
Hey Mate(s) !
Il y a tellement de choses qui font qu’à première vue, les Mates of State sont le genre de groupe qu’on regarde passer avec un peu de sympathie et pas mal de condescendance, avant de soigneusement les oublier. Regardez-les, ces deux benêts qui sont toujours aussi fous amoureux l’un de l’autre, qui mettent des cœurs partout. Regardez-les chanter comme des adolescents attardés des mélodies pop qui semblent toutes simples, toutes brillantes et lustrées. Regardez-les avec leur bonne bouille, leur exubérance pleine de sucre.
Pourtant, Re-Arrange Us, avec tous ses défauts et tous ses travers irritants, avec sa part d’ombre, est peut-être un des très bons disques de l’année. Un de ceux auxquels on revient tout le temps, presque malgré soi.
C’est qu’il faut dire que la spécialité des Mates, c’est bel et bien le paradoxe : ils ont grandi et s’ils chantent toujours comme des ados insouciants, les voilà qui parlent principalement de leur vie rangée et heureuse de couple marié et de parents, confrontés aux responsabilités, au conformisme d’une banlieue résidentielle, à l’ennui aussi parfois et à tout ce qui peut faire qu’un couple s’essouffle et tient quand même le coup. Ils abordent même le temps d’une chanson l’idée de la rupture (“I had a dream last night that we lost the fight”). On est assez loin de l’innocence des débuts, au moins dans le fond. Dans la forme, le groupe n’a toujours pas cédé au minimalisme ambiant. Au contraire, on se jette toujours autant à fond dans la mêlée, on est toujours aussi décidé à en faire des caisses. Des kilo-caisses. On flirte avec le trop, sur chaque chanson, à chaque moment. Pas très étonnant dès lors qu’on frôle l’indigestion en permanence sur un disque par ailleurs plutôt court.
Ça harmonise en chœur dans tous les sens, ça rajoute des lignes de clavier, ça remet des couches de batteries. Mais, à l’inverse de certains de leurs disques précédents, cet album est peut-être celui où le couple introduit le plus de nouveaux instruments, où le son prend le plus de rondeurs : moins d’orgues et plus de piano, des cordes, à foison, un peu comme sur le Bring It Back de 2006, mais aussi des cuivres, trompette en tête.
Et voilà, il faut bien une bande-son pour ces moments où subitement la vie mord plus fort. C’est là qu’ils font merveille. Lorsqu’il faut quelque chose pour accompagner la sensation que le bitume se parcourt en bondissant, lorsqu’il faut quelques notes qui aillent exactement à la bonne vitesse pour accompagner les montées d’adrénaline. “Get Better”, “My Only Offer” et les autres, autant de chansons qui sont exactement dans le bon tempo : juste un petit peu plus rapide que vos pas, et en même temps aussi plombantes que ce qui vous traverse le bide. C’est pour ces moments où on a besoin que quelqu’un clame tout haut ce que l’on se répète à demi-voix, quand il nous faut croire le temps d’une chanson que tout peut être plus simple, que tout peut s’arranger, quand on a besoin de prendre patience et de prendre feu en même temps.
Et puis, il y a “Great Dane”, presque en bout de disque. Un monument de rupture et de choix bizarres, une chanson qui prend tous les vents contraires : elle part dans le même mouvement sur des chœurs pop légers et pleins de soleil et une ligne mélodique en contrepoint beaucoup plus lancinante, puis se jette dans des arpèges de piano qui débarquent sans prévenir, avant de tout recommencer dans le désordre. Une chanson qui décolle et s’effondre en même temps. Une (très) belle image.
Images :
Poster par The Small Stakes
Bandeau par Dcodez











Hey Mate(s) !
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2 décembre 2008, par Kid Charlemagne