
Je n’ai pas écouté Boxer
J’avais décidé de ne pas écouter Boxer jusqu’à sa sortie, de réserver mes oreilles pour le jour J, de faire le chemin fébrile jusque chez le disquaire pour découvrir l’album. J’ai tenu le coup.
Il a fallu éviter les amis qui vous envoient des liens, les mp3 blogs qui débutent le décortiquage de l’album, Vincent Moon qui m’en touche deux mots lors d’une conversation, les critiques de l’album qui fleurissent un peu partout. J’ai même arrêté ma fréquentation du forum des amateurs du groupe, laissant à d’autres le soin d’y déplorer le manque de ceci, la présence de cela. Ce que je voulais, c’était ne pas écouter Boxer saucissonné dans un dossier zipé. Revenir à la source source. Etre l’amateur orthodoxe. Allez chercher l’album en vrai, à sa sortie.
La première personne à en rire fut Matt Berninger, le chanteur du groupe...
C’est que, par un concours de circonstances, je me suis retrouvé à dîner avec une délégation de The National le mois dernier dans Paris. Une sorte de chose assez folle, eu égard au respect que je porte à ce groupe. A la table, ils parlaient de l’album, pas moi. Matt Berninger et Aaron Dessner considéraient que la fuite de l’album était une bonne chose.
The National n’est pas Yvette Horner
Durant presque deux mois, Boxer a joué avec moi, se faisant oublier, puis revenant en tête comme un chant de sirène. Pour trouver une échappatoire, je suis allé chez le disquaire. Mauvaise idée, la semaine dernière, le 7’’ vinyle de The National, Mistaken for strangers, était déjà dans les bacs. Et au courrier du soir, dans son emballage en carton, le même, mais en version CD, était arrivé du Royaume-Uni. L’un comme l’autre n’ont pas été écoutés. Le lendemain, c’est Libération qui proposait de gagner un CD trois titres du groupe en renvoyant un coupon de participation.
Pour me distraire de mon petit vinyle noir et jaune, j’ai également acheté le dernier album de Luz (son dernier illustré), Je n’aime pas la chanson française. Vers la fin du livre, après avoir consciencieusement tapé sur Delerm, Cali, Sansévérino, on y trouve un passage sur Yvette Horner. Luz lui rend hommage. Il a raison. J’étais au même bal que lui en décembre dernier, nous avons vu la même chose, le même suppositoire blanc coiffé orange vif faire danser une salle entière. Ce soir-là , j’ai abordé Luz, tout étonné de le rencontrer dans ces lieux. Après quelques propos échangés, nous étions arrivé à la conclusion que Laurent Garnier serait le Yvette Horner de demain. C’est un peu raccourci comme raisonnement, mais l’idée générale était là [1].
Tout ça partait d’une question simple : qu’est ce qui fait un artiste populaire ? Je me suis posé la même question à propos de The National. Au fond, de Boxer et du groupe, je n’attends justement pas qu’ils convainquent la moitié des fans de rock du bien-fondé des éloges qui leur sont adressés, je n’attends pas à ce qu’il remplisse des pelouses entières de fans dans les festivals. Je veux que The National continue d’être ce groupe discret si talentueux.
I won’t fuck us over, I’m Mr. November
Avant Boxer, il y a eu Alligator, bizarrement absent des grandes rétrospectives discographiques de 2005. L’explication vient sans doute du fait qu’Alligator était tout simplement au niveau de Sad Songs For Dirty Lovers et qu’il ne fallait pas en faire plus pour être un très grand disque. Sad Songs aimé, Sad Songs encensé, Sad Songs qui déchire sa maman. Pourquoi en demander plus, Alligator était tout aussi magnifique. Boxer pourrait être tout aussi classieux. Et ne pas l’écouter, juste en entendre le bruit autour, en voir la fumée sans en apercevoir l’origine rend les choses encore plus décalées.
On m’a dit de réécouter les Tindersticks pour passer le temps, on a trouvé à The National une parenté avec Certain General, tout ça pour me faire patienter. Et je n’avais que Fake Empire à me mettre sous la dent. Beggars avait laissé le morceau se répandre sur internet, histoire de faire vivre l’album avant même sa sortie. Dans cette introduction, il y a The National tout entier, et une trompette. Depuis l’invention de la trompette (qui, comme tout le monde le sait, a été uniquement inventée pour entrer en scène à la 109e seconde de Alone Again Or de Love), rarement l’utilisation de l’instrument dans le rock ne m’avait marqué. Et là , par petites touches, passant au dessus de la batterie, la trompette n’avait sans doute jamais été utilisée de manière aussi frissonnante.
Padma Newsome, indispensable
J’ai bien lu que sur Boxer, Berninger ne crie plus. C’est bien dommage, on ne me verra plus hurler à tue-tête sur le titre Kalachnikov qu’est Mr November, seul dans mon séjour.
Crier, c’est brutalement mâle sans doute, c’est basiquement rock’n’roll. Mais même dans cet acte le plus primal qui soit, Berninger, ses auditeurs, ses spectateurs, tous hurlant à s’en faire péter les cordes vocales, restent dignes, beaux, grands, habités d’une rage classieuse, secouant la tête, recroquevillés sur place ou ouvrant la gorge vers le plafond de la salle de concert. Comme ce soir de concert organisé au bar de Barbey à Bordeaux, où Matt, arc-bouté sur le pied de micro, rentrait dans la foule, les yeux clos.
Ce disque, je me l’imagine plein de progressions d’accords à donner le frisson, la batterie en contrepoint des nappes de guitares cristallines. C’est du rock, mais avec une mélodie. Et la mélancolie du violon de Padma Newsome. J’y rajoute une lampée de bourbon pour parfaire le tout.
On ne fait pas assez cas de l’importance immense qu’a Padma dans ce qui va se passer sur ce disque. Sur la vidéo de Start A War, filmée par Vincent Moon pour les Concerts à emporter, on le voit passer derrière chacun autour de la table, glissant un mot pour donner le rythme à suivre, encourageant les autres à continuer. Il est la baguette du chef d’orchestre. The National est le plus grand groupe du monde parce qu’il a une production qui va de pair.
The National ne défaillira sans doute pas sur Boxer parce qu’il y a la voix de Matt Berninger qui, de son souffle chaud va laisser filer les mots mélancoliques qu’on voudrait bien pouvoir dire, avec le même ton, la même prestance légèrement vacillante. A écouter, on entendrait presque le décollement de ses deux lèvres et le souffle passer entre, jusqu’au micro.
Quand le groupe joue, même fatigué au retour d’une tournée australienne, il donne des moments de grâce absolue. About Today, à la Guinguette pirate, en décembre 2005 est de ceux-là . La montée des arpèges de guitares et cette explosion de batterie, c’est d’une force hors du commun. Cherry Tree (ici lors de leur Black session il y a deux ans) est du même tonneau.
Au fond, attendre un album avec autant de ferveur, sans avoir même le moindre doute quant à sa qualité, c’est juste revoir une fille qu’on a légèrement perdue de vue. Je suis tombé amoureux de leur musique dans une salle de concert, avec moins de quarante personnes dans la salle. J’ai pris une claque en pleine gueule. Et hier soir, en retournant les voir sans m’être fait à leur disque, je repartais un peu vierge, prêt à renouveler la nuit de noces.












































Je n’ai pas écouté Boxer
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26 mai 2007, par PFMGJr
Je n’ai pas écouté Boxer
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27 mai 2007, par ledijojo
Je n’ai pas écouté Boxer
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27 mai 2007, par Zim
Je n’ai pas écouté Boxer
parfait ce groupe est parfait !
par contre je vois pas ce que vient foutre l les tindersticks..je comprend bien la parent musicale mais autant the national te donne des frissons autant les tindersticks te plongent dans un coma des plus profonds et puis la voix de chvre famlique de stuart staples me gonfle au plus haut point.d’un ct tu as des sentiments exprims avec lgance et dignit, de l’autre tu as un vieux bouc qui ble et geint
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30 mai 2007, par wolfie
RE : Je n’ai pas écouté Boxer
euh...t’es sur que tu confonds Stuart Staples avec Julien Clerc ???
Rcoute les deux premiers albums et tu y verras peut-tre plus clair.
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7 juin 2007, par ledijojo
RE : Je n’ai pas écouté Boxer
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11 juin 2007, par wolfie
Je n’ai pas écouté Boxer
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1er juin 2007, par Ethel
Je n’ai pas écouté Boxer
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7 juin 2007, par Fabrice
Je n’ai pas écouté Boxer
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8 juin 2007, par Ethel
Je n’ai pas écouté Boxer
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19 juin 2007, par un courageux anonyme
Je n’ai pas écouté Boxer
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29 juin 2007, par MA
Moi, j’ai écouté Boxer
Moi, j’ai écouté Boxer, mais je n’en ferai pas un article.
C’est toujours la même chose avec The National : tout le monde a envie de croire que c’est le plus grand groupe du monde mais il suffit de subir l’écoute d’un de leurs albums en entier pour changer d’avis... Jusqu’à la prochaine fois ?
On a le droit de ne pas aimer The National, Beyrouth, etc..., et de suivre attentivement la Blogothèque, j’espère... ( ;))
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9 mars, par Gorki
RE : Moi, j’ai écouté Boxer
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16 novembre, par slow dancer