
A chacun son Deodato (2)
La première partie nous avait laissé au Brésil en 1965. Nous voici maintenant aux Etats-Unis. La musique brésilienne y cartonne - The Girl from Ipanema, Summer Samba [1], Mas Que Nada [2] sont les classiques de l’époque - et cette période faste attire aux USA de nombreux musiciens brésiliens issus de la Bossa Nova.
Eumir Deodato débarque à New-York en 1967 à l’invitation de Luiz Bonfa. Très vite la diaspora brésilienne fait appel à ses talents. Sur les conseils d’Astrud Gilberto, Creed Taylor, mythique producteur de Verve et futur boss de CTI, lui propose d’arranger quelques titres de Beach Samba. La session est pliée en quelques heures et Creed Taylor, impressionné par tant de talent, fait rapidement de Deodato un habilleur attitré des productions CTI.
Fin 60 - début 70 Deodato orchestre, arrange et distille son style élégant et romantique sur d’innombrables disques : ceux d’Astrud Gilberto, Walter Wanderley, Sinatra, Jobim ... Il découvre Milton Nascimento dans un concours au Brésil et insiste auprès de Creed Taylor pour lui faire enregistrer un album. Ce sera Courage et les émouvants mouvements de cordes de Bridges [3] à l’origine, 27 ans plus tard, de sa collaboration avec Björk (Elle a fait de ce titre une version à la fois fidèle et étonnante à écouter ici).
Et tout d’un coup, au début des années 70, alors que les albums de Roberta Flack qu’il a orchestrés produisent tubes sur tubes, Deodato se demande : et si tout cela venait de moi ?
(Sur Percepção - Odeon - 1972)
1972 est l’année de Prelude. Le premier album solo de Deodato aux USA est propulsé par Also Spracht Zarathustra, une épique jam jazz funk sur une trame mélodique fournie par Richard Strauss et 2001 : L’Odyssée de l’espace.
Ce succès paradoxal - enregistré en une prise, il s’agit sans doute du morceau le moins arrangé de toute sa carrière - transforme par surprise Deodato en star planétaire et Prelude se vend dans la foulée à des millions d’exemplaires.
Ironie du sort, ce succès inattendu de Prelude a jeté dans l’ombre ce qui est sans doute un des meilleurs albums de Deodato. Enregistré au Brésil la même année, Percepção est la finesse même, un disque d’arrangeur tenté par la musique classique, au romantisme délicat, loin des groove du jazz funk. Deodato, formé en autodidacte à l’écriture des arrangements par un livre d’Henri Mancini, dessine en sept instrumentaux rêveurs la bande son d’un film dont l’auditeur est prié d’inventer les images, en se permettant parfois de tutoyer Morricone par la qualité de certains thèmes. Mais le point d’orgue du disque, sa porte d’entrée, reste le majestueux Bebe. Le seul titre du disque à ne pas être composé par Dedoato (il est signé de Hermeto Pascoal) démontre à quel point ce type est un grand arrangeur.
On trouve de tout en farfouillant dans les pages « Brésil » des disquaires en ligne, même des disques de folk-rock US gorgés de fraîcheur et d’harmonies ensoleillées. Ne pas s’y tromper, Joe and Bing ont plus à voir avec les Byrds, la sunshine pop et Simon and Garfunkel qu’avec Antonio Carlos Jobim. C’est pourtant sur le mythique label brésilien Quartin que leur disque a vu le jour, en 1971, sous le nom énigmatique de Best of friends [4]. Il fut ensuite réédité par un autre label brésilien, Tapecar, en 1974, puis, deux années plus tard, en Italie dans une édition quasiment pirate créditée à Eumir Deodato and Best of friends. Ce fut tout, jusqu’à ce que Rev-Ola ne le réédite en 2004 en l’attribuant enfin à Joe and Bing. Trop d’anges s’étaient penchés sur ce disque pour qu’il reste durablement oublié.
Le premier fut Harry Loofkofsky, le producteur des Left Banke et père de leur compositeur Michael Brown. C’est lui qui, en découvrant les maquettes de Joe et Bing, eut l’idée de les faire écouter à Deodato. Charmé par les compositions du duo, l’arrangeur brésilien convoqua une brochette de musiciens de rêve - parmi eux, le percussionniste brésilien Dom Um Romao et le guitariste Joe Beck - et les deux étudiants de la Taft School, à peine revenus du Vietnam, gravèrent ce disque miraculeux, mélange sensible d’harmonies parfois old school (certains titres dataient des débuts du duo, 1964, dont Daybreak) et de béatitude hippie magnifiés par le talent de Deodato.
Les notes de pochettes de la réédition Rev-Ola racontent comment Deodato, en empathie avec les harmonies incroyablement délicates de Daybreak, créa quasiment en temps réel les arrangements du morceau. Vous qui êtes à la poursuite de la magie pop sous forme de guitares acoustiques et de violons, arrêtez votre chemin, vous êtes arrivés.
Voilà ce qui s’appelle casser l’ambiance. Ce billet sur Deodato me donne une occasion inespérée d’exhumer pour la Blogothèque ce témoin d’une courte mais intense période funk au début des années 90, alors que je ne jurais que par le hip-hop.
A la fin des années 70, et alors que sa carrière solo avait pris un tournant franchement funk et disco, Deodato croisa par hasard la route d’un groupe un peu paumé, Kool and The Gang. En un Celebration et un Ladies Night produits et co-écrits par lui, il les transforma en Terminator de salles des fêtes. Ce fut le point de départ de la phase "Deodato, producteur de funk".
De tous les albums de Kleeer [5], Intimate Connection est souvent présenté comme un des meilleurs. Produit par Deodato en 84 alors que le genre était en perte de vitesse, c’est un classique de ce funk
des années 80 inondé de claviers flottants, de voix passées au Vocoder et de claquements de main aussi appelé Boogie. Le son clinique, la production parfaitement aérée datent le tout plus sûrement que le carbone 14 mais je continue d’aimer ce morceau. Par nostalgie, sans doute, mais aussi pour le côté envapé de ce funk, la mollesse du beat, la sorte de douce renonciation qui s’en exhale.







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19 juillet 2007, par alexandre "rput"
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19 juillet 2007, par bruno
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30 juillet 2007, par m a t