#3 - Voyage, voyage

Il faut la foi pour faire les vides-greniers ou les dépôts-ventes. Passé la phase d’émerveillement du novice, qui fait tout acheter parce que ce n’est pas cher, arrive la déprime. Parce que 95% des disques ne valent que le plastique qui les composent, parce qu’à force de voir passer des Michel Sardou et des compiles de hits à la Mario Cavallero, la lassitude s’installe. Mais heureusement il y a des bugs, des disques qui se trouvent là et qui ne devraient pas, des disques tellement perdus qu’ils semblent arrivés là tous seuls. Ce sont eux qui donnent la force d’explorer ce énième tas de vinyles sur lequel trône un énième disque de Johnny.


Avec sa tête de monstre taillée dans la pierre qui se détache sur le fond noir de la pochette, il aurait fallu être aveugle pour ne pas le voir, ce disque 25 cm. C’était dans une sorte de tout petit magasin, comme un garage à disques : de la brique peinte en blanc pour faire les côtés, et par terre, des bacs et des bacs. Le magasin fermait ses portes car le propriétaire des murs, sans doute pris dans la folie immobilière, vendait. Je n’avais jamais entendu parler de Los Grillos. Un La Paz - Bolivia écrit en tout petit renseignait sur l’origine du pressage. Une suite de mots prometteuse Organo Eletrônico y programacion de Moog sintetizador en face du dénommé Nano me laissait espérer qu’il s’agissait là d’un album de rock, voire de prog-rock exotique, du début des années 70. Le vendeur n’avait pas l’air de savoir d’où il sortait, ce disque. Son collègue était sorti, lui il aidait, il savait pas. Il coûtait 4 euros.

Le disque que j’avais trouvé, Vibraciones Latinoamericanas, semble être une des rares (ou une des plus précoces ?) tentatives de fusion entre rock et musique traditionnelle bolivienne. On y entend donc une rythmique basse-batterie, normal, de la guitare sous flanger, des sons spatiaux (le Moog !) mêlés à de la flûte indienne sur des airs aux fortes réminiscences folkloriques, le tout avec une qualité d’enregistrement qui déjà à l’époque (1975 paraît-il) ne répondait pas aux normes en vigueur dans le monde moderne. Et c’est peut-être autant ce son diffus, étouffé par moments que l’innocence de ce rock folklorique sous influence prog (mais au format court, l’ensemble, 8 titres, fait moins de trente minutes) qui rendent cette musique si rafraîchissante.


Bonjour, excusez-moi, mais c’est un disque japonais. Vous savez ce que c’est ?

J’en sais rien, non, c’est sans doute à mon fils (euh, il est au courant au moins ?)

Bon. Sorti sur Liberty, soit le même label que les premiers Can ou Amon Düül II, je me disais que ça pouvait être chouette. Pas de date, ce Akai Tori concert : A Million People était donc manifestement un concert (bravo), d’un certain Akai Tori, en fait un groupe japonais virtuellement inconnu en dehors de son île à en juger par le peu d’informations que j’ai pu glaner sur lui. Les quelques descriptions que j’ai pu trouver présentent leur musique comme du Soft-Rock. J’accepte cette désignation pour la majorité des morceaux du disque (et j’ajouterais même, du soft-rock un peu mou, chanté en japonais), mais pas pour celui que je vais vous faire écouter.

Moukko (A folk song of Tsugaru nous apprennent les crédits) démarre lentement, très lentement même et on ne s’attend pas à la chaude furie qui va s’installer. Du folklore japonais traité comme de l’Afro-Rock ? Ca y ressemble un peu, dès que Sadao Watanabe enfourche son saxophone alto. Je vous laisse vous imprégner de la chose, qui ne fait pas loin de 21 minutes. C’était le meilleur moment du concert, assurément (et un million de japonais, ça ne fait pas beaucoup de bruit).


Lalao Rabeson est une grande dame de la chanson malgache. Ca n’avait pas l’air de trop parler aux jeunes filles qui le vendaient, ce petit 45 tours sorti sur Discomad, un (le ?) label discographique de Madagascar. Elles le voyaient même pour la première fois, ce disque. Il s’était d’abord incrusté dans les bagages de la maman, avait traversé les déménagements successifs pour se retrouver dans la Sainte-Baume, embarqué par les filles de la maison un beau dimanche pour le vide-grenier du village.

Les filles ont hésité un instant devant ce témoignage de l’histoire familiale, puis elles ont tranché - après tout, elles étaient là pour ça, pour se débarrasser des vieilles choses, faire de la place aux neuves - et me l’ont vendu.

Malaika, une reprise de Miriam Makeba, a le charme détendu de la musique des îles, avec une petite particularité que vous n’allez pas manquer de noter : le disque n’est pas troué très exactement en son centre.

le 20 juillet 2008 par Jamais Pareil
commentaires •

#3 - Voyage, voyage

Ca me donnerai presque envie de me lever dimanche matin pour aller fouiner les vides-grenier. Merci pour celle jolie sélection de musique différente.

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21 juillet, par MrMeuble(.blogspot.com)

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