Jour 29

Mon autre disque de chevet est aussi l’oeuvre d’un new-yorkais ayant consacré sa vie à faire reculer les limites de la création. Et c’est grâce à Honest Jones, jusqu’ici spécialisé dans les rééditions soul, qu’une anthologie aussi copieuse qu’intelligemment élaborée voit aujourd’hui le jour. Un accident rend aveugle Louis Hardin à l’âge de 16 ans : il profite de son transfert dans une école spécialisée pour approfondir son apprentissage de la musique. Mais c’est sur les trottoirs de New-York, habillé en viking et jouant d’instruments qu’il a lui-même conçus, qu’il se fait connaître sous le nom de Moondog.

A ce stade du récit, il me paraît important de souligner là aussi que son oeuvre est aussi variée, composée à la fois de pièces très minimalistes enregistrées en basse fidélité que d’enregistrements symphoniques, qu’accessible aux barbares qui ne comprennent rien à l’avant-garde comme moi. Il a commencé à enregistrer sous l’impulsion d’un commerçant new-yorkais qui, plutôt que de le virer de son trottoir, lui a proposé de l’héberger sur son label ; mais c’est grâce au soutien de Janis Joplin et de Jim Guercio des Mothers of Invention qu’il signe chez Columbia en 1969 à l’âge de 53 ans. Sur son premier long format, il grave « Bird’s Lament », son hommage à Charlie Parker qui, remixé après sa disparition par Mr Scruff, deviendra le berceau sonore des pubs France Télécom sous le nom de « Get A Move On ». Sur le second, il chante de courtes incantations rythmées qui préfigurent le répertoire de Robert Wyatt, un autre barbu qui aura appris à surpasser son handicap grâce à la musique.

« The Viking of the Sixth Avenue », la compilation publiée par Honest Jones, vient aussi bien puiser parmi les 78 tours que les 33 tours, sans oublier ceux réalisés dans les années 70 lors de sa retraire en Allemagne. Le disque s’achève même sur une pièce répétitive conçue comme un canon, basée sur la même note que les chants tibétains et publiée sur un de ses derniers albums, « Big Band » (1995).

Contrairement à Russel, peu de matière inédite subsiste : si Moondog a beaucoup écrit, et sur une période de temps plus longue (il a disparu à l’âge de 83 ans, moins d’un mois après avoir donné un dernier concert), il a peu enregistré. Sa musique, par contre, sonne aussi de manière intemporelle. Le transfert numérique et la mise sous boîtier cristal n’ont pas altéré son originalité ni sa modernité. Et cette introduction rêvée (c’est bien la première fois que je suis tenté de faire rimer ce terme avec « cédé ») me fait ravaler tous mes discours alarmistes quant à l’avenir du compact-disc face à l’inexorable expansion du digital : tant qu’il restera des labels susceptibles de ressortir Arthur Russel ou Moondog dans des éditions qui font honneur aux artistes, il y aura toujours des mélomanes (terme choisi en hommage à ces flexi-disques promotionnels de la Deutsche Grammofon qui débutaient invariablement par la formule suivante : « ami mélomane, bonjour ») désireux de les acheter.

Parce que partage et conservation ne sont pas des notions totalement opposées, et parce qu’on se sent aussi fiers de les posséder que de prendre le temps d’écrire à leur sujet dans l’espoir réaliste que le cercle de ceux-qui-n’en-ont-jamais-entendu-parler soit chaque jour élargi. Ne jamais les avoir écouté, c’est comme passer à côté du Velvet Underground ou des Stooges. Ne pas les avoir chez soi, c’est comme se priver de l’essentiel : on arrive à vivre sans, mais c’est quand même moins bien.

le 18 juillet 2006 par
commentaires •

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18 juillet 2006, par david fenech

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Oui on peut encore une fois taper dans nos mains pour remercier Honets Jones

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18 juillet 2006, par SdC

> Jour 29

S’il existe effectivement plusieurs disques de Moondog disponibles, il n’est pas ncessairement vident de les trouver et le profane ne sait pas ncessairement par o commencer. La compilation de Honest Jon est en cela une grande russite. On y dcouvre les multiples facettes de Moondog qui rappelle la fois les Mar-keys, la musique concrete et Pascal Comelade. J’ai achet ce disque en avril dernier dans la boutique Honest Jon de Nothing Hill l’occasion d’un week-end Londres et je la recommande vivement, tout comme Philippe. Je recommande aussi pour ceux qui en ont l’occasion, d’aller dans ce magasin de disques londonien o l’on trouve quelques merveilles - pour moi Arturo Verocai sur recommandation du spcialiste brsilien de la Blogothque.

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18 juillet 2006, par Kid Charlemagne

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un disque Moondog Rare Material vient de sortir sur le mme label qui a aussi dit Moondog in Germany et qui voque la dernire priode o celui ci habitait en Allemagne. La premire fois o j’ai entendu parler de ce super hros (croisement entre Thor et Daredevil) c’est par le biais de Stephan Eicher qui l’avait invit sur je ne sais plus quel disque. J’aime bien ce biais, un tube, un chanteur, une interview et une belle dcouverte.

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19 juillet 2006, par genty

> Jour 29

Moi aussi je crois que j’ai entendu parler pour la premire fois de Moondog par Stphane Eicher

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19 juillet 2006, par joe

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24 juillet 2006, par fr32c

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Tu m’avais conseill ce disque dans un vide grenier organis par Isabelle, je l’ai achet et ne l’ai point regrett...

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26 juillet 2006, par Violaine schütz

Jour 29

perso j’aime bien elpmas de Moondog ce disque me dtend beaucoup.

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1er juin 2007, par waheu

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