre 2008, par Sylvie T.

Patrick Watson

Pour assister à une soirée de poche, c’est très simple (ou presque) : elles sont annoncées sur la Blogothèque et il faut alors s’inscrire par mail pour participer à un tirage au sort. Vous pouvez vous abonner au flux RSS pour être sûr de ne rien rater ...

>> Louis Le Goff : pour proposer un appartement ou un lieu, vous pouvez écrire à blogotheque [at] gmail.com. Merci !

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20 octobre 2008, par Garrincha

Les autres soirées de poche