J’y vais mais j’ai peur

Hier soir, Promise and the Monster jouait pour la première fois devant le public des Femmes s’en mêlent onzièmes du nom, et j’ai crû à plusieurs reprises qu’elle allait nous claquer dans les pattes.
C’était au Centre culturel suédois, dans le Marais à Paris, bel endroit classieux avec cour en gravillons, sculptures contemporaines dans le jardin, des ouvreuses gigantesques et un petit auditorium au son enrobé. Billie Lindahl, alias Promise and the Monster, fille translucide restée coincée dans le décor de Gosford Park, est entrée par le côté comme on met le pied dans une fosse aux lions, à peine plus confiante que l’année dernière, quand elle avait assuré la première partie de My Brightest Diamond à la Maroquinerie sans trop lever les yeux vers le public.

On a retrouvé la même guitariste surdouée, la vingtaine à peine conquise, cette voix blanche effilochée encore un peu plus par l’écho qu’elle lui impose. Tout ce qui approche Billie Lindahl semble voué à s’effriter et c’est cette bulle glacée qui protège la Suédoise contre le cours du monde, qui lui permet de manger des pommes en ayant l’air d’attendre d’un moment à l’autre la mort de René Coty alors qu’à côté d’elle tout le monde vide des bières en matant des photos sur son iPhone.

Mais une fois guitare en main, toute cette fragilité mal portée, presque désagréable à voir, devient une force sans faille, celle qui portait également Cat Power à ses débuts. Hier, Promise and the Monster a fait naître la rarissime sensation qu’elle mettait vraiment, réellement, toute sa vie dans le moment, qu’au moindre dérapage c’était l’apoplexie.
C’était incroyablement beau et puissant, et peu à peu l’air s’est durci. Elle a commencé à boucler quelques lignes mélodiques, à enchevêtrer ses mélodies dans une savante déconstruction, à se compliquer la vie comme pour s’occuper la tête. Puis elle s’est levée, les yeux plantés dans ceux du public figé par cette fille pâle en train d’escalader un glacier en robe du soir, et elle a jeté tout l’air contenu dans ses poumons, toute son éducation qu’on s’imagine pas funky, tout son talent de chanteuse à la voix solide comme un fil de soie, tout son personnage de fille broyée par les sentiments.

Elle a tout bazardé et chanté comme devait chanter Bessie Smith les soirs d’épuisement, avant de s’éteindre dans un souffle rauque, de toiser la salle et de quitter la fosse aux lions avec la démarche troublée des gens qui viennent de faire ce dont ils ne se sentaient pas capables.

Elle joue ce soir à Toulouse avec Moriarty et encore un peu partout en France pendant le festival, allez-y les yeux fermés.

(Photo Björn Bergenheim)

le 19 avril 2008 par DJ Barney
commentaires •

J’y vais mais j’ai peur

pour info, un concert a emporter a ete fait avant le concert... bientot en ligne je l’espere a suivre....

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21 avril, par valerie

J’y vais mais j’ai peur

^^^ ha ça c’est une bonne nouvelle ! J’étais au concert et c’était magnifique, et drôlement bien décrit

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21 avril, par Nannig

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