#4, Nez à nez avec la cavalerie

Quatrième volet de notre série de l’été, ode aux dépôts-vente, au développement durable et aux trouvailles pas chères sur les places ensoleillées. Aujourd’hui, un coffret de quatre disques, "Anthologie de la musique western", enregistrée par un pied tendre, mais profondément émouvante pour Rouquinho.

Je ne fais pas partie des êtres fascinés a priori par les musiques de film. Aux exceptionnelles partitions dédiées au cinéma, il manque souvent les images pour créer l’émotion ultime, ce qui ne doit pas être tout à fait illogique. Aux morceaux plus ordinaires, dont le destin est de se noyer au mixage sous des dialogues décisifs, il est difficile d’accorder le même coup d’oreille qu’à un grand album. Bien sûr, la musique de film est un genre qui embrasse tous les styles et tout le XXe siècle, dans une mosaïque potentiellement fascinante. Mais les motifs d’adoration sont généralement plus terre à terre : le souvenir de la séance, le morceau-phare qui phagocyte les autres, la réputation du compositeur (on reparlera ici d’Ennio Morricone). Parmi les facteurs-clef qui rendent attachantes un paquet de BO, il y a le packaging. L’image, on y revient toujours...

C’est sur ce critère que, par le premier dimanche ensoleillé de l’an 2008, je me suis procuré une "Anthologie de la musique Western" en quatre volumes. Le visage grave de Kirk Douglas (cowboy ou sheriff ?) semble demander à l’auditeur s’il est prêt à en découdre avec quatre 33 tours en parfait état. Avec eux seuls. Il n’y a pas d’autre visuel derrière ou à l’extérieur. Pas de livret. Pas d’info en dehors des titres des films. Aucune date. Vu les films dont il est ici question, tous shootés entre 1954 et 1973, le coffret date de la première moitié des années 70. Alamo, Le Bon la brute et le truand, Johnny Guitar, Vera Cruz, La Rivière sans retour, La Conquête de l’Ouest… C’est une cinémathèque que nous tenons entre les mains.

C’est aussi une imposture. Le coffret vante des « musiques originales ». Ne pas confondre avec « version originale ». Pour avoir grandi avec un autre coffret de quatre disques – hideux, mais bouleversant pour le gamin de sept ans que j’étais – des musiques d’Ennio Morricone les plus populaires, je sais identifier en deux secondes les bandes frappées sous la direction de l’Italien et le différencier de ses pastiches. La supercherie apparaît au bas des crédits. C’est un certain Mario Cavallero qui a tout réinterprété, avec son orchestre. Après le choc, l’évidence. Il est bon, cet orchestre. Pro, mais pas froidement. Vraiment groovy. Avec, en fil rouge, ce son de pop-music pré-seventies coloré, bondissant. Une guitare près du micro et des cordes élancées en même temps, une trompette mélodique et une rythmique façon Gainsbourg, ça sonne. Chaque écoute conforte la thèse d’une remarquable surprise, d’un miracle improbable.

Ennio Morricone jure : « Pour une musique de film, le thème n’a aucune importance. Ce qui compte c’est le climat. » Là, ce sont au contraire les partitions qui parlent. Les thèmes. Le climat, c’est l’orchestre qui le crée avec ses moyens, pas en fonction des besoins de l’image, donnant à cette maxi-compil la cohérence sonore d’un album (le quatrième disque, plus anecdotique, renferme des classiques de saloon). Cet orchestre sonne comme celui qui accompagnait France Gall au concours de l’Eurovision avec Poupée de cire, poupée de son. Jamais vraiment kitch, étonnant souvent, humain toujours. La première mesure du premier morceau du premier disque porte en elle un terrible manque de cohésion entre la rythmique et l’orchestre. Le Bleu de l’été, du film Alamo, fait partie des quatre extraits reproduits ci-dessous. Sont joints, un classique archi-connu ( Le Bon, la Brute et le Truand ), un tempo lent avec harmonica et trompette, ( 3h10 pour Yuma ), enfin, un morceau façon grand orchestre ( The High Chaparral ).

J’y ai ajouté un thème (authentiquement original, celui-là) de Mon nom est personne , issu du coffret d’Ennio Morricone dont je parlais plus haut. Paru en 1983 comme prétexte pour les fêtes de Noël, offert à mon père qui a vite abandonné l’objet à ma curiosité, il m’a accompagné de très, très longues années, et donné pour la vie une façon d’entendre la musique, d’être fasciné par des sons neufs, frappé par le vertige à l’écoute d’une mélodie, possédé par un climat. Il m’a littéralement creusé l’oreille. Dans ce coffre, deux thèmes issus de Mon nom est personne déchiraient tout. Un sur lequel Vincent Noiray a déjà écrit. Un autre, ici donné, dont j’avais par ailleurs trouvé le 45 tours entre Chartres et Versailles en août 2005 et me fait frissonner au galop à chaque fois. Quand je dis que je ne suis pas un être fasciné a priori par les musiques de film, il faut aussi comprendre cela : elles sont l’air que j’ai respiré dans mon enfance. La routine, en somme.

L’OBJET :
Date et lieu de la trouvaille : mai 2008, brocante avenue Philippe-Auguste, Paris.
Prix : 6 euros.
Etat : Rien d’autre que l’usure du temps, disques impeccables, une signature indéchiffrable sur chacun.
Vendeur : Soixantaine d’années, petit pincement au coeur.
Taux d’hésitation avant achat : 10%, rien ne s’y opposait vraiment.

le 27 juillet 2008 par Rouquinho
commentaires •

#4, Nez à nez avec la cavalerie

Très chouette article. Connais-tu les enregistrements de Morricone par Yo-Yo Ma (qui n’ont rien, mais alors rien à voir avec ceux dont tu parles, mais qui sont remarquables).

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28 juillet 2008, par davnat

RE : #4, Nez à nez avec la cavalerie

Non, cela fait partie des choses de son (immense) discographie que je connais pas. Tu recommandes ?

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28 juillet 2008, par Rouquinho

RE : #4, Nez à nez avec la cavalerie

En fait, c’est un peu emphatique, mais les cheveux dans le vent et la tête dans les étoiles, je ne connais rien de mieux.

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28 juillet 2008, par davnat

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