Ed Lincoln

Après tous les messages de la semaine dernière, je ne pouvais pas faire autrement que de revenir un peu au Brésil avec cette fois une petite série de posts plutôt groovy. Le N°1 c’est évidemment Ed Lincoln.


Ed Lincoln était, avec Orlann Divo de cette bande qui animait dans les années 60 les soirées du Drink’s de Rio. C’est dans ce bar qu’Ed Lincoln, bassiste plutôt sérieux posa un jour son instrument de prédilection pour se poster derrière l’orgue Hammond du maître des lieux. Il était devenu Ed Lincoln le roi de l’orgue. Avec cet instrument il allait tirer le bossa jazz dansant qu’est le sambalanco vers le funk le plus moite et devenir le précurseur du samba soul. Enfin si j’en crois ce que je lis, et ce que j’entends. C’est l’évolution que j’ai sentie en tout cas entre A Volta, sorti en 64 et son disque éponyme de 68, les deux seuls sur lesquels j’ai pu mettre la main.

A Volta pourrait n’être qu’un disque de Sambalanco comme les autres mais il est différent d’emblée : l’intro de Ai que saudades dessa nêga, avant qu’un orgue rigolo n’entre en scène, est une boucle rythmique qu’on croirait tirée d’une boite à rythme 80’s. Ed Lincoln et sa bande sont des musiciens top niveau mais leur bossa jazz nerveux est jouissivement impur. Les morceaux grouillent de vie, animés par des notes qui surgissent des claviers et qui semblent échapper à leurs créateurs, comme dans un dessin animé de Tex Avery. Et il y a ce qui rend un disque géant, le morceau, celui qu’on feint de ne pas attendre mais dont on sait qu’il va surgir. Palladium et ses accords ultra-funky que j’attribue à Orlann Divo (qui d’autre ? il le reprend dans son album de 77), Palladium et l’incroyable invention de la Human BeatBox par de petits brésiliens en 1964. Ecoutez plutôt, c’est un morceau d’anthologie.


Il m’a fallu plus d’une écoute pour comprendre pourquoi ce disque était considéré comme psychédélique. Arrangé, produit, sorti par Ed Lincoln sur son propre label, Savoya, ce disque n’a pas l’once d’une guitare fuzz à proposer, mais de l’enregistrement dans le rouge aux trompettes mariachis en passant par les sons idiots, Waldemar accéléré, Da-me teu coração qui se chante le nez pincé, c’est bien du grand n’importe quoi. Seulement voilà, le disque, irrigué par cet esprit de liberté, reste collé à la platine. Zum zum zum et son air de feria limite Patrick Sebastien vous surprendra au début mais vous comprendrez que c’est parce que rien n’est attendu dans ce disque. Ni tous les sons qui donnent l’impression d’écouter un de ces vieux enregistrements des Upsetters de Lee Scratch Perry, ni ce Catedral, instrumental délicat aux paysages changeants. Et puis déboule tout d’un coup le monstre, la chose, une des plus impressionnante machine à danser entendue depuis Sex machine, Já estou aqui. Une locomotive tous cuivres dehors, chant nez pincé (évidemment !), claviers parkinsoniens et cette basse funky à rendre fou James Brown. Et tout se termine par des rires, comme un bon vieux Henri Salvador. N’importe quoi je vous dit.

le 6 avril 2006 par Jamais Pareil
commentaires •

Suite des compliments

Non seulement, tu nous trouves les morceaux grce auxquels j’pate mes propres amis (il faut pas leur dire) mais en plus tu en parles bien. Comment as-tu acquis une connaissance aussi prcise du Brsil annes 60-70 ? As-tu une bible dans ce domaine ? Moi j’ai le livre MPB, dit par la Cit de la Musique, mais il ne mentionne aucun des musiciens dont tu parles (pourtant il prtend embrasser l’ensemble de la musique populaire brsilienne)Peut-tre te contentes-tu des notes de pochette et de recoupements, mais l c’est balaise. Merci encore, je m’arrte l pour que tu ne risques pas de perdre ta modestie.

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7 avril 2006, par Grand Ju

> Ed Lincoln

aaah merci pour ce message, a me va droit au coeur. Je ne suis pas sr d’avoir une connaissance si prcise de la musique du Brsil, je tatonne, je recoupe, je lis sur le net (ici par exemple ou l) et j’cris sans doute des choses inexactes ou approximatives sans m’en apercevoir. Bon, dans le cas de Ed Lincoln, beaucoup d’informations se trouvaient sur le site du label WhatMusic, de vrais passionns qui rditent toutes ces perles.

Ce n’est pas trs tonnant que Ed Lincoln ne soit pas cit dans ton bouquin. Cette musique tait avant tout destine aux boums, soires, parties. Ed Lincoln, trs prolifique, a sorti beaucoup de disques sous d’autres noms, avec les mmes musiciens (ce diable d’orlann divo), et son sambalanco de srie Z ne plaisait pas vraiment aux critiques. C’tait un autre monde que celui des Edu Lobo ou Chico Buarque et l’exigence artistique n’tait peut-tre pas leur fort mais quelle invention !

PS : je suis tomb l-dessus aussi. Parfaite synthse.

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8 avril 2006, par bruno

Snobisme brésilien ?

Tu sembles vouloir dire que certaines perles du Brsil que tu nous fais couter sont des parias auprs de distingus connaisseurs de musique : ils feraient de la varit, pas de l’art. C’est bien a ?

Edu Lobo, Chico Buarque, j’en ai cout et je n’en ai rien retenu alors que j’apprcie beaucoup l’invention voire le ct dsuet des autres.

Merci pour tes sources, a me donnera des ides. Cordialement

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10 avril 2006, par Grand Ju

> Ed Lincoln

oui, la musique de Ed Lincoln c’est un peu comme les films de srie B au cinma.

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10 avril 2006, par bruno

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