Constellation - Dix ans, dix disques

1997

Sofa, Grey

Le seul et unique album de Sofa. Un disque de post-punk qui lorgne vers Big Black et Joy Division, voire vers Fugazi ou Lungfish. Très rock, pas planant pour deux sous, pas forcément abouti non plus... Mais la voix de Brad Todd est très belle et chargée de reproches à on ne sait qui. Sofa donne parfois la chair de poule.

1998

Exhaust, S/T

Constellation a ses chemins de traverse qui valent plus que le détour. Resorti en vinyle en 2000, le premier album du groupe d’Aidan Girt, batteur de Godspeed et DJ sous le pseudo 1-Speed Bike, balance un dub rock et noir qui ne ferait pas tâche dans la discothèque des gars de PIL. Selon les cofondateurs du label, c’est l’un des groupes qui leur a donné envie de se lancer.

1999

Sackville, The Principles of Science (EP)

C’est la seule sortie de Sackville sur le label, peu avant la séparation du groupe en 2001, qui enverra ses membres former A Silver Mt. Zion, Set Fire to Flames, Hanged Up ou Black Ox Orkestar. Cinq chansons de pop arty fondue comme il faut, avec une belle tendance à partir loin de leurs bases folk (voir country ?) pour s’aventurer dans des tempos bizarres. Sackville concentre beaucoup des envies qui écloront dans d’autres groupes de Constellation. Et en plus on y chante !

2000

Godspeed You Black Emperor !, Lift Your Skinny Fits Like Antennas to Heaven

Le double album qui a changé beaucoup de choses pour Constellation et pour Montréal. De fanzine en fanzine, l’épopée post-psyché a foutu tout le monde sur le cul, et on s’est demandé ce qu’il se passait tout d’un coup au pays de Robert Charlebois. On ne va pas vous le refaire, c’est un incunable, un incommensurable, une poussée salvatrice à jouer très très fort. Et non ce n’est pas de la mélancolie surjouée, c’est de la colère rentrée ! Le début du deuxième disque, avec ce vieux qui raconte sa jeunesse passée sur Coney Island, est un chef-d’œuvre de grain sableux et de mixage. À l’époque, je ne sais plus quel fanzine avait écrit : « Achetez ce disque et brûlez le magasin en partant, vous n’en aurez plus besoin. »

2001

Frankie Sparo, Arena Hostile VPRO Radio Sessions(EP)

Le meilleur disque de Frankie Sparo n’est pas signé en solitaire, mais avec les membres de A Silver Mt. Zion. Ce EP enregistré à Amsterdam lors d’une tournée commune en Europe contient trois morceaux du premier album du ténébreux pas toujours convaincant (My Red Scare), réorchestrés à coup de cordes et de claviers. Et c’était une vraie bonne idée ! La tendance de Sparo, jusque là seul à la guitare et au beatbox, à se répandre en larmes fatigantes, disparaît en grande partie au milieu de morceaux enfin un peu épais. Sparo raconte qu’il avait une méchante fièvre ce jour-là, et que c’est pour ça qu’il chante comme s’il avait un kilo de coton dans la bouche... Il devrait être malade plus souvent ce garçon. Ce disque contient aussi une belle reprise du I Am Waiting des Stones, qui à elle seule vaut le détour.

2002

Do Make Say Think, & Yet & Yet

Le troisième album du big band de Toronto est une merveille indémodable. La façon dont le morceau d’ouverture, Classic Noodlanding, parti sur une brise jazzy, se casse pour donner une boucle de guitare portée par un mélodica, me tue à chaque écoute. Tortoise n’est pas très loin, pour l’équilibre instrumental entre pop et jazz, Steve Reich non plus (oui je sais, je me la ramène) pour l’art de la répétition inventive... Do Make Say Think est l’un des rares projets signés sur Constellation à ne pas intégrer l’un des piliers musicaux du label (Moya, Menuk, Heistek, Trudeau...), du coup le groupe a un son bien à lui et ça fait du bien. Un très très grand disque malheureusement un peu caché par la montagne Godspeed à l’époque.

Voir Do Make Say Think - Outer Inner & Secret en vidéo :

2003

The Silver Mt. Zion Memorial Orchestra and Tra-la-la Band with Choir, “This Is Our Punk Rock,” Thee Rusted Satellites, Gather + Sing

Et Silver Mt. Zion est devenu un groupe important. Jusque là vu comme un simple projet parallèle de quelques membres de Godspeed, très beau mais parallèle, l’armada s’est tout d’un coup dit que, tant qu’à se déplacer à neuf avec violons, violoncelles et tout le tremblement, un peu de chant ne ferait pas de mal à ses plaintes doucement désabusées. Le temps de réunir une vingtaine de personnes pour former le choir et le punk rock à la sauce Constellation prenait forme en quatre pièces brisées, plus directes que dans les deux premiers albums du groupe. Avec même quelque chose d’énervé... Efrim Menuck assume enfin sa voix éraillée de vendeur de fraises et les textes politisés qui le démangeaient sous la barbe. Sur scène, le groupe trouve son rythme au passage, en arc de cercle et comme en transe au long de morceaux qui s’ouvrent enfin à l’imprévu. La nouvelle doctrinne du nouveau plus gros vendeur de Constellation (après la mise entre parenthèses de fait de Godspeed) sera résumée par le premier titre du EP sorti l’année suivante : « More action ! Less tears ! »

2004

Black Ox Orkestar, Ver Tanzt ?

Trois membres de Mt. Zion retrouvent le leader de feu Sackville dans un hommage moderne et très volontaire aux traditionnels klezmer, réparti entre dix intemporels revisités et trois compositions érudites. L’héritage de Moshe Beregovski, que le groupe salue au passage, est méchamment secoué dès Fishelakh in Vaser, troisième piste à l’arrière-plan bruitiste qui hésite malheureusement à attaquer franchement la structure mélodique du morceau. Ver Tanzt ?, porté par les suppliques en yiddish de Scott Levine Gilmore (qui ne sort pas son amour pour la culture juive de n’importe où, puisque le garçon a étudié la littérature yiddish à la fac avant de créer un groupe avec le futur Socalled), joue les piliers de ce disque qui parvient à mêler des plans slaves, balkaniques, voire méditerranéens sans virer au fourre-tout world zoin zoin les violons senteur vodka. C’est humble, documenté, patient, et sûrement bien plus beau que ce que les membres du projet eux-mêmes s’imaginaient capable de créer.

2005

Hanged Up, Clatter for Control

Je ne connaissais pas Hanged Up jusqu’à ce qu’ils se pointent en tournée en 2005 avec Polmo Polpo et Elizabeth Anka Vajagic. Et, sans tortiller, ils leur ont botté le cul ce jour-là. Ce duo batterie-violon joue dans un déluge de son construit grace à une double-amplification des cordes, passée ensuite au jeu des boucles et nouveaux dédoublements et divagations sans fin. Derrière, le jeu d’Eric Craven ferait bien penser aux moments free-punks de Zu... L’esthétique de la pochette tendance futuriste - comme celle de l’album précédent - n’est pour une fois pas démentie par la musique : Hanged Up cultive un vrai goût pour la mécanique sonore (d’ailleurs les morceaux s’appellent Klang Klang, Eksplozije ou Derailleur...), sauf qu’elle ne tient pas sur sa béquille et finit par exploser boulon par boulon. Ne prenez pas Hanged Up trop au sérieux, leur musique est avant tout pur plaisir physique.

2006

Feu Thérèse, S/T

Je n’ai jamais trop su quoi penser de Fly Pan Am, à part que les quatres albums du groupe (et surtout le dernier) virent régulièrement à la caricature du rock bruitiste qui oublie d’avoir des idées dans la bidouille. Du coup Feu Thérèse, lancé par Jonathan Parant, l’activiste sonore derrière Fly Pan Am, devait tenter autre chose et surtout être enfin convaincant. Au lieu de ça on a droit au même maniérisme poseur (la bidouille en moins) aussi creux qu’un sous-marin échoué.

2006

(encore, oui je triche mais c’est moi qui écris)

Lullabye Arkestra, Ampgrave

C’est des malins chez Lullabye Arkestra. Le début de leur premier album s’inscrit doucement dans le son cotonneux qui a fait la renommée du label, avec violons et larme à l’oeil. Et puis à une minute quarante trois au compteur, les affaires sérieuses commencent et le duo basse-batterie (venue de Do Make Say Think), accompagné de quelques potes, envoie son hardcore à trompette épique, nourri au Sergio Leone autant qu’au Gorilla Biscuit et au PJ Harvey... C’est casse-gueule comme liste d’influences mais l’équilibre est assuré par une vraie attitude rock’n’roll. Un vrai groupe de 2007 quoi.

le 10 mai 2007 par DJ Barney
commentaires •

Constellation - Dix ans, dix disques

Do Make Say Think, le lundi 21 mai l’Abordage Evreux/Normandie/France 12 loc./14 guichet... viendez c’est pas cher

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12 mai 2007, par Ed l’Epicier

RE : Constellation - Dix ans, dix disques

Et Paris le lendemain et dans plein de villes en france aprs.

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12 mai 2007, par DJ Barney

Constellation - Dix ans, dix disques

Il est dommage selon moi de passer sous silence l’album Elizabeth Anka Vajagic, qui est selon moi ce que le label a sorti de mieux (avec le EP de ASMZ, vous me pardonnerez l’abrviation j’espre).

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15 mai 2007, par Pierre

Constellation - Dix ans, dix disques

Il est surtout dommage de trouver Fly Pan Am creux et maniériste, c’est bien Fly Pan Am.

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29 mars, par un courageux anonyme

Constellation - Dix ans, dix disques concert silver Mt ZION à brest le 15/4/08

plein de photos du concert envoutant au vauban http://www.myspace.com/rlm58 ou via google : raymond58 si elle vous intéresse, envoyez moi un mail

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20 avril, par raymond 58

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