
Lisaveta, émois et moi
On va forcément déceler l’influence de Bashung ou de Dominique A dans les textes trop abstraits ou narratifs, ces tentatives de faire littérature plutôt que rimes faciles, de la poésie destinée sur le champ à devenir maudite. On va évoquer d’autres adeptes d’un rock froid pour qualifier la musique exigeante, qui s’enferme elle-même dans des créneaux aux obédiences limitées. On va reprocher au chanteur de s’écouter faire durer les notes, de verser dans un lyrisme léger et dans de la prétention toute relative. On y verra une forme d’intellectualisation de la musique, une volonté de s’adresser aux cerveaux plutôt qu’aux cœurs ou qu’aux hanches. Certes…
On ne trouvera pas chez les Parisiens de Lisaveta, une révolution, une avancée majeure, un sujet de hype ou un effet de mode, mais plutôt de l’artisanat patient, le tissage lent, appliqué et quelque peu obsessionnel d’une œuvre, qui se dévoile peu à peu et se concrétise aujourd’hui sous forme d’un EP, L’Echelle De Mohs .

Six morceaux et toute l’ambiguïté de ma relation avec un certain rock français qui prend un relief supplémentaire : l’absence d’un juste milieu et les atermoiements permanents entre indifférence et louanges, pour des détails, des broutilles. Le rock de Lisaveta me plait, sans doute aucun, en s’inscrivant dans la lignée et descendance de Diabologum, Erik Arnaud, Mendelson, Un Homme Et Une Femme Project ou Agora Fidelio. Il ridiculise et renvoie à leurs études, en quelques mesures et vers, des cohortes de suiveurs et de gribouilleurs. Il séduit mais ne convainc pas totalement, même sur cette courte durée. Il reste dans les formes, à l’abri des marges, dans les cadres fixés et les conventions pressenties. Les mentions sans les félicitations, l’érudition sans sa démonstration éclatante.
Il manque aux autres morceaux la radicalité que je trouve sur seulement deux d’entre eux, "Maintenant Ce Que Tu Veux" et "Le Messager", les plus "consistants" et les raisons d’un véritable enthousiasme. Sur le premier, le chant de Jérôme Ghern s’emballe à plusieurs reprises, cohérent avec le texte qu’il déclame, une histoire floue d’incompréhension, de confrontation de mondes ou de générations. De la tension est générée, de la frustration et de la colère aussi, et les riffs se font plus violents même si raisonnés. La véhémence feutrée sied parfaitement à Lisaveta. Les émotions étouffées tout autant…
"Dis-lui quand elle dort et n’arrange pas sa frange / pour marquer ton passage et pour te découvrir / Ne fais pas de promesses, dis-lui seulement les mots / Que nous rêvons d’entendre." (sur "Le Messager")
"Le Messager" est une chanson de fin d’album ou d’histoire, un morceau d’abandon d’une sobriété magnifique, une chanson d’amour fatiguée, dans laquelle on entend comme la belle langue de Tue-Loup, de la poésie mythologique et la plainte de cordes économes mais majestueuses. C’est une forme de rock en urgence résignée, celle qui génère les émotions les plus vraies, qu’elles soient douces ou vives, langoureuses ou agressives. Intenses, de toutes façons…
"Dis-lui la vérité / Rapportes mes prières / Trahis mes pensées" (sur "Le Messager")
Et sors, prochainement, un album digne de ce couple admirable…
Les chansons de Lisaveta s’écoutent ici et le EP "L’Echelle De Mohs EP" s’achète là.
Photo par Paul Hyde







Lisaveta, émois et moi
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30 novembre 2009, par David