
#7 - Ecoute, c’est du belge
Vous les avez peut-être vues ces pochettes, vous les avez dédaignées, moches, vulgaires, attrape-nigauds pour amateurs de vibrations latines hard-discount, pas vous quoi. Vous avez vu juste : ces gens-là ne sont pas des purs latinos. Et c’est peut-être encore meilleur.

Les Chakachas - Eso es el amor
Sous ses airs latino, les Chakachas était en fait un groupe de musiciens belges, formé à la fin des années 50 par un certain Gaston Bogaert, percussioniste et arrangeur. Avec leur chanteuse d’origine cubaine Kari Kenton, le groupe s’engouffre dans la vague Mambo - Cha cha cha qui déferle sur l’Europe et décroche vite un hit, Eso es el amor, en 1958. Les enregistrements se succèdent d’abord à un bon rythme puis s’espacent lorsque la vague s’essouffle, au début des années 60. Le groupe disparaît quasiment des bacs après 1965 pour connaître une renaissance curieuse quelques années plus tard, avec le hit international Jungle Fever. Voyons, un monstre pré-disco, tout en râles et beat lourd, des congos, un riff de guitare funky inoubliable, une flûte purement blaxploitation ... Vous calez ? Laissez moi vous rafraîchir la mémoire.
Sorti en 1970, l’album dont est tiré Jungle Fever (relégué en toute fin d’album) réactive sans complexe le délicieux exotisme des Chakachas du début, mais il le fait sur des rythmiques body-buildées débordantes de percussions, aguichantes et audacieuses. Il ne fallait pas être latino, pour touiller ainsi sans respect Mambo, funk et exotica dans le seul but de faire danser. Ca tombait plutôt bien, les Chakachas étaient belges (L’album est en écoute sur Deezer).
En dépit de son clin d’oeil à la lascivité de Jungle Fever, la compilation que j’ai trouvée la semaine dernière ne contient aucun titre de la période 70’s des Chakachas. Sous un packaging qui trahit l’estime du label pour leur oeuvre, elle rassemble en fait un grand nombre des titres enregistrés par le groupe durant sa première période, celle du "typique". Et il n’y a pas à le regretter, car leur approche iconoclaste et ludique tout entière dédiée à la danse y fait des merveilles. Via Cuba date de 1959. J’ai du mal à y croire.

Nico Gomez et son orchestre
On ne peut pas parler des Chakachas sans évoquer celui qui signe plusieurs des titres de l’album Jungle Fever et dont les Chakachas furent un temps le backing band, j’ai nommé Nico Gomez. Derrière ce nom de scène de pure essence latino se cache en fait un musicien, compositeur, arrangeur, orchestrateur Néerlandais qui s’installe à Bruxelles en 1947 pour échapper au service militaire. Il est le père du rockeur belge Raymond Van Het Groenewoud.
Nico Gomez a sévi avec avec son orchestre dans les circuits spécialisés et enregistré pour d’obscurs labels. Ses compositions et versions de standards sont de la chair à compilation cheap comme celle que j’ai trouvée chez Emmaus, en pleine collision entre standards Bossa-Nova, compositions personnelles et standards cubains. Car Nico Gomez, comme les Chakachas, ne cherchent pas à faire authentique. Ils ne sont pas cubains, ni brésiliens, ni même latins mais n’en conçoivent aucune culpabilité. Pour les gens auxquels leur musique s’adresse en premier lieu, l’authenticité n’est pas une valeur primordiale.
Débarrassée de toute obligation d’être vraie, leur ré-interprétation de la musique latine devient un genre en soi, avec une signature sonore particulière et surtout, une efficacité que n’atteignent pas toujours les modèles originaux. Car Nico Gomez et ses accompagnateurs sont des bons, des pros formés sur le circuit commercial. Ces maîtres es-synthèse latine savent faire monter une mayonnaise rythmique, jongler avec les saveurs authentiques. Le résultat est un morceau comme Aquarela, une composition de Nico Gomez qui se rattache immédiatement à l’Amérique du Sud sans s’inscrire dans aucun folklore.
Et la confusion devient totale lorsque La Lupita, un des morceaux phare du culte Ritual, se retrouve aux côtés de Jorge Ben et Orlandivo dans l’excellent premier volume des Brazilian Beats, sorti chez Mr Bongo en 1999. Ritual, le morceau titre, s’est lui retrouvé compilé sur Club Africa.
Dans le même temps, il est frappant de constater à quel point le traitement de ce Samba de uma nota so qu’apprécie tant Oliver Wang de Soul-sides rappelle le style de Ed Lincoln, un pur brésilien celui-là, travaillant dans les mêmes circuits que Nico Gomez, ceux des corps qui dansent et qui suent.















































#7 - Ecoute, c’est du belge
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9 septembre, par Martian Shaker
RE : #7 - Ecoute, c’est du belge
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9 septembre, par bruno