Les soirées Ragalet, un délice

Des coussins, des guirlandes, des musiciens doués qui invitent à la découverte. Ça s’appelle les soirées Ragalet. Et faut yaller.

Je suis entré à la Boule Noire par hasard, motivé par un concert manqué de peu, l’envie d’écouter de la musique malgré tout et par un mot évocateur sur une affiche : "Ragalet". Cette salle que j’imaginais sombre et enfumée était éclairée de longues guirlandes, parsemée de coussins bon marchés de toutes les couleurs. La scène, au fond, était dans le noir. Les guirlandes éclairaient deux chaises sur la droite, à côté desquelles étaient posés une guitare et un étui de violoncelle.

Le concert n’avait pas commencé. Le Ragalet me disait quelque chose. Plus exactement, le mot "Ragalet" dans la police de caractère utilisée sur l’affiche qui m’avait attiré là. J’allai donc, une bière en plastique à la main, me rafraîchir la mémoire auprès de quelques gars qui avaient l’air mieux renseignés que moi. Ragalet est le petit nom des galettes bretonnes qui nous étaient offertes sur le bar, me dirent-ils. C’était surtout le nom d’un album de Sébastien Martel, guitariste modeste, doué, pluriel et joueur. L’album avait bercé mon été, un album léger, qui piochait avec insouciance dans des références atypiques, variées. Un de mes albums de soleil. Tellement bien que des fois, on dirait du Jim O’Rourke

Les soirées Ragalet sont des soirées gratuites, à l’occasion desquelles Sébastien Martel invite qui lui plaît, pour qu’ils fassent ce qui leur plaît. Ça faisait envie, ce qui tombait bien : ça commençait.

On éteignit les lustres, on ferma le bar, il y eut un silence religieux. Martel entrait en scène. Avec lui, il y avait Vincent Ségal, un violoncelliste plus que talentueux, connu pour avoir joué avec des grands d’un peu partout sur la planète et pour être la moitié de Bumcello, cette formation qui joue avec toutes les musiques, et le fait bien. Ils se sont assis, les filles se sont blottis dans les bras de leurs copains, et ils ont commencé à jouer.

Ils jouaient des musiques brésiliennes. Martel ne disait mot. Ségal, après chaque morceau, avait une histoire à raconter sur son auteur, sur ce vieux musicien avec qui il l’avait joué, sur les bars de Salvador de Bahia. Il y eut des moments de magie, la voix du chanteur brésilien censé jouer après surgir du fond de la salle sur une chanson, ou ce grand beau gosse à casquette qui nous fit des salsas (le frère de Martel, avec qui il a monté Las Ondas Marteles) a capella. Dans le public, certains improvisaient le rythme sur une canette de bierre vide, des filles rigolaient lorsque Martel poussait des petits chants aigus.

C’était improvisé, ça donnait l’impression d’une soirée entre copain qui tourne bien, c’était de la découverte, de l’émotion. C’était libre. Après, il y eut unpetit concert de bossa et des DJs. J’ai dû partir. Mais je me suis juré que j’y retournerais, avec une belle dans les bras. Et je n’ai pas regretté d’avoir raté le concert de Damien Rice à la Cigale.

Les soirées Ragalet, c’est tous les 42 jours. C’est à la Boule Noire, c’est gratuit.

le 24 mars 2004 par Chryde

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