
Même joueur joue encore
La nuit, c’est bien connu, la musique mord plus fort. Et parfois, en pleine fatigue, encore quelques trucs à terminer avant d’aller dormir, un morceau sur lequel on n’avait jamais flashé surgit de l’ombre, comme s’il y était tapi depuis des mois (deux ans en l’occurrence), attendant son tour pour frapper.
Ça m’arrive de temps en temps, mais cette fois la claque était trop énorme pour la laisser se faire oublier.
Le décor de ce printemps 2008 a sûrement sa place dans cette histoire. Roberta Flack, le Fodder on my Wings de Nina Simone (enfin à nouveau disponible, il y a une justice quelque part) et le New Orleans Funk Vol. 2 de Soul Jazz sont des compagnons du quotidien en ce moment… Erykah Badu m’a encore une fois eu avec son dernier album.
La soul, ça va ça vient parce que ça fait peur. Cette peur bizarre de tomber dedans corps et âme. Ça arrivera et ce sera bien, mais pas tout de suite. En attendant, j’y reviens par période, par besoin de câlins musicaux qui ressemblent à des coups de pied au cul.
Au milieu de tout ça, je n’avais jamais percuté que Second Chance, le dixième morceau du Exodus into Unheard Rhythms de Oh No, sorti en 2006 chez Stones Throw, était une bombe suintant la soul comme James Brown dégoulinait de sueur en sortant de la scène de l’Apollo. Je m’en veux terriblement d’avoir mal écouté ce disque remarquable à l’époque, et depuis je ne descotche plus.
Ce disque, c’est la réponse de Oh No (de son vrai nom Michael Jackson, merci aux parents) à son grand frère Madlib, une façon de se faire un nom après un premier album un peu fadasse et, au passage, de faire taire un peu la famille le dimanche midi (« Regarde ton grand frère, lui il vend des disques »).
Pour mener cette croisade fratricide à bien, Oh No joue la carte de la connexion vintage et plonge dans les disques composés par Galt MacDermot, 80 ans cette année, auteur de la groovyssime soundtrack de Cotton Comes to Harlem en pleine vague blaxploitation, et surtout de la toujours mortelle partition du musical Hair, transposée quasi à l’identique dans le film de Miloš Forman.
Un fond musical seventies qui compte parmi les Graal des producteurs, comme si on filait les clés des archives de François de Roubaix à Rocé en lui disant « vas-y coco, fais-toi plaisir, tu as six mois ».
James Rado, Gerome Ragni et Galt MacDermot (en chemise), les trois auteurs de Hair
Sauf que Galt MacDermot est vivant et en forme, et qu’il a accueilli Oh No chez lui, avec ses disques mais aussi son histoire, sa vision de la musique, sa passion pour le piano, les cordes un peu mielleuses et les arrangements très rythmiques déjà un peu funk.
Cet échange a donné naissance à un disque massif qui semble s’être imposé comme ligne directrice de bousculer cet héritage seventies, de ne surtout pas en faire une relecture pour la seule gloire du groove. Ou pire encore, un affreux truc de hip-hop jazzy à l’érudition feinte. Exodus into Unheard Rhythms évite ainsi les boucles connues de l’œuvre de MacDermot, déjà exploitées par Busta Rhymes ou DJ Vadim et exhume des micromoments qui, redécoupés, reconstruits en structures autonomes et lâchés en pâture aux voix invitées, trouvent une deuxième vie où leurs origines se font oublier.
Parmi celles-ci, Aloe Blacc apparaît à deux reprises et avant tout sur l’éprouvant Second Chance, qui conte l’histoire d’un homme pressé qui frôle la mort mais refuse de partir avant d’avoir profité de cette vie qu’il s’est jusqu’ici attaché à ne pas voir.
Le morceau est construit sur une boucle de violon crispante et un beat acide qui cinglent l’air comme une migraine violente, qui semblent aspirer toute l’énergie ambiante. Toutes les boucles sont tirées du Queenie’s Theme, pioché dans la compile de raretés Galt MacDermot in Film.
Par dessus se pose la litanie de cet homme qui a « travaillé dur toute la semaine », qui quitte le boulot à trois heures du matin « l’estomac vide ». Au volant, ses yeux sont lourds. Il veut juste rentrer chez lui et file dans les rues vides, « la musique à fond » et la fenêtre ouverte, comme si l’air frais était son salut.
Jusqu’à l’accident inévitable.
La suite est là.







































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23 mai, par waheu
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23 mai, par DJB
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25 mai, par waheu