La Blogothèque

Saudaà Group se casse en vadrouille avec son orgue de barbarie

La dernière fois qu’on avait parlé avec Alexis Paul, c’était juste avant la cinquième édition de l’excellent Humanist S.K Festival. Il nous avait annoncé vouloir en finir avec son label Humanist Records mais surtout, se barrer faire un tour du monde avec un orgue mécanique. Envie soudaine de tout plaquer ? Crise de la trentaine ? Épiphanie foraine ? Rien de tout ça. Derrière ce projet un peu malade, il y a deux ans de préparation et de customisation d’un instrument historique, qui offre autant de connotations que de possibilités nouvelles. Parce que si vous avez eu la chance de voir le Saudaà Group – le nom de ce projet- sur scène récemment, vous avez pu vous rendre compte qu’on donne plus dans le drone technoïde que de la reprise criarde de Piaf. Quelques jours avant son ultime concert parisien avant le grand départ, on a été causer du projet avec l’intéressé.

Bonjour Alexis, peut-être que tu pourrais commencer par te présenter ?

J’ai deux casquettes : musicien et « gestionnaire » de projets culturels. J’ai un projet musical avec mon frère depuis 6 ans, Bel Arché Lou, qui combine le vibraphone et la guitare classique. Et j’ai monté ce projet à l’orgue mécanique il y a 2 ans. Ma deuxième casquette est celle d’acteur culturel : en 2008 j’ai monté Humanist Records et le festival du même nom, qu’on a fusionné plus tard avec S.K Records, le label lyonnais. J’aime bien que les deux pans de mon activité se nourrissent mutuellement, tout cela reste hyper lié pour moi. Et je pense que j’aurais du mal à me contenter uniquement de la musique ou simplement de l’activité d’acteur culturel.

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Voilà pour le cadre général. Et plus précisément, c’est quoi Street Organ Ritornellos ?

C’est un projet qui se base sur un instrument que l’on nomme « orgue automatique à carton perforé », qu’on appelle plus couramment « orgue de barbarie ». C’est un instrument qui date du XVIIe siècle et qui est lié, historiquement, à la transmission de la musique de cour au peuple. C’est cet orgue de barbarie qui a permis au gens du peuple – qui n’avaient pas accès à la musique savante – d’entendre leurs premières symphonies, les premières pièces pour orchestre en version réduite. L’instrument a également une histoire liée au nomadisme, il était joué par les saltimbanques, les colporteurs, de village en village. C’est d’ailleurs de là qu’il tient son nom :  « barbarie » ça vient de « barbaros » qui en grec signifie « l’étranger ». Sa particularité c’est que c’est un instrument mécanique qui dans sa conception allie des éléments qui viennent de la facture d’orgue liturgique, de l’horlogerie et de la mécanique. Il permet à n’importe qui de pouvoir jouer de la musique. Le rapport à cet instrument diffère de celui que l’on peut avoir à une guitare ou un piano : il n’exige aucune connaissance de la musique ou dextérité. Tout le monde est à égalité face à lui.

En cela est-ce qu’on peut considérer cet objet à la fois comme un instrument de musique et l’ancêtre de l’émission de musique enregistrée ?

C’est clairement le premier support de musique enregistrée. La carte perforée, tu peux la voir comme une cassette ou un disque vinyle. À ceci près que ça ne restitue pas l’audio. La carte est un pilote pour jouer les flûtes.

Concrètement, comment ton orgue fonctionne ?

Alors. Il y a un sommier qui contient une soufflerie composée de 4 soufflet et d’une réserve d’air. Il y a une boîte à soupapes reliée à tous les tuyaux qui enregistrent les notes. La manivelle entraîné tout le système. Les perforations dans la carte entraîne des différences de pressions dans les soupapes qui libèrent un son. C’est l’ancêtre du MIDI en fait. Cet orgue là a d’ailleurs quelque chose de particulier : il est également équipé d’un système MIDI. C’est exactement la même chose mais le système pneumatique est remplacé par un rack d’electro-aimants qui agissent de la même manière que l’air sur les soupapes. C’est juste le pilotage qui est différent.

Ça peut en revanche permettre de créer en live, ce que tu ne peux pas faire avec les cartes.

Tout à fait. Combiner les 2 techniques : le carton plus le clavier, c’est possible aussi mais c’est hyper compliqué à gérer. Parce que la manivelle agit également sur le tempo. Alors qu’en MIDI c’est le logiciel qui décide du tempo. C’est un instrument technique fabriqué par des artisans d’art.

 Tu as bossé avec qui pour le concevoir ?

Avec un facteur d’orgue qui s’appelle Sébastien Schuetz . Il a été formé à l’école de facteur d’orgues de Liewsbourg en Allemagne et s’est ensuite spécialisé dans les instruments de musique automatique. Mais sur mesure. Il aime bien que les instruments soient utilisé ailleurs que dans le domaine où on les attend. Mon orgue c’est le fruit d’une collaboration. Pour autant, le principe n’est pas unique. Le système MIDI pour piloter le système est une technologie qui existe depuis 20 ou 25 ans. Mais mon orgue reste unique en raison d’un certain nombre de modifications qui y ont été intégrées, notamment pour réduire la taille et le poids.

 On parle de MIDI depuis le début, est-ce que tu pourrais préciser de quoi il s’agit en fait ?

Le MIDI c’est tout simplement le codage informatique de la musique. C’est comme ça qu’un système d’exploitation informatique va écrire la musique. Mais ce n’est pas de l’audio, c’est juste de l’information. Cette information a besoin d’une interface pour être transmise. Un clavier midi par exemple va avoir besoin d’un ordinateur qui lui, va interpréter l’information et traiter le son. Pour avoir un son de flûte avec un clavier MIDI par exemple, c’est au niveau de l’ordinateur que ça va se jouer dans l’interprétation de l’information transmise par le clavier. Ça a révolutionné la musique électronique. Avec simplement un clavier qui envoie des fichiers extrêmement légers (on mesure en dizaines de Ko) on peut avoir un ensemble symphonique. C’est du binaire : 0/1, ce qui fait écho aux cartons de l’orgue.

 Ces cartons, c’est toi qui les conçoit ? Comment ça se passe ?

Je les conçois sur ordinateur et j’envoie les fichiers à Antoine Bitran dont c’est le métier depuis plus de 30 ans. Il a commencé à la main mais a fini par fabriquer une machine pour perforer automatiquement, directement depuis un fichier MIDI.

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Voilà pour l’instrument. Qu’est ce que tu avais d’en faire avec ton projet musical ? 

L’idée de départ c’est de moderniser le rapport que l’on peut avoir à la musique mécanique. Moi j’ai toujours été fasciné par cet instrument qui semble avoir une vie propre, un peu comme s’il devenait lui-même une autre personne, un membre du groupe. L’idée c’est d’apporter un regard nouveau sur l’instrument par divers moyens. Déjà, en utilisant l’orgue différemment : mon idée c’est plus de travailler sur des drones, des textures (car il a des qualités acoustiques exceptionnelles) et jouer avec des musiciens en plus. Par ailleurs je souhaite élargir sa dimension nomade à l’échelle du monde.

C’est un instrument strictement européen ?

Tout à fait, c’est italien, allemand ou encore français. On en trouve quelques uns dans les pays de l’Est mais cela reste très peu connu dans le reste du monde. Mis à part les pays qui ont été colonisés par la France ou l’Allemagne. Voire même l’Espagne éventuellement : on va en apercevoir quelques-uns au Chili par exemple. Et c’est là que réside tout l’enjeu de mon voyage  je veux confronter la musique mécanique à d’autres cultures et de parler d’autre chose. En s’appuyant sur un instrument peu ou jamais vu là-bas, et qui attisera la curiosité. Je le vois aussi comme un médiateur pour rencontrer les gens. Ensuite, mon objectif est de laisser un témoignage sur ce qu’est la musique automatique au XXIe siècle. Ça s’inscrit aussi dans ma recherche artistique et musicale personnelle.

Concrètement, un voyage d’un an avec un orgue de barbarie, ça se prépare comment ?

Il y a eu 2 phases. Il faut savoir que n’étant pas un artiste contemporain soutenu par une fondation ou un agent, ou en commande pour d’autres organismes, j’ai dû tout faire moi-même De la logistique à la conception de l’orgue que j’ai suivie et supervisée en passant par l’aspect artistique du projet qui reste ce qui m’intéresse le plus. Ça m’a pris 2 ans. Le première année a surtout consisté à commander et suivre la construction de l’instrument, et puis commencer à écrire ce que je voulais faire. Une fois l’orgue prêt, il a fallu que j’apprenne à m’en servir. Ré-envisager ma manière de composer aussi, car c’est un instrument qui n’a aucune dynamique, aucun sustain, donc tu oublies la notion de nuances et celle de réverbération. C’est note ou pas note, aussi simple que ça. Ça limite les choses et ça te demande de repenser ton écriture. Et puis je l’envisage comme un élément d’un tout, qui va entrer en symbiose avec d’autres instrument, alors que ce n’est pas sa fonction de départ. Je rajoute moi même un peu d’harmonium ou d’orgue électronique déjà.
La partie reloue du projet est évidemment le côté administratif : trouver des gens un minimum intéressés pour relayer le projet. C’est compliqué de vendre un projet quand il n’y a pas de matière, pas encore de musique à écouter. Mais si j’attendais d’avoir du tangible satisfaisant pour me lancer on n’était plus à 2 ans de préparation mais 4. Et je ne voulais pas ça. Et puis la question du transport, des assurances, du fret, de la logistique… Trouver quels pays, pourquoi, mais aussi des lieux de résidence. L’orgue coût 7900 €, j’ai dû passer par un financement participatif, même si je ne suis pas fan de ce genre de méthodes.  Au final, le budget global, sans parler de l’orgue avoisine quand même les 20 000 euros. J’ai un financement de la part de la fondation Agnès B mais j’ai échoué dans pas mal de dossiers. Je pourrais considérer que je n’ai pas assez de tunes pour partir mais je me suis dit que j’y allais quand même, sachant que je suis encore au chômage.  Et même si je prends le risque de me faire radier je me dis que ce système est aussi une forme de soutien à ceux qui ont un projet en marge d’une économie capitaliste. Mais là, à 2 semaines de partir, je remplis encore des dossiers de financement. J’ai pris la décision de partir en sachant que je peux, contraint, m’arrêter au milieu.

Et il vaut mieux que ça dure 8,6 ou 3 mois que 0…

Voilà. L’autre solution c’est d’attendre mais ça veut pas dire que dans 2 ans j’aurais plus d’argent. Là mon projet est prêt, il faut y aller même si c’est difficile financièrement. Et puis je crois beaucoup aux rencontres. T’es jamais à l’abri de tomber sur une personne qui va te mettre sur la piste d’une autre personne qui par rebond va te conduire à te présenter pour une bourse ou autre. Tu ne peux jamais prévoir mais je sais que dans les expériences passées, des situations désespérées ont fini par se dénouer uniquement au travers de la bonne rencontre qui te fait rebondir vers du positif. Ca a pris six mois, voir un an parfois, mais je suis optimiste, je crois aux énergies.

Haha, malgré ce que tu disais dans la dernière interview, tu reste attaché à ce côté humaniste finalement.

Je crois aux forces de l’esprit comme disait Mitterand (rires)

Coin droit

On peut revenir un peu sur la manière dont tu envisages la façon dont va se passer ce voyage ? C’est quoi le programme pour cette année à l’étranger ?

Le principe de base c’est une tournée de 10 résidences consécutives dans une dizaine de pays. Avec à chaque étape la volonté de travailler sur un aspect culturel ou contextuel du pays et de le mètre en musique. Par exemple au Maroc je vais travailler sur la symbolique et la représentation de la grotte dans la culture berbère. L’idée c’est de faire une pièce avec l’orgue mécanique et des musiciens locaux. Le message c’est : moi, européen, j’arrive avec un instrument qui attise la curiosité et comment cet instrument permet de faire passer un message et de le réinterpréter. Il y a une dimension sociale, presque anthropologique et une dimension artistique. Concrètement au Maroc je vais aller enregistrer des sons dans des grottes, des bruits blancs, des silences, aller interroger des gens par rapport à ça. Puis je vais harmoniser une pièce par rapport à ça puis je vais demander à des musiciens marocains de se joindre à moi pour l’interpréter.

Des gens que tu vas rencontrer sur place ou que tu as contacté ? As-tu aussi choisi les pays en fonction des réseaux auxquels tu pouvais avoir accès ? Des gens que tu savais que tu allais trouver là-bas ?

Il y a des gens que je commence à contacter. Oui bien sûr j’ai aussi choisi les pays en fonction des gens, et des pays et des cultures musicales. L’Arménie, je tenais vraiment à y aller parce que le duduk est l’un de mes instruments préférés à la fois dans son timbre et dans ce qu’il représente pour le peuple arménien. Il s’agit d’une flûte à hanche double taillée dans de l’abricotier, qui est l’arbre le plus courant en Arménie. Son son est mélancolique mais chaleureux, et tient à la fois du violoncelle et du hautbois. C’est très peu cher, et cet instrumenta accompagné toutes les souffrances du peuple arménien : le génocide, la diaspora, le tremblement de terre…

 Mais tu avais des contacts au préalable ?

Très peu, j’ai fait beaucoup de candidature spontanée pour les lieux de résidence, et de fil en aiguilles tu finis par rebondir jusqu’à trouver un contact. C’est long, ça arrive parfois au bout de la cinquième personne. Mais maintenant j’ai une base d’une dizaine de contacts par pays qui me permettent de m’infiltrer dans les milieux de la musique contemporaine ou expérimentales. Les scènes sont plus réduites dans ces pays, on parle cinquante personnes qui se connaissent toutes.

L’issue de ces résidences, tu les envisages comment ?

J’aimerais pouvoir faire 3 restitutions à chaque fois : une dans mon lieu de résidence, c’est normal, c’est là où je suis, c’est là que je travaille, ce sont eux qui m’accueillent ; une dans la nature, pour produire quelque chose de plus hors du temps, au Maroc, typiquement : dans une grotte ; et une dans la rue, pour garder le côté traditionnel de l’instrument dont la vocation était d’être joué dans la rue. Et puis je pense que les cartons perforés à quelque chose d’intrigant qui peut engager des rencontres. Je vais aussi faire des ateliers avec des enfants. Je vais leur demander de faire des dessins par exemple sur les monstres qui vivent dans les grottes selon eux, et puis je vais perforer sur leurs dessins. Je vais donc jouer leur dessins et ensuite leur envoyer leurs cartons. C’est quand même plus intéressants pour les enfants de travailler sur le côté tangible que représente le carton que sur l’immatériel.

Et quelle est la chose qui te satisferait le plus à l’issue de ces rencontres ?  Ton objectif « suprême »par rapport à tout ça, quel est-il au delà de la rencontre et du côté artistique. Pour la faire courte, que souhaites-tu accomplir ?

J’aimerais bien que ce projet débouche sur un autre, qui serait un collectif de création autour de la musique mécanique et de l’orgue de barbarie. Une espèce de supergroupe, pas avec des stars, mais avec des musiciens – 3 ou 4 et un tourneur de manivelle non musicien afin de m’extraire de toute la partie exécution – que je pourrais réunir une fois par an pour une création, une tournée… Par contre je veux éviter l’écueil “cabinet de curiosité” : vas -y on met tous les instruments les plus bizarre ensembles issus de tous les pays les plus improbables… (Rires). Je suis conscient du risque du mauvais goût de la chose.

Un peu à la manière de ce que peu poursuivre Jordi Savall avec la musique baroque à l’échelle méditerranéenne mais autour de la création contemporaine et à l’échelle du monde en somme ?

Oui, à peu près. J’aimerais vraiment finir par utiliser l’orgue comme une instrument d’ensemble, au sein d’une formation, le sortir de son carcan traditionnel et symbolique.

 À la manière de ce qu’a pu faire Yann Gourdon avec France pour la vielle à roue ?

Oui voilà. Poser un regard un peu neuf sur l’instrument. Beaucoup de gens font déjà de la création contemporaine, mais ils se contentent de l’aspect “création” pour défendre le fait qu’il s’agit d’un nouveau regard. Alors que si tu ne l’utilises pas différemment, si tu ne lui donnes pas une autre fonction, tu ne modernises pas grand chose. Pour autant il faut que les pratiques traditionnelles de l’orgue automatique perdurent. J’aime l’idée que cet instrument ne requière aucune dextérité. Dans l’écriture un peu mais je compose des nappes, tout le monde ou presque pourrait le faire et ça dit quelque chose de proche de mon rapport à la musique : faire des choses pointues, mais accessibles.

TRN

On trouve plusieurs noms dans ton projet, Saudaá Group, Street Organ Ritornellos, tu pourrais clarifier tout ça ?

C’est vrai que ça a apporté un peu de confusion dans le projet. Le projet de voyage, de rencontre, c’est Street Organ Ritornellos. Au départ mon idée c’était juste d’adapter la musique de Bel Arché Lou à l’orgue. Et puis ça ne marchait pas. Ce n’était pas très beau, ça ne correspondait pas à ce que je voulais. Alors j’ai créé une entité artistique, au sein du projet : le Saudaá Group. C’est moi, c’est ce qui porte le projet. Je l’ai appelé « Group » parce que, même si je joue seul, je considère l’orgue comme une personne à part entière et j’ai 42 flûtes pour moi. Et le but est de jouer avec d’autres. C’est un projet solo, mais collectif. Je suis convaincu qu’il n’y a pas plus collectif que la solitude. Ça se joue à tous les niveaux. Je pars seul et je m’en remets aux artistes et acteurs locaux pour tout ce qui relève de la documentation (les films que nous allons retransmettre sur la Blogotheque pendant toute la durée du voyage d’Alexis par exemple – nda). C’est plus intéressant d’avoir le regard des locaux sur le voyageur que d’avoir l’œil du voyageur qui risque de faire, même malgré lui, des photos de touriste.

La dernière fois qu’on s’est vu pour le festival tu disais que tu allais dissoudre Humanist, et qu’il y avait à ça également un côté circonstanciel, du fait de ton départ. Tu viens de lancer Armures Provisoires, un nouveau label. Tire-t-il ses racines dans ce voyage ?

De toutes façons il y a toujours eu un lien entre tout ce que je faisais. Pour moi c’est un projet qui représente une période charnière dans ma vie. J’ai l’impression de toucher du doigt une forme de projet que j’ai toujours convoité : un projet solo qui a mis du temps à aboutir. J’ai vraiment l’impression de faire quelque chose qui me ressemble. Et c’est comme ça que j’envisage la création, hors des notions de technicité ou de puissance. Ce qui compte c’est juste de voir quelqu’un faire quelque chose qui le ressemble. Je préfère quelque chose de mauvais mais qui ressemble à la personne à quelque chose de virtuose mais qui n’a pas d’âme, pas de profondeur. Tout étant chamboulé, tout évoluant de manière très significative, je trouvais que ça n’avait plus de sens de continuer à mener ce label, qui est intimement lié à ce que je suis, alors que je m’engageais tellement dans un projet qui était plus que jamais personnel. J’avais envie de donner des nouvelles bases à toute ma pratique. Je me suis aussi rendu compte qu’en tant que tout petit label, sortir des LP n’était pas forcément pertinent. Le format album est intéressant quand tu as des gens qui ont la force de le défendre. Le 45 tours offre des choses intéressantes, à la manière du punk hardcore, il retranscrit un instant : tu fais de la musique, tu la sors. C’est presque immédiat et ça n’engage presque rien. Et puis c’est aussi un pied de nez par le détournement du format du single, qui est intimement lié à la variété, la musique commerciale. C’est intéressant de faire quelque chose d’ultra qualitatif mais sur un format de disque simple. Et puis c’est plus souple, c’est moins cher, je peux travailler avec plus de gens et ne serai plus obligé de refuser des choses pour des raisons financières. J’ai jugé bon de lancer Armure Provisoire maintenant pour laisser vivre le projet pendant un an, sachant que je peux m’appuyer sur le rayonnement, le réseau d’intérêt autour de Humanist Records comme première base de relais.

Une dernière chose, tu me disais que le nom de ton label Humanist était très lié à ta philosophie de l’époque. Armure Provisoire, ça fait résonance à quoi ?

En fait, c’est clairement un prolongement. L’idée derrière Humanist c’était que la musique contenait à la fois un potentiel de destruction et de protection. Elle nous protège, elle traverse les siècles en tant que production immatérielle. Personne ne peut l’attaquer en tant qu’elle même, au delà de la chair. J’ai ainsi toujours attribué à l’art, et à la musique cette puissance. Vu qu’elle nous protège, elle détruit aussi les aspects les plus morbide du monde. Pour moi la musique sert à l’épanouissement collectif des individus. L’idée d’Armures Provisoires c’est ça : la musique nous protège, et chaque nous elle œuvre musicale devient notre nouvelle armure.

Saudaà Group ou Street Organ Ritornellos (c’est vous qui voyez) sera en concert samedi à l’Olympic Café dans le cadre du STRN FEST BARBÈS organisé par – vous l’avez dans le mille- La Souterraine. Toutes les infos par ici. 

On l’a mentionné vite fait dans l’article mais on reparlera très vite du tour du monde d’Alexis dans nos colonnes. Plus d’infos bientôt. 

http://www.streetorganritornellos.com/ 

http://www.armuresprovisoires.com/