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Bill Ryder Jones

On oublie souvent que, malgré son visage poupin, ses cheveux d’angelot et ses faux airs de Leonardo DiCaprio période Romeo + Juliet, Bill Ryder Jones a déjà seize ans de carrière derrière lui, soit la moitié de sa vie. Oui, Bill a 32 ans, et oui, quand je passais le bac blanc de français, Bill regardait déjà les jeunes Kings Of Leon jouer en première partie de son groupe, The Coral, il tournait avec les Strokes, et s’amusait certainement des nombreuses reprises de “Dreaming of You” qu’il était alors de bon ton de faire dans le petit milieu indé – en tête celle des Libertines filmée à l’arrière d’un van pourri au fin fond de l’Espagne.

On oublie aussi que depuis son départ de The Coral en 2008, Bill ne s’est jamais arrêté : des BO de films, des collaborations avec les Arctic Monkeys, The Last Shadow Puppets, Graham Coxon ; un premier album solo, sublime adaptation musicale et orchestrale de Si par une nuit d’hiver un voyageur d’Italo Calvino ; A Bad Wind Blows in My Heart, second disque en forme de déclaration d’amour à la musique de Bill Callahan sorti en 2013.

C’est quelques semaines avant la sortie de son troisième album, West Kirby County Primary, que nous avons rejoint Bill à la terrasse d’un bar du XIe arrondissement. Il portait un improbable pantalon en velours kaki élimé, une chemise sans âge et une veste de jogging colorée que les années 90 ont par la suite demandé de récupérer. Il fumait des cigarettes mal roulées et parlait avec cet accent que j’ai toujours adoré dont chaque sonorité criait “Nord de l’Angleterre”. Il affichait aussi encore et toujours ce visage sur lequel le temps ne semble pas avoir d’emprise, ces boucles enfantines qui tombaient de manière désordonnée dans ses yeux, et cette allure de sale gosse qui va faire un mauvais coup sur un parking Tesco de la banlieue de Liverpool.

 

Ce qui est fascinant chez Bill, c’est le fossé qui existe entre son apparente nonchalance et sa musique, profonde, bouleversante, nue. Il ne savait pas ce qu’il allait jouer. Il n’avait pas non plus de sangle pour sa guitare, mais il s’en fichait pas mal. Il s’est assis là, dans cette petite ruelle bucolique, et s’est mis à chanter le très touchant “Wild Roses” de sa voix apaisante, pas vraiment apaisée, comme si la vie autour de lui n’avait plus grande importance. Il y avait le vent dans ses cheveux, le vent qui s’immisçait dans ses notes de guitare, le vent encore comme second instrument de cette drôle de comptine folk à la troublante et fausse simplicité. Et ce n’est que lorsqu’il a joué “Put it Down Before You Break It” en marchant dans la rue jusqu’à la Poste voisine que les bruits de la ville nous ont tous ramené à une certaine réalité qu’il nous avait momentanément fait quitter.

 

West Kirby County Primary est disponible chez Domino. Bill Ryder Jones sera en tournée européenne dès la fin du mois de janvier et sera de retour à Paris en première partie de Mumford & Sons au Zénith les 22 et 23 mai. Toutes les dates de concerts sont sur son site