La Blogothèque
Concerts à emporter

Alicia Keys

Un soir de juin, au Comptoir Général à Paris, Alicia Keys a joué un Concert à emporter exceptionnel, sans micro, sans ampli, avec juste un Rhodes, une contrebasse, et une poignée de fans. Et nous sommes incroyablement fiers de ce film.

Elle sort de la loge que nous lui avons improvisée à l’étage, elle descend via un escalier étroit. Le public vit sa vie, comme nous lui avons demandé. Elle fait quelques mètres, va au bar, et discute avec ceux accoudés au comptoir. Un garçon essaye de flirter avec elle. Elle sourit, prend son verre, et marche lentement jusqu’au Rhodes qui l’attend à l’autre bout de la salle du Comptoir Général. On entend le bruit des discussions, les verres qui s’entrechoquent. Elle s’assoit, on serait près de s’étourdir. Parce qu’on ne sait rien de ce qui va se passer, on ne sait rien au final de cette femme, de ce qu’elle pense là, de ce qu’elle va faire, et que tout est désormais entre ses mains.

C’est Alicia Keys. Alicia Keys. Une artiste d’une autre planète, celle des millions de disques, des chansons que tout le monde connait, des concerts dans les stades, celle que tu ne vois qu’à la télévision, à qui tu ne parleras sans doute jamais, celle dont la vie doit être si différente de la tienne que tu ne peux pas savoir ce qu’elle pense, imaginer la manière dont elle appréhende ce qu’elle va vivre. Elle est là, avec juste un Rhodes et un contrebassiste. Sans micro, à deux mètres de quelques dizaines de fans. Tu sais qu’elle va faire le job, aucun doute. Mais tu ne sais pas si elle va vivre le moment, si elle va réussir à accepter de s’étourdir, de profiter de l’environnement que tu as tissé pour elle.

Elle dit bonjour, elle commence à chanter. Dieu qu’elle chante bien. C’est assez incroyable, elle fait le job à la perfection. Le son est rond, chaud, sa voix hallucinante, puissante et voilée. La lumière est tamisée, le public captivé l’applaudit à tout rompre après ses deux premières chansons. Les deux chansons prévues. Les deux seules chansons qu’elle devait faire. Et là, face aux hourras, face aux cris de joie, elle fait un truc de fou. Elle sourit. Comme une enfant, avec une sincérité désarmante. Je me souviendrai toujours de ce sourire, de ce magnifique sourire, et de ce moment où j’ai su que nous avions touché Alicia Keys, cette femme que nous pensions ne pas pouvoir atteindre.

Et là, la soirée a vraiment commencé. En voici le film.