La Blogothèque

Colin Faivre, la théorie des cordes

Avec son troisième album, Colin Faivre signe de son banjo baryton un carnet de voyage introspectif et vertigineux. D’une authenticité sans faille, “Les Dormeurs des Abysses” remonte le cours du temps et nous offre sa propre version de l’univers.

Un pas de côté. Un retour au calme. Au silence. À la contemplation. À l’essence, la substance. Créer. Re-créer. Se désabonner. Du fil d’actualité. Des sites d’informations condensées pour briller en société. Laisser reposer les oripeaux du paraître. Ne plus se laisser prendre pour cible commerciale. Quitter la surface des choses. Se ré-inventer. Écouter Colin Faivre.

Le nom est lancé, le grand écart est fait entre un monde sur-télévisé/sous évolué et l’infini des ondes fossiles. Si “Les Dormeurs des Abysses” était un livre, il se serait appelé “Extrêmement Fort et Incroyablement Près”. Et c’est en écoutant ses notes incroyablement géantes que l’on choisira l’univers en expansion à celui, en pleine implosion, de l’information et de ses déclarations extrêmement vides.

 

La théorie des cordes, par ce garçon aux 33 étés, devient claire comme un ciel de juillet. Neuf voyages en solo au coeur d’un hyper-espace dont nous ne savons rien, mais qui s’emboîtent et s’imbriquent comme des mondes parallèles et inconnus. Ceux de Colin s’appellent “Descente Précipitée”, “Là où l’Eau est Noire”, “Au Bord de la Fosse”…Si ces titres invitent à plonger dans les entrailles de la Terre, c’est pour mieux extraire le magma qui s’en échappe silencieusement, sous des kilomètres d’océan. Un retour aux origines, glanées au gré de ses influences, de Debussy à Ballaké Sissoko. Colin nous en livre les secrets à chaque apparition sur scène, dans ces espaces hors-monde qu’il affectionne tant, où immersion, introspection et improvisation se mélangent et se dissolvent comme une goutte une goutte d’iode dans notre sang.
L’oud d’Anouar Brahem n’est jamais très loin, tout comme la musique indienne. Si celle de Colin incite tant à la méditation, c’est sans doute parce que lui-même la pratique. Et l’on expérimente à l’écoute de son jeu une douce et singulière joie à respirer, retenir son souffle, expirer et recommencer. Ce n’est pas pour autant qu’elle nous conduira à l’assoupissement, car en musicien savant et instinctif, Colin sait insuffler l’énergie et la force quand il le faut, là où il le faut.

Interstellaire et gravitationnelle, la musique de Colin Faivre dépasse les limites du temps et de l’espace. Elle coule en eau claire, comme des mots que l’on cherchait et que l’on trouve enfin. En prise directe avec les temps immémoriaux, âge d’or, de cristal, elle se fond à merveille avec l’image que l’on se fait de la splendeur passée. À son écoute, on l’imaginerait volontiers résonner là où le temps n’a plus prise, sur les lignes de Nazca ou à l’ombre d’un moaï.

Il faut espérer – non: croire dur comme fer – que Colin Faivre poursuive sa trajectoire, ses voyages et continue de recevoir davantage d’invitations de la planète musique. Car où qu’il joue, sa magie opère et se glisse en nous pour ne plus en sortir, avec cet étrange et bienfaisant sentiment qu’on vient de nous offrir la part d’instinct que nous avions perdue.

 

https://colinfaivre.com/