
Marshall, fais-moi peur !
On pourrait croire, pourtant je ne suis pas radicalement opposée au changement. Certes lorsqu’il s’agit d’artistes qui font partie intégrante de moi, je suis un peu trop intransigeante ; à la sortie de Kid A, et après la première écoute, j’ai maudit Radiohead. Evidemment que le virage plus électro s’était amorcé avec l’excellent OK Computer, il n’en restait pas moins que j’étais butée, et que j’ai attendu deux ans avant de réécouter Kid A. Et le trouver génial.
Mon histoire avec Cat Power est différente : découverte l’été des mes 19 ans, dix ans après la sortie de Dear Sir et Myra Lee - et l’année de la sortie de The Greatest. La première chanson de Chan qu’on m’a fait écouter c’était sa reprise de "Wonderwall", et tout de suite après, "Rockets". Je suis tombée instantanément amoureuse de ce morceau, comme de la fille qui avait appuyé sur play. Je l’ai écouté en boucle. Fiévreux, saturé, éraillé, sale même. La voix de Chan Marshall était vicieuse, suintante, take as much as you can, ’cause you know it’s gone so fast. Je l’imaginais titubant une bouteille à la main, le micro dans l’autre, défoncée, grimaçant, une nana paumée et gueulante. Cet été-là j’ai récupéré toute la discographie de Cat Power.
J’ai épuisé ma chaîne hi-fi avec Cat Power un bon millier de fois entre Myra Lee, What Would The Community Think, Moon Pix et You Are Free. Le disque de reprises je l’ai laissé de côté, trop moyen comparé aux autres. J’ai retrouvé la moiteur électrique de "Rockets" dans tous ces albums, c’était sexuel, malsain parfois, dérangeant. "Ice Water", "Great Expectations", "Bathysphère", "He War", "I Don’t Blame You", "American Flag"... Même sur l’album Moon Pix, un peu moins étouffant et sur Your Are Free qu’on sent déjà un peu plus carré et orchestré que les précédents, il y avait encore ce côté complètement torturé, dépressif.
Et puis on m’a prêté The Greatest, qui venait de sortir. J’ai trouvé la pochette affreuse, on aurait dit une compilation de variét’ 80s. J’ai écouté et j’ai été affreusement déçue, je me suis sentie trahie.

Finie la fièvre électrique et sexuelle à la PJ Harvey, finies la voix défoncée et les guitares sèches et torturées comme celles de Sonic Youth. Rien sur cet album ne m’a fait ressentir l’exquise douleur de tout ce que j’avais pu entendre avant. Alors il n’y a pas de doute, c’est bien la voix de Chan Marshall, mais ça n’allait pas du tout, je ne reconnaissais rien : ça sentait un peu trop le bonheur, la chaleur, ça sentait parfois la soul et la country, le blues, le Sud des Etats-Unis. J’aime tout ça, mais ça n’est pas ce que j’ai envie d’entendre quand je mets un disque de Cat Power.
Cat Power ne m’a pas habituée à ces cordes, ces choeurs et ces orchestrations léchées. J’écoute le disque une fois, et avec la même colère que pour Kid A, je maudis Chan et laisse The Greatest se couvrir de poussière. Mais contrairement à Kid A, lorsque je l’ai réécouté, un an après, je l’ai trouvé tout aussi hors de propos. J’imagine ce qu’aurait pu donner un morceau comme "Love & Communication" à l’époque de Dear Sir, et me sens d’autant plus désolée pour ce que j’estime être une erreur d’aiguillage dans la carrière de Chan.
Et cette année, en 2008, c’est Jukebox. Evidemment, je croise les doigts et allume un cierge, prie pour un retour aux sources. On annonce que c’est un album de reprises, déjà c’est mal barré pour que je saute de joie. Et puis je sors le casque, appuye sur play. J’ai l’impression d’écouter chanter quelqu’un d’autre. On a nettoyé - carrément récurré - Cat Power. C’est précis, carré, propre, ça n’a plus aucun, aucun charme. Ce disque glisse comme la pluie, la voix de Chan est agaçante de consensualité. Où est passée celle qui jouait avec mes tripes et faisait chialer sa douleur, celle qui remuait le couteau dans toutes les plaies ?
Jukebox ressemble à ces nanas avec qui on se soûlait et à qui on racontait nos histoires de cul, et qui maintenant, parce qu’elles viennent d’avoir un enfant te font la morale et te reprennent quand tu deviens un peu vulgaire ou que tu as trop bu. Elles sont emmerdantes. Ça me faisait mal de le dire il y a quelques mois, mais à la troisième écoute, je n’ai plus aucun remords : ce disque est profondément emmerdant.
Photos : Elizabeth Weinberg, radiochicas










































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31 mars, par Fauve
Marshall, fais-moi peur !
"Jukebox ressemble à ces nanas avec qui on se soûlait et à qui on racontait nos histoires de cul, et qui maintenant, parce qu’elles viennent d’avoir un enfant te font la morale et te reprennent quand tu deviens un peu vulgaire ou que tu as trop bu"
mais c’est un excellent sujet pour faire un disque , ça ! je cours l’écouter...
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31 mars, par un courageux anonyme
RE : Marshall, fais-moi peur !
couraugeux ?
anonyme, oui ... mais "couraugeux" jamais
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31 mars, par un courageux anonyme
Marshall, fais-moi peur !
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31 mars, par garrincha
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31 mars, par OMG
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31 mars, par Kid Charlemagne
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1er avril, par ym
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4 avril, par arbobo
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17 avril, par Philippe M. critique et animateur télé