
Ces mélodies, elles sonnent
Diving with Andy, trio français touche à tout, vient de sortir un album de pop anglophone qui combine sens mélodique, grande prestation vocale et arrangements luxueux. Ou comment trois jeunes gens bien élevés se sont amusés à digérer les plus grands albums de tous les temps pour faire le leur.
DIVING WITH ANDY se produira en concert privé samedi soir au NEW MORNING à Paris. Ils offrent des places aux lecteurs de la Blogothèque : envoyez votre nom à l’adresse blogotheque (@) gmail.com
Sur Diving with Andy, le trio, et l’album éponyme que ce groupe français mais anglophone a sorti en février, il est possible de dire que rarement un groupe d’ici ne s’était aventuré avec autant de talent dans le sillage des artistes et disques cultes que sont, au hasard L’histoire de Melody Nelson de Gainsbourg, les oeuvres des Beatles de la période 1966-1969 et autres références du même tonneau. Il y a bien du Melody Nelson dans ce mélange ambigu de guitares tranchantes et de cordes orchestrales. Il y a du Pet Sounds des Beach Boys dans ces rencontres parfois improbables entre sons exclusivement organiques (Dear). Il y a un hommage au meilleur des Beatles et de George Martin dans ce sens mélodique considérable et cette faculté à le sublimer par des arrangements riches mais justes, complexes mais sans embonpoint. Pour finir la visite du Panthéon, il faut convoquer les voix de Chan Marshall, Fiona Apple ou Suzanne Vega, en imaginer la synthèse, pour décrire le son que la chanteuse Juliette Paquereau, son impeccable accent anglais et sa superbe sobriété, donnent à ces digressions sur les amours perdues, les affections à construire, les audaces que donnent ou pourraient donner les fins de soirées embrumées. Tout cela est vrai, sauf qu’évidemment l’album en question ne joue raisonnablement pas dans la cour de ces grands anciens. Mais c’est un premier essai grandement réussi, quasi inusable, une promesse, qui pourrait permettre à ce groupe de rejoindre à terme la caste restreinte des artistes de rock français capables de composer un classique intemporel (qui à part Gainsbourg, Bashung, Dominique A ou Noir Désir ?). L’info la plus réconfortante entendue lors de notre rencontre avec Diving with Andy fut bien celle-là . « On s’est vraiment pris au jeu, et on espère que c’est seulement le début. Qu’on défende déjà cet album sur scène et qu’on voyage un peu si possible pour y parvenir ».

Pour une oreille vierge ou pour l’auditeur sceptique, Diving with Andy peut aussi n’être perçu que comme une entreprise appliquée mais trop fraîche pour durer (le titre d’ouverture, Andrew, sonne comme du Coralie Clément en anglais, sauf qu’il s’agirait alors de la chanson la plus convaincante de la soeur de BB). Le discours du groupe fleure lui-même la modestie. Il y a encore l’idée qu’avoir pu enregistrer un disque si abouti est en soi une chance. Rémy Galichet et Julien Perraudeau, les deux musiciens-arrangeurs du trio, sont deux forts en solfège et en ingénierie du son qui ont mis leurs envies, leurs audaces, leurs compétences et beaucoup de leur temps au service de onze morceaux de pop music, et ça ne va pas plus loin pour eux. L’objectif avoué : trousser de belles mélodies et les emballer dans de beaux écrins. « Il nous est difficile d’expliquer notre musique avec des mots, s’excuse Rémy. On reste dans le registre de l’émotion. On tente des trucs, ça marche ou pas. Juliette ne dépasse jamais une ou deux prises, le trio fonctionne assez naturellement. Les mots et les références, ce sont les autres qui les mettent. » Il est plus facile de passer à côté de Diving with Andy (comme Magic) que de déceler sans délai la stupéfiante qualité de cette entrée dans la carrière. Les meilleurs disques sont rarement les plus dociles. Et Diving with Andy ressemble à ces individus sans exubérance qui ne révèlent une réelle épaisseur qu’avec le temps. « En cinq ans, on a réécouté, laissé reposer, réenregistré bien des choses, explique Rémy. Les chansons ont ce côté solide et réfléchi. J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir l’homogénéité et la richesse de l’ensemble. L’album possède des degrés d’écoute différents. Et je suis toujours passionné de voir comment les réactions peuvent varier en fonction du moment de la journée ou de l’endroit de l’écoute, en voiture par exemple. Nous avons utilisé ça en studio. C’est en exploitant tes humeurs que tu peux faire des morceaux convaincants. »
Pour raconter son histoire, Diving with Andy reçoit dans son studio de banlieue imaginé dans une ancienne usine de yahourts, où il met un point final à un single destiné au Japon, un duo avec Coralie Clément, chanteuse d’ici déjà culte chez les popeux de là -bas. Il en ressort très vite que Diving with Andy est un de ces trésors d’équilibre et de complémentarité qui fondent les grandes entreprises collectives. « Je connais Juliette depuis une dizaine d’années, raconte Rémy. On s’est croisé en vacances. J’avais le recueil des Beatles. On jouait des chansons. Je lui donnais quelques cassettes avec Crosby Stills Nash, les Beach Boys, je lui faisais découvrir les années 60 et 70. En échange, elle m’a fait découvrir des univers plus récents, du trip hop au pop-rock qui avait digéré ces fameuses années 60 et 70. Elle travaillait dans un bar à Angers, dans lequel il y avait une discothèque immense. Je n’avais pas accès à tout ça. On s’est perdu de vue. Puis je suis rentré au conservatoire à Paris, pour suivre une formation aux métiers du son. On y apprend à enregistrer toutes sortes de musiques. J’ai rencontré Julien là -bas. Il faisait la même formation que moi, deux années au-dessus. C’était quelqu’un d’assez réservé et d’assez curieux. J’étais attiré par ce personnage. On a écouté des disques ensemble, notamment Memories of a Colour de Stina Nordenstam, quelques albums de Gainsbourg, pendant qu’on se rebellait un peu contre l’éducation classique et très très théorique qu’on recevait, que ce soit sur la musique ou la prise de son. Une nuit, on a eu la possibilité d’utiliser un studio. Et on a pris plaisir à faire l’inverse de ce qu’on nous apprenait, sur le choix et la position des micros. Je faisais les pianos. Il faisait les guitares et la batterie. Au bout de cette nuit, "Manderley" et "Where does it lead" étaient nées. En composant ces chansons, j’ai eu la volonté de revoir Juliette pour voir ce que ça donnerait avec elle. Pour être sûr qu’elle vienne, j’ai téléphoné à un pote anglais, John Cox, un anien partenaire de Van Morrison, afin qu’il m’écrive deux morceaux de textes sur ces chansons. Au bout de quelques semaines, elle est venue pour enregistrer les voix. » Loin de la fulgurance que suggère la date de naissance théorique du groupe, avril 2003, la collaboration entre les trois "DWA" a une préhistoire capitale pour la suite des opérations. Elle remonte à beaucoup plus loin, trop loin pour que les membres livrent une date précise. « 2003, c’est l’année où, en tant que groupe, on a une vraie démarche, résume Juliette. On a un nom. On fait plus qu’enregistrer dans un studio sans but. On parle d’un album et on rencontre les gens qui nous permettent d’y croire » à savoir Dièse production, le label du manager de Benjamin Biolay, l’un des premiers supporters du groupe avec Xavier Boyer (Tahiti 80) ou encore Ivan Cassar (arrangeur) et Stuart Bruce (ingénieur du son londonnien).
« Les premières compositions étaient des exercices de style basés sur la production musicale, reprend Rémy pour décrire la constitution du répertoire. "On va faire un morceau avec un quatuor et un vibraphone". "On va faire un morceau sans basse". Ce genre de challenge, avec un cahier des charges de producteur. "Where does it lead" tient seulement sur une grosse caisse et une caisse claire qui se répondent. Là -dessus, j’enregistre un yahourt avec des mots clef en anglais. Juliette les garde ou pas. Elle a aussi amené des textes et des compositions, et dans ce cas, c’était plus du travail d’arrangement qui devait avoir lieu. On essaye aussi de rester dans une certaine naïveté par rapport au geste musical. Les petites imprécisions, le fait que Julien n’est pas batteur et n’a pas la frappe d’un batteur, les guitares jouées à un doigt, ça nous intéresse. Avec les cordes, qui sont très écrites et très "intellectualisées", ça crée une rencontre intéressante. Sur Balancing my head, il y a une voix très mélancolique, sensuelle, et il fallait trouver l’équilibre avec des sources sonores plus violentes et des sons agressifs. Le morceau ne tient pas si on se contente d’accords simples et de beaux arrangements. C’est comme un repas : il faut flatter le palais mais il faut aussi des goûts acides. Ce côté acide peut venir des guitares puisque Julien a une approche un peu bizarre. Ça peut venir des prises de son. Les cordes sont prises très proches des micros. Un violon pris très près, ce n’est pas super joli... C’est tout ça qui fait que les chansons nous plaisent. » Et Balancing my head, mélodie sublime comme le prouve la version guitare-voix offerte ci-contre par le groupe, s’est transformé en rock planant sous l’influence d’une basse à la Paul McCartney. Brillant.
L’histoire du groupe est aussi singulière pour son rapport à la scène. Rien à voir avec ces formations qui affinent leur son au gré des concerts et trouvent leur style après des années de circuit underground. « On a suivi l’inverse du schéma classique, reconnaît Juliette après une quinzaine de soirées seulement au micro de Diving with Andy. On a débuté en studio, et maintenant on fait des concerts, autant dire que c’est un apprentissage. Notre premier concert a eu lieu en mai 2005 et c’était super étrange. Julien était bassiste sur la tournée de Coralie Clément. Elle a dû décaler une date, et la nouvelle date tombait pile sur celle de notre concert au Pop-in en première partie de Hey Hey My My. On y est allé à deux, Rémy et moi, et ça s’est bien passé ». Le partenaire du soir reprend : « On a franchi le pas pour se motiver, parce qu’on n’avait pas encore de deal précis pour l’album et que ça devenait long. On s’est dit : "on avance et on se rassure". La scène était une inconnue pour nous alors que nous étions en train de terminer un album très produit. Le label nous avait prévenu : "il allait falloir défendre ça sur scène" ». Le plus souvent, DWA joue aussi nu sur scène qu’il est couvert en studio, avec deux guitares pour seul accompagnement. « Il a donc fallu revisiter toutes les chansons et on s’est rendu compte que ça passait plutôt bien, dit Rémy. C’est rassurant, et c’est aussi le côté français de l’album. Les chansons tiennent sur des formules guitare-voix ou piano-voix. Mais on reste très contents de jouer avec une basse-batterie et des cuivres (comme lors d’une récente soirée pour Nova). Pour l’instant, c’est exceptionnel, on aimerait que ça cesse de l’être. » Pour l’anecdote, Diving with Andy est aussi le premier très bon album issu d’un des groupes sortis de leur anonymat depuis 2002 par la désormais traditionnelle compil CQFD des Inrocks (quatre éditions déjà ). Même s’il avait déjà un contact tout frais avec son petit label indépendant, le groupe garde un très bon souvenir de la publication de Manderley deux mois avant l’album. « Ça nous a aidé à trouver deux ou trois concerts importants. Et on rentré "comme il faut" dans les choix des Inrocks, qui ont publié un article mortel sur nous, insiste Julien. Surtout, sur France Inter, Lenoir a diffusé notre chanson parmi toutes celles qui avaient été sélectionnées. Et comme c’est un rêve de faire une Black ou une White session un jour, ça nous donne de l’espoir. » Des gens qui le méritent moins ont eu accès au 105 ces derniers temps... Vous avez dit Arctic Monkeys ? La meilleure pop en anglais se défend en ce moment à Paris.







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30 mars 2006, par philippe dumez
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30 mars 2006, par Rouquinho
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30 mars 2006, par Rouquinho
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5 avril 2006, par lulu
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20 avril 2006, par Raph
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21 avril 2006, par ogami
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7 mai 2006, par citadin
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12 mai 2006, par tonio
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17 mai 2006, par citadin
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20 septembre 2007, par barbara77