
Adieu, salopard...
Bon, faisons d’emblée un sort à la réputation du bonhomme. Mourir à 76 ans, dans son lit, ne fera pas d’Ike Turner un ange. Et sûr que c’est en enfer que notre mari violent égrène désormais les riffs qui ont changé la face du monde rythmé.
Mais il est bon de savoir d’où on vient et, faut-il le rappeler, l’inventeur du rock’n roll - puisqu’il est l’un des candidats au titre - était un salopard. C’est comme ça... sans Ike, sans ses fameux Kings of Rhythm et ce standard de 1951, Rocket 88, qui marque mieux que Route 66 le cri primal du rock, pas d’Elvis, pas de Beatles, pas de Led Zep, pas de Radiohead. Les enfants du rock sont des enfants d’Ike, des enfants de salaud... Ike a-t-il frappé Tina ? Oui, sans doute, puisqu’il a fini par l’admettre en 2001, dans son autobiographie, après avoir longtemps nié l’évidence. Non seulement il la tapait, mais cette ordure se tapait également la quasi-totalité des Ikettes, ses Claudettes à lui... les épousant les unes après les autres au cours de sa longue carrière de roi du rythme.

Non Ike, n’était pas un enfant de chœur, c’est sans doute pour ça qu’il eut besoin de ces choristes qui firent sa gloire et sa déchéance. Mais bon, être un musicien black à la fin des années 40, lorsqu’il débuta, c’était à peine mieux considéré que maquereau ou bookmaker. Ike aura eu le mérite de ne pas mourir flingué, comme Sam Cooke, Al Jackson ou toute une désolante génération de Noirs américains. Ni surdosé comme Hendrix ou Baby Huey...
S’il n’est pas non plus mort électrocuté comme Cloclo, c’est un peu en se prenant les doigts dans la prise qu’il révolutionna le rhythm’n blues pour en faire autre chose, du rock peut-être. L’ampli, ce jour-là, avait calenché, et ce son distordu qui allait faire la fortune de milliers de petits blancs sortit des enceintes grâce aux aléas de la technique.

Mais assez péroré. La musique à présent...
L’écoute des Kings of Rhythm reste aujourd’hui encore assez rafraîchissante et démontre que le chaînon manquant entre le blues et le rock’n roll est là, dans ce groove déjà précurseur de Little Richard, de Chuck Berry ou de Don Covay. La guitare ? Entre le picking à la Wes Montgomery, à la Curtis Mayfield, et Steve Cropper déjà...
Mais c’est bien sûr la rencontre avec Anna Mae Bullock, future Tina, qui va faire la fortune d’Izear Luster Turner Jr. Dois-je avouer que mon premier « vrai » concert - à part Marcel Amont dans une fête du PC à huit ans -, fut un concert du duo et des Ikettes au Grau du Roy en... 1974 je crois, à l’époque du sublime album Working together. Le jeu de jambes de Tina et des autres futures épouses d’Ike, leurs petites culottes entr’aperçues du bas de la scène, le funk mauvais et infectieux balancé par Ike firent exploser tous mes boutons d’acné...

Nutbush City Limits, River Deep, mountain high, cette superbe balade qu’était Working Together ou encore ce monument du groove : Funkier than a mosquito’s tweeter parlent mieux que tous les hommages, que toutes les nécros...
Après ? Après, Tina vira FM et fit du fric sans perdre sa rage de chanter. Mais c’est encore Ike qui, ses problèmes de dope réglés, sortit les albums les plus présentables en revenant à ses premières amours. Le blues. Ça va chauffer en enfer...
Un bel hommage, avec une belle sélection de morceaux, chez Moistworks
Deux morceaux chez Awful Thom










Adieu, salopard...
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18 décembre 2007, par cmon
Adieu, ike
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23 décembre 2007, par jack krueger666