Introduction

C’est un homme qui ne dort plus qui s’adresse à vous. Un internaute au bout de son disque dur. Un récidiviste du clic-droit-enregistrer-sous. Un amateur de musique en pleine contradiction avec lui-même, qui écoute des vinyles dans son salon et des MP3 sur son ordinateur, qui se dit attaché à la valeur du disque en tant qu’objet mais se constitue en parallèle une discothèque numérique, qui se défend de n’avoir jamais volé mais télécharge illégalement tout ce qu’il trouve sur la toile. En deux mois, j’ai dû chaparder quelque chose comme 170 références depuis que j’ai découvert les blogs MP3 proposant des albums complets. Après deux ou trois essais « pour voir », je suis rapidement tombé accro et j’ai pris un abonnement chez un hébergeur de fichiers que je ne nommerai pas pour ne pas lui faire de publicité. Devant la variété de l’offre, surpassant toutes les demandes qui auraient pu me venir à l’esprit, j’ai cédé. Je suis passé du côté obscur.

Ma respiration a un peu changé depuis. Pour ce qu’il en reste : tous les soirs, devant l’écran plat de mes nuits blanches, j’ai le souffle coupé en découvrant les richesses offertes par des particuliers ayant eu la patience d’encoder leur discothèque. Des nouveautés pas encore sur le marché, des chefs d’oeuvres oubliés, des bandes originales de films obscurs, des disques que j’ai toujours eu envie d’écouter sans jamais avoir eu l’occasion de mettre la main dessus, des concerts jamais publiés, des coffrets aux prix prohibitifs... c’est sans fin. Le premier jour, j’ai saturé l’hébergeur qui m’a fait parvenir un petit avis de démission : quota quotidien de 3 Go atteint, va te reposer et reviens demain. Demain ? Mais c’est quand demain ? Et est-ce qu’il ne sera pas trop tard ?

Je me rends compte que, si ça se trouve, vous ne savez absolument pas de quoi je suis en train de parler. Et même si j’ai tendance à penser que c’est mieux ainsi, tant pour le bien de l’industrie du disque que pour votre hygiène de vie, je vous dois quand même quelques explications. Si vous avez entendu parler de la fureur des blogs sur Internet, vous êtes peut-être moins au courant du développement de ceux qui proposent à leurs lecteurs, en plus d’un avis renseigné sur les nouveautés les plus pointues, des extraits musicaux sous la forme de fichiers téléchargeables. Si tous sont proposés à titre d’échantillon et pendant une courte période de temps, ils ne proviennent pas toujours de sites officiels et s’apparentent parfois à des fuites organisées pour le plus grand plaisir de ceux qui ont du mal à attendre la date de sortie commerciale. Les ayant-droits s’estimant floués ont toujours la possibilité de les faire retirer de la circulation en envoyant une requête au blog en question qui s’engage théoriquement à respecter leur volonté dans les plus brefs délais.

Mais une fois la porte ouverte, les principes allaient évidemment s’effondrer. Petit à petit, certains blogs allaient se mettre à proposer des albums complets en téléchargement, ne prétextant même plus une quelconque démarche critique pour se justifier (même si les plus hypocrites continuent des mises en garde du genre : ces fichiers sont proposés simplement pour évaluation, merci de les effacer au bout de 24 heures de votre disque dur...). Une minorité met en ligne des oeuvres difficiles à trouver. Mais la plupart proposent des nouveautés, quand ce ne sont pas carrément des avant-premières. Si certaines étaient déjà disponibles via le peer-to-peer, il n’est désormais plus nécessaire d’installer un logiciel, de s’inscrire auprès d’une communauté ou de piocher dans le disque dur d’un internaute. Il suffit juste de savoir décompresser un fichier .rar ou .zip d’une taille de 50 à 100 Mo que l’on télécharge auprès d’un hébergeur peu regardant mais jamais désintéressé. C’est plus facile (fini la pêche aux morceaux : le fichier contient l’intégralité des pistes, voir même le scan de la pochette et du livret), plus sûr (pas de bidonnage), plus rapide (quelques minutes pour un album complet) et forcément encore plus tentant. Autant dire que je n’allais pas y résister très longtemps.

Il suffit d’en trouver un pour découvrir les autres : de liens en liens, de jour en jour, de nouveaux blogs MP3 apparaissent. Des annuaires en ligne existent, actualisés aussi vite que va le net. Le phénomène est loin d’avoir une portée anecdotique : il accroît quotidiennement le nombre de ses adeptes. Parlons-en des adeptes puisque j’en suis devenu un : ils se transforment vite en êtres asociaux et monomaniaques, ne vivant que pour assouvir un seul instinct, celui de télécharger de nouveaux albums histoire de rentabiliser leur forfait. Des papillons de nuit irrésistiblement attirés par la lueur d’un écran, volant d’un blog à un autre, pris dans une course effrénée. J’en ai passé des nuits à cliquer, négligeant ma vie de couple, prenant sur mon sommeil, pour avoir encore plus de musique à écouter. Comme si j’avais déjà épuisé l’intégralité de ma discothèque vinyle et numérique...

Alors j’ai décidé que le ridicule ne l’emporterait pas. Enfin : pas tout de suite. Pour un mois, j’ai décidé de me mettre à la diète. Mon abonnement à l’hébergeur de fichiers venant à échéance, j’ai décidé de ne pas le renouveler, histoire de me sortir de cette situation de dépendance dont je suis la victime consentante. Evidemment, l’envie de recommencer l’expérience d’un journal thématique était aussi tentante, sans savoir si ce dernier me donnerait autant matière à digresser que celui consacré à mon régime il y a deux ans (épuisé à ce jour, mais j’attends toujours une proposition de contrat de la part des éditions Lattès qui fera de moi la Rika Zaraï du fanzinat pop). J’en ai pourtant très envie. Je suis même prêt à passer quelques heures supplémentaires face à mon écran pour cela, même si ma vie de couple et mon sommeil s’en trouvent à nouveau menacés. Je ne sais plus quel imbécile à dit qu’il fallait souffrir pour écrire, mais celui-là, je suis sûr qu’il n’avait pas le haut-débit chez lui. Ni un goût prononcé pour la pop en tous genres et les vestes à frange.

le 19 juin 2006 par
commentaires •

> Premier chapitre

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14 juin 2006, par Zitoun

> Introduction

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18 juin 2006, par Feydhakin

> c’est mieux comme ca...

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19 juin 2006, par selsek

> Introduction

Fais donc pas le con Dumez, tiens puisque ca commence aujourd’hui pour feter l’evenement je t’invite de bon coeur sur Oink Oink mon cochon. Tu vas voir c’est de la bonne came, il y a tout ce que t’aime, allez laisse toi aller. Laisse ton mail vas y...

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19 juin 2006, par jean-charles boute en train

RE : > Introduction

MwhAHHahAHha !

Bien vu jean-charles !

...

Heu, il t’en reste un peu, de ta came ?  ;)

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19 juin 2006, par Zitoun

> Introduction

quels sont donc ces fabuleux sites lp que tu as trouvs ces derniers temps ? je ne suis pas la dite...

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19 juin 2006, par ogobo

Bonjour Mr Dumez...

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19 juin 2006, par PrincessH

Des urls siouplait ?

Moi aussi j’ai envie de tlcharger des jolies musiques. O c’est qu’on peut faire a, Msieur ???

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23 juin 2006, par kAD

> Introduction

Mal ? Qu’est-ce qui est mal ? Le mal, c’est subjectif ... et personnelement , je doute du pseudo-mal que cela engrendrerait ... au contraire ... je crois que c’est un enrichissement fort ... Le bien, le mal ... c’est juste les ides qu’on donne aux enfants, pour les guider par rapport notre propre exprience ... pour qu’ils fassent ce qui est bien par rapport nos penses ... c’est naf de croire que a existe, c’est juste une illusion ... Meuh ?

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25 juin 2006, par Telenna

> Introduction

Moi aussi, je suis un addict du blog mp3. C’est vrai avant il ne mettait qu’un ou 2 morceaux d’album en coute, c’tait dja bien ( ex : soulside) mais maintenant qu’ils mettent les albums en entier je suis comme toi je pte les plombs. Lorsque je vois toutes ces rarets des catalogues cti, kudu, ces b.o de film introuvable etc, je deviens fou. . Le seul problme c’est que j’ai pas le temps de tout cout. Ou alors j’coute mal c’est dire une fois ou deux l’album. Alors que dans ma jeunesse un lp me faisait un mois d’coute attentive. Je ne sais pas si c’est un progrs.

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29 juin 2006, par pusherman

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