La Blogothèque
Concerts à emporter

Youth Lagoon

On sous-estime souvent à quel point il est parfois difficile, pour un artiste, de monter sur une scène et de se mesurer à un public pas toujours réceptif. Nombreux sont ceux que les tournées angoissent, inquiètent, épuisent, et on ne compte plus les groupes dont la tête pensante refuse aujourd’hui de jouer autant qu’il le devrait ou le pourrait.

Il en va de même pour les Concerts à Emporter qui demandent une certaine implication aux artistes que nous filmons. Ils doivent se mettre à nu, souvent dans un set up réduit dans lequel ils ne sont pas habitués à jouer, qui les oblige à prendre des risques. Vous allez me dire que c’est ce qui rend les Concerts à Emporter excitants, et vous aurez probablement raison. Difficile de nier que le sourire que l’on voit la plupart du temps s’afficher sur le visage des artistes que nous filmons à la fin d’un tournage est la raison pour laquelle tout ceci vaut la peine d’être fait. Mais on oublie que jouer dans la rue ou dans un lieu public de façon impromptue, dans le passage de gens qui ne vous regardent même pas, qui refusent même parfois de vous laisser finir votre chanson, n’est pas chose facile.

Ce jeu, cette envie de se confronter à un public qui n’a pas choisi d’être là, c’est ce que Trevor Powers a voulu faire en ce dimanche ensoleillé que nous avons passé avec son groupe, Youth Lagoon, au milieu du Sonnenkönig, dans les puces de St Ouen.

J’aimerais aller chercher les gens, leur proposer de venir” a-t-il dit, avant que la caméra ne le suive de table en table, tentant d’expliquer tant bien que mal ce qui allait se passer au fond de la cours quelques minutes plus tard. Il a essuyé des “non” catégoriques, des refus polis de gens en plein déjeuner, des regards interloqués de ceux qui ne comprenaient pas vraiment pourquoi ce drôle d’Américain à la coupe de cheveux de Tahiti Bob des Simpsons venait les déranger au beau milieu de leur repos dominical.

Il y a eu quelques “oui” bien sûr, comme cette famille entière qui s’est levée d’un bond pour venir assister au concert imprévu et composé d’un seul et unique titre.

 

Trevor et son groupe ont joué “Highway Patrol Stun Gun” devant une poignées de personnes disposées en cercle autour de leurs instruments, pendant que le reste des gens présents dans la cours ignoraient totalement ce qu’il se passait. On a vu des enfants danser, des parents les regarder avec l’air attendri, des gens écouter sagement la dream pop de Youth Lagoon pendant que le soleil de septembre chauffait encore les corps.

Plus tard, Trevor est parti seul déambuler dans les ruelles du Marché au Puces. Et il a trouvé le public qu’il n’avait, malgré ses efforts précédents, pas réussi à ameuter quelques heures auparavant, en une vingtaine de statues de plâtres et de bronze, témoins silencieux et immobiles d’un “Kerry” dépouillé.

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Youth Lagoon sera en concert le 12 février à Paris (La Maroquinerie).