Complètement Sven

C’était il y a quelques mois. Je vous faisais part de mon addiction pour un disque d’illustration sonore australien enregistré par un musicien d’origine norvégienne, Solar Flares. Des sons chauds traversés par la présence inquiétante d’un synthétiseur préhistorique y dessinaient tantôt des ambiances de vide interstellaire, tantôt de nuages de météorites. Ces derniers temps, j’ai rechuté. La faute à The Inner Space, The Lost Music of Sven Libaek, un disque sorti en 2006 sur Trunk Records et qui rassemble des musiques composées pour le cinéma et la TV entre 1965 et 1974. Parmi elles, la musique de The Inner Space, le documentaire australien sur les mondes sous-marins qui donne son titre au disque.

J’ai retrouvé cette musique tranquille et fascinante, qui m’évoque, allez savoir pourquoi, les mouvements gracieux et naturels de la méduse. Peut-être bien parce que la musique de Sven Libaek, sous ses dehors inoffensifs, s’avère en fait parfaitement vénéneuse. Pas par ses fulgurances mélodiques, mais par ces climats souvent dominés par le son du vibraphone qui s’immiscent jusqu’à créer une présence continue, comme des acouphènes de Sven. Cette musique, on y entre à travers ces instrumentaux raffinés découverts sur Pet Sounds ou chez les High Llamas et on n’en ressort plus.

Demandez à Johnny Trunk, le patron de Trunk records. Il avait jusque là suivi un vrai parcours de fan : traque des originaux, recherche d’informations et même, allez, écrire à son idole. L’Internet, qui fait prendre conscience qu’on n’est pas seul, et Wes Anderson truffant son Life aquatic de bouts de The Inner Space, l’ont décidé à en faire profiter tout le monde. Les masters ont disparu, c’est encodé directement du vinyle, pas de sons compressés, certains aigus font mal aux oreilles mais les ambiances veloutées distillées par Sven et sa "Wrecking crew" à lui (1) en ressortent plus vivantes que jamais. En trois extraits, cela donne le thème principal de Nature Walkabouts qui sonne le réveil de la nature à grands coups de trompettes avant de s’évader sur les traces de Marcos Valle et Eumir Deodato. Start growing up now est un instrumental Wilsonien tiré de The Set, un film australien de 1970 écrit sous le signe de la libération sexuelle. Dark world, ballade sombre dans les profondeurs sous marines est un avant goût de The Inner Space. Je me suis cru moulé dans une combinaison d’homme-grenouille lorsque j’ai entendu les échos de sonar absorbés par l’eau.

Sven Libaek est toujours actif, il n’a jamais arrêté. Sa longue carrière évoquée dans une interview donnée au site vinylvulture l’a promené jusqu’à Hollywood où il s’est frotté à l’industrie du spectacle. Il n’y a jamais atteint la notoriété de ses confrères, les Morricone, Lalo Schiffrin, Mancini que nous connaissons tous mais le temps a joué pour lui. En 2008, The Inner Space ressort en version intégrale sur un label australien, Votary. Et si ce n’était que le début ?

(1) qu’il est peut-être important de citer, Don Burrows, Errol Buddle, Johnny Sangster, George Golla, tant leur présence est récurrente dans les enregistrements de Sven Libaek en Australie.

le 6 juin 2008 par Jamais Pareil
commentaires •

Complètement Sven - Wourch

Wourch, je viens de découvrir Sven Libaek grâce à votre article. Grosse claque (de façon très étrange).

En fait ce n’est pas le bouleversement intérieur d’un tube pop merveilleux, mais plutôt le sentiment profond que les 6 morceaux que je viens d’écouter vont m’accompagner un gros bout de temps.

Je vais de ce pas tester si les titres survivent à l’écoute en boucle qui suit mes découvertes et puis ensuite aux passages réguliers dans ma playlist :)

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6 juin, par Pingolin

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