Grizzly Bear, en 10 morceaux

Avec Yellow House, les Grizzly Bear ont réussi un album dense et captivant. Ils ont surtout appris à se connaître, à travailler à quatre. Histoire de quatre garçons qui ont appris à devenir un groupe, et des dix chansons qui les y ont aidés.

On avait touché du doigt un groupe étrange, auteur d’un album (Horn of Plenty) aux contours flous, un disque cotonneux et grouillant, certes attachant mais sans doute trop difficile à saisir, que l’on laissait nous caresser, nous intriguer, en attendant qu’il prenne forme. Il y avait là dedans, sinon une promesse, du moins l’espoir de voir un jour cette nébuleuse de sons se charpenter, se remplir.

C’était il y a un an. Ils n’ont pas mis longtemps : le nouvel album de Grizzly Bear, Yellow House, sort ce lundi. Et l’organisme s’est fait une vertèbre : cet album est plein, calme en surface, dense et ciselé dans ses profondeurs. Un intriguant écran de fumée derrière lequel on distingue des formes séduisantes, abstraites, et qui prennent plus de consistance à chaque écoute. Grizzly Bear n’a pas changé, il reste un groupe d’atmosphères : il a seulement trouvé comment meubler les espaces qu’il ouvrait. Il glisse dans ses nappes des mélodies rétro, des instruments en balade, des élans... Ecoutez ce disque dans une grande pièce, vous aurez le sentiment qu’elle se remplit de leur son.

Entre Horn of Plenty et Yellow House, les Grizzly Bear nous avaient gratifié d’une une sélection riche et bouleversante pour notre mp3 blog, et nous avaient donné l’un de nos meilleurs Concerts à emporter. Nous avions envie de les revoir. Nous l’avons fait. Dans un bar bruyant, pendant deux heures, nous avons disséqué l’album. Morceau par morceau. Où l’on se rend compte que parler de leurs chansons, c’est parler de leurs histoires, et de comment, grâce à elles, un groupe s’est façonné.

Vous pouvez écouter tout l’album tout en lisant cette interview en vous rendant à cette page de leur label Warp

Les Personnages

  • ED - Le fondateur du groupe. Un grand garçon très timide, modeste, et d’une folle gentillesse, qui n’aura de cesse de réviser son rôle Dans l’écriture de l’album. Un garçon heureux d’avoir trouvé un groupe, un vrai.

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  • BEAR - C’est un pur hasard si Chris Bear porte le même nom que le groupe. Il a été le premier à joindre le groupe, y joue les percussions. C’est sans doute le plus effacé des membres.

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  • CHRIS TAYLOR - Sous ses airs farouches, il est le plus volubile quand il s’agit de parler de musique, et plus particulièrement de l’album. Un garçon fasciné par le son. Il passe le concert accroupi autour d’une valise d’instruments.

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  • DANIEL - Le dernier à avoir rejoint le groupe. Très investi, moteur créatif, il est sans doute le plus barré. Sa dernière trouvaille : jouer les Pete Doherty pendant les interviews pour tromper sa paresse communicative. On a fait un combat de fourchettes.

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CHRIS TAYLOR : Yellow House, c’est un peu comme un premier album pour nous. Nous n’avions pas d’autre but, en nous lançant là-dedans, que de voir ce qui pourrait marcher avec nous quatre (Seuls Ed et Chris Bear étaient présents sur Horn of Plenty). Je me suis chargé de la production et du mix de l’album. J’ai essayé de créer un disque à plusieurs niveaux d’écoute, de lui donne à la fois cohérence et diversité. Je voulais qu’on l’apprécie différemment selon qu’on l’écoute dans une pièce ou casque, que certains sons soient chuchotés à l’oreille, d’autres capturés très loin. Je voulais que l’auditeur découvre de nouvelles choses à chaque écoute...

CHANSON 1 : EASIER

DANIEL : Cette chanson, je crois bien l’avoir écrite après avoir écouté le premier album de Grizzly Bear.

ED : Vraiment ? Tu ne me l’avais pas dit...

DANIEL : C’est une chanson sur la maison de mon enfance, une maison qui tombait en ruines...

ED : Yellow House est un disque qui tombe en ruine ! Le titre, c’est le nom de cette maison dans laquelle nous avons enregistré l’album. Et elle se décomposait, littéralement, au fil de l’enregistrement...

LA BLOGOTHEQUE : Dans cette chanson, on entend le vieux piano de Martha, le banjo de Little Brother... Beaucoup d’instruments reviennent, avec leur son bien particulier, par petites touches, semblent faire des apparitions dans plusieurs chansons...

CHRIS TAYLOR : Les chansons venaient d’un petit peu partout. Certaines écrites par Ed, d’autres par Daniel, d’autres par un petit peu tout le monde : pour moi, il était important de leur donner un liant, une même teinte, sans quoi l’album aurait ressemblé à un patchwork incohérent. Et pour ça, je voulais travailler le son de chaque instrument pour qu’il joue son rôle. Un instrument a autant d’expressions possibles qu’une personne, il faut trouver la bonne. Pour le piano de Martha, c’était de lui donner un son lointain, un peu cassé...

CHANSON 2 : LULLABYE

LA BLOGOTHEQUE : Les premières fois que j’ai écouté cette chanson, c’était de façon assez distraite. Elle commençait comme une berceuse, je n’y prêtais plus attention, et quand j’y revenais j’avais l’impression d’une autre chanson. On bascule assez soudainement dans quelque chose de totalement différent, de plus violent.

CHRIS BEAR : Comme un rêve ? Oui, c’est exactement ça : on tombe soudainement dans un autre monde. Daniel avait la structure de la chanson, très calme, douce, presque effrayante et fantômatique, mais on a décidé d’y changer quelque chose, d’y ajouter une autre partie. Nous n’aimons pas qu’une chanson suive un schéma unique, qu’elle suive tranquillement son cours.

CHANSON 3 : KNIFE

ED : Cette chanson a été écrite avant l’arrivée de Daniel. Nous avons commencé à la composer, Chris, Bear et moi, dans la cave des parents de Bear.

BEAR : Je me souviens bien du moment où nous avons trouvé le pont. On était dans la voiture, sur l’autoroute en rentrant de Chicago, je jouais sur ma guitare. Quant à la fin, ce piano et ces percussions très lent et évaporés, cela a été enregistré dans la Yellow House. C’était un soir, très tard, nous avions passé plusieurs heures à jouer, et Daniel s’est mis à pianoter ces quelques notes, et nous lui sommes tous tombés dessus, en lui ordonnant de continuer à jouer ça...

LA BLOGOTHEQUE : C’est une mélodie très fifties, doo wop On s’en rend surtout compte avec la version chantée dans la rue. Elle détonne en cela du reste de l’album...

BEAR : Ce n’était pas du tout prémédité. On s’en est rendu compte après coup. Mais il aurait été ridicule de l’enregistrer comme telle. Trop parodique, et trop loin de l’esprit de l’album.

ED : Au final, c’est avec Colorado la chanson la plus « collective » : chacun en a créé un petit bout.

CHANSON 4 : CENTRAL AND REMOTE

ED : Avec Daniel, nous avions décidé d’essayer d’écrire une chanson à deux, en ping-pong. J’écrivais quelque chose, je lui envoyais, il me renvoyait sa réponse, et ainsi de suite, en assemblant les morceaux. C’est comme Knife, une chanson à trame rétro, mais plus vieille encore. Nous voulions essayer une chanson dans le style de The Valleys d’Electralane. Une expérience autour d’une formation chorale.

BEAR : Plus vieux encore que pour Knife. Année 30 ou 20 je dirais...

ED : Plus vieux encore, une espèce de chanson grégorienne, une chorale religieuse médiévale...

BEAR : C’est une chanson lourde, complexe, très difficile à jouer. Comme un exercice. On a du la changer complètement pour qu’elle donne quelque chose en live.

(Après plusieurs considérations sur la lourdeur et sa complexité : )

ED : Mais je l’aime beaucoup cette chanson...

CHANSON 5 : LITTLE BROTHER

ED : Cette chanson, c’est 100% Daniel.

DAN : J’ai été très ambitieux sur ce coup là, je voulais que ce soit quelque chose de si gros... Ça a été affreusement difficile pour moi, parce que je n’ai pas l’impression d’y être arrivé. Ça a été tellement de travail...

ED :Elle n’est pas si alambiquée au final. Mais ce fut la plus dure à enregistrer...

DAN : Non, elle a été enregistrée en une journée...

BEAR : Oui, mais il a fallu un gros travail de mix pour qu’elle tienne en un morceau...

CHANSON 6 : PLANS

CHRIS TAYLOR : C’est une des chansons les plus ’simples’ de l’album, et la question a été, tout au long, de savoir comment la faire progresser, comment y remplir l’espace, quelles textures y ajouter. Ajouter une texture à un morceau, c’est comme y ajouter un couplet, ou un pont. C’est ce que j’ai essayé de faire avec celle-ci. Lui donner de l’identité par sa matière.

ED : On est vraiment parti d’un squelette qu’il a fallu habiller. Je n’avais que la mélodie, c’était quelque chose que j’avais écrit à l’époque de Horn of Plenty. C’est dingue, c’est sans doute la seule chanson que j’ai vraiment écrite seul sur cet album. C’est l’une des premières sur laquelle nous avons travaillé. Je me souviens que tout venait assez naturellement, que le morceau se structurait peu à peu, nous essayions des choses, et elles collaient...

CHRIS TAYLOR : Elle n’a pas été facile ! J’ai passé deux ou trois nuits à m’arracher les cheveux dessus !

ED : On devrait peut-être en faire un single ?

CHANSON 7 : MARLA

ED : Marla était ma grande tante. Elle était musicienne. Elle est partie vivre à NY, a eu des problèmes d’alcool et en est morte. Ma famille m’a donné ses enregistrements, nous avons décidé d’enregistrer l’une de ses chansons. Nous y avons ajouté des arrangements (écrits par Final Fantasy), écrit un pont... C’est étrange, j’avais comme une vision à propos de cette chanson.

CHRIS TAYLOR : Les instruments pour cette chanson, je les ai enregistrés dans la cave de ma grand mère. J’ai passé une journée entière dans cette pièce. C’était l’hiver, il faisait tellement froid que je buvais des bières pour me réchauffer. J’avais allumé une vieille radio que j’enregistrais depuis loin, depuis l’autre bout de la pièce. J’ai passé la journée là dedans, dans cette pièce qui me terrifiait quand j’étais enfant.

CHANSON 8 : ON A NECK ON A SPIT

LA BLOGOTHEQUE : On a le sentiment que c’est une chanson à l’envers, deux parties distinctes inversées : le début du morceau pourrait en être la fin, la fin le début

ED : Le seconde partie m’est venue en une journée... « Blah » (il mime quelque chose qui sortirait violemment de sa bouche). Ça a été une expérience assez intense, écrite d’un jet.

CHRIS TAYLOR : La première partie vient de moi. J’étais triste, déprimé, à cause de la mort d’un parent proche. Cette chanson, c’est la première que j’ai écrite suite à ce deuil. Et je me souviens surtout que ça a été la première chose qui m’a rendu joyeux. La partie de Daniel collait alors parfaitement bien, une accélération, une projection vers l’avant. Allons-y, bougeons-nous, vivons...

CHANSON 9 : REPRISE

ED : C’est plus ou moins une reprise de Lullaby.

DAN : Il nous est arrivé quelque chose d’assez dur avec cette chanson. Nous l’avions enregistrée avec Chris un soir d’orage très violent. On n’entendait pas distinctement la pluie tomber, mais cela donnait une lourdeur particulière à la chanson, on en était particulièrement heureux. Et on l’a perdue. On en a presque pleuré. Alors nous l’avons réenregistrée tout de suite, afin de ne pas nous décourager....

CHANSON 10 : COLORADO

ED : C’est l’autre chanson la plus collective du groupe. C’est étrange, c’était au départ un morceau de deux minutes, dont je n’étais pas particulièrement fier, que l’on avait enregistré comme une interlude. On est revenu dessus trois mois plus tard, en janvier. C’est alors que les trois autres ont ajouté les quatre dernières minutes...

CHRIS TAYLOR : Avec ce refrain. On l’appelle notre chanson « Lauren Hyll »...

DAN : Elle ferme vraiment l’album, avec cette mélodie qui se répète et se dilue...

ED : What now, whaaaat now, whaaaaaaat nooooooooooowwww

BEAR : On y a tous ajouté quelque chose.

DAN : Chacun de nous peut s’y rapporter... On l’aime vraiment beaucoup.

ED : What now, whaaaaat now, whaaaaat nooooooow.....

Photo par j2willi4

le 1er septembre 2006 par Chryde

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commentaires •

> Grizzly Bear, en 10 morceaux

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2 septembre 2006, par antoine

RE : > Grizzly Bear, en 10 morceaux

department of eagles. mais oui c’est magnifique. et le nouveau morceau sur la page myspace !! waowww

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2 septembre 2006, par thomas

RE : > Grizzly Bear, en 10 morceaux

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3 septembre 2006, par john

> Grizzly Bear, en 10 morceaux

et comment on gagne des places, hein ? ;-)

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3 septembre 2006, par simonb.

> Grizzly Bear, en 10 morceaux

Je les ai dcouvert grce ces 2 videos magnifiques de vos concerts emporter. Du coup j’ai achet ma place pour ce soir (c’est pas beau a plutt que d’avoir une invit ?). En tout cas merci pour cette interview assez intressante, cet album Yellow House tant pour moi sans conteste ce qu’ sorti de mieux Warp depuis fort longtemps. Un vrai bijou qu’on hsite faire partager...

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4 septembre 2006, par vivian

RE : > Grizzly Bear, en 10 morceaux

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4 septembre 2006, par vincent moon

> Grizzly Bear, en 10 morceaux

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5 septembre 2006, par caroline

> Grizzly Bear, en 10 morceaux

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20 octobre 2006, par S. Raulin

Grizzly Bear, en 10 morceaux

Voilà d’excellentes nouvelles !, Tout comme je ne manquez jamais une Kings de Lyon ou d’une nickel back album, je vais pour cela. Vais faire de mon mieux pour assister au concert Online PhD Degree Programs

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9 février, par un courageux anonyme

Grizzly Bear, en 10 morceaux

Trop fort ! www.lordsofrock.net

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13 mai, par Ted

Grizzly Bear, en 10 morceaux

Je ne connaissais pas, merci pour cette belle découverte !

regardez les clips de 50 Cent

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7 juin, par romane

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