Les Moulins de leurs cœurs

La musique de L’Affaire Thomas Crown est sans doute le tube planétaire de Michel Legrand : en version instrumentale ou vocale, impossible d’oublier cette ritournelle entêtante, où la nostalgie se teinte d’une euphorie encore présente. A l’écoute des multiples versions qui en ont été enregistrées, en anglais (“The Windmills Of Your Mind”) comme en français (“Les Moulins de mon cœur”), une évidence s’impose : pour réussir son coup, il est impératif d’introduire des ruptures de tempo et d’ambiance entre les couplets, faute de quoi on risque de sombrer dans la mièvrerie répétitive. Jusqu’ici, à ma connaissance, c’est la mythique Dusty Springfield qui avait le mieux tiré son épingle du jeu : un feulement initial moelleux comme un rayon de soleil levant, puis sa voix se déploie entre soul, folk et bossa sur un délicat accompagnement de guitare, cordes et vents, avant que la rythmique ne prenne le pouvoir pour conduire au zénith d’un twist endiablé. L’effet est à la fois poignant et cosmique : bref, décourageant pour tout candidat désireux de se mesurer à ce classique porté à incandescence par Dusty.

Et pourtant. Arrive cette semaine, sur le nouvel album des Parenthetical Girls, Entanglements, une version qui suscite la curiosité, supporte la comparaison et la réécoute, une version passionnante de cette chanson passionnée. La réussite tient à plusieurs éléments. D’abord, il y a la voix de Zac Pennington, pour laquelle on aimerait inventer l’idée de grandiloquence fragile. Elle débarque sur des nappes de cordes comme un tapis de soie se dérobant sous les pieds, puis, d’un coup, double rupture : une voix féminine relève le défi du duo avec la vaillance d’un enfant de chœur allant pour la première fois au combat, tandis que le rythme s’accélère et s’affûte, entre un tango décadent et – oui, vraiment – la Grande Fugue du treizième quatuor à cordes de Beethoven. Sans qu’on ait le temps de se remettre de cette audace, voici qu’un piano dévale la côte comme un vélo à l’abandon, à la manière de la BO composée par le même Michel Legrand pour The Go-Between de Losey. Les arrangements, on l’aura compris, atteignent la luxuriance démente de la version de Dusty, tout en réussissant à créer un climat totalement opposé : autant Dusty était solaire, autant on pénètre ici au cœur de la nuit. Quand la voix de Zac Pennington revient pour une brève coda, c’est entourée de vents fantomatiques qui cinglent l’air et accompagnent l’évaporation finale de tous ces angoissants moulins de l’esprit.

Ajoutons que Entanglements vaut autant pour ses compositions originales que pour ce coup de maître, et que le troisième opus des Parenthetical Girls, leur meilleur à ce jour, est évidemment l’un des disques de l’année : on espère pouvoir lui consacrer bientôt un panégyrique en règle, mais pas besoin d’attendre ce moment pour se plonger dans ces voluptueux entrelacs.

le 11 septembre 2008 par Fandor
commentaires •

Les Moulins de leurs cœurs

That’s so gay !!!

Répondre à ce message

11 septembre, par Bog

Les Moulins de leurs cœurs

Ma version préférée est celle enregistrée par Terry Hall avec son groupe The Colourfield au milieu des années 80. il y a du Jacques Brel là dedans..

http://www.youtube.com/watch ?v=v6VwN6w_tjY

Répondre à ce message

15 septembre, par Nicknamos

ACHETER

En ce moment vous écoutez :
LE PLAYER
play
 
 
precedant suivant stop
liens  |   contact  |   à propos  |   design powered by