
Madame Marianne reçoit
On ne sait trop comment prendre ce genre de disque, dans lesquels une revenante, qui n’était jamais vraiment partie, invite ses petits jeunes préférés à reprendre ses morceaux favoris avec elle. Marianne Faithfull a semble-t-il une idée de comment nous le présenter : "18 songs for Music Lovers", peut-on lire sur la pochette.
Marianne aime la musique, aime les musiciens, elle nous en donne ici la preuve. Marianne reçoit. Easy Come, Easy Go est une soirée faste, argenterie et mets de choix. C’est surtout une soirée bien dirigée : un disque de reprises, qui n’est qu’un brin collaboratif. Madame a beaucoup invité, mais Madame entend rester en bout de table et présider.
Nick Cave, qui ne s’est pas fait connaître pour son affabilité, semble à peine murmurer le refrain, en discret choriste sur une reprise des Decemberists. Pire, on cherche en vain Cat Power sur ’Hold On’ de Neko Case. Elle n’existe presque pas physiquement, très timide contrepoint de fin de vers. Elle n’est pas non plus là symboliquement, le morceau lui correspondant très mal.
Cela ne veut pas dire pour autant que la majestueuse hôtesse se contente d’offrir de classiques mignardises. Marianne ose, avec certes du Duke Ellington et du Dolly Parton, mais aussi des reprises de Morrissey, d’Espers, de Black Rebel Motorcycle Club. Et Marianne n’est tout de même pas indifférente aux charmes de certains de ses convives.
C’est quand on veut bien prendre le temps de la courtiser longtemps qu’elle se laisse faire. Ainsi de Rufus Wainwright, sur ’Children of Stone’ d’Espers, qui joue les parfaits charmeurs : il la laisse parler, longtemps, ne commence à l’accompagner qu’au refrain, lui relaisse, galant, la main pour enfin se lever dans la seconde moitié et prendre la chanson à bras le corps, la chanter comme si elle Marianne n’était pas devant lui, lui donner de l’élan et des raisons de durer.
Madame Marianne a même une tendresse certaine pour certains de ses convives. Elle laisse les clefs à Antony, qui reprend une version de "Ohh Baby Baby" de Smokey Robinson, longue et lente comme une ivresse paresseuse avant de tourner, à la moitié, en un groove ralenti qui frise le ridicule lorsque les musiciens de studio commencent à trop se faire plaisir. Et on ne sait comment imaginer Antony en dieu du rythme avec Marianne comme choriste hululant la fin de ses couplets. Fascinant et effrayant à la fois. Si terrible que le retour à la normale, avant la fin de la chanson, en est étrangement émouvant.
C’était de toute façon écrit sur la pochette. ’Songs for music lovers’. Le public était identifié, et l’on savait les démons qui se cachent derrière cette formule, les mêmes qui ont oeuvré à l’affadissement de la musique de Chan Marshall : c’est un album de studio, avec une production léchée, un son impeccable, la petite guitare slide qui va bien, les choeurs qui roulent, la batterie bien brossée, autant de choses qui font oublier qui est venu dîner...
Seule Marianne est mémorable au final, avec sa voix chevrotante et désabusée, elle est au final le dernier rempart contre les ornements petit bourgeois qui ponctuent son disque. Au final, peu importe où Marianne reçoit...







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18 novembre 2008, par un courageux anonyme
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18 novembre 2008, par un courageux anonyme
RE : Madame Marianne reçoit
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22 novembre 2008, par un courageux anonyme
Madame Marianne reçoit
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19 novembre 2008, par un courageux anonyme
RE : Madame Marianne reçoit
Quand on commence à dire de vous que vous êtes "une grande dame de la chanson" (expression copyright Michel Drucker), c’est une manière polie de dire que vous êtes morte et enterrée, ou que votre musique serait parfaite pour un salon de l’ameublement.
Sinon, je tenais à dire que wikipédia ce n’est pas rock’n roll.
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20 novembre 2008, par Outoforder
RE : Madame Marianne reçoit
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20 novembre 2008, par Chryde
RE : Madame Marianne reçoit
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20 novembre 2008, par Outoforder