Amours Matamoresques

A l’heure où la Belgique traverse une crise qui aura au moins pour vertu de donner à la presse internationale une petite dose d’émotion à revendre au prix fort (alors qu’à l’intérieur, tout ça s’inscrit dans une chorégraphie longtemps répétée et annoncée qui n’étonne pas vraiment), il semble utile de rappeler que si nous n’avons toujours pas de gouvernement, on a des labels ! Et des labels dont seraient bien en veine de s’inspirer des politiciens au regard trop souvent vissé sur la calculatrice électorale. Matamore est l’exemple à suivre !

Sommaire

MATAMORE, Organisation des Groupes Unis

A la question d’un journaliste qui lui demandait si son groupe était démocratique, Thom Yorke avait un jour répondu (de mémoire) « disons que Radiohead est aussi démocratique que le conseil de sécurité des Nations Unies ; j’y occupe la place des Etats-Unis ». Matamore, c’est d’abord une collection de 3 conseils de sécurité à géométrie variable. L’épicentre du label est ainsi constitué d’un petit groupe de musiciens qui échangent leurs places et leurs instruments dans chacun de leur groupe respectif. Mais chacun de ces groupes est le projet d’une seule tête (parfois bicéphale dans le cas de Soy un Caballo). Les rôles y sont clairs, et tous ont a cœur de permettre à la tête pensante de mettre au monde sa résolution artistique. Reposant sur un savant équilibre fait de dévouement, de disponibilité et de respect, il se dégage de cette politique intérieure une sérénité intrinsèque et une stabilité qui a permis à ces différents groupes d’aligner des disques exemplaires, ambitieux, frais et tendrement chaloupés. Des disques réalisés dans des conditions presque optimales, des albums accouché à domicile, sous l’œil bienveillant de proches jamais envieux.

Pour comprendre cet esprit particulier, il faut sans doute revenir aux origines. Avant d’être un label à part entière, Matamore fut avant tout une communauté de passionnés échangeant leurs playlist musicales, littéraires et cinématographiques grâce à un forum dédié. Devenu ensuite webzine à part entière, la mouvance Matamore a accouché petit à petit d’une constellation de projets variés aux noms évocateurs : le netlabel Sundays in Spring, le Rhâââ Lovely Festival, le festival idioLABO, le festival Dictapop, le webzine Dérives... et le label Matamore Recordings qui héritera du nom.

V.O.

Boris Gronemberger peut faire figure, à de nombreux égards, de ciment de l’édifice Matamore. Musiciens talentueux et hyperactif, on le retrouve ainsi à la batterie chez Raymondo et en accompagnateur touche-à-tout chez Soy Un Caballo (ainsi qu’aux côtés d’une flopée de groupes étrangers à Matamore : Francoiz Breut, Venus, Grand Piano, Zop Hopop, etc.) Mais c’est au sein de V.O., son conseil de sécurité à lui, que Boris révèle toute l’étendue de son univers. Sorti en 2005, l’album Pictures déverse sur nos oreilles un torrent d’idées lumineuses, dessinant un univers vaste, contrasté, riche et prometteur qui convoque aussi bien le fantôme de Brian Wilson que le spectre de Tortoise. Ambitieuse et intimiste à la fois, la musique de V.O. est de celle qui impressionne : si le résultat témoigne d’une exploration sensible et d’une maturité exemplaire, il délivre tant de promesse qu’on ne peut s’empêcher d’y entendre aussi et avant tout une collection d’esquisses, certes parfaitement suffisantes pour ravir les coeurs, mais néanmoins annonciateurs de lendemains radieux fait de futurs albums forcément majeurs et de nombreuses collaborations d’ores et déjà appelées à être réjouissante. Apprêtez-vous à réviser vos temps : V.O. se conjugue au future et s’exprime au plus-que-parfait. Prochain album annoncé pour mars 2008.

SOY UN CABALLO

La présence de Boris Gronemberger et Cedric Caltus n’est certainement pas étrangère à la sérénité qui se dégage aujourd’hui de Soy Un Caballo. Aurélie Muller (ex-Melon Galia) et Thomas Van Cottom (ex-Venus) semblent en effet avoir trouvé auprès de leurs nouveaux camarades de label la paix qu’ils recherchaient pour se lancer à l’aventure du grand large. Charmé par le mode de fonctionnement des groupes phares de Matamore, le couple a choisi d’adopter son pavillon et d’hisser enfin les voiles afin de laisser celles-ci se gonfler de l’esprit communautaire qui anime le label. Cette heureuse rencontre a permis au duo, de donner naissance, dans des conditions sans doute optimales, à un premier album remarquable et remarqué, "Les heures de raisons". Produit par Sean O’Hagan (High Llamas), bénéficiant des présences de Jesse D. Vernon (Morning Star, This Is The Kit) et Kate Stables (This Is The Kit) ainsi que du passage singulier de Bonnie Prince Billy (qui y chante en français), cet album a tout pour lui. Tout d’abord une collections de douces comptines qui ne se révèlent qu’à moitié, au travers de paroles mélodieuses et de pistes brouillées. Des comptines pleines de fausses pistes et de vrais semblants, des histoires qui se confessent tendrement au creux de l’oreille et se reçoivent comme des confidences précieuses. Ensuite des mélodies travaillées au cœur, raffinées, émouvantes et délicatement habillées. Des mélodies qui glissent sous les paroles et se lovent à la musique des mots. Enfin, Soy Un Caballo c’est aussi une sincérité, une générosité et un talent qui réjouissent, enthousiasme et préfigurent encore une fois du plus bel avenir.

  • Concert à emporter (demain)

RAYMONDO

Si on retrouve également au sein de cette formation les infatigables Boris Gronemberger, Cédric Caltus et Aurélie Muller, c’est cette fois Christian Nolf qui est aux commandes de Raymondo, seul groupe du label, à ce jour, à avoir publié deux albums. River Into Lake, le dernier en date, confirme tout le bien qu’il faut penser de cette pop hybride, peu docile, aux mélodies délicates et élaborées, lesquelles sonnent comme autant de gestes pondérés. Une pop qui se donne de jolis airs de Bossa et souffle un vent délicat de nova. Une pop qui dessine un univers vaste mais intimiste. Un univers qui se mérite, par lequel il faut savoir patiemment se laisser adopter, et qui distille ses multiples secrets au compte goutte des écoutes répétées. River Into Lake est ainsi un disque inusable, plein de promesses dissimulées. Pas une écoute qui ne révèle son lot de trésors cachés, qui ne mette en lumière une kyrielle de nouveaux détails ignorés précédemment et semblant soudainement incarner l’essence même du disque. Disque inusable car porté par une alchimie mystérieuse, une énigme autant qu’une obsession, une heureuse symbiose entre la pop auréolée de Talk Talk et les rythmes décomposés d’Arto Lindsay. Une alchimie obsédante parce que brillamment réussie.

HALF ASLEEP

Au sein de cette petite communauté de musiciens, Valérie Leclerc, alias Half Asleep, fut sans nul doute la première à permettre au label de ne pas s’enfermer dans son savant mais dangereux jeux de chaises musicales ("tu joues sur mon disque, je joues sur le tien, nous jouons sur le sien"). Chez Valérie, la musique semble constituer un exercice plus solitaire. Ainsi, partageant sa vie entre ses études et sa musique, la jeune bruxelloise enregistre-t-elle tout d’abord sa musique seule, chez elle, en compagnie de sa sœur Orianne. Deux disques, "Palms and Plums" et "Just before we learned to swim" voient ainsi le jour en 2003 et annoncent la couleur : Half Asleep, ce sont des mélodies sombres et fascinantes, des récits clair-obscurs d’absences et de peurs, de la mélancolie aussi, des promesses et de longs moments suspendus à regarder le soleil percer lentement la nuit.

Une “split-tape” avec Lobke précédera la sortie de "(We are now) seated in profile" en 2005. Pour cet ultime album, Valérie renoncera au MD et au "home-made" pour s’en aller chez Gilles Deles enregistrer 11 titres des plus troublants. Si on navigue toujours sur une mer indécise et fascinante à la fois, entre songwriting grave et folk mélancolique, les atmosphères douces et sombres sont ici enrichies d’arrangements plus aboutis, confirmant toute l’étendu des talents de la jeune bruxelloise. Lesquels talents trouveront, avec cette sortie, enfin écho dans la presse traditionnelle. Un split LP (en vinyle 33 tours), partagé avec SRX, a depuis lors vu le jour chez Humpty Dumpty et l’on a pu voir Valérie accompagner Matt Eliott pour une tournée.

  • Mp3blog réalisé par Half Asleep (avril 2006)

SEPIA HOURS

Sébastien Biset, alias Sepia Hours est un obsessionnel compulsif qui impose à sa démarche une grande rigueur autant qu’une totale liberté. Ainsi malaxe-t-il les notes et pétrie-t-il les sons jusqu’à épuisement mais sans pour autant jamais sacrifier à sa logique artistique. Il en résulte une ’indietronica’ hypnotique qui s’invente un langage propre, un songwriting numérique et post-moderne qui fragmente, découpe, mélange, colle, et recompose.

Tantôt harmonieuses et mélodique, tantôt sombres et hypnotiques, les expérimentations/compositions de Sepia Hours ne sont jamais des exercices gratuits, mais bel et bien des pièces complexes aux lectures multiples, des instantanés d’un raisonnement musical toujours en mouvement. Des mouvements figés dans l’instant et l’ici, s’offrant à l’analyse, la destructuration et l’appropriation. Aucun automatisme ne serait être imputé à ce musicien qui n’a de cesse de chercher à comprendre et décomposer la signification de l’acte de création et qui envisage la musique avant tout comme un acte de communication. Une musique complexe, une expérience complète.

DADA PÂTE

"Entre le Mathieu Boogaerts de « Super » et les délires de Cornelius, Dada Pâte (alias Michael Bianchi) serait un Bobby Lapointe branché sur électrodes, aussi politique que Lio, aussi dansant que Bach, aussi trash que Chapi-Chapo." Comment mieux présenter le dernier venu de la famille Matamore ? Musique au minimalisme poétique tout autant que ludique, Dada Pâte ressemble à l’improbable cousin numérique du Dominique A des débuts, capable de chanter des textes à l’écriture exemplaire sur des mélodies toutes dénudées, ici faites de bip et de bop plutôt que de boucles de gratte. Une musique fraîche, spontanée et originale, qui se joue des conventions et n’en fait qu’à sa tête et à sa fête. Une preuve de plus que Matamore n’est pas un de ces labels qui s’enferment dans un style et une formule.

MOUFLE

Cours de cuisine collectif avec les membres du label Matamore. Ou quand la cuisson du Chicon Magique se mue en joyeux bordel improvisé. Le rôle de Moufle est de démultiplier la force pour un déplacement proportionnel inverse.

« Chicon, de Cichorium intybus L., famille des Astéracées (Composées). L’endive ou chicon est une plante bisannuelle, mais cultivée comme une plante annuelle, de la famille des Astéracées, cultivée pour ses « chicons », pousses blanchies obtenues par forçage, consommées comme légumes crus ou cuits. Elle est appelée chicon en Belgique et parfois aussi dans le nord de la France, et endive ailleurs. » (Wikipedia)

« Un certain mystère entoure l’origine du chicon. La tradition veut que ce légume belge ait été découvert par hasard, durant la période troublée au cours de laquelle la Belgique a conquis son indépendance. Pendant les jours troublés de la Révolution de septembre 1830, l’agriculteur schaerbeekois Jan Lammers déserte sa ferme. A son retour, il constate avec étonnement que les racines de chicorée, qu’il a laissées dans sa cave et recouvertes d’une couche de terre, ont donné des feuilles blanches. (...) La chicorée sauvage au goût amer, qui, dans l’Ancien Monde, poussait le long des routes, est devenue un délicieux légume et un produit d’exportation très demandé. Aucun autre légume ne traduit aussi subtilement la richesse et les caractéristiques du "terroir" belge. Le chicon est, indéniablement, l’or blanc de Belgique. »

(Portail Fédéral de la Belgique)

le 27 novembre 2007 par aKa

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