
Foxface, folk masqué
De l’Ecosse ancienne à l’Ecosse contemporaine, du temps des troubadours à celui des guitares électriques et des fantasmes d’indépendance. Il faut maîtriser son folk local, et son histoire, pour pouvoir ainsi le déconstruire, y intégrer ses incontournables fondamentaux (fierté, abnégation et un certain rigorisme) et lui faire miroiter de plus lointains horizons (rock indé inspiré d’Amérique, étranges nostalgies sixties...). Le goût du large et de l’altitude, un pays de mer et de montagne et la musique des marins et des amoureux des grands espaces, de nobles héritages plus stimulants que lourds fardeaux.

C’est donc Foxface et un premier album décomplexé (car le trio a de la bouteille et est revenu de formats et de formations plus "traditionnels") et visant haut et loin des contigences : du rockabilly et du bluegrass dévergondés respectueusement et avec sourires en coin et finalement fondus dans un folk d’exception, des tentations rock plus vives et dopées aux riffs pesants ("Monster Seas", "Face Looks Familiar"), des ballades des landes et des marais à la dépression lumineuse ("Honour And Promotion", "Winners/Losers") et des chansons qui touchent profondément sans qu’on puisse en déterminer précisement les raisons ("Dragstrip"). Et comme enveloppement, un sens distingué de la prêche et du sermon, exhortations qu’on écoute quasi religieusement en messe sectaire (une troupe d’aficionados déjà fidèles, n’hésitant pas à se grimer, comme le groupe, en concert).

En prédicateur au chant à l’accent chantant de la contrée et à la guitare exigeante, Michael Angus, voix virile et sagesse étonnante, donne corps et âme à ses morceaux, se livre pleinement en une douce violence mystique qui joue l’apaisement autant que les tempêtes. Dans l’ombre mais nullement en retrait, la batterie érudite de D. John Ferguson, l’homme au masque de renard et aux multiples instruments. Jenny Bell à la basse, sœur vocale d’Isobel Campbell, douceur éthérée et longues jupes volantes pressenties, pour tempérer les excès masculins. Les trois protagonistes, élevés au bord de mers différentes, sur les côtes (est, ouest) ou sur une île (Islay), avec forcément des horizons immenses et les imaginations fertiles... et ainsi "Last Waltz" en premier single à la vidéo intrigante illustrée d’images de littoral, de personnes-Kodak et d’une curieuse animalerie.
Diversité des styles, exubérance (certes mesurée) et fortes personnalités, mais cohérence dans la livraison et les performances scéniques, l’équilibre n’est précaire qu’en apparence et " This Is What Makes Us " est tout sauf patchwork, panorama large d’envies et d’ambitions mesurées. Un disque inhabituel cependant, déconcertant car riche des contradictions de sa terre d’origine. Profondément Ecossais donc, et en cela, hautement recommendable...
Le site de Foxface
Le site de leur label, Gargleblast Records






