La Blogothèque

Bon Iver – 8 (Circle) | One 2 One

Un artiste seul face à une personne, pour le concert le plus intime et le plus intense possible. Ce sont les One 2 One, notre nouvelle série, inaugurée lors du Michelberger Music, il y a de cela un an, à Berlin. Premier épisode : Bon Iver.

Septembre 2016. Nous étions une petite centaine dans l’un des studios de l’imposante Funkhaus, l’ancienne maison de la radio est-allemande. Une foule assez intimidante : il n’y avait là que des musiciens incroyables, de Justin Vernon à My Brightest Diamond, en passant par Wye Oak, les Kings of Convenience, Woodkid, Stargaze, les frères Dessner… Autant d’artistes invités par l’hôtel MichelBerger de Berlin pour préparer une semaine de résidence, avant un weekend de festival incroyable (dont on a déjà beaucoup parlé).

Juste avant que nous ne sortions de la salle, un artiste (qui ne s’était jusque là pas trop fait remarquer) a désigné une salle d’enregistrement et a demandé : “Et si pendant le week-end, on organisait des concerts pour juste une personne ?”. Cet artiste, c’était Damien Rice. Et tout de suite, je suis allé le voir.

Nous avons passé la journée à parcourir la Funkhaus, ses interminables corridors de béton, ses petites salles tapissées de moquette usée, ses majestueux auditoriums tout en bois, pour trouver la salle parfaite. Elle nous attendait en haut d’un escalier : une vaste pièce en travaux surplombant les deux grands auditoriums.

Nous y avons installé deux chaises, et avons établi un mode opératoire : durant le week-end, entre chaque concert, nous irions kidnapper une personne pour l’emmener ici, où un musicien l’attendrait pour jouer un morceau rien que pour elle. Pour rendre l’expérience plus intense, on lui banderait les yeux sur le chemin, et ferions sonner un bol tibétain sur sa tête avant de lui permettre d’enlever son bandeau. On appellerait ça les “One to One”.

La semaine puis le week-end furent parmi les plus intenses et les plus mémorables qu’il m’ait été donné de vivre. Et tout au sommet de ces montagnes russes émotionnelles se trouvaient les “One to one”.

Chacun d’eux fut une expérience folle, unique. Une nouvelle amie américaine allait à chaque fois se plonger dans la foule, espionner les conversations et repérer la victime idéale, pour la guider ensuite à l’aveugle vers notre pièce secrète. Rarement avions-nous vu des artistes aussi tendus, investis, alors qu’on asseyait la ‘victime‘ sur sa chaise. Et quand on ôtait le bandeau commençait un moment d’échange pur. On a vu un homme robuste rester pétrifié face à la musique tribale des Senyawa, une jeune femme applaudir comme une enfant après que les O lui eurent fait la sérénade à genoux. Un garçon subjugué par une Shara Nova qui ne l’a pas quitté des yeux en chantant.

Et puis ce sommet absolu d’intensité, lorsque Damien Rice, investi dans ce projet comme personne, a convoqué les 24 choristes du Cantus Domus pour chanter ensemble un morceau de dix minutes face à une personne seule. Il l’a fait à trois reprises dans le week-end, et ce fut à chaque fois une folle secousse. Imaginez juste être encerclé par toutes ces voix, et voir, après sept minutes, Damien Rice himself s’agenouiller devant vous en silence, les yeux fermés, pendant que la chorale termine le morceau. Les trois personnes qui l’ont vécu n’en revenaient pas.

Bien moins imposante, mais toute aussi intense fut la session de Bon Iver. Justin Vernon, humble et timide, face à une jeune femme qui n’a réalisé qu’après un long instant qui se trouvait face à elle. La version dénudée de 8 (Circle) est si forte que c’est avec elle que nous avons voulu commencer cette série. Que nous comptons bien renouveler…