Khaled AlJaramani & Serge Teyssot-Gay

Le mélange des genres, c’est un peu le thème de ce billet. Mais un mélange qui lie le oud à la guitare électrique. L’exercice est souvent périlleux, la tentation est chaque fois grande de cataloguer ça dans du folklorisme bon teint. Ou alors, c’est beau.

Dans le rôle du passeur occidental, Serge Teyssot-Gay, le guitariste de Noir Désir. En 2001, il avait déjà pris des directions plus complexes et moins faciles d’approche que celles du groupe bordelais : c’est le souvenir d’un homme seul, la tête rasée courbée sur le micro, le vêtement tombant sur sa silhouette décharnée. A l’époque, il reprenait seul sur scène les textes de l’écrivain Georges Hyvernaud, tirés de La Peau et les Os. Une difficile entrée en matière, torturée, littéraire, à vrai dire pas toujours accessible pour celui qui n’avais écouté que les albums de Noir Désir. Mais la lecture - avec une voix grave, soufflante - était portée par le jeu de guitare de Serge Teyssot-Gay, quelque chose de très clair, loin d’un magma sonore brouillon et noisy. Plus une ambiance qu’un jeu d’ailleurs.

J’ai trouvé des passerelles évidentes quand, en 2005, sort « InterzOne ». Ce disque, je l’avais bêtement oublié quand j’avais fait état de mes coups de coeur de l’année sur la Blogothèque. Sorti relativement discrètement, « InterzOne » est surtout la rencontre de Serge Teyssot-Gay avec Khaled AlJaramani, joueur de oud. Soyons clair, les disques pseudo-folkloriques, très peu pour moi. Celui-là en est loin, loin d’une musique-du-monde-qui-tâche, quelque chose de vaguement connu sans être banal. J’avais eu cette même impression en voyage à Istanbul : une ville trop européenne pour être totalement dépaysante mais dont une grande partie m’échappait, m’intriguait. Une sorte de familiarité rassurante mais qui ne satisfait pas complètement la curiosité. C’est exactement la même chose pour ce disque, les deux musiciens se répondent et laissent l’autre prendre ses aises. C’est électrique, enlevé, bourré d’envolées musicales, de cavalcades, de dialogues.

Le hasard a voulu que je ressorte ce disque pour vous en toucher deux mots au moment même où une « suite » est donnée. Elle s’appelle « Interzone - Deuxième jour ». L’album est en train d’arriver chez moi, je n’en sais pas plus, je suis impatient de l’entendre.

Il semble toujours proche de l’esprit du premier. Et s’il n’y avait que ça à dire... Ce billet est sans doute le premier d’une série destinée au oud et aux disques qui y sont liés. A bientôt.

le 20 février 2007 par Furax

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