Le cirque Watson

Patrick Watson jouait aux Bouffes du Nord deux jours après la Soirée de poche. Aussi magique fût cette dernière, le concert, complètement différent de sa prestation acoustique, était lui aussi exceptionnel.

Il m’arrive souvent, quelques jours après une session un peu spéciale avec un artiste - comme une Soirée de poche ou un Concert à emporter -, d’hésiter à aller le voir jouer dans une salle traditionnelle. Pour ne pas gâcher, tout simplement. Pour garder intacte un peu plus longtemps la magie. Je me suis tâtée pour Patrick Watson hier aux Bouffes du Nord, à cause de la Soirée de poche de lundi dernier. On m’a dit la beauté de l’endroit, et que ça allait être une performance tout à fait différente, alors j’ai arrêté de me tâter et j’y suis allée.

C’est grand. Une très grande scène, les musiciens qui jouent à plusieurs mètres l’un de l’autre, un mur qui sert d’écran à des courts-métrages expérimentaux qui montrent eau, ciel, terre, corps. De la réverb, beaucoup ; des larsens, beaucoup aussi. Les excès d’effets en concert ont tendance à m’agacer, ils planquent souvent une voix fausse ou une volonté de montrer qu’on bidouille tu vois on est des révolutionnaires de la musique. Mais là, là ça n’était jamais trop, c’était parfait, c’était juste ce qu’il fallait, ça ne cassait pas les oreilles, ça ne faisait pas mal à la tête, ça ne crispait pas les mâchoires.

Patrick Watson c’est ici le capitaine d’un navire qui tangue, qui tangue, sur une mer démontée, et l’harmonium, lancinant, qui imite le remous lent, et moite. La guitare électrique jette un éclair ci et là, pour faire fuir la scie musicale qui geint comme une sirène, et tout ça, tout ça on l’imagine, Watson droit comme un piquet sur le pont de son bateau, un éclat de rire au coin des lèvres, la main sur la casquette.

Patrick Watson c’est ailleurs le conducteur d’un train fou qui avale des kilomètres rythmés par des marimbas, secouant sa tête comme un enragé, riant comme un furieux. La grosse caisse aux pas lourds qui lui court aprèset manque de le rattraper chaque seconde. Midnight Express, une nouvelle pièce, hitchcockienne.

Des titres comme des compositions pour le cinéma, un concert en forme de film de deux heures et demie. Des mélodies aquatiques au piano comme sur un Mr. Tom que Lynch n’aurait pas renié, ces notes comme autant d’étincelles qui dégringolent. Et derrière, saccadés, ces morceaux de films, des pieds qui remuent la terre sous l’eau.

Watson c’est un drôle de Monsieur Loyal complètement timbré qui s’époumonne dans un mégaphone, c’est son cirque de musiciens qui osent ; des boucles extra-terrestres, des bruits de jouets d’enfant et un ballon de baudruche qui se dégonfle lentement posés sur une mélopée tout ce qu’il y a de plus classique au piano. Watson qui tape comme un fou sur son piano, Simon qui s’effrite les doigts sur sa guitare électrique, Robbie jetant une cymbale qui se fracasse sur le sol. Man Under The Sea entamé sur un des balcons du théâtre, just me, a fish and the sea repris par toute la salle.

Et cette envie pressante de secouer tout son corps d’avant en arrière, sa tête de gauche à droite, vite, plus vite. Ou bien de rester immobile pendant cinq bonnes minutes, complètement hypnotisé par les bulles de fumée et le son des baguettes balais qui caressent la peau tendue, la voix étouffée.

Un concert comme une perle au fond d’une huître, comme un trésor enterré profondément sur une île.

Pour le corps, l’esprit, les yeux et les oreilles.

Photo : Katerina Plevkova

le 7 juillet 2008 par Nora
commentaires •

Le cirque Watson

En fait, au lieu de gâcher ton appréciation sur le concert "traditionnel", je crois que la session "Concert de Poche" t’a complètement séduite d’avance, et que si Patoche avait pété dans le micro, tu aurais aussi trouvé ça génial.

J’y étais aussi, ce soir là (aux Bouffes), mais pas plus de 45minutes. Au bout d’un moment, c’est tout juste insupportable. Souvent, devant l’ampleur du consensus, de la hype, du culte qui entourent un artiste, on préfère se taire quand on ne partage pas cette ferveur, histoire de pas trop passer pour un con, un inculte...

Mais là, c’est juste plus possible de la fermer, et disons le haut et fort : Patrick Watson, c’est de la SOUPE. Et tiède, en plus.

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7 juillet, par Marsellus

RE : Le cirque Watson

De la soupe, je ne sais pas, mais c’est peut-être un peu lapidaire non ? Mais je dois quand même avouer qu’il avait presque fini par m’agacer avec sa p...n de pédale de delay au Trabendo, en mars. Quand on rien d’autre à proposer au client que ses petits effets à trois francs six sous, je veux bien (mais alors sans moi !), mais là, non.... c’est abusé !

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7 juillet, par Bruno

RE : Le cirque Watson

"si Patoche avait pété dans le micro, tu aurais aussi trouvé ça génial" ah oui excuse-moi marsellus, tu as raison, j’avais oublié à quel point je suis complètement stupide, qu’écrire un billet positif sur le concert d’un artiste c’est complètement bidon, et que ça ne représente rien du tout. mais tu sais mieux que moi, évidemment.

consensus ? hype ? je ne connaissais pas patrick watson avant que chryde ait l’idée de faire une soirée de poche avec le groupe. et la musique du groupe m’a plue. que tu ne sois pas d’accord avec moi, c’est une chose, mais que tu sois aussi agressif et que tu considères ton opinion comme parole de prophète c’en est une autre, et là c’est moi qui ne suis pas d’accord avec cette façon de faire.

ce serait bien de mesurer ses propos et d’être tolérant quand on décide de laisser un commentaire.

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7 juillet, par Nora

RE : Le cirque Watson

Un pet de Patrick Watson (amplifié et accompagné par son excellent percussionniste), un rot de Chan Marshall, un gargarisme de Will Oldham ou un couinement de Lou Barlow, je ne sais pas pourquoi, mais je crois que ça arriverait encore à me toucher...

Quant à être de la soupe, je parlerais plutôt de velouté, relevé, gouteux, artisanal, avec des bons gros morceaux dedans et une saveur unique... tout le contraire du lyophilisé.

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7 juillet, par rockoh

Le cirque Watson

Nora, désolé si j’ai paru si agressif (c’était pas le but), et ne pense pas un seul instant que je considère ma parole "prophétique" ; je n’ai jamais non plus, ne serait-ce qu’insinué, qu’un billet positif "c’est complètement bidon". Tu t’es un peu emportée, ça arrive (un peu comme moi à la lecture de tes dythirambes sur PW, que je trouve totalement surestimé comme artiste, mais c’est mon opinion perso). Rockoh,malgré ses goûts fort douteux (je blaaague), l’a pris avec humour - et inspiré, en plus ! - et ça ne mérite pas autre chose. Peace.

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7 juillet, par Marsellus

Le cirque Watson

Je n’étais pas aux Bouffes du Nord, mais j’étais au Trabendo en mars. Ma première impression fut que Patrick Watson avait confié son répertoire à un autre groupe revisitant les morceaux si léchés de l’album dans plusieurs styles différents, de l’indus à des trucs beaucoup plus bruitiste et expérimentaux. PW, rigolard, semblait chercher à savoir jusqu’où il pouvait pousser le foutage de gueule, et jusqu’où le public parisianno-branchouille du Trabendo pousserait, lui, son idôlatrie. Parfois, c’était un peu trop. On avait envie de dire "chante au lieu de rire dans ton micro". Et pourtant, au détour de certains morceaux, le cataclysme laissait entendre de réels éclats de génie et de grâce. Malgré un public visiblement mal à l’aise avec l’anglais (des français normaux, quoi) que PW avait du mal à tirer à lui, des morceaux comme Man under the sea ou The Great Escape furent de toute beauté. Pour quelques moment magnifiques de ce genre, j’accepte tous les foutages de gueule.

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8 juillet, par Albatrours

1ère partie

avez vous vu la première partie de watson & co. c’était un groupe de 3 garçons qui s appelle Revolver je crois, vraiment intéressant !

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9 juillet, par andré

Le cirque Watson

Apres la 1ère partie , Revolver , surprenante ( certes teintée de Beatles ....) , quel ne fut pas mon embarras aprés 30 min de show de Piwi ( oui , c’est comme ca que je l’appelle le Patrick Watson !) ....Je fus un peu déconcerté , agacé meme .... Je prends acte que ce fut là le dernier concert de sa tournée , mais malheureusement , je dois concéder le fait que Piwi m’a semblé surjoué avec sa voix ,ses déplacements hors scène , ses arrangements expérimentaux ( évitables à mon avis ) avec ses musiciens et l’ennui m’enveloppa rapidement ....Pourtant , lors du Festival des Inrocks 2007 , il fut plutot concis , émouvant et fortement efficace ..... Heureusement que la salle majestueuse et unique des Bouffes du Nord combla ce déficit ..... Bref , son album "Close to paradise" est sublime ; mais ce soir là , je ne fus pas si "close" que ca....

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9 juillet, par hugo

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