
Les Liars, du début à la fin
Bien que l’on s’en soit réjoui dès la première écoute, convaincu que l’on tenait là un tout grand disque, il nous aura fallu du temps pour digérer la sortie de Drum’s not Dead, le dernier album des Liars. Bonne occasion dès lors de faire le point sur une carrière déjà riche en se retournant, d’une part, sur une discographie exemplaire.

Voila bien un groupe qui, ignorant les tendances et démontant les formules, a su synthétiser ses influences (post-punk, noise, funk, disco) en une esthétique infiniment personnelle et radicale, résolument inclassable. Loin des démarches empruntées, Liars se contente de faire ce qu’il sait faire, c’est-à -dire des disques sincères et absolus tout au long desquels il s’évertue à désarticuler, reconstruire et rythmer le chaos, le mouvement et l’effroi. Après la sortie de leur dernier opus, Drum’s not dead, un petit passage en revue de leur discographie, atypique, semblait s’imposer. Histoire de confirmer que Liars se fout totalement du sens du courant, continuant de nager droit devant et faisant évoluer sa musique dans une direction inconnue mais tellement passionnante.
Afin d’illustrer notre propos, nous vous proposons (voir dans la colonne de droite) une sélection composée de 11 titres issus de chacun des disques de Liars. Le tout est compilé en une session unique à ne pas confondre avec un best-of. Ces morceaux ont été choisis pour rendre compte de la diversité des productions du groupe et de sorte à vous faire découvrir certaines plages moins connues issues des EPs et autres singles. Et que cela ne vous empêche pas de vous procurer les discs de Liars. Leur consommation est vivement conseillée, sans modération aucune, jusqu’à ce qu’épuisement psychique s’en suive. Bonne écoute et bonne lecture.
They Threw Us in a Trench and Stuck a Monument On Top (Gern Blandsten - 2001).
Enregistré en deux jours, sous les manettes de Steve Revitte (Beastie Boys, The Jon Spencer Blues Explosion, etc.) ce premier album pose la bonne question dès le départ : "Can you hear us ?" demande avec insistance un Angus bouillonnant, marquant ainsi le départ d’une expérience de 51 minutes intenses et sans concession. Liars taille un costume neuf et frais (rappelons l’époque : Strokes, Vines, etc.), coupé dans un cuir sauvage, cousu de rythmiques post-disco et garni d’une panoplie de sons hypnotiques et menaçants. La coupe est certes assurée, mais le style surprend tant il semble emprunter autant à la spontanéité punk la plus convenue qu’aux expérimentations électroniques les plus radicales. Le mariage de couleurs, le voisinage de textures extrêmes conférant à l’ensemble un style radicalement à part. Sur un patron très personnel, Liars associe ainsi de sémillants titres nerveux au rock très franc ("Grown Men Don’t Fall In The River, Just Like That", "Mr Your On Fire Mr"),
à des atmosphères plus torturées et inquiétantes ("Loose Nuts On The Veladrome" et "The Garden Was Crowded And Outside"). Si Silver Apple, Sonic Youth et Gang Of Four ne sont pas loin, c’est ESG qui est samplé et repris ("UFO") sur l’angoissant "Tumbling Walls Buried Me in the Debris with ESG".
Après un dernier baroud nerveux ("We Live NE Of Compton") et un interlude surprenant ("Why Midnight Walked But Didn’t Ring Her Bell", son morceau le plus court) le groupe termine le disque par sa plage la plus longue : véritable séance d’hypnose, malsaine et jouissive à la fois, longue de 30 minutes (tout rond). Parfait pour endormir les enfants en leur racontant d’inquiétantes histoires de balades en forêts, de pénombre, de parents perdus et de grands Australiens déguisés en lapins morts, les yeux injectés de sang et la bave au menton (quoique, là on anticipe un peu). Bonne nuit les petits.
Après être sorti en 2001, le disque sera réédité en 2002 après une signature décisive avec le Label Blast First (Mute).
We No Longer Knew Who we were (Hand Held Heart/Sound Virus - 2002).
Enregistré en tant que démo en 2000, ces 3 titres ne sont sortis que postérieurement à leur premier album, en 2002. Et comme si le groupe se décidait à enfin donner raison aux journalistes déçu de ne pas avoir trouvé en eux le nouveau "THE-truc-from-New-York" annoncé, Liars livre ici 3 titres faisant écho aux passages les plus énervés et dépouillés de leur premier album. Furieux, rapides (7 minutes, au total !), à l’image des moments les plus envolés de leurs prestations scéniques d’alors, ces morceaux ne laissent aucune place aux atermoiements. A peine quelques secondes de repos/silence au milieu du disque. "We get cold coughed and forgot things" débute comme une brusque invitation à bouger, nette et sans appel. "You know I hate stupid phones" démarre sur un riff aux accents Clashiens soutenu par une rythmique sans défaut. Quant à "Every two hours with a ducks fan" il crédibilise alors les rumeurs d’un rapprochement musical avec le groupe de Karen O (compagne d’Angus), les Yeah yeah yeah’s (dont n’est alors encore sorti qu’un seul premier EP).
On tient ici sans doute leur disque le plus direct, le plus dépouillé (pas de longue pistes expérimentales, pas de sonorités lascives, pas de longues répétitions hypnotiques), le moins sombre, mettant clairement au premier plan leur côté le plus punk/accessible. Celui sans doute le plus vendeur et dont ils s’éloigneront pourtant le plus radicalement.
Fins To Make Us More Fish-Like (Blast First/Mute - 2002).
Sorti très peu de temps après la seconde édition de leur premier album, ce nouveau trois indique la voie que le groupe se décidera finalement à suivre : l’expérimentation, toutes guitare/sirènes hurlantes sur des beats post-disco-punk (sic) appelés à muter. Si la transition semble encore évidente sur le premier titre (" Pillars Were Hollow and Filled With Candy, So We Tore Them Down"), à la caisse si caractéristique, l’entreprise de déconstruction menée par les américains semble se préciser sur le second titre ("Every Day Is a Child With Teeth"), nettement plus noisy. A noter les paroles, toujours aussi singulières, qu’un Angus particulièrement en verve hurle, susurre et crache tour à tour, n’ayant de cesse de répéter, jusqu’à l’épuisement, ses injonctions incongrues ("Turn like a watch. Die like a bear. Smell like a dog. Feel like a girl. Dance like a boy"). Le troisième titre est une réinterprétation du "Grown Men Don’t Fall in the River, Just Like That", déjà présent en ouverture de "They threw Us...". Si le morceau respecte la structure initiale (intro mensongère), cette relecture n’a rien de gratuit et souligne le besoin accru de porter plus loin encore le champ d’investigation. La mélodie y est un prétexte, la rythmique un parcours fléché dont ils n’auront de cesse de s’éloigner. Liars n’est plus un simple groupe de post-punk, Liars est une expérience à part entière.
Oneida Split, Atheists, Reconsider (2002).
Split EP au concept carré : deux groupes (Oneida et Liars), trois titres chacun, dont deux nouvelles compos et une reprise « l’un de l’autre ». Liars se fend ainsi en ouverture du "Rose And Licorice" d’Oneida qu’il reprend plutôt sagement, mettant en évidence le côté velvetien du morceau. Les deux autres compos originales finissent de marquer le tournant initié sur "Fins To Make Us More Fish-Like". "All in All, A Carefull Party", syncope épileptique impressionnante et "Dorothy Taps The Toe of The Tinman", long collage expérimental saccadé de coups de cuillère, sont de véritable pièces de transition. Outre qu’ils marquent définitivement la volonté du groupe de ne pas stagner et de continuer à bousculer les oreilles, ils indiquent le futur du groupe en décentrant leur composition. L’expérimentation sensorielle prend le pas sur la mélodie. La rythmique s’y fait moins obsessionnelle, l’atmosphère plus radicale.
Oneida, quant à eux (outre deux titres inédits dont on ne parlera pas) livre une version d’"Every Day Is a Child With Teeth" qui, à défaut d’être vraiment captivante, révèle toute la difficulté (et le mérite) de faire du Liars. Un défi relevé honorablement mais qui donne surtout envie de réentendre très vite l’original.
There’s Always Room on the Broom (2004).
Sorti juste avant leur deuxième album, There’s always room on the broom annonce un disque radical et inquiétant. La première plage, qui donne son nom au single, est pourtant la seule à figurer sur le prochain album. Mais elle annonce en tout point la grande et effrayante claque que l’on s’apprête alors à recevoir. Le très court et étrange Scull and croos brooms, laisse présager des sonorités sombres couchées sur des rythmiques toujours aussi absolues bien que nettement plus discrètes. Broom, dernier titre du single qui se démarque par une rythmique et une mélodie entêtantes (car bigrement efficaces) semble cependant étouffé, inachevé. Ce n’est que deux ans et deux albums plus tard que le groupe le ressortira de ses cartons pour en offrir, sur Drum’s not dead, une version plus travaillée et ô combien jouissive. Des maturations de ce genre on en redemande.
They Were Wrong So We Drowned (2004).
Avec ce deuxième album, Liars donnera l’impression de s’être radicalisé et d’avoir à tout prix cherché à s’éloigner des formules gagnantes qui semblaient pourtant s’offrir à eux et beaucoup découvriront ainsi, avec effroi, que le groupe est définitivement passé du "côté obscur", décevant ceux qui avaient surtout apprécié leurs riffs ravageurs et leur hargne post-punk. Or, s’il est indéniable que Liars semble s’être éloigné de ces origines-là , il n’y avait finalement rien de surprenant. L’écoute des 3 disques (EP et single) que nous venons de passer en revue le confirme : l’imprévisible était prévisible. En effet, s’il aurait été suicidaire de parier sur le résultat sonore de la chose (et c’est bien là le génie de Liars : arriver encore et toujours à nous surprendre même lorsqu’on s’attend à l’être), il fallait cependant s’attendre à ce que Liars nous revienne avec un album sombre, dans lequel il n’aurait de cesse de s’abstraire radicalement des structures traditionnelles et d’y célébrer l’effroi et l’épouvante.
Cet album, le "groupe" (duo puis trio) l’a conçu en formation serrée. Exit Pat et Ron (Bass et Batterie) : "Aaron et moi, dira Angus, avons toujours été les songwriters, écrivant souvent les rythmiques et lignes de basse. (...) Et on n’a plus envie, désormais, que notre travail soit réinterprété par quelqu’un d’autre ; nous avons besoin de le garder aussi proche de nous et aussi simplifié que possible Les candidats éliminés décriront quant à eux un coup d’état à l’encontre du fonctionnement démocratique des débuts du groupe. Bref. En formation serrée donc et en retraite. En effet, durant l’été 2003 Angus invitera Aaron à le rejoindre dans sa maison située au fin fond de la forêt du New Jersey. Les deux hommes y accueilleront également un vieil ami commun, Julian Gross qui tiendra désormais la batterie (et enfoncera le clou d’une identité stylistique déjà adoptée par Angus). Le disque sera enregistré là , dans les sous-sols de la maison, avec Dave Sitek aux manettes, au beau milieu de cette forêt.
Isolé, confiné, le groupe expérimentera de nouvelles pistes et de nouvelles sensations, réalisant "de longues promenades de nuit dans la forêt" afin de "s’effrayer le plus possible, (...) juste pour essayer de se mettre dans le bon état d’esprit" dira Angus.
Et en effet, à côté de l’histoire que l’album raconte (une légende allemande de sorcière et d’inquisition) il y a l’expérience sensorielle que la musique inspire à l’imaginaire de l’auditeur. Le disque devient ainsi la parfaite bande-son des nombreuses émotions rencontrées lors d’une nuit d’épouvante, passée égaré dans une sombre forêt. Les premiers repères perdus, l’inquiétude s’installe rapidement chez le promeneur égaré en intro de "Brocken Witch" avant de laisser place, tout aussi rapidement, aux premiers signes d’énervement : le promeneur perd son sang-froid, court dans tous les sens, de manière irréfléchie, à la recherche d’un signe, d’une indication de direction, d’un souvenir salvateur qui le ramènerait en terrain connu. Mais déjà les mots "blood", scandés frénétiquement, résonnent et l’on pressent que la nuit va être longue. L’excitation fait soudainement place à l’effroi : le rythme de notre promeneur s’emballe sur "Steam Rose from the Lifeless Cloak" lorsque celui-ci se retrouve pétrifié face à une ombre inquiétante qu’il identifie mal et dont il tente de s’approcher malgré lui. Fausse alerte. On retrouve ensuite (sur "There’s Always Room on the Broom") notre quidam évoluant d’un pas décidé au milieu des obscurs conifères. Sa marche est irréfléchie, de toutes ses forces il tente d’occuper son esprit, de contrer la terreur qui l’envahit et de ne surtout pas penser à sa perdition. Malgré les cris hostiles de la forêt. Tout le disque n’aura ainsi de cesse de décrire la succession d’états émotionnels rencontrés par notre promeneur imaginaire. Les moments de folie hystérique, de fausse résignation, de confiance brièvement retrouvée, d’effroi intense, d’errance inconsciente et hypnotique, l’injustice ressentie face à son sort, la peur du noir, la solitude. Avant un générique décalé et le réveil doux de l’impitoyable forêt, sur "Flow My Tears, The Spiders Said".
Cette expérience sensorielle est le fruit de la rencontre d’un imaginaire disposé et soumis et d’une musique implacable et finement élaborée. Car c’est bien là toute la réussite de Liars : entraîner l’auditeur dans son sillage, vers une musique à risque, un voyage dans l’inconnu, à l’écoute de l’inécouté et de l’insoupçonné. Non seulement Liars compose ce que nous ne nous attendons pas à entendre, mais le groupe parvient à réjouir là où l’on s’attendrait plutôt à fuir (en toute hâte). Liars expérimente mais n’oublie jamais de raconter. Savamment chaotique, inspiré, expérimental, moins électrique, plus électronique, allègrement déroutant, perversement angoissant, sauvagement hypnotique, jamais simple, toujours intuitif et organique, le résultat affiche une cohérence inouïe et se révèle une expérience extrême à laquelle on prend vite goût. Un disque complexe, exigeant et qu’il nous faudra encore des années (d’écoutes et de thérapie) à totalement apprivoiser.
A noter une première vidéo livrée avec le disque. Celle de There’s Always Room on the Broom, dynamique collage animé qu’affectionne tout particulièrement Julian et devenu, avec le temps, si caractéristique de l’univers graphique du groupe.
Split with YYY’s (xxxx).
Difficile de dater ce split 45 tours réunissant Yeah yeah yeah’s et Liars, sorti uniquement au Japon et en Australie et vendu par les deux groupes en concert. Deux titres, dont "Leaving for Dubbo in a Panda Bear", des Liars. Titre assez étonnant où l’on retrouve certes la rythmique si familière, mais dont la texture dub et le minimalisme font fortement penser à ESG. Mystère et boule de poils.
We Fenced Other Gardens With The Bones Of Our Own (2004).
Single du titre "We Fenced Other Gardens With the Bones of Our Own", déjà présent sur le deuxième album du groupe, cette plaque offre deux titres inédits et autant de sensations contrastées. "Sex Boy" est un très court ovni punk (pléonasme) sans fioriture, élevé à l’ecstasy et très probablement composé lors d’une brève crise d’épilepsie. De quoi avertir le public : n’oubliez pas vos boules quies, c’est indispensable si vous ne voulez pas saigner du tympan lors de votre prochain concert des Liars. Le second titre, "The Fountain and Its Monologue"" est à l’autre opposé de la galaxie Liars. Longue plage instrumentale, patiente, s’ouvrant sur une atmosphère glauque d’aurore brumeuse, un paysage désolé où se promènent des âmes damnées. Cet EP est le premier à offrir une vidéo pour chaque morceau. La plus connue est celle du titre phare et raconte une improbable partie de chasse comme seule Liars peut en raconter. Celle de "Sex Boy" est illustrée par une animation très fidèle à l’univers graphique du groupe. Tandis que la vidéo de "The Fountain and Its Monologue" met en image la description qui vous a été faite, quelques lignes plus haut, du titre en question (à moins que ce ne soit l’inverse).
It Fit When I Was A Kid (2005).
Sorti en 2005, ce "single" tire son nom d’un morceau issu de l’album alors encore à paraître mais déjà connu sous le nom de Drum’s not dead.
Ce faisant il annonce une nouvelle étape dans la production du groupe. Car si l’on retrouve dès les premières notes de It Fit When I Was A Kid, à la fois la rythmique et l’atmosphère si caractéristiques du groupe, on y découvre aussi une touche nouvelle, l’expression d’une sensibilité peu révélée sur les plaques précédentes et ici relayée par un chant qu’on ne soupçonnait pas. On pourrait presque dire de ce morceau qu’il finit (une fois l’inquiétude digérée) par être touchant. Touchant, un morceau des Liars, vous vous rendez compte ?!
Heureusement on retombe vite en terrain connu avec The Frozen Glacier of Mastadon Blood qui démontre que le groupe n’a rien perdu en verve et n’est pas près de renier ses perversions.
Et Bingo ! Count Draculuck finit de nous convaincre que Liars est tout simplement un groupe qui évolue. Ne rien renier, ne rien provoquer, continuer tout simplement d’explorer, évoluer. Le chant qui introduit le titre surprend par sa simplicité (et sa ressemblance avec un illustre prédécesseur, portier de son état), les notes qui l’accompagnent annonce une plénitude en faux semblant car qui ne se suffit pas encore à elle-même. Et très logiquement, rythmique hypnotique, sonorités torturées et autres touches très singulières viennent finalement compléter le titre.
A nouveau le disque est complété par trois vidéos, illustrant chacune un des titres du disque et dirigée chacune par l’un des membres du groupe. Du point de vue de la réalisation, l’évolution est franche, la démarche plus aboutie. Ce qui est surtout frappant c’est le fait que les démarches respectives des trois membres se distinguent radicalement les unes des autres. Julian Groos privilégie l’illustration animée, mettant ainsi en image les paroles de It Fit When I Was A Kid. Aaron Hemphill semble plus porté sur la mise en scène, absurde, des membres du groupe autour d’un scénario à la hauteur de l’atmosphère du groupe et se situant dans la continuité du travail réalisé sur We Fenced Other Gardens With The Bones Of Our Own. Angus Andrew semble quant à lui privilégier l’image, recourant à un montage très sobre, et utilisant la caméra comme un catalyseur, une loupe fixant le regard là où généralement il ne s’attarde pas (une araignée).
The Other Side of Mt. Heart Attack (2006).
Pour ce single issu de l’album Drum’s not dead et sorti quelques jours avant celui-ci, le groupe choisit de mettre en évidence le titre sans doute le plus étonnant de leur nouvel album. Point de noirceur, un joli chant, une belle atmosphère, on jurerait même ressentir un peu de légèreté à son écoute. Leur morceau le plus évident certes, mais un choix largement justifié tant le groupe y gagne en sensibilité et en délicatesse ce qu’il y perd en expérimentation et en énervement. Et non content de ce résultat, le groupe livre ici le titre sous deux versions dont une première quelque peu « retouchée » pour d’éventuels passages sur les ondes. Do as the birds, eat the remains, seule plage inédite de ce single n’offre rien de très surprenant : énervement épileptique où l’on agite un peu tout ce qui passe sous la main. Drum and the uncomfortable can issu de l’album ferme la marche d’un pas décidé. Les 4 titres sont à nouveau tous accompagnés d’une vidéo, réalisée respectivement par Angus, Julian, Aaron et Angus.
Seul un groupe qui choisit de préférer l’évolution à la répétition peut procurer une telle excitation. Excitation liée au sentiment qu’on touche à chaque nouvelle livraison à quelque chose de résolument novateur, inédit. Plaisir d’entendre le groupe avoir pris des risques, exploré des terres vierges et avoir bravé de nouvelles épreuves.
Enthousiasme communicatif car en évoluant le groupe nous invite à le suivre. Et l’invitation est diaboliquement séduisante. Ainsi sur ce dernier disque Liars varie les plaisirs en s’essayant par moment à la quiétude, voire à la délicatesse. Mais en ne renonçant jamais pour autant à ses long flirts sous acide, à ses invocations maléfiques qui nous ont déjà si souvent séduits mais qui sont ici explorées et décrites avec de nouvelles sonorités, des combinaisons inédites. Les rythmiques y sont toujours aussi radicales et discrètes à la fois, le chant s’y déploie comme un magnifique plante carnivore aux multiples ramifications, les expérimentations pigmentent le tout de couleurs inédites. On nage en pleine expérience, une expérience absolue, qui sollicite tous les sens.
Ce que le DVD qui accompagne l’album confirme, en proposant trois mises en images fort distinctes de chacune des chansons. Julian y excelle dans des animations déjà entrevues précédemment. Le réalisateur Markus Awmbsganss y développe une expérience cinématographique très particulière, miroir visuel très personnel de l’expérience musicale. Angus, quant à lui, nous propose de suivre son hypnotique pendule (un escargot) et de s’oublier totalement dans son microcosmos musical. Tirer les tentures, décrocher le téléphone et demander à votre psychiatre de prévenir les pompiers si vous n’avez pas donné signe de vie dans les trois jours. Voici un des tout grands disques de la décennie, sans nul doute.
On notera plus particulièrement la nouvelle version de Broom, initialement sortie sur le single Ther’s always a room on the broom et que le groupe présente ici sous le titre de A visit from Drum. Confirmant ainsi que les choix narratifs (ici l’album raconte l’histoire des supposés Mr Drum et Mr Heart, présentés comme les Ying et Yang sonores de la nouvelle expérience Liars) sont surtout des choix théoriques, des postures artistiques très intéressantes et fascinantes mais dont les contraintes sur le travail de composition et d’écriture restent toutes relatives. L’exercice semble plutôt consister à nommer, raconter, expliquer et présenter le travail a posteriori plutôt qu’à le diriger à proprement parler. Et il faut reconnaître que le groupe n’est pas du genre à commencer un enregistrement en s’imposant de telles contraintes. Les contraintes, ils les laissent aux autres.
Bref.
Voilà donc résumé en 11 discs le parcours initiatique d’un groupe majeur. Un groupe appelé à muter, murir et régresser encore de nombreuses fois. Un groupe appelé à changer les choses tout en restant, espérons le, toujours fidèle à cet esprit qui le rend si authentique. Ce résumé est illustré par une collection de 11 titres (un par disc) mixé en une session MP3 downloadable dans la colonne de droite. Considérez cela comme un ultime argument (surement le plus probant) destiné à vous convaincre définitivement de tout le bien que vous devriez, vous aussi, penser des discs de Liars. Ecoutez donc cette compile et procurez vous ensuite leurs discs. Car vous réaliserez bien vite que cette session ne saurais satisfaire à elle seule votre besoin croissant de frissons et d’expérience nouvelle. C’est désormais inexorable !








> Les Liars, du début à la fin
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22 avril 2006, par michelsardou
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23 avril 2006, par david fenech
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24 avril 2006, par aKa
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24 avril 2006, par aKa
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27 avril 2006, par kid charlemagne
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27 avril 2006, par aKa
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5 mai 2006, par G.T.
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18 mai 2006, par alem
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18 mai 2006, par aKa
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30 mai 2006, par Neurone