#9 - This is what she’s like

C’était dimanche dernier. J’avais le choix : une sortie au cirque avec ma petite famille, voir les tigres blancs, les éléphants, ou en profiter pour faire tranquille le plus gros vide-grenier de la région. J’ai hésité jusqu’au dernier moment – je culpabilisais, c’est quoi, ce père qui préfère les disques à l’émerveillement de son enfant – mais le cirque ne prenant pas les CB, il y avait juste assez pour ma copine et mon fils et j’ai filé. Ce disque des Dexys Midnight Runners est un des premiers que j’ai vu.

Les Dexys Midnight Runners, c’était d’abord un souvenir d’adolescence. Un type prostré, d’allure bohème, jean retroussé, foulard rouge, sur une pochette aperçue chez la voisine, posée dans une pièce quasiment sans meubles. Ce n’est pas à cette époque que j’ai découvert Too-Rye-Aye. J’adorais, j’aime toujours, Come on eileen, que je place au niveau des monstres euphorisants que sont le This old heart of mine des Isley Brothers ou The love you save des Jackson 5 mais j’ai mis 25 ans à écouter l’album. La faute sans doute au souvenir flou d’une critique mal comprise ou vraiment assassine dans le premier Rock&Folk que j’ai jamais lu. Et pourtant, la première chose que j’ai faite avant de mettre Don’t stand me down sur la platine a été de lire avant d’écouter.

Dans sa notule du dictionnaire du Rock, Michka Assayas parlait d’un album touchant, aux mélodies parfois sublimes, comme celle de Knowledge of beauty. J’ai cru y être arrivé lorsque j’ai soudain entendu le souffle d’une berceuse me caresser les oreilles. On se serait cru sur la deuxième face d’Abbey Road, puis l’instant d’après, lorsque les choeurs arrivent, en train d’écouter une chute de Smile. Mais non, ce n’était pas Knowledge of Beauty. Cette première face semblait contenir beaucoup plus de morceaux qu’annoncé, jusqu’à ce que je comprenne que This is what she’s like, le deuxième titre du disque, était en fait une suite de douze minutes.

Don’t stand me down est un disque tout en beauté intérieure à côté duquel Too-rye-ay ferait presque l’effet d’un grand cirque bruyant. La superposition tranchée des tempos Motown et des violons celtiques créait le style ’Dexys’ sur Too-Rye-Ay, immédiatement reconnaissable, porté par les intonations exaltées de Kevin Rowland. Don’t stand me down ne reproduit pas ce qui était une formule. Le mariage entre amour de la soul et racines irlandaises est toujours là, mais il se fait moins volontariste, plus naturel et indécis à la foi. Too-Rye-Ay était un manifeste enthousiaste, plein de ferveur, plus grand que la vie. Don’t stand me down est un retour aux joies simples, un disque riche et subtil, marqué par une complicité entre les musiciens qui transpire des sillons et balisé par trois chansons au dessus de la norme, This is what she’s like, Knowledge of beauty et The Waltz.

Don’t stand me down n’était apparemment pas l’album à sortir après une attente de trois ans. Ce fut la décision unanime d’une critique rendue sans doute plus combative par le côté ’profil bas’ du disque, inhabituel chez un type vu de manière récurrente comme un emmerdeur autoritaire, un type pas marrant, comme le sont parfois les caractères épris d’absolu. Rien à voir avec la musique ? Il faut croire que si, un peu. Le groupe ne survécut que peu de temps à l’échec du disque et de la tournée qui suivit et en 1988 sortit le premier album solo de Kevin Rowland, The Wanderer.

Aujourd’hui, Don’t stand me down est généralement considéré comme le chef d’oeuvre du groupe. L’image de Kevin Rowland s’est muée en celle d’un artiste incompris et touchant capable de purs moments de magie. Don’t stand me down a connu deux autres versions en CD. La dernière, sous-titrée The Director’s cut, est sortie avec une pochette différente, certains morceaux ayant changé de titre (Knowledge of beauty est ainsi devenu My national pride). Elle semble enfin correspondre aux souhaits de son créateur. Les Dexys Midnight Runners se sont réunis à nouveau en 2003 pour une tournée. Un album serait en cours d’écriture.

Pour en savoir plus :
- http://www.dexys.co.uk/
- http://en.wikipedia.org/wiki/Dexys_Midnight_Runners

le 12 octobre 2008 par Jamais Pareil
commentaires •

#9 - This is what she’s like

Enfin, cet album sublime est réhabilité. Plus généralement, Dexy’s devrait, à l’égal des Specials, être considéré comme l’un des groupes majeures des années 80. Les Cure ne sont pas le seul groupe de cette époque.

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12 octobre, par Kid Charlemagne

#9 - This is what she’s like

Pour moi, le meilleur c’est "Searching for the young soul rebels". Un bien bon groupe en tout état de cause.

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13 octobre, par davnat

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